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Des imprudences politiques dangereuses

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à propos de « le Voyage d'Automne » de François Dufay aux éditions Tempus sorti en 2008

 

histoire, occupation, vichy, société, excuse, intellectuels, amaury watremezA droite de l'échiquier politique, l'on excuserait presque parfois le fourvoiement de certains écrivains et intellectuels pendant la Seconde Guerre Mondiale et l'Occupation au prétexte qu'avant et après d'autres auteurs ont été de fervents soutiens de Staline, Mao ou Pol Pot d'autres tyrans tout aussi sanguinaires qu'Hitler. Cependant, la sottise parfois meurtrière des uns n'excuse en rien celle des autres. Ce livre revient sur le voyage plus que malheureux de quelques auteurs en Allemagne à l'invitation des nazis et l'instigation de Goebbels lui-même en octobre 1941 :

 

Marcel Jouhandeau, « amateur d'imprudences » selon ses dires, diariste prolixe homosexuel marié à sa volcanique Elise, Abel Bonnard, éphémère ministre de l'Education de Vichy, Jacques Chardonne, l'auteur du magnifique « Epithalame », Robert Brasillach qui avait déjà produit son livre « les Sept couleurs » racontant sa découverte de l'Allemagne nazie des années 30, Ramon Fernandez, critique à « Je suis partout », viveur et séducteur et Drieu ce véritable génie des Lettres fasciné par l'abîme et le dégoût de sa personne...

 

Au moment de leur périple, d'aucuns comme entre autres Honoré d'Estienne d'Orves, de « leur » camp mourraient fusillés pour leur amour authentique de la Liberté. Et Hélie de Saint-Marc commençait ses ballades dangereuses qui le mèneront à la Déportation. Je songe également à Bernanos qui du « chemin de la Croix des Ames » se lance dans ses « écrits de combat » pour son pauvre pays. En période troublée il n'est que peu d'alternative entre le déshonneur et l'honneur. On vit soit l'un, soit l'autre, « l'entre-deux » est une chimère.

 

François Dufay raconte leur voyage d'agrément surréaliste en temps de guerre en Allemagne sous la conduite du SS Gerhardt Heller qui après la guerre dans ses mémoires souffrira d'amnésie sélective. L'auteur de l'ouvrage narre tout cela de manière totalement dépassionnée et sans aucun pathos ni jugements moralisateurs. Il ne fait que montrer des imbéciles talentueux se laissant prendre au piège des nazis de par leur infatuation et leur vanité. Le but officiel de tout cela est la création d'une association d'écrivains européens dans laquelle les français invités joueraient un peu le rôle d'instituteurs de tous les autres....

 

 

...Notons non sans ironie que la création d'une Europe fédérale dans laquelle les particularités des peuples seraient gommées est un idéal prôné par les nationaux socialistes, pseudo-idéal dont l'alibi est la préservation de la Paix sous la férule germanique, les peuples latins étant considérés comme « dégénérés ».

 

histoire, occupation, vichy, société, excuse, intellectuels, amaury watremezBien entendu les véritables visées de Goebbels et Heller sont toutes autres. Il s'agit surtout d'endoctriner quelques spécimens du « Monde d'avant » afin d'éradiquer l'influence civilisatrice de la France dans « l'Europe Nouvelle » du « Fûhrer » destinée à durer 1000 ans. Après la guerre, pour se justifier les « voyageurs » prétendront qu'il s'agissait de faire libérer des écrivains français prisonniers alors que le sujet ne fût jamais abordé avec les vainqueurs de la « Campagne de France » et de la « drôle de guerre ». Cela n'empêche pas Heller qui est homosexuel de batifoler avec Jouhandeau sans doute pour joindre l'utile à l'agréable.

 

Chardonne s'avère à la lecture de ce livre un soutien sincère de Hitler et du nazisme, rencontrant Pétain afin de l'encourager à l'alliance avec l'Allemagne contre les américains et les russes. Brasillach y est un « fort en thème » dépassé par le réel, ce foutu réel très différent de ses descriptions enflammées, il oublie d'évoquer dans ses instantanés littéraires de Weimar ces bâtiments grisâtres tout proches dotés de cheminées géantes. Abel Bonnard est de ces minables opportunistes profitant des évènements afin d'accéder au poste qu'il estimait lui revenir de droit.

 

Dufay raconte divers épisodes tragiques et comiques de l'excursion, ces moments « gênants » aussi quand les « invités » de Goebbels par exemple tombent sur des prisonniers français épuisés et affamés en gare de Mayence et lorsqu'ils croisent des juifs squelettiques n'étant plus que les ombres d'eux-mêmes en Rhénanie. Ces messieurs sont alors comme tous les larbins contents de survivre même sous le joug, ils sentent bien leur déshonneur mais se justifient bien vite par quelques mots hypocrites et lénifiants sur ces moments fugaces.

 

Seul Robert Brasillach, le moins cynique, le plus sincère malgré ses errements, sera puni (il eût fallu punir également pour les mêmes motifs les fonctionnaires de Vichy tels René Bousquet...ou un certain François Mitterrand). Son emprisonnement et son exécution lui inspireront les poèmes de Fresnes, beaux dans leur pathétique. Chardonne survivra de par ses relations et surtout grâce à son fils authentique résistant. Jouhandeau deviendra une figure proto-« people » avant l'heure, Montherlant finira par se faire sauter le caisson mais beaucoup plus tard. Drieu se suicidera en 1945 après avoir écrit son ultime et magnifique livre le « Feu Follet » allant jusqu'au bout de son dégoût de la triste humanité.

 

Ce « voyage d'automne », ces compromissions sans vergogne, me font penser à d'autres, en 2016, celles de tous ceux, auteurs, créateurs, « intellectuels » excusant l'Etat Islamique pour telle ou telle raison, minimisant ses actes de haine pure, ses massacres, son embrigadement des plus vulnérables. Surtout afin de promouvoir l'image qu'ils se font de leur ego...

 

Image de la couverture empruntée là

photo célèbre de l'agence Roger-Viollet du « voyage » prise ici

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

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