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Chronique du pays réel – Fraternisation chrétiens musulmans dans la joie

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religions, islam, candeur, christianisme, politique, naïveté, catholiques, coeur sec tripes molles, amaury watremezJ'ai assisté dans ma paroisse versaillaise à une réunion de fraternisation organisée afin de rassembler des chrétiens et des musulmans dans un même mouvement de paix. Je me disais que j'étais trop dans la causticité. Je voulais pour une fois faire un effort, être moins misanthrope, me sentir pourquoi pas doux et gentil comme un agneau, confiant dans l'intelligence de mes semblables et la mienne, positif sur l'espèce humaine. Je n'ai pas été déçu en un sens mais malheureusement cela n'a pas diminué d'un iota ma tendance à la dérision.

 

Il y avait à l'entrée de la salle paroissiale pour s'occuper du micro et de la « sono » un « Jean-Michel » à queue de cheval comme il y a toujours dans ce style d'assemblée. « JeanMichelalasono » bien entendu se débrouillait comme un manche et il y eut comme la tradition le veut un grand bruit de sirène dans les hauts-parleurs quand il fit son test (« teste test, undeux, undeux...). Les participants sursautèrent dans un même mouvement sur leurs sièges. Il y avait une demie-douzaine de musulmans au premier rang. Il donnait plus l'impression d'être des « bons sauvages » de service que des véritables intervenants aux yeux des organisateurs, des alibis.

 

Ceux-ci, un couple chic d'une cinquantaine d'années, ont présenté tout le monde, d'abord les paroissiens présents puis ensuite les croyants en Mohammed. Ils les présentèrent avec une touche de légère condescendance inconsciente. Un monsieur parla de la profession de foi coranique, exposant clairement et simplement les obligations de tout lecteur attentif du Coran. Une dame voilée évoqua ce qu'elle estimait être la place des femmes dans la société, en particulier son rôle de mère. Ils rappelèrent la sourate sur les « gens du Livre ». Ils omirent de préciser ce que le Coran entend par « protection » des chrétiens ce qui suppose un impôt spécial ainsi qu'un signe distinctif, une couleur de vêtements et un statut de citoyen de seconde zone.

 

Bizarrement, il n'y eut pas non plus d'allusion de la part des catholiques présents au sort actuel des chrétiens orientaux...

Les jeunes femmes mariées de la salle, en « uniforme » versaillais BCBG pour la plupart, des bébés dans les bras ou dans une poussette devant elles rayonnaient lorsque la dame parlait de ses enfants. « Elles sont comme nous » se chuchotèrent-elles en souriant et en rougissant. Elles et leurs maris approuvèrent de concert chaleureusement lorsque les hommes musulmans racontèrent leur difficulté à comprendre la laïcité à la française, la confondant sciemment ou pas avec le premier amendement de la Constitution américaine. Selon eux, ils devraient vivre leur foi au grand jour et les coutumes que cela implique, curieusement la question de l'excision ne fut pas soulevée.

 

Dans la salle, ils étaient acceptés, ils furent applaudis. Le couple organisateur couvait d'un regard protecteur toutes ses brebis tellement dociles à cette fraternisation. Pour un peu, ils auraient béni la foule d'un geste noble. C'était le moment de leur grande idée géniale de la soirée. On recula les chaises avec l'aide de « Jeanmichelasono » et tous les participants durent se tenir par la main. La plupart avait cette air d'illumination de joie extatique que l'on voit sur les visages des gens dans les grands rassemblements sur-affectifs à la mode dans les communautés dites « nouvelles ». On dut fermer les yeux et lever les bras tous ensemble dans un geste de louange vers « notre dieu commun ». Ce qui est faux, Allah n'ayant rien à voir avec le Dieu de l'Évangile et de la Bible des chrétiens qui est une personne.

 

C'était apparemment presque sexuel pour beaucoup. Les petits enfants que l'on entendait en sourdine depuis le début de la soirée se turent.

 

L'on se quitta dans l'euphorie, la joie et la bonne humeur, persuadés que ça y était, le mouvement était lancé, la paix allait enfin advenir. Les musulmans invités étaient un peu en retrait souriant mais pas tout à fait avec les autres. Ils acceptèrent comme l'époque le veut maintenant d'être pris en photo avec de nombreuses personnes, ils se prêtèrent au jeu des « selfies » qui seraient mis le soir-même sur le « mur » « facebook » (TM)) des personnes présentes montrant ainsi combien elles étaient bonnes et généreuses.

 

Tout cela participait de la dictature de l'affectif contemporaine, tout cela n'était pas bien profond car je doute que les versaillais de l'assemblée mettent leurs enfants dans les mêmes écoles que leurs nouveaux amis...

 

En rentrant chez moi j'avais un peu le sentiment d'avoir assisté à une réunion « d'alcooliques anonymes » bien sympathique mais qui me remettait en mémoire cette phrase de Bernanos qui reprochait aux amateurs de ces soirées d'avoir finalement le « cœur sec et les tripes molles ».

 

Sic Transit Gloria Mundi Amen,

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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