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« Chez nous » film anti-FN nuancé

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Quand l'auteur de ce blog est capable, lui aussi de nuances...

 

J'ai vu « Chez nous » aujourd'hui dans une salle parisienne entouré de spectateurs qui étaient déjà persuadés du bien-fondé du message véhiculé par le film. Je doute sincèrement que des sympathisants du Front National ou des électeurs s'apprêtant à voter Marine le Pen aillent le voir. Une leçon de morale même intelligente, même raisonnée solidement, même donnée au sein d'un film bien réalisé demeure une leçon de morale. Et je suis convaincu que la plupart des citoyens appartenant à cette « France périphérique » méprisée largement par les élites de ce pays ait envie d'en entendre une de plus, si finement amenée soit-elle.

 

Ce qui est ironique est que ce film est peut-être trop fin, trop complexe, pas assez dans la dénonce, pour les bourgeois pédagogues et les arbitres des élégances politiques. Certains se demandent déjà où se positionne Lucas Belvaux qui ne leur paraît pas suffisamment agressif finalement dans son portrait-charge, telle Elizabeth Martichoux éditorialiste et intervieweuse sur RTL. Sans doute aurait-elle préféré ces diatribes anti-FN où les invectives vertueuses tiennent lieu d'argumentaire.

 « Chez nous » de Lucas Belvaux co-scénarisé avec Jérôme Leroy, auteur de «  le Bloc », est pourtant bien un film anti-FN même si ce n'est pas du tout un film exactement militant. Le paradigme de départ est clair malgré tout ce que le réalisateur pourra en dire. Mais c'est aussi un film tout en nuances et bénéficiant d'une interprétation solide. La direction du Front National et certains de ses militants se sont hâtés de condamner le long-métrage et d'en railler les acteurs, en particulier les actrices sur leur physique, sur leurs sur les réseaux dits sociaux.

 

Mais finalement, les politiques affiliés au Bloc patriotique (le FN donc) de l’œuvre dont le personnage d'André Dussolier qui est montré comme un politicien aguerri sont dédiabolisés en quelque sorte par le film, humanisés. Des cyniques œuvrant pour la cause du « Bloc » (du FN) comme ce bon docteur Berthier qui soigne avec dévouement le cancer de la mère de l'héroïne jouée par Emilie Dequenne, on en trouve dans tous les partis...

 

Elle est Pauline, fille et petite fille de militants communistes. La figure de son père est une icône de communiste idéal. Il me rappelle celle quant à moi de monsieur L. connu à Évreux, qui avait les grèves de 36, qui rêvait encore à 87 ans d'une société plus équitable, il rêvait encore d'idéal ce que la plupart des gens en 2017 sont parfaitement incapables. Pauline est une infirmière qui se dépense sans compter pour ses malades, qui connaît beaucoup de monde dans la ville imaginaire du Nord où elle habite (mais comment ne pas penser à Hénin-Beaumont).

 

Celle-ci entend les angoisses de ces personnes sur la montée des communautarisme, des haines religieuses, sur l'insécurité de plus en plus prégnante et l'impunité des voyous menant leurs trafics selon les dogmes économiques libéraux les plus orthodoxes avec entrain.

 

Elle constate « de visu » ce que vivent les filles et les femmes dites « issues de la diversité », la bêtise religieuse les opprimant un peu plus chaque jour.

 

Elle voit bien que l’État ne se soucie plus de ces français considérés comme des ploucs, des beaufs, des franchouillards dédaignés. Pensez donc, des prolos se passionnant pour les matchs de football dont ceux du RC Lens comme Pauline dans le film, divertissement bien vulgaire. Les prolos s'en fichent de Xavier Dolan ou du dernier livre d'Angot.

 

Et surtout Pauline déplore que la gauche les ait laissé tomber. Lorsque le docteur Berthier lui propose d'être candidate aux municipales, elle accepte bien que terrorisée car elle apprécie les discours enflammés d'Agnès Dorgelle, la blonde et froide dirigeante du « Bloc » (donc le FN) assurant vouloir défendre les droits du petit peuple. C'est une femme, ce n'est pas pareil que son père, un fasciste lui. Pauline se laisse mener docilement par les caciques du parti afin de modeler son discours, remodeler son apparence pour gagner les élections.

 

Elle vit dans le même temps une passion amoureuse avec « Stanko » qui est la face sombre du parti, celle que les dirigeants voudraient bien faire oublier. Il tient des propos racistes et xénophobes haineux sans se poser aucune question et exerce des « ratonnades » certaines nuits. Elle perd des amis, son entourage s'éloigne d'elle ce dont ni le docteur Berthier ni Agnès Dorgelle n'ont vraiment cure. Cela les embête bien ainsi que son conseiller ancien technocrate en rupture de ban.

 

Je pense que tout cela les électeurs du FN le savent déjà, qu'ils sont déjà au courant par le biais des médias qui adoptent presque tous le point de vue des bourgeois pédagogues et donc relaient largement toutes ces questions en sous-main derrière la « dédiabolisation ». Et que ces électeurs s'en foutent...

 

...Leur vote FN est un vote pour envoyer un bras d'honneur aux élites adeptes de la mondialisation réputée heureuse et de l'endogamie sociale et culturelle soigneusement entretenue. Pas de mésalliance surtout ! Leur vote FN est un vote qui dure. Il exprime leur ras le bol devant le laxisme de l’État, l'indignation à deux vitesses, le détricotage des services publics etc...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

Ci-dessous la bande annonce :

 

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