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Prendre Sausage party au sérieux ?

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Moraliser le cinéma

dessin animé, sociologie, politique, société, cinéma, censure, sottise, religions, catholicisme, amaury watremezLa polémique, si on peut appeler ça ainsi car elle est picrocholine, autour du dessin animé pour adultes « Sausage Party », m'amuse beaucoup. Et je ne comprends pas trop : ceux qui condamnent « Sausage Party » sont dans le même temps pour une libéralisation encore plus marquée de l'économie, libéralisation qui entraîne mécaniquement celle des mœurs. Ou alors sont-ils hypocrites ?

 

Cette discussion ridicule m'évoque également l'abbé Bethléem. Cet abbé a pratiqué tout le temps de son sacerdoce la censure attentive des œuvres littéraires et cinématographiques de son temps. Il s'est régulièrement trompé sur la valeur artistique de ce qu'il prétendait interdire au nom de la foi chrétienne manquant singulièrement de discernement sur la plupart des auteurs de livres et de films. Il s'est systématiquement trompé avec une constance qui inspire l'admiration.

 

Il les aura tous manqué, y compris les écrivains catholiques...

 

Ce genre de condamnation d'une œuvre était déjà ridicule à l'époque du bon père, les enfants voyant les animaux autour d'eux se reproduire dans les pâtures. Elle l'est encore plus, et d'autant plus hypocrite à une époque où les gosses ont accès via un ou deux clicks à du porno sur leur smartphone que leurs géniteurs soient d'accord ou pas. Et ces gosses bien que de « bonnes familles », il arrive que tout cela ne soit qu'un vernis, sont comme les autres, ils ont tous envie de savoir comment ça fait quand un monsieur met sa zigounette dans le pilou-pilou d'une dame.

 

Et personne ne les empêchera de voir ce qui leur est en théorie interdit. Plus jeune, dans mon cas, je me rappelle que c'était comme un aiguillon m'encourageant à soulever l'interdit parce que ça l'était...

 

Rien n'a finalement bien changé, parmi les bourgeois pédagogues de droite comme de gauche d'ailleurs. Ils sont aussi déplorables sur ce point. Une œuvre se doit d'être forcément éducative, de montrer des personnages exemplaires, des histoires moralisatrices se terminant bien selon l'idéologie des uns et des autres. Lire un livre ou regarder un film doit être utile, doit être quantifiable, mesurable. Le divertissement se doit d'éduquer sur tel ou tel sujet. Ou alors à l'inverse il se doit d'être parfaitement anodin, creux, spectaculaire mais creux.

 

A ce propos je suis toujours surpris que les films de guerre montrant des tueries abominables ne soient jamais condamnés par les même associations familiales catholiques ou non.

 

La sottise des bourgeois pédagogues de droite comme de gauche a souvent eu un avantage. Elle a permis de faire la pub de films ou de romans médiocres dont les créateurs n'en demandaient pas tant, et dans le cas précis cela fait la promotion « a contrario » de « Sausage party » que des adolescents iront voir précisément car le fimm a une odeur de soufre. Ce n'est pas un film porno, j'ai plutôt l'impression que c'est un empilement de bonnes blagues bien grasses sur la bouffe, des blagues de fin de banquet, des blagues d'adultes ou d'ados prolongés.

 

A moins que les bourgeois pédagogues condamnant ce dessin animé ne croient que l'on fasse l'amour par le nombril ainsi qu'en était convaincu le sénateur Hays auteur du code moral du même nom des films hollywoodiens ?

 

Les moralisateurs montrent aussi leur ignorance voire leur inculture. Un dessin animé n'est pas automatiquement pour les enfants, le cinéma n'est pas automatiquement « tout public ». Il faut se rappeler de « Fritz the cat », de « Tarzoon la honte de la jungle », ou « Métal Hurlant ». « Sausage Party » que je n'ai pas vu est-il un chef d'oeuvre, je n'en suis pas certain, mais ce n'est tout simplement pas pour les enfants. Cela ne vaut pas de remuer autant d'air à si peu de frais, il existe des sujets plus pressants...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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