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La Danse, les Corps, la Civilisation

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« Tu quoque » vas tu dire ami lecteur...

 

Benoite_Fanton___Opera_national_de_Paris-2015-16-TOMBE-031-362x242.jpgC'est à peine croyable tu vas le voir, moi le contempteur des « bourgeois pédagogues », des « bobos », je suis allé voir par l'entremise d'une bonne fée un spectacle ayant certainement obtenu les quatre petits bonhommes souriants de « Télérama », un spectacle de danse réellement magnifique en trois parties, trois créations très différentes (voir le programme à ce lien) trois projets initiés par le directeur démissionnaire de l'Opéra Benjamin Millepied, chorégraphe portant un nom adapté à son métier :

 

« Tombe » de Jérôme Bel,

 

« La Nuit s'achève » une chorégraphie de Benjamin Millepied sur une musique de Beethoven,

 

« Les Variations Goldberg » de Bach magnifiquement interprétées et mises en danse par Jerome Robbins.

 

L'Opéra est un lieu magique qui se mérite, comme tous les théâtres et les salles de concert, un lieu de civilisation, de Beauté, d’élévation de l'âme, où celles-ci sont presque tangible. Le public présent ce soir-là n'était pas uniquement composé de privilégiés remplis de prétentions, bien loin de là. J'eus la surprise d'y croiser des personnes « toutes simples » selon l'expression mêlées aux habituels guignols de la « Haute » trouvant les spectacles « tellement bêênédictin ma chérie », « tellement contemporain »....

 ...Devant les marches de l'Opéra, un chanteur faisait la manche, un pseudo-améwicain selon ses dires se lançant dans la reprise de diverses « scies » du genre de celles entendues sur les radios FM, ponctuant son tour de chant de « Je souis tcharlie » censés lui apporter plus de pognon dans sa sébile...

 

la_nuit_3.jpg%3Fitok%3DE8g75FgDAprès avoir été fouillés à l'entrée, après avoir songé également au fait qu'il pouvait prendre à un taré fanatisé et décervelé de venir faire quelques « cartons » dans la salle, nous sommes entrés dans nos « baignoires », tout près de la scène d'où nous voyions les coulisses ce qui était formidable également.

 

Dans « Tombe » Jérôme Bel propose des duos improbables entre un danseur étoile et une personne qui normalement ne serait jamais montée sur scène : une caissière de supermarché, Henda Traoré, une jeune femme en fauteuil roulant, et une vieille dame spectatrice assidues des ballets de l'endroit. Si la première partie était un rien envahie de bons sentiments et si l'on peut reprocher à l'ensemble un côté spectacle de patronage, la deuxième montrant cette personne handicapée dansant une partie de « Giselle » était superbe. Il ne demeurait que la beauté de deux corps. La troisième avec la vieille dame était émouvante. Elle retrouvait des instants fugaces de grâce et dans son regard l'on voyait la joie qu'elle ressentait de tant de beauté exprimée...

 

« La nuit s'achève » souffrait d'un pianiste peut-être un peu plat dans son interprétation de Beethoven joué sans vraiment de passion, un comble pour ce compositeur, jusqu'à « l'allegro ». Cependant la création d'une modernité pour une fois réjouissante, ne reniant rien du classicisme pourtant, de Benjamin Millepied était d'une beauté à couper le souffle. Les corps des danseuses et de leur partenaires écrivaient dans leurs mouvements tout ce que la musique de Beethoven inspire à celui l'écoutant attentivement, et ils dessinaient aussi ce qui est l'essence même de notre culture.

 

Les corps n'y étaient plus comme ils le sont dans le grand « Barnum consumériste » qui est le nôtre des « machines » à jouir, à bouffer, à boire et baiser...

 

GoldbergVariations_thumb.jpg?width=482&height=272&ext=.jpg« Les Variations Goldberg », l'apogée de la soirée, débutaient par une esquisse de danse, un « croquis » rapide en noir et blanc. Le tout était comparable au travail d'un peintre créant progressivement une toile de plus en plus colorée, de plus en plus détaillée. Cette fois l'on ressentait la jubilation de la pianiste déliant les variations, les interprétant librement sans aucun carcan. Jusqu'à un final grandiose réunissant tous les danseurs sur scène, me laissant ami lecteur pantois devant tant de Beauté pure ainsi que la dame africaine avec qui je partageais ma baignoire.

 

Lorsque nous sortîmes dans la nuit parisienne encombrée de klaxons, de « festivus festivus » en patins à roulettes passant bruyamment vers les grands boulevards, je n'entendais plus le chanteur améwicain qui était toujours là devant trois poivrots en goguette, je me fichais complètement des ricanements de quelques touristes en vadrouille prenant des « selfies » devant une « cariatide » de Garnier, j'étais transporte, éperdu, ayant presque oublié la médiocrité de nos temps tellement plats, tellement peu doués pour la finesse...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury Watremez

 

Illustrations du haut vers le bas : 

 

photo de « Tombe » empruntée ici

 

illustration sur « la nuit s'achève » prise là

 

photo sur le ballet des « Variations Goldberg » piquée à ce site

 

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