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Une société bientôt sans livres

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fahrenheit_451--1-.jpgEn France particulièrement où la littérature a encore un tout petit peu d'importance, tout comme un peu partout en Europe ou aux Etats Unis, plus personne ou presque ne lit réellement. Bien entendu, si l'on vend encore des livres à foison, si l'on distribue des journaux gratuits dans les transports en commun, si les livres sont des biens commerciaux comme d'autres encore en 2016, cela ne signifie pas pour autant qu'on les ouvre ni même qu'on les feuillette. Pas besoin de se donner cette peine avec les multiples sites de ventes en ligne et leur pseudo-appréciations d'acheteurs toujours enthousiastes on aura noté. L'impétrant lecteur s'en contentera, celui lui évitera des efforts intellectuels et il pourra alors se replonger dans « Candy Crush Saga ».

 

Sinon, si les citoyens-consommateurs lisaient encore, quel inconscient achèterait encore Marc Lévy le roi du placement de produit et du roman de gare moderne, notre Delly 2.0 ou l'incomparable et si durassienne Marie Darrieuscq ? Le si émouvant David Foenkinos sous les rires pleins de tendresse ou la torturée Christine Angot et ses problèmes de psychanalyse mal réglés ? Le plus important en achetant l'ouvrage d'un de ces auteurs « bons clients » médiatiques, c'est surtout de mettre un de leurs livres bien en évidence sur la table basse du salon. Ce sont juste des objets d'ostentation sociale, pour se donner une aura ou une autre, pour peaufiner son image.

 

Cela fera son effet lorsque l'on recevra des amis socialement moins pourvus. La personne cultivée ou réputée l'être pourra prendre un des bouquins dans les mains et en tourner les pages d'un air pénétré afin de bien faire comprendre qu'il tutoie les dieux des Lettres et les cimes intellectuelles....

...Il ne s'agit pas seulement de faire semblant d'apprécier tel ou tel auteur, cela encore c'est à la portée de n'importe qui. Non, ce qui compte bien plus c'est quel écrivain l'on aimera détester avec ardeur et fougue sur le réseau ou dans la vie, peu importe qu'on en ait lu une ligne. La détestation d'un littérateur pose durablement son homme, ou sa femme. Haïr Guillaume Musso c'est se placer comme élitiste, à l'inverse rejeter Marie Desplechins ou n'importe quel classique,Proust, Chateaubriand et d'autres, montre combien l'on sait être proche des « vraigens » forcément plus « simples », moins prétentieux, car incultes ? Comme si la simplicité supposée de tempérament était liée automatiquement à l'ignorance crasse....

 

C'est l'excuse séculaire du crétin ignare, lui n'a aucune prétention, aucune vanité, la lecture en étant donc une à ses yeux. Bien entendu, généralement il ignore également que sa prétention à l'humilité en est une et une belle. Il ne peut le comprendre à mon sens souffrant souvent de carences intellectuelles graves et d'une absence de sensibilité l'handicapant beaucoup.

 

Les quelques trublions et électrons libres lisant encore savent bien combien il est tard, bien tard pour se soucier de la lecture, de la littérature et de l'écriture. Quelques décennies de décervelage intensif, des réformes absurdes de l'enseignement des Lettres ont fait leur œuvre. Le lecteur se trouve dans la situation délicate de celui qui doit préserver un trésor dont plus personne ne s'inquiète, il entre en résistance en somme sans même en avoir conscience. Il veut tout lire, tout rassembler chez lui ou elle dans sa bibliothèque par peur de ne perdre qu'une phrase car la littérature ne s'incarne véritablement par l'objet livre que l'on tient dans ses mains, dont on tourne les pages lentement, ce n'est pas seulement du fétichisme.

 

Bientôt avec l'assentiment de certains idiots utiles, la possession d'un livre lui-même pourra devenir un délit pour diverses raisons : des idées en contradiction avec la « doxa » ambiante, en invoquant l'écologie, la sécurité, la cohésion sociale...

 

Ce monde sans livres sera cauchemardesque, un monde d'écrans omniprésents, plus personne ne voyant le rapport avec « 1984 » d'Orwell ou « Le meilleur des mondes » de Huxley, un monde de masses humaines sans individualité ni liberté de conscience.

 

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen,

 

Amaury - Grandgil

 

photo extraite de l'adaptation de "Fahrenheit 451" de Truffaut prise ici

 

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