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Dalton Trumbo une vie pour l'écriture

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Un film de Jay Roach sorti aujourd'hui

 

politique, cinéma, dalton trumbo, écriture, littérature, amaury watremezMa cinéphilie doit beaucoup aux « équipes Notre Dame ». Mes parents en faisaient partie et deux fois par mois se réunissaient avec d'autres couples chrétiens. C'est ainsi que chaque jeudi ou vendredi je pouvais regarder un film passant ce soir-là, en douce. Du moins le croyais-je car les lampes de la télévision étaient encore brûlantes quand mes parents rentraient. J'ai pu voir de cette manière « Johnny s'en va-t-en guerre » de Dalton Trumbo, le film sorti en 1971 qu'il réalisa d'après son roman écrit en 1939. Cette œuvre extrèmemement originale racontant l'histoire d'un jeune soldat américain se faisant atrocement blesser durant la Première Guerre Mondiale transmet le mépris de la haine, de la violence et de toute guerre. Le spectateur se promène dans les souvenirs, rèves et fantasmes du jeune homme alors qu'en parallèle une infirmière s'aperçoit avec horreur qu'il est encore vivant et conscient....

 

Dalton Trumbo a été victime de la « chasse aux sorcières » lancée dans les années 50 contre toute personne soupçonnée de sympathie pour les communistes. Il fut l'un des fameux « Dix » qui refusa de dénoncer ses amis, d'autres n'ayant pas les mêmes scrupules, tel Elia Kazan ou Edward Dmytryk. Trumbo le dira plus tard, cette épuration de l'Amérique ne mena à l'arrestation d'aucun agent de l'étranger ou d'agitateur au service de Moscou mais elle détruisit de nombreuses personnes, familles et communautés. Il a été envoyé en prison et à sa sortie a recommencé à travailler pour le cinéma anonymement et souvent pour des boîtes de production de séries B dont celle des frères King qui produisirent néanmoins « Les clameurs se sont tues », un scénario de Trumbo pour lequel il récoltera son deuxième « Oscar » sous un faux nom après celui obtenu pour « Vacances Romaines » mis en scène par William Wyler....

 ...Notons que Dalton Trumbo, un des scénaristes les mieux payés de Hollywood en 1947, était communiste à la manière américaine, et que l'écriture et le cinéma comptaient pour lui autant sinon plus que ses idées ce qui est fort éloignée de ce que l'on attend d'un auteur « engagé ».

 

politique, cinéma, dalton trumbo, écriture, littérature, amaury watremezC'est Otto Preminger, réalisant « Exodus » d'après un scénario de l'auteur de « Johnny s'en va-t-en guerre », et Kirk Douglas, producteur de « Spartacus » de Kubrick, qui le sauveront de cette période difficile en révélant qu'ils travaillaient avec lui. Et en tenant bon contre la « Motion Picture of America », syndicat tout puissant à Hollywood dirigé par un acteur de seconde zone qui connaîtra une seconde carrière glorieuse trente ans plus tard, Ronald Reagan, et des colporteurs-ses de ragots comme Hedda Hopper, autre comédienne ratée qui se vengeait en jouant les commères du cinéma américain, dénonçant tous ceux soupçonnés de sympathies communistes. Preminger et Douglas sont deux hommes qui sauveront l'honneur, avec John Ford qui refusa tout net de participer à la commission des activités anti-américaines bien que plus à droit que MacCarthy lui-même dont un des séides se retrouva dans la même prison, mais lui pour un vrai crime, que celle de Dalton Trumbo.

 

Je ne suis pas communiste, je ne le serai sans doute jamais, mais je me sens pourtant une proximité immédiate pour Dalton Trumbo, beaucoup plus que je n'en aurais jamais pour des personnes partageant a priori mes idées. Ce qui le maintient en éveil, qui le sauve, c'est l'écriture et la littérature, la passion qu'il a pour l'une et l'autre ainsi que le soutien de ceux qui l'aiment et qui ne l'abandonnèrent jamais. C'est justement car pour lui ce sont deux enjeux existentiels que sa vie, et le film, se terminent sur un « «happy end ». L'imbécile pour qui la littérature et le cinéma ne sont que des divertissements, le cuistre assumant son inappétence pour les livres et les films, le sot ne percevant cela que comme un moyen d'édifier en les distrayant éventuellement les « classes dangereuses » ou les « masses populaires », ne comprendra évidemment pas mon point de vue.

 

Le film ne sombre pas dans l'hagiographie sirupeuse et grandiloquente. Il évoque les contradictions de l'homme, ses erreurs. Il est également d'une grande finesse dans la description des caractères de chaque protagoniste, finesse aidée par la justesse d'interprétation de tous les comédiens de Bryan Cranston qui joue Dalton Trumbo à Diane Lane qui incarne sa femme en passant par John Goodman, Hymie King. Il est réalisé par Jay Roach pourtant spécialiste jusque là des « grosses » comédies, la série des « Austin Powers » ou des « Mon beau-père et moi ». L'on en sort raffermi dans la nécessité absolue de rester indépendant, libre et de croire en la force de l'écriture. Elle ouvre des univers entiers, permet de mieux comprendre l'humain, de faire preuve de sensibilité réelle. Et cela les imbéciles prétendant la museler, la dompter, l'encadrer toujours au nom de bonnes intentions n'y parviendront jamais.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

Affiche française empruntée ici

 

image de Trumbo écrivant dans sa baignoire prise là

 

ci-dessous un extrait de « Johnny s'en va-t-en guerre »

 

 

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