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La toute dernière aventure de Steed

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Patrick MacNee est mort, avec lui c’est encore un pan d’un monde moins cynique qui disparaît…

 

3034819689_1_2_sYeATDAb.jpgLe vieil homme était dans son salon à relire encore une fois un volume de Tennyson, son auteur préféré. La soirée était douce sous le ciel de Californie, au « Rancho Mirage », et au loin il entendait ses chevaux hennir de temps à autre. Soudain il entendit un bruit étrange, celui d’un coup de fouet déchirant l’air et juste après le vacarme de la porte d’entrée principale tombant au sol, cela lui disait quelque chose mais il n’arrivait pas à se souvenir quoi. Il reposa le livre qu’il lisait, encore ce bruit suivi de celui plus sourd d’un corps s’effondrant, celui de son infirmière supposa-t-il ! Et un pas lourd montant les marches de l’escalier menant vers la pièce où il se trouvait…

 

…Un cybernaute ?

 

Mais le docteur Armstrong était mort depuis longtemps  ainsi que toute sa parentèle connue des services de sa majesté. Le professeur Penrose était quant à lui enfermé dans un hôpital psychiatrique depuis plus de quarante ans. Il se dit qu’il était un vieil homme perdant la tête. Il s’apprêtait à reprendre sa lecture quand il se remémora l’étrange visite de cet homme tellement affable qu’il avait reçu il y a deux jours....

...C’était un quadragénaire au crâne dégarni, un de ces hommes entre deux âges, le nez chaussé de lunettes, un cadre supérieur interchangeable. Il était vêtu d’une veste noire avec de légères bandes blanches, de chaussures de golf et arborait au revers un macaron représentant un bicycle de l’ancien temps. Il était accompagné d’un majordome nain, mutique, impassible, très brun. Celui-ci s’était tenu à distance respectueuse tout du long de l’entretien. Le vieil homme avait commencé par demander à son maître la raison de sa visite :

 

- Mais parce que vous êtes un des membres les plus prestigieux de notre petit Village Steed, avait-il répondu avec un large sourire faux.

 

Le vieil homme n’avait pas eu l’impolitesse de le contredire et de lui faire remarquer sa faute de goût. Il ne s’appelait plus comme cela depuis longtemps. Il sourit donc cordialement, de cette cordialité excessivement polie que la plupart des aspirants à la maîtrise du monde qu’il avait combattu avec ses compagnes trouvait à juste titre extrêmement insolente. Son interlocuteur ne semblait pas assez fin pour le comprendre. Il débita quelques phrases de politesse convenue et en vint enfin au fait :

 

- Nous voudrions que vous soyez des nôtres Steed, à la direction du Village. Cela vous assurerait une vie beaucoup plus longue je vous assure, affirma-t-il en croyant nécessaire d’appuyer cela d’un clin d’œil que le vieil homme jugea très vulgaire.

 

Avant de le faire reconduire à la porte par son infirmière, Rhonda, l’ancienne « assistante » de « Mère-grand », il lui demanda ce qu’il entendait par « village » ce  à quoi son interlocuteur lui répondit : « Mais voyons, ce petit monde qui nous entoure cher ami ». Il avait engagée Rhonda naturellement à la mort de son supérieur dans des circonstances non résolues à ce jour. Elle était d’une loyauté sans failles et d’une capacité d’écoute qui lui plaisait. De plus, elle savait fort bien choisir le Champagne. L’homme ne cilla pas, son majordome le suivit sans difficultés. Avant de sortir, il l’avertit néanmoins sinistrement :

 

- C’est dommage, Steed, mais telle est votre volonté, vous auriez été à l’abri de mauvaises surprises…

 

images-2.jpegLe vieil homme savait qu’il ne pouvait pas fuir, il adopta donc dans son fauteuil la position qu’il jugea le plus digne possible en entendant pour la dernière fois ce bruit terrifiant d’un fouet coupant l’air en deux. La porte du salon s’abattit par terre avec  fracas, et un être à l’apparence humaine fit irruption dans la pièce. Il savait bien que ce n’était qu’une apparence, qu’il avait affaire à un robot. Connaissant l’orgueil démesuré des mégalomanes il savait que celui-ci allait forcément satisfaire sa curiosité sur le sort d’Armstrong et Penrose.

 

L’androïde portait un fuseau court et moulant et un T-shirt violet des plus inélégants, mais c’est l’époque qui l’était, il ressemblait à ces « joggers » qu’il voyait passer entre les maisons toutes semblables des banlieues riches qu’il lui arrivait de traverser. L’être humain moderne se dit-il, ne réfléchit plus, ne pense plus, ne rêve plus, ne se réjouit plus, ne s’attriste plus, il court comme une souris blanche dans son labyrinthe. Le robot avait un sourire grotesque tout en dents trop blances figé sur le visage, et sa peau avait des reflets plastiques extrèmement inesthétiques :

 

-Je suis le petit neveu du docteur Armstrong Steed, j’ai retrouvé les plans et notes de mon grand oncle. J’ai repris ses travaux avec beaucoup plus d’ambition et réussi à greffer un cerveau sur un organisme cybernétique parfait, nous avons déjà commencé la production à grande échelle et rien ne nous arrêtera cette fois-ci très cher.

 

Le vieil homme n’émit cette fois aucun doute, il se contenta de sourire. Et lorsque l’autre leva le bras sur lui afin de lui briser le cou, il eût une dernière pensée pour « madame Peel », si belle, mais mariée. Il se dit qu’ils auraient dû laisser les convenances de côté mais peu lui importait maintenant…

 

Amaury  - Grandgil

 

Image du haut prise ici

 

Image du bas empruntée

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