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L'ambivalence des musulmans de France

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islam, religions, politique, terrorisme, société, Daesh, saint etienne du rouvray, amaury watremezJe me souviens juste après les attentats du 13 Novembre 2015 être allé prendre un café dans un bistrot de Mantes la Jolie face à la gare en attendant ma correspondance. La télévision diffusait des reportages en continu sur la tuerie du Bataclan. J'y était le seul français « non issu de la diversité » selon la formule un chouïa hypocrite. Avant que je n'entre les discussions semblaient endiablées, l'on parlait beaucoup. Ce qui revenait beaucoup quand je suis rentré était que les médias français mentent tous sur l'islamisme. Une fois assis au zinc, un drôle de silence, tendu, s'instaura dans la salle. L'atmosphère était tendue...

 

Je me suis rappelé cet épisode anecdotique après le meurtre du père Hamel et d'une religieuse à Saint Étienne du Rouvray. Alors bien entendu, il n'est pas question dans ce texte d'affirmer que tous les musulmans de France sont des terroristes en puissance, encore moins demander pour eux l'application d'une loi martiale. Leurs pratiques religieuses, bien qu'entrainant parfois des revendications en contradiction avec la laïcité, sont en règle générale pacifiques. Personne ne peut remettre cela en question...

 

Une fois que les élites ont évoqué cela, ont prononcé le classique « pas d'amalgame » ou le « c'est pas ça l'Islam » après tout les attentats, elles s'arrêtent là. Elles ne vont pas plus loin dans le questionnement par peur panique de perdre de leur aura de progressistes ou de passer pour des séides du Front National, d'être assimilés à des « ploucs franchouillards » qu'elles méprisent cordialement. Il existe pourtant des pistes de réflexion à emprunter, des pistes demandant certes un peu plus de courage que les grands mots, les belles phrases, les poses romantiques....

...La première est le problème de l'interdiction de l'exégèse en Islam. Celle-ci était contournée en plusieurs endroits en Égypte ou au Liban où des intellectuels, des théologiens débutaient un travail d'interprétation du Coran, travail existant dans le Christianisme et le Judaïsme. Mais ces initiatives sont mortes à cause de la montée du fondamentalisme dans ces pays, la peur a fait son œuvre. L'exégèse permet d'éviter les interprétations trop littérales des textes saints, de les prendre au mot à mot, permet de relativiser ce qui relevait en leur sein de l'époque à laquelle ils ont été rédigés.

 

L'absence d’exégèse en Islam entraine ce fait objectif, n'importe quel croyant musulman peut soudain se radicaliser pour diverses raisons, psychologiques, sociales, économiques, et se réclamer soudain d'un Islam tel qu'on le pratiquait au IXème siècle. Et l'on sait que dans n'importe quel groupe humain ce sont toujours les minorités agissantes et radicales qui entrainent le reste de leur communauté dans leur sillage. Par clientélisme et suivant en cela les recommandations « terranovistes » beaucoup de politiques ont laissé faire sciemment et continueront à laisser faire achetant ainsi la paix sociale...

 

La deuxième est le silence assourdissant des citoyens français croyants musulmans après chaque attentat quant à une condamnation unanime et nette de leur part des tueries. Je n'évoque pas ici les déclarations de leurs représentants ou des exceptions comme l'imam de Drancy mais les croyants « de la rue ». Je ne fais pas allusion aux manifestations de solidarité certes belles et grandioses mais qui sont toujours l'exception. Alors bien sûr, du bout des lèvres, ou plus franchement, si l'on en interroge ils affirment combien ils sont désolés des morts, combien ils sont meurtris parce que pour eux c'est pas ça l'Islam et qu'il ne faut pas faire d'amalgame.

 

Certes Dalil Boubakeur recteur de la Grande Mosquée de Paris, dénonce un « acte blasphématoire » contraire à la religion musulmane : « Tous les musulmans de France rejettent cet acte. (…) Il est temps que les musulmans de France soient à l’initiative d’une formation de nos religieux plus attentive. »

 

Mais est-il représentatif ?

 

Car il y a aussi un autre écueil souvent rencontré, en approfondissant un peu la conversation, la plupart font porter la responsabilité du terrorisme à la politique extérieure et intérieure des gouvernements français successifs, à l'intervention en Syrie voire quand ils se sentent en confiance aux « sionistes » qui gouverneraient la France en sous-main. Remontant plus loin, d'aucuns y voient un juste retour des choses rattrapant les méfaits de la colonisation ou de la création d'Israël. Ils y sont encouragés par l'histoire quand elle est enseignée de manière très idéologique, par une partie de la gauche pratiquant avec enthousiasme le masochisme mémoriel...

 

La troisième question est dans le prolongement dans la précédente. Le souci unanime de la plupart des citoyens français croyants musulmans après chaque massacre c'est surtout et d'abord leur crainte de l'islamophobie, de ne plus pouvoir pratiquer comme ils l'entendent. Ainsi qu'ils le disent eux-mêmes avec force ils sont français, donc n'appartiennent plus à une seule petite communauté mais à la nation toute entière dans toutes ses composantes. Et quand tout ou partie de celle-ci est touchée, cela les concerne donc eux aussi. Or, là-dessus également demeure une ambivalence problématique.

 

On peut aussi fermer les yeux, garder la tête dans le sable et hurler au fascisme. On peut aussi parler d'amour aux djihadistes, je ne sais, peut-être y seront-ils sensibles...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

image empruntée à ce site

 

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