Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Chroniques du réel – Subversion efficace du pédagogisme

Imprimer Pin it!

école, chroniques du pays réel, éducation, Education Nationale, société, amaury watremezL'histoire vraie que je raconte ci-dessous montre combien les clichés sur les « jeûnes » sont abscons, combien aussi cette société est criminelle laissant leurs aspirations aux idéaux, à la culture souvent en friche volontairement. C'est mieux d'avoir des individus uniquement soucieux de leur dernier gadget électronique que des personnes véritablement capables de mûrir et remettre en question leurs certitudes et celles de leurs groupes, de leur ethnie, de leur religion. Et puis les encourager à réfléchir par eux-mêmes c'est aussi les encourager à se libérer de l'arbitraire de notre monde consumériste.

 

Quand j'étais enseignant en Lettres et Histoire en enseignement professionnel, dans un lycée de « cités » d'Évreux, je devais ainsi que les collègues des autres matière mettre en œuvre un « machin » pédagogiste s'appelant le PPRE (ou Programme Personnalisé de Réussite Éducative). Comme le contenu de la chose était loin d'être clairement précisé, nous ne savions pas trop quoi en faire. L'une d'entre nous se dit alors que cela pourrait être l'occasion d'ouvrir les élèves à une association humanitaire. Nous aurions présenté quelque chose aux élèves les faisant sortir un peu du cocon de leurs préjugés.

 

Ce serait au moins ça...

Notre public était très « divers » pour employer le terme en vigueur, des adolescents de toutes origines, des « français périphériques » aussi. Tous savait très bien qu'ils étaient sur « une voie de garage » pour la plupart de leurs professeurs. C'était des enfants perdus de la République, plus ou moins éduqués par des parents entre deux boulots d'intérim ou chômeurs. Le « deal » sur la place centrale du quartier proche faisait vivre plusieurs familles presque normalement. Et il n'était pas inquiété car l'argent ainsi amassée permettait de faire marcher les commerces de grande distribution proches.

 

Cette année-là, nous invitâmes une association de chiens guides d'aveugles. Un monsieur se présenta ainsi que son chien. Les élèves sortirent progressivement de l'apathie que montrent tous les adolescents quand ils peuvent échapper à une corvée, ici leurs cours habituels. Ils finirent même par se passionner pour le sujet voulant absolument faire quelque chose. Sachant combien ce genre d'enthousiasme est fragile chez tous les jeunes, nous décidâmes de les pousser à rester sur cette voie en soutenant leurs efforts.

 

Contrevenant à toutes les instructions et à la bonne parole, nous donnâmes des cours de français soutenu aux élèves à l'oral comme à l'écrit. Nous passâmes en revue les formules de politesse. Ils apprirent ainsi comment s'adresser correctement aux personnes tout en perdant leur accent « racaille ». Nous donnions ces cours en ayant une exigence inhabituelle pour eux mais qui porta du fruit. Ils prirent goût rapidement à s'exprimer dans un langage plus relevé, prirent goût également à l'effort. Nous étions « paternalistes » si j'en crois la doctrine de Meirieu, nous transmettions également une vision patrimoniale et bourgeoise de la culture mais nous nous en fichions complètement.

 

Ces adolescents que nous aurions dû assister constamment, réputés incapables de discipline et de rigueur, travaillèrent sans compter pendant quatre mois, sacrifiant pour beaucoup leurs samedis et autres jours de congé. Ils finirent par remettre 8000 Euros à l'association. Nous-mêmes n'en croyions pas nos yeux. Ils furent invités en remerciement de leur aide précieuse à un concert de « Gospel » où nous pensions voir simplement un ou deux élèves sérieux. Ils étaient tous présents.

 

Apprenant que cette association allait être citée pendant une messe proche de chez eux, des élèves baptisés mais peu pratiquants décidèrent de retourner à l'église et de se présenter pour apporter leur concours aux paroissiens s'occupant de quêter pour les chiens guides d'aveugles. Ils furent très fraîchement accueillis, avec beaucoup de condescendance. C'était pourtant de ces « étrangers » tant vantés dans les sermons et les intentions de prières dominicales. Les gosses de la paroisse qui tendaient des sébiles à la sortie de la cérémonie faisaient la tête, c'était une corvée pour eux de donner un quart d'heure de leur précieux temps.

 

Bien entendu, nos élèves ne remirent pas les pieds à la messe ensuite.

 

En matière de reconnaissance de notre travail, l'une d'entre nous, contractuelle, ayant suscitée la jalousie fut remerciée de ses services. Un autre fut inspecté à cause de son irrespect des dogmes. Et quant à moi je dus rejoindre un autre établissement à l'autre bout de l'académie. A notre place arrivèrent de jeunes diplômés quant à eux totalement convaincus du bien-fondé de la bonne parole pédagogiste...

 

...Ainsi tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici

 

Commentaires