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Paris, Audiard et le goût du verbe

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à propos de « le Paris de Michel Audiard » de Philippe Lombard chez Parigramme

 

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Dans ce petit texte, je ne fais pas dans la nostalgie, dans le violon, j'évoque...

 

Le Paris d'Audiard a quasiment entièrement disparu métastasé par la gentryfication, les bourgeois « équitables » et, ou « durables », « citoyens ». Il est pourtant encore là, plus ou moins présent, caché dans des endroits que les prétentieux, les malfaisants ne connaissent pas. Il reste des traces, des vestiges pour qui veut bien les voir. Le Paris d'Audiard était celui des petites gens, des gamins combinards, des petits voyous gouailleurs, des escrocs à la petite semaine un rien mythomanes, des filles faisant le trottoir et s'usant petit à petit entre « l'affectueux du dimanche » et le client « qui venait en voisin ».

 

On s'y mélangeait, on s'y fréquentait, on s'y parlait entre prolos et notables, bonnes dames et catins. Les milieux se croisaient, se jaugeaient, parfois aussi échangeaient autre chose que des cartes de vœux. Les plus riches étaient dans la « part de gâteau » décrite par Céline dans le « Voyage au bout de la nuit », de l'Arc au Triomphe aux serres d'Auteuil. On n'allait pas dans le XVIème, on n'y croisait que des petits vieux, des matrones sans âge, parfois des sous-maîtresses montées en grade, ayant fidélisé le client d'une manière ou d'une autre.

 

Il n'y a quasiment plus de véritables parisiens, seulement des parvenus, des bourgeois de province vaniteux qui singent des manières qu'ils s'imaginent aristocratiques, ou libertaires dans le même temps. Il y a bien longtemps que Madame Verdurin, sans doute elle aussi sujet vedette au « Chabanais » ou au « On two two » dans sa jeunesse », a fait la peau de la duchesse de Guermantes, et sans sommation encore. Ces cloportes se faisant passer pour des grossiums détestent tout autant que leurs ancêtres les classes dites dangereuses.

 

Ils aiment le divertissement gentillet, la cuisse bronzée, musclée et citoyenne. S'ils veulent bien picoler ils réprouvent le comportement peu raisonnables des cloches pardon des SDF. S'ils aiment la fête ils ne l'apprécient qu'entre gens de bonne compagnie. Il faudrait voir à ne pas mélanger les torchons et les serviettes ?

 

Michel Audiard, le dialoguiste légendaire du cinéma français, aimait la jactance et Paris. Il était un gamin du XIVème et de la rue. Il vendit des journaux, parcourant inlassablement sa ville en long en large et en travers, écoutant, lisant, lisant encore, lisant jusqu'à la fin de sa vie. Il avait le goût du verbe, des livres, du mot juste et de la bonne formule. C'est la qualité que l'on prête le plus aux « titis » parisiens. Ainsi qu'il le dit lui-même dans l'ouvrage,avec Albert Simonin, pourtant le parler Audiard n'existait pas. Les truands ne parlaient pas comme ça, les putains étaient moins spirituelles et les flics moins doués pour faire mouche en deux mots. Pour paraphraser Mireille Darc témoignant dans le livre, c'était un « argot littéraire, un argot d'intellos ».

 

Tout cela avait néanmoins le goût des rues parisiennes. Audiard exagère un peu, il s'inspirait dans ses dialogues de la manière de parler de ses acteurs piquant à Bernard Blier, Gabin ou Lino Ventura leurs petites phrases. Pour reprendre le terme d'Annie Girardot, elle aussi vraie parisienne, Il y avait le « sel et le poivre » qui font tellement défaut aux conversations actuelles tellement soucieuse de gravité dorénavant. Audiard n'aurait su avoir autant de prétentions lui qui pendant l'Occupation avait bien vu que la nature humaine si elle peut donner le meilleur se laisse surtout aller au pire, à l'avidité, à la haine. Il avait vu les résistants de la dernière heure, les vaillants apprentis coiffeurs de l'Epuration.

 

Le jus de la rue, mon grand-père m'en a transmis l'appétence. Le parler Audiard je n'avais pas besoin d'aller bien loin beaucoup de mes proches en étant proches sans avoir eu besoin d'aller à Berlitz. Bien entendu, on a également le droit de ne pas aimer Paris, ou Audiard, ou la belle jactance, on a le droit. Tant pis pour ceux qui n'en sont pas capables. Ils ne savent pas ce qu'ils loupent.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

et Profitiat...

 

Amaury – Grandgil

 

image empruntée sur le site de l'éditeur

 

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