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Le FranC C désué

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appauvrissement du français, langue, société, politique, amaury watremezIl y a quelques jours le présentateur « bobogénique » de « Quotidien » sur TMC Yann Barthès a raillé pendant quelques minutes Hervé Mariton pour son français qui serait à entendre l'animateur « désuet ». En effet, Mariton utilise des termes élégants, use d'une syntaxe riche et varié. Pire encore, il n'emploie aucun des tics de langage à la mode, par exemple « du coup » à toutes les sauces, « en fait » en début de chaque phrase ». Je ne suis pas spécialement un soutien de ce candidat aux primaires de la droite mais je ne vois pas trop l'intérêt de se moquer d'une langue plus riche que celle entendue partout à la télévision et dans la rue.

 

C'est ce qui fait pourtant la beauté du français à laquelle il semble apparemment insensible, par cynisme (il flatte ses spectateurs dans leurs bas instincts) ou par sottise. Mais il est loin d'être le seul...

 

Derrière Barthès le public s'est mis à ricaner après sa blague. Parler français correctement, avec style, ce n'est pas « cool », ce n'est pas « sympa », ce n'est pas très moderne. C'est une lubie de prétentieux ou de vieux con. Et il convient même pour les gosses des beaux quartiers de parler comme les « racailles » des cités en plaçant quelques termes de « verlan » qui placent son homme (ou sa femme). Un « chelou » par ci, une « meuf » par là et on peut se faire passer pour un affranchi. C'est toujours à la fois cocasse et pathétique de les entendre massacrer la langue française par haine de leur éducation, par haine d'eux-mêmes.

Le problème ce n'est d'ailleurs pas l'orthographe et la syntaxe et le vocabulaire torturés des « textos » mais bien cette haine de soi ressortant du refus de parler sa propre langue ainsi qu'une vision surtout utilitariste de la langue française envahie de termes anglais. Cela n'est pas nouveau mais l’utilisation ridicule de cette langue par les français fait toujours autant rire les américains ou les anglais. Les français rêvent d'Amérique, une Amérique à laquelle ils ne connaissent rien du tout.

 

La Littérature, ça ne sert à rien de quantitativement mesurable, ça abîme les yeux. Les livres c'est ringard, on n'en voit jamais dans les intérieurs « modèles » des publicités, des émissions de télévision, des feuilletons. Les auteurs classiques sont inutiles à lire ou relire, ce ne sont que des vestiges du passé, il convient de n'évoquer que le présent. Écrire est un passe-temps de bourgeois oisif qui veut faire son analyse dans ses livres, ce qui représente certes une économie de psychanalyste. Quant à la syntaxe dont il était question ci-dessus c'est une manie paternaliste des plus favorisés afin de maintenir leur emprise sur les plus pauvres selon le catéchisme bourdieusien.

 

A chacun la sienne, tant qu'on comprend à peu près ce que l'interlocuteur veut dire et qu'on exprime à peu près ce qu'on voulait.

 

C'est l'essentiel n'est-ce pas ?

 

On se demande pourquoi personne n'envisage le recours aux grognements gutturaux ou se frapper la poitrine avec force pour échanger des idées. Ce serait beaucoup plus pratique en effet. Cela simplifierait grandement les rapports humains et c'est une aspiration bien dans l'air du temps, un retour à une prétendue authenticité frelatée. La complexité des sentiments ou de l'esprit humain telle que décrite dans les livres est perçue comme de la perversité alors que l'âme humaine ne se décline ni en blanc ni en noir mais selon une palette d'une infinité de gris.

 

Je ne suis pas le seul à évoquer cet appauvrissement de la langue française qui se réduit de plus en plus à des acronymes débilitants eux aussi tellement cool. On oublie de dire aux élèves que bien parler aide aussi à bien plaire aux filles. Il faut voir entre autres cet article certainement d'un « réac » qui s'ignore sur un site sans doute nostalgique des heures les plus sombres de notre histoire, un « héritier » content de son sort. Le français plus soutenu est devenu un autre séparateur social, un marqueur important de la dichotomie entre les élites et le reste du peuple.

 

Il y aura toujours cependant des personnes qui liront parce qu'il y aura toujours des êtres humains pour ne pas se contenter des préjugés sociaux, de l'étroitesse d'esprit généralisée.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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