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Chronique du pays réel – dans le bus

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L'observation de la vie quotidienne en général, prendre le bus en particulier, en dit beaucoup plus long que bien des éditorialistes, journalistes et que nombre d'études savantes ou non. Il suffit de rester connecté au réel aussi. Et cela une bonne partie de la France l'est et l'est durement l'exprimant ainsi qu'on le dit dans les médias par son sentiment d'insécurité. Nul besoin d'aller très loin pour constater la coupure de plus en plus marquée entre les populations en France, celle dite « issue de la diversité » et l'autre, les allogènes, les autochtones.

 

Hier soir, j'observe deux gamines, deux « beurettes » habillées selon les critères d'uniforme à la mode en 2016 : jean « slim » noir lacéré aux genoux, tennis blanches « vintage », veste-manteau géante, et look copié sur celui de Kim Kardashian (leurs cheveux bruns longs laissés libres, sourcils marqués, rouge à lèvres pétant, maquillées comme des camions volés). Les deux clones de la starlette virtuelle après avoir largement commenté et passé en revue tous les tweets et SMS reçus se mirent à s'en prendre aux autres voyageurs, en l'occurrence une dame assise non loin d'elles.

 

Les deux clonettes commencent en commentant ce qu'elles voient dans la rue. Elles estiment qu'il y a trop de « céfran » dans les rues. Elles déplorent qu'il n'y ait pas plus d'africains ou d'arabes. Elles prétendent qu'on les regarde méchamment dans la rue, qu'elles subissent à les entendre un racisme continuel sans que les gens prononcent quelque injure que ce soit.

 

Elles se prennent alors à fixer toutes les deux la dame, réflexion de la « dominante » du duo (il y a toujours une dominante dans ce genre de duos) :

 

« Elle nous mate drôlement la daronne tu trouves pas ? Trop chelou. Elle a pas l'air de nous « kiffer» (de nous apprécier) ».

 

Une daronne en langage des « quartiers » c'était une mère au départ puis le mot a désigné toutes les femmes disposant d'une autorité en général. Les deux clones de Kim se mettent à fixer la bonne dame qui détourne le regard en rougissant, les deux gamines à mi-voix :

 

« Vieille raciste ».

 

Leur victime tressaille légèrement mais ne rétorque rien. Les deux idiotes réitèrent plus fort :

 

« Vieille raciste ! »

 

La dame rougit un peu plus et change de position sur son siège. Elle regarde son smartphone essayant de retrouver une contenance. Elle sait très bien que si elle répond elle se fera agonir d'injures. Les deux gamines recommencent en ricanant, elles savent très bien ce que se dit leur victime :

 

« Salope de vieille raciste ! »

 

La dame se lève et se dirige vers la sortie, mais l'arrêt est encore éloigné, et le bus est coincé à un feu rouge. Les deux insulteuses sont en joie, elles vont beaucoup plus loin, elles ont obtenu ce qu'elles voulaient depuis le départ :

 

« Ouais, allez, vas y barre toi ! On est chez nous ici ! On prend le fric et quand on sera daronnes on se barrera au bled comme on veut ! T'as rien à dire vieille raclure raciste ! Et on fait ce qu'on veut, nous ! ad lib ad nauseam ». La dame ose ronchonner à voix basse devant sa porte, les filles en remettent une couche. Le bus s'arrête enfin, le supplice de la dame s'arrête enfin, les deux abruties se « checkent » en se tapant la main bruyamment.

 

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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