Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Piéton de Paris

Imprimer Pin it!

à propos de « Le piéton de Paris suivi de D'après Paris » de Léon-Paul Fargue chez « l'Imaginaire » aux éditions Gallimard

 

paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezIl y a des livres dont on sait à en parcourir seulement quelques lignes chez son dealer habituel qu'ils seront essentiels pour vous, ainsi « le Piéton de Paris » de Léon-Paul Fargue. Paris est maintenant une ville muséifiée pour touristes et parvenus, et leurs « héritiers », une ville « gentryfiée » dans la plupart des anciens quartiers populaires. Les endroits véritablement authentiques, loin du ripolinage que l'on trouve partout ailleurs, sont de plus en plus rares. Mais ils existent encore, je ne les donnerai pas ici, il faut qu'ils demeurent secrets.

 

Il convient que vous les cherchiez, et découvriez ensuite, par vous-mêmes.

 

paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezJ'ai une passion presque amoureuse pour Paris où je suis né, j'adore en arpenter les rues. Et je déteste viscéralement les clichés perpétués depuis des décennies sur cette ville entre « chromos » pénibles à la Doisneau et mythes autour de « témoins » à la Michel Audiard ou à la Antoine Blondin. On exalte le soiffard ayant le sens de la formule argotique en oubliant combien il devait être pénible dans la vraie vie, en particulier avec les femmes. On est fasciné par les « mauvais garçons » que certains d'entre eux étaient pour jouer les affranchis par procuration tout en restant bien sages par ailleurs.

C'est encore du mépris inconscient je suppose pour ces auteurs réduits à leur côté « populaire » voire « populo », ou du moins comment chez les bourgeois on le perçoit.

 

paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezMoi, je me trompe peut-être mais je ne crois pas, j'ai du mal à imaginer Robert Giraud ou le papa des « Tontons flingueurs » sur une banquette du « Flore » entre une pauvre petite fille riche névrosée et un « ôteur » engagé professionnel de salon.

 

Léon-Paul Fargue évoque un tout autre Paris, celui des petites gens, le Paris moins pittoresque, moins dans le cliché cinématographique ou muséographique mais beaucoup plus vrai. Et surtout il n'évoque pas seulement des lieux ou des atmosphères qui seraient autant de « boîtes vides », il se souvient des personnes qu'il a croisé dans Paris tout au long de sa vie. Il a toujours sur elles un regard bienveillant malgré leurs ridicules, malgré leurs côtés grotesques parfois, leur sens de l'autre, leur sens de l'accueil malgré leur pauvreté – ou leurs richesses.

 

Il décrit les clochards lui offrant à boire, il en profite pour parler de sa connaissance encyclopédique des quais de Paris.

 

paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezIl se souvient des cafés, de la convivialité de ces endroits qui étaient beaucoup plus que des débits de boissons. Les bourgeois y côtoyaient les ouvriers, les filles de « mauvaise vie », les travestis, les employés de bureau au « zinc » avant d'allers pointer. Les milieux se mélangent, sont presque proches. L'auteur s'amuse des rites des cafés pour « riches » dont ceux du « Fouquet's ». On s'aperçoit que rien n'a beaucoup changé dans la manière dont les vanités sont mises en avant dans le milieu déjà intellectuellement médiocre des « salonnards ». Fargue n'en est jamais dupe car comme Forain avant lui, ou même Léon Daudet qui consacra lui aussi un excellent livre à Paris, il est un gamin de « Pantruche » là où on dit son fait au bourgeois, ses prétentions, sa fatuité.

 

Le Paris de Léon-Paul Fargue a disparu dans sa quasi-globalité tout comme le petit peuple qui vivait dans la capitale, à deux ou trois poches de résistance et d'extrème misère, tel le « camp » de Stalingrad. La capitale de 2016 se noie presque dans le ridicule des prétentions bourgeoises culturelles et sociétales. On leur pardonnerait s'ils avaient conscience de ce ridicule mais ce n'est jamais le cas. On ne peut que relire Léon-Paul Fargue et d'autres « piétons » de Paris comme Bernard Frank et Eric Hazan, ou Jean-Paul Clébert. C'est encore quelque chose...

 

Sic Transit Gloria Mundi, amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustrations – photos de l'auteur

 

Commentaires