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Manchette au cinéma

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à propos de « les yeux de la momie », « Chroniques Cinéma » de Jean-Patrick Manchette chez « Rivages-Noir » (Payot)

 

Je parle aussi de Manchette à ce lien

 

cvt_Chroniques-cinema_8562.jpegJ'aime bien ce qu'écrit Manchette sur la Littérature, sur l’Écriture et maintenant aussi sur le Cinéma, ami lecteur, je n'y peux rien même s'il est, apparemment, aux antipodes de mes convictions et de ma foi. Je ne vais quand même pas m'en excuser. J'aime beaucoup son « Journal » où il raconte sa vie de lecteur et aussi d'écrivain, ses « petits boulots » de traducteur, toujours pris au sérieux cependant, ses relations avec le milieu déjà endogame de l’Édition, et irrigué par le copinage, à de rares exceptions, avec celui du cinéma et ses producteurs s'en foutant (du cinéma), à de rares et notables exceptions là aussi, songeant surtout au fric et au femmes que cela leur permet de se payer.

 

D'aucuns le qualifient de « puceau hypokhâgneux » découvrant le polar en gros pour s'encanailler, d'autres le trouvent un peu trop à gauche pour leur goût. Sur la première objection, je ne vois pas trop pourquoi un diplômé n'aurait pas le droit de s'intéresser à la littérature dite « de Genre », sur le deuxième point, il savait en tout cas largement transcender ses opinions car ami, entre autres, avec ADG, un auteur plutôt à droite-droite. Et puis je me sentirais toujours plus proche d'un type ayant au moins des idéaux, un rêve en tête, fût-ce une utopie dont on sait ce qu'elles donnent généralement lorsqu'elles sont mis en pratique, au lieu que « des petits jeunes gens réalistes » ayant intériorisé le cynisme abject de ce monde....

...Grâces soient donc rendues au dossier du mois sur le polar du « Magazine Littéraire » feuilleté distraitement en salle d'attente cette semaine (la miséricorde du Très Haut soit sur eux malgré leur propension à rajouter à leurs signatures leurs titres universitaires longs comme des jours sans pain). Ils évoquent ce recueil de chroniques, court, agrémenté d'une partie du « Journal » de Manchette sur le cinéma, moins intéressante à mon goût, petit livre que j'avais le malheur de méconnaître jusque là.

 

L'extrait du « Journal », de 1978, est constitué de notes intellectualisant un peu trop à outrance le cinéma pour l'essentiel avec de temps en temps des fulgurances cependant intéressantes. Les chroniques rédigées pour « Charlie Hebdo » en 1980 venant ensuite sont bien plus passionnantes.

 

Pour une raison simple...

 

jean-patrick-manchette-111564-250-400.jpgManchette aime le cinéma, et il a envie de faire partager son plaisir à s'être fait « une toile ». Il aime le « cinoche » : la suspension d'incrédulité, il aime être ému sans se retenir, rigoler, réfléchir, avoir peur. Il aime les salles de quartier, la proximité des autres spectateurs, car le cinéma se voit sur grand écran et non tout seul devant sa téloche, fût-elle un super gadget coins carrés. Il loue dans sa première chronique les « petits » films oubliés par la critique qui les méprisent car trop « populaires », d'un auteur n'ayant pas « la carte » tout en rappelant opportunément que c'est aussi et d'abord une industrie de divertissement s'étant développée au moment de la Grande Crise pour faire oublier aux pauvres les malheurs du temps, et aussi de regimber face à ceux-ci.

 

Il se moque du cinéma français, cinéma pour « cadres » selon lui, et de plus en plus à son époque déjà, avec des histoires de CSP ++, leurs problèmes de nombril, de Q aussi, leurs histoires de coucheries en « Range Rover » et en résidence de luxe. Il pourrait rajouter à la liste les films pour cadres où ceux-ci se prennent pour des dames patronnesses et s'imaginent faire du social en allant voir par exemple « la Tête Haute » d'Emmanuelle Bercot ou « La Loi du Marché » ce qui ne les empêchera pas ensuite de considérer comme inéluctable et salutaire la mondialisation économique et ses « dérives » ensuite...

Il est, comme tous les critiques de cinéma, et tous les amateurs éclairés d'icelui, extrêmement subjectif dans ses choix et remarques. Il se trompe à mon sens sur le cinéma des années 70 et 80, pas uniquement commercial, et semble convaincu qu'après Fritz Lang ou Erich Von Stroheim il n'y a plus de vrais créateurs, et après Louis Brooks plus d'actrices, faisant une exception au moins pour Fassbinder. Il est probable également que son dégoût quant aux films de son temps provienne du massacres que furent les adaptations de ses livres à l'époque...

 

On lui pardonne sa subjectivité, c'est ce qui fait l’intérêt des écrits sur les films, tels ceux de Pauline Kael, ça intéresse qui de toutes façons un critique qui se contente de faire du service après-vente en somme ?

 

Couverture du livre prise ici

image du bas empruntée

 

Sic Transit Gloria Celluloidum

 

Grandgil

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