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Réparer les vivants par l'eugénisme

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Dédié à Olivier Prévôt (il faut lire son article dans Causeur "papier")

 

S'il y a bien une conception petite-bourgeoise du cinéma ou de la littérature qui m'agace particulièrement, c'est celle qui veut que ces arts devraient obligatoirement servir à l'édification des masses. Que cette pseudo édification soit de gauche, de droite, religieuse ou pas je ne peux m'empêcher de trouver cela grotesque et inintéressant. Cela donne toujours des films ou des livres larmoyants, des déluges de bons sentiments pénibles, marqués aussi par le pire conformisme moral et intellectuel et dont l'auteur se chausse de gros sabots voire de semelles fortement cloutées et orthopédiques.

 

« Réparer les vivants » de Katell Quillévéré adapté du roman de Maylis de Kerangal ressort clairement de cette catégorie à laquelle « Intouchables » s'apparentait également.

 

Je me fiche complètement de jouer ici les râleurs, les emmerdeurs. Le film et le livre font consensus ou presque car ils caressent le spectateur dans le sens du poil, l'encouragent dans son auto-satisfaction narcissique, la grande mode en 2016 avec la dictature de l'affectif. Et je ne serai pas le premier, l'écrivain Richard Millet (oui je sais, je sais) a décrit Maylis de Kerangal comme la romancière préférée des « milliers d’imbéciles » de la « petite bourgeoisie internationale déculturée ».

 

Je rappelle donc l'histoire ou anecdote exemplaire du récit. Un jeune homme du Havre, Simon, un surfeur (oui, au Havre, sic) beau comme un dieu, charismatique, sympathique, se retrouve entre la vie et la mort, maintenu artificiellement dans cet état intermédiaire, en mort cérébrale après un accident de van suite à une session de surf. Dans le même temps, une femme parisienne, Claire Méjan, 51 ans, attend dans un délai de trois jours une greffe du cœur pour continuer à vivre, aimer, s'épanouir et toute cette sorte de choses.

 

Le corps de Simon est réifié, chosifié par les auteurs, ce n'est plus qu'un réservoir de pièces de rechange en bon état.

 

On peut comprendre donc que si le jeune adolescent avait été laid ou d'un physique quelconque, solitaire et antipathique sa vie a donc moins de valeur pour les auteurs et du livre et du long métrage.

 

Sa mort serait moins douloureuse car moche et inadapté social ?

 

On voit où les auteurs veulent en venir aussi sur les histoires en parallèle des parents du garçon et de la femme attendant la greffe. Elle est montrée comme une femme moderne, bissexuelle, fumant des clopes car elle n'est pas une femme parfaite, anxieuse du reste de sa vie . Il est plus simple d'euthanasier le petit, le merveilleux surfeur blond pour que la dame puisse assurer son développement personnel de femme moderne et libérée (et e). Car l'euthanasie ne mène pas au darwinisme social ou au pire eugénisme mais à faire le bonheur d'une femme de notre temps.

 

Les parents souffrant douloureusement du coma de la situation tragique de leur enfant retrouveront un sens à sa vie et à la leur en la lui ôtant en somme. Ils décident en effet de faire don des organes de leur fils plusieurs heures après sa mort cérébrale sauvant ainsi Claire Méjan et lui redonnant de l'espoir. Là encore, on ne voit pas du tout où les auteurs veulent en venir. Et tout finit bien dans le meilleur des larmoiements consensuels possibles.

 

Et Katell Quillévéré nous assène donc deux leçons « citoyennes » pour le prix d'une avec le soutien de Maylis de Kerangal. Cela ne vaut pas le prix d'un ticket de cinéma...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

Affiche du film empruntée ici

 

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