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Les pâtés et les fruits secs – les complexes de la bonne éducation

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1311553-Honor%C3%A9_de_Balzac_les_Illusions_perdues.jpgPortant le même prénom qu'un des derniers rois latins de Jérusalem, ce que mon entourage suppose de ma personnalité et de mon éducation vient très vite. Je suis très rapidement qualifié de petit bourgeois, je suis un « héritier », et l'on me croit perdu dans un nuage intellectuel et spirituel largement au-dessus des autres. Cela suscite aussi la sottise d'assez nombreuses fois, le rejet, et permet aux imbéciles de se justifier de leur antipathie à mon égard, mon éducation les ramenant à leurs complexes. Car en plus je suis bien éduqué, cela dit je ne suis pas le seul, et ce n'est pas l'apanage des milieux aisés contrairement à tous les préjugés la liant à l'aisance matérielle, mais pourquoi devrais-je en avoir honte ?

 

A chaque fois, pour m'empêcher de ressentir celle-ci, je songe à ces lignes de la « Comédie Humaine » découvertes au collège sur la différence entre les « pâtés » et les « fruits secs »...

...C'était quand j'étais en cinquième, notre professeur de français, un enseignant « à l'ancienne » en blouse, adepte de la bonne orthographe et de la bonne phrase, nous avait fait faire une dictée d'après un texte de Balzac, extrait de « Illusions perdues » et décrivant un personnage aristocratique mais sans le sou n'ayant dans son cas d'étudiant que des fruits secs et des petits fromages d'Olivet (des fromages de chèvre), denrées rares au XIXème siècle, et regardant chaque midi avec envie ses camarades enfants de bourgeois parvenus dévorer des rillons et pâtés en croûte certes beaucoup moins raffinés mais plus consistants pour satisfaire l'appétit féroce d'adolescents dans la force de leur jeunesse.

 

Pour manger à sa faim, et être admis comme ami par les autres potaches, il aurait bien envoyé par dessus les murs la morale aristocratique et son rafinnement...

 

Il en conçoit paradoxalement beaucoup de complexes malgré son éducation largement supérieure à ses condisciples et le désir de leur ressembler ce que bien sûr il ne parviendra jamais à faire, n'ayant pas conscience de ce qu'il avait reçu dans son enfance, infiniment plus enrichissant intellectuellement et spirituellement, libérateur aussi, pour un enfant ou un adolescent. C'était humain de sa part, il souhaitait juste être comme les autres, faire partie d'un même ensemble. C'est tellement plus inconfortable de se savoir en dehors du groupe, c'est un sentiment normal, tout être humain est aussi et ce malgré toutes les dénégations qu'il fera un être social ayant besoin de son prochain...

 

(Nota Bene : oui ami jeune, à l'époque on faisait des dictées en cinquième, et extraites de textes « classiques » réputés d'un trop haut niveau pour toi de nos jours. Nous n'étions pas plus intelligents que toi, ni moins, pourtant.)

 

Ce texte de Balzac montre que déjà la bonne éducation, et il existe bien une bonne éducation malgré tous les lieux communs de notre époque sur le sujet relativisant tout ce qui est élevé, nivelant ou tentant de le faire tout ce qui dépasse, celle qui transmet des valeurs aux enfants, une culture, un art de (bien) vivre, d''altérité réelle, est parfois bien plus « complexante » que la mauvaise, la vulgaire, « l'éducation » à l'avidité, celle consistant à transmettre aux enfants les frustrations des parents, leurs carences, leurs manques. Tout ce qui engendre la rancœur, la haine et l'agressivité, nourrissant aussi le darwinisme social, encourageant la compétition abjecte entre les individus, et la dynamique de cette société sans âme.

 

Avant on préférait parler de « décence », de « morale » (je mets les mots entre guillemets ami lecteur car tu n'as plus l'habitude de les lire)...

 

Sic Transit Gloria Balzacii, Grandgil

 

Post scriptum : rien de plus politiquement incorrect (je me tresse moi-même des lauriers je sais bien, je sais bien) que d'aborder cette question

 

image prise sur l'encyclopédie Larousse à ce lien

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