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La haine de la Littérature à Nuit debout mais pas que

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Livre, nuit debout, politique, société, bêtise, censure, littérature, amaury watremezSi je conchie tous les idéologues, quel que soit leur camp, de droite comme de gauche, quels que soient leur alibi, c'est d'abord de par leur haine profonde de la Culture en général et de la Littérature en particulier, car celles-ci contredisent forcément leurs certitudes à un moment ou un autre. Généralement, la Révolution, la Réforme réputée indispensable des mœurs commence toujours par un bon petit autodafé, une censure au nom de bonnes intentions, toujours.

 

Poser la question de la censure, l'envisager, c'est déjà censurer.

 

La censure d'une œuvre se justifiera toujours au nom de la moralisation que les idéologues,théocratiques ou laïcs, prétendent imposer au reste de la société, bien entendu pour son bien. Et cela même si le reste de la société n'est absolument pas d'accord ou s'en fiche. Car les censeurs savent ce qui est bon pour le peuple.

 

A « Nuit debout », on n'est pas en reste et l'on y respecte studieusement cette « tradition » imbécile. On vient de mettre en place une bibliothèque, « Bibliodebout » (voir à ce lien l'article de la « bibliothécaire » deboutiste) mais, attention, dans un but militant, dans le but d'affermir un discours unique, et je cite « pour se changer les idées », dans l'optique de la conception classique des petits bourgeois de la Lecture : une occupation non productive étant forcément un loisir et rien d'autre. Dans l'esprit d'un militant ou d'un idéologue, la Littérature dont l'apport n'est heureusement pas quantifiable, qui ne sert à rien en tant que telle acquiert une utilité mesurable si elle sert la cause défendue....

 ....Sans doute « Camille Debout », l'auteur de l'article teinté d'une intolérance certainement inconsciente -j'espère- pour tout ce qui contredit son discours politique, mesurera-t-elle le rapport statistique entre les prêts de livres et le nombre d'adhésions supplémentaires à « Nuit debout » voire « l'encartage » à « Terra Nova » ou au PS . Cette attente de l'encart est sans doute l'explication de la mansuétude étrange du gouvernement ou de la mairie de Paris envers les occupants de la place de la République précisons le.

 

Au fond, il s'agit toujours et encore de faire l'édification des « classes dangereuses » incapables de s'élever sans l'aide de « pédagogues » improvisés qui se croient légitimes à le faire de par les privilèges matériels et sociaux dont ils ont bénéficié plus jeunes. L'on y montre un mépris constant pour la littérature dite de genre et les romans populaires.

 

Ce genre de censure se voulant « citoyenne » et cette conception étriquée de la Culture, et de la Littérature, se retrouvent dans l'esprit de la plupart des bibliothécaires formés ces dernières années. Ce n'est pas entièrement de leur faute, on leur serine constamment sur tous les tons, on les sermonne afin de coller à l'époque, et d'être au plus proche des préoccupations de la société moderne. Bien entendu, personne ne dit qui décide ce que sont ces préoccupations, celles-ci étant d'abord bien entendu celles des « bourgeois pédagogues » (je préfère ce terme à « bobo ») : le commerce « équitable », la question du « Genre », le sexisme masculin, le racisme, l'homophobie, le masochisme mémoriel constant, l'autoflagellation quotidienne etc....

 

Dans de nombreuses bibliothèques municipales l'on supprime déjà des rayons pour toutes ces raisons Bernanos, Nimier, Montherlant, Antoine Blondin, Céline, Mauriac, Yourcenar ( considérée comme trop bourgeoise élitiste, sic) etc...

 

Ce n'est pas l'apanage des morveux rebelles de la place de la République ou des bibliothécaires. J'ai pu constater également que des catholiques avaient encore la même conception des Lettres. A Paray le Monial, durant les sessions estivales de la Communauté de l'Emmanuel, où l'on est pourtant drôlement modernes et dynamiques, la librairie n'existe également que dans l'unique objectif de l'édification des mœurs. Et c'est la même sottise qui y domine. Ainsi, échangeant avec les libraires sur la présence de livres de Barbey d'Aurevilly je leur ai rappelé que ce n'est pas vraiment un auteur « exemplariste » ce qui a provoqué dans la journée le retrait immédiat des rayons des romans de Barbey et ma grande tristesse face à tant de bêtise.

 

On me rétorquera que la Littérature n'est plus vraiment un souci dans cette société où les lecteurs sont de moins en moins nombreux. Les adolescents ne lisent plus par goût, mais par obligation scolaire, à de rares exceptions. Les adultes se contentent de poser sur leur table basse de salon, en bonne vue, le dernier bouquin qu'il convient d'avoir lu pour se donner le genre intellectuel. Fort heureusement, il demeurera encore quelques atrabilaires, d'« effroyables réactionnaires » pour lire et conserver pieusement chez eux des livres car cela demeure pour eux un enjeu existentiel.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

image empruntée au Nouvel Obs

 

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