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La déchéance comme une oeuvre d'art

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à propos de « l'Affaire Oscar Wilde » de Odon Vallet en Gallimard – Folio

 

littérature, société, oscar wilde, politique, homosexualité, société, procès, amaury watremezOdon Vallet aborde de front et de manière approfondie le procès de la société victorienne contre Oscar Wilde, procès symbole contre une figure de liberté sexuelle encore maintenant alors que l'histoire est un peu plus nuancée que cela. C'est l'aspect le plus intéressant de cet ouvrage. Il montre que le père de Lord Alfred Douglas, le fameux marquis de Queensbury, était une figure non pas réactionnaire mais libérale de « l'etablishment » londonien et que le très beau Lord Alfred était aussi un imbécile clairement timoré qui finit dans une grandiloquence « sulpicienne » ridicule et très peu sincère.

 

Il apparaît également que c'est finalement Wilde lui-même par son imprudence et une certaine arrogance qui a causé sa propre perte. On croise au fil du récit de l'instruction le premier ministre anglais de l'époque, avant lui aussi les inclinations sexuelles de Wilde, Winston Churchill jeune lui aussi suspecté des mêmes penchants et Conan Doyle qui se venge du premier ministre en écrivant une histoire de son célèbre détective qui l'accuse de cacher son homosexualité (dans « l'aristocrate célibataire »), histoire qui aura des conséquences sur le sort de Wilde.

 

Ou alors c'était un travail du négatif volontaire du « dandy », la déchéance vue comme une œuvre d'art. L'écrivain en tirera deux manuscrits extraordinaires : « la ballade de la geôle de Reading » et « De profundis ».

 

Il y a deux nuances cependant quant à son travail. La nuance la plus importante est que Odon Vallet se fiche complètement de littérature réduisant bien souvent dans son ouvrage le « dandy absolu » à ses petites phrases, à un mondain auteur de saillies parfois cruelles. C'est quand même un peu léger dans l’appréhension de l’œuvre de cet auteur. L'autre nuance tient dans les comparaisons qui peuvent être hasardeuses de l'auteur avec d'autres procès historiques célèbres. Je pense que celle qu'il fait entre autres exemples de Wilde avec Jésus-Christ aurait fait rire le père de « Dorian Gray » à gorge déployée.

 

C'est Wilde qui déclenche les hostilités en portant plainte pour diffamation après que le père de Lord Alfred Douglas l'ait accusé dans un billet – avec la faute- de « somdomie ». Le « somdomite » commence d'abord par nier en bloc alors que sa fréquentation de lieux de plaisir exclusivement masculins est de notoriété publique Wilde en rajoutant souvent dans la provocation. Le marquis de Queensbury, auteur des fameuses règles des combats de boxe, est tout l'inverse de l'auteur du « Géant égoïste », il est sportif, soucieux surtout de sa forme physique, entouré de compagnons avec qui ils sonr sans cesse dans le besoin de prouver bruyamment leur virilité.

 

Ainsi que Odon Vallet le souligne c'est souvent le signe d'une homosexualité latente mal assumée.

 

Quand le procès débute il est déjà trop tard pour Wilde. Il sera la victime expiatoire d'une élite moralement hypocrite où l'homosexualité se pratique dans les mal nommés « public school » quand on est jeune, la sexualité entre mari et femme n'étant qu'une gymnastique devant mener à la procréation de nombreux petits anglais. Wilde se conduit selon les règles de ce qu'il croit être sa classe sociale, la « gentry », méprisant les petits, les humbles, les domestiques. Il comprendra amèrement plus tard qu'il n'était tout simplement pas des leurs, qu'il demeurait un petit irlandais déconsidéré pour ses origines « vulgaires », le fils indigne de Lady Wilde.

 

En sortant du bagne, il ne perdra pas sa famille, continuant de voir ses enfants qui auront tous un destin tragique. Bien sûr, il ne sera plus le mondain de toutes les fêtes, il sera abandonné de tous et se réfugiera en France sans plus un sou. Il retrouvera la foi et y retrouvera toute son humanité, toute son empathie envers les petites gens dont aura partagé le sort à Reading. Il mourra dans un petit hôtel miteux l'hôtel d'Alsace, 13 rue des Beaux-Arts à Paris prononçant peut-être ses mots : « Ou c'est ce papier peint qui disparaît, ou c'est moi. »

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

 

Ci-dessous le « trailer » du film « Wilde » de 1997 avec Stephen Fry excellent dans le rôle

 

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