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Piéton dans le Paris littéraire et historique

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À propos de « l'Invention de Paris - il n'y a pas de pas perdus » de Eric Hazan en « Points Seuil »

 

histoire, Paris, société, péquenots, nostalgie, littérature, eric hazan, amaury watremezOn dit d'un trésor qui est découvert qu'on « l'invente », Paris est « inventée » et « réinventée » chaque jour par celles et ceux qui aiment cette ville. Eric Hazan, éditeur curieux, écrivain, dans ce livre dense et extrêmement documenté, et agrémenté de citations de tous les écrivains ou presque ayant écrit sur la ville, se promène dans ce Paris littéraire et réel sans cesse « réinventé » au sens de redécouverte d'un trésor. Ce trésor est toujours là malgré les centaines de mètres carrés des immeubles plus ou moins abandonnés des « beaux » quartiers, de la « façadisation » odieuse (« maquiller » un bâtiment en ripolinant l'extérieur), de la « bobolisation » de nombreux endroits, malgré les putes de luxe et autres gigolos de salon....

 

Il suffit de vouloir regarder dans la bonne direction, d'accepter de se perdre dans des rues encore préservées, il y en a encore, d'accepter d'oublier son ressentiment contre les « bourgeois pédagogues » transformant progressivement Pantruche en conservatoire à la fois social et culturel, en musée à ciel ouvert. Et bien sûr, ceux qui ne vont à Paris que pour baver à la fois d'envie et de rancœur, un peu comme ces Tartuffes l’œil rivé sur les trous de serrure des chambres des couples tout en ne perdant pas une miette de leurs ébats supposés ou réels tout en les qualifiant de pécheurs, les anathématisant et les jalousant maladivement dans le même temps, ne me comprendront pas.

 

Cet ouvrage a pourtant failli faire partie de mes « pages 61 » : effectivement curieusement quand un bouquin me tombe des mains je l'abandonne toujours à la page 61. Il faut s'accrocher un peu afin de « rentrer » dedans du fait de la multiplication des notes de bas de pages ce qui en rend parfois la lecture un peu malséante. Et puis Paris, mon Paris, était bien loin quand je l'ai commencé, et je ne voulais pas éprouver le chagrin d'avoir perdu cette ville. Cela n'aurait pas servi à grand-chose. Ce livre me tombait des mains non pas par trop d'éloignement mais car il m'était trop proche, je suis aussi un de ces piétons de Paris en ayant arpenté les artères inlassablement...

...Je suis considéré comme fou car aimant la capitale passionnément, et dans tous ses aspects. En province encore maintenant, Paris suscite à la fois la haine et la fascination. L'on s'étonnerait de constater à quel niveau de complexes d'infériorité de nombreux provinciaux en sont encore resté, quels clichés, quels lieux communs sur la figure honnie du « parisien » à qui l'on voudrait ressembler tout en le rejetant dans les limbes. Le parisien est arrogant, vaniteux, prétentieux, méchant, il « cherche la merde... » ainsi que je l'ai entendu, quand il n'est pas soupçonné des pires travers moraux.

 

histoire, Paris, société, péquenots, nostalgie, littérature, eric hazan, amaury watremezC'est un peu comme aimer une femme, l'on s'aperçoit souvent que ce que l'on aime chez elle, ce sont aussi ses défauts. On me dira que comparer un endroit à une femme est tellement galvaudé, mais cela correspond également à mon histoire personnelle, et que ce soit à Saint Michel ou devant l'Opéra, dans l'aire des « Grands Magasin » ou à Montmartre il m'arrive de croiser de charmants fantômes aux yeux couleur de la Mer du Nord :

 

Des yeux de jeune femme selon la définition de Roger Nimier dans « le Hussard Bleu », des yeux couleur de l'eau dans laquelle se sont noyés tant de soupirants malheureux et dont le corps sont maintenant charriés par des vagues couleur ciel d'hiver.

 

Eric Hazan se balade avec nous aussi dans l'histoire turbulente de la ville, en évoquant quelques unes des révoltes qui y naissèrent, en racontant la « Commune » réprimée dans le sang par la IIIème République positiviste, et « la Fronde » qui entraîna la méfiance constante du Roi pour les « grands » du Royaume qu'il musela en les faisant se battre pour être « porte-cotons », le mur des « Fédérés » et les Barricades qui étaient pourtant ainsi qu'il le dit là plus pour le symbole que pour réellement protéger les barricadés. Il raconte les occupations étrangères, les quartiers comme celui des Champs Élysées où celles-ci étaient toujours considérées comme préférables au « désordre » et à la justice pour les « classes dangereuses ».

 

A Paris, je parle du vrai Paris, pas celui des péquenots montés en grade s'y étant acheté un « pied à terre » et persuadés d'en être devenus les maîtres alors que seulement « parvenus », l'on ne sera jamais docile comme on l'est en province où beaucoup face aux puissants ressemblent à leurs ancêtres en blouse de coutil serrant leur casquette fébrilement entre leur mains en attendant quelque faveur de « not' bon maître ».

 

Couverture du livre empruntée ici (sur amazon.fr)

 

Illustration venant de (site « Terres d'écrivains »)

 

Sic Transit Gloria Parisii, Grandgil

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