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Génération docile

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elois.pngAussi sur Agoravox

 

Moi qui suis un irrécupérable réactionnaire, un anar de droite indécrottable, je viens d'une famille où l'idée même de docilité est une des pires insultes que l'on pouvait dire à quelqu'un. C'était l'épithète infamante, ça l'est toujours.  Nous étions éduqués à l'indocilité. Nous n'étions sans doute pas la seule. Je ne suis donc pas entièrement responsable de mon comportement scandaleux pour notre époque. J'ai le plus profond mépris pour ces paradigmes sociaux réputés obligatoires afin de conserver sa place de maillon dans la chaîne des esclaves volontaires. Et ce qui m'effraie le plus c'est la docilité absolue des plus jeunes générations, leur crédulité terrible, leur incapacité à faire preuve de sens critique, leur malléabilité terrifiante.

 

Il suffit de tellement peu pour qu'ils tombent dans les bras d'un démagogue ou un autre, d'un fou furieux fanatique, d'un cinglé illuminé.

 

Avant un vieux con pouvait déplorer qu'il n'y avait plus de jeunesse, que les jeunes étaient de plus en plus mal élevés, des rebelles provocateurs, chevelus ou non.

En 2017, un vieux con ne peut plus se plaindre de tout cela. Les jeunes ne boivent plus, ne se droguent plus, sont soucieux d'équitable et de développement durable", font à peine l'amour en évitant de prendre des "risques" car l'acte d'amour qui n'est plus un péché devient un risque et la grossesse pour une femme un genre d'affection. Ils rêvent d'un bon petit PEL, d'un pavillon avec deux enfants et un chien, et un jardinet. Ils écoutent attentivement les conseils de bien-être, de gestion du "capital santé", et les suivent attentivement.

 

Ils seraient même un peu trop dociles.

 

Ils sont attentifs à leur scolarité, la construisent comme une carrière. Ils se soucient à peine de culture, elle ne sert à rien dans leur esprit. Ils achètent les gadgets électroniques que le système leur intime d'acheter, les vêtements aussi, sans parler des émissions de télévision dites divertissantes. Comme les adultes ils se justifient en arguant du besoin de se "laver le cerveau" après une dure journée. Ils sont soumis volontairement, dans l'allégeance totale et enthousiaste à l'économique, surtout de par leur peur d'en être exclus. On peut les comprendre certes mais se soumettre n'empêchera jamais de se retrouver un jour ou un autre au chômage selon les caprices des vrais maîtres de ce monde.  

 

Cette génération tellement docile rappelle les Elois du roman d'Herbert Georges Wells. L'auteur imagine l'an 800 000  et des poussières, bien sûr il s'agit d'une fable imaginée à partir de ses préoccupations liés à l'ultra-libéralisme victorien de son temps qui est toujours un peu le nôtre. L'humanité en cette période lointaine est divisée en deux groupes :

 

les Elois, beaux, bienveillants mais indifférents, gentils mais ayant perdu leur humanité, doux mais sans plus aucun goût pour le savoir et la créativité et terriblement dociles eux aussi puisque chaque nuit ils sont massacrés et dévorés par les morlocks, descendants des populations des marges, sans que cela ne suscite de leur part quelque réaction énergique.

 

La génération tellement docile des jeunes en 2017 ressemble beaucoup aux Elois, il ne faudrait pas grand-chose pour qu'elle se fasse dévorer sans protester. On chercherait en vain de nouveau Rimbaud...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

illustration empruntée ici 

(empruntée à l'adaptation de Georges Pal du roman d'H.G. Wells)

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