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Le plaisir démodé de la lecture

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J'ai trouvé la technique parfaite pour avoir de la place dans le train de banlieue. J'ouvre un livre et je lis. Un lecteur semble plus suspect aux yeux des autres voyageurs qu'un type le regard rivé sur son Smartphone. On le regarde avec circonspection. Il en inquiéterait presque. Comment peut-il se couper de "sa communauté" ne serait-ce que le temps du trajet ? Car je pousse le vice à éteindre mon téléphone portable. Mais enfin pour tout vous avouer moi je m'en fiche un peu car comme ça j'ai de la place et je suis tranquille. Alors certes, je ne suis pas le seul dans un train à lire des livres mais nous sommes de plus en plus rares. Il y en a aussi certainement quelques uns lisant sur leur tablette, sur une liseuse ou leur téléphone.

 

Cela ne veut pas dire d'ailleurs que la lecture demeure au même niveau qu'auparavant, ceux qui lisent sur écran lisant déjà avant ces inventions. Celles-ci n'amènent et n'amèneront jamais aucun nouveau lecteur à l'exemple des livres à deux euros en particuliers "Librio" "inventés" il y a une vingtaine d'années...

 

 Ce désintérêt pour la littérature inquiète énormément. De plus en plus de jeunes, et de "grandes personnes" dites raisonnables, ouvrent de plus en plus rarement des livres. C'est un recul évident de la culture. Que des "bons clients" médiatiques passent encore à la télévision, fassent le "buzz" sur le net parce qu'ils ont écrit des ouvrages, cela arrive encore bien que je pense que personne ne lise vraiment leurs livres. Il s'agit juste d'avoir le bouquin sur la table basse du salon pour "faire bien", pour montrer qu'on est à la page. Ce n'est pas que tout le monde doive lire ou s'intéresser aux Lettres. Je conçois que cela ne passionne pas tout le monde. On peut très bien vivre sans jamais avoir lu Proust ou Céline, Flaubert ou Lamartine. Bien entendu, l'on se privera de richesses intellectuelles qui resteront insoupçonnés.

 

Par contre j'ai toujours beaucoup de mal à envisager qu'une personne n'ouvre jamais de livre, ne serait-ce qu'un par an, serait-ce une bande dessinée dont je ne méprise pas une seconde la lecture. C'est s'enfermer dans une pauvreté somme toute volontaire, une pauvreté ne se mesurant pas de façon quantitative, incompréhensible donc pour la majorité des gens en 2016.

 

"Une dictature commence toujours par un décervelage intensif" a écrit un jour Philippe Sollers qui participa plus ou moins de ce décervelage il est vrai, involontairement on veut le croire.  Vu le mépris dans lequel les Lettres et l'Ecriture sont tenues, il apparaît que nous y sommes plongés jusqu'au cou même si ce ne sont pas les seuls domaines importants du savoir Les Lettres ne sont qu'un divertissement d'oisif, de privilégié. Elle ralentisse les performances de l'individu consommateur. L'Écriture est vu comme une occupation de favorisé névrosé faisant obligatoirement déballage de ses coucheries et de ses lubies de pauvre garçon riche pour que ce soit un peu intéressant aux yeux du public.

 

Ou bien un auteur se doit-il de dire de temps en temps des horreurs réputées politiquement incorrectes afin de laisser l'illusion à ses "fans" d'être des "affranchis", de ne pas être comme tout le monde, de réfléchir par eux-mêmes.

 

Il faut dire que les Lettres sont réputées ne servir à rien, ne mener à rien permettant d'engranger de substantiels bénéfices. Elle coupe de la fourmilière. Elle isole du reste des esclaves volontaires, dociles et polyvalents. Elle fait souffrir aussi car on verra mieux la laideur du monde parfois, et de ses frères humains aussi. Mais elle rend libre. A se demander si l'être humain, mon semblable mon frère désire véritablement l'être...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

illustration empruntée ici

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