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Tant qu'il y aura des hommes (et des femmes) pour tourner des films

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cinéma,société,nostalgie,hommes,amaury watremezA propos de « Le cinéma infiltré » de Grover Lewis aux éditions Capricci (2015)

 

Grover Lewis est du Sud profond, il écrivait dans « Rolling Stones » et avait exactement le même genre de personnalité que Hunter Thompson : un électron libre insolent, buvant sec, à la vie cabossée, se fichant des convenances sociales ou de sa réussite dans une société de larbins matérialistes ne songeant qu'à leur survie et rien d'autres. Sur la couverture de l'ouvrage l'éditeur, pour être certain que l'on ait bien compris le lien avec le « Gonzo » indique en sous-titre « Un nouveau journalisme », cela évoquant encore quelque chose même pour un lecteur régulier des « Z-inrocks ». On ne leur en voudra pas de faire dans la pédagogie en couverture de ce recueil d'articles et chroniques écrites entre 1971 et 1990.

 

Il était indifférent aux adulations obligatoires, il voulait savoir de lui-même ce que les créateurs d'univers sur celluloïd avaient dans le ventre d'homme à homme, et il aimait profondément écrire, tout en étant aussi passionné de cinéma. C'est ma foi normal, si on aime vraiment la littérature on ne peut qu'aimer le cinéma. Je parle bien de cinéma ici ami lecteur, aller regarder un film dans une salle obscure avec d'autres, vibrer avec eux, manière de concrétiser la « caverne » de Platon en « widescreen » et son « Dolby »....

....Cela n'a rien à voir avec la vision égoïste d'un film en dévédé dans son salon bien calé dans un fauteuil sur un écran de télévision qui même soit disant géant sera encore bien trop étriqué.

 

Il raconte le tournage entre autres de « The Getaway » (« Guet-apens ») de Sam Peckinpah avec Steve McQueen et Ali McGraw. S'il s'entretient avec les vedettes et le réalisateur en leur parlant d'égal à égal, picolant sec avec le réalisateur de « la Horde Sauvage », il ne s'en tient pas là, à ce que l'on n'appelait pas encore les « pipeaules ». Il esquisse également le portrait d'anonymes, figurants et acteurs occasionnels, vieux cow-boys décatis mais encore dignes, fantômes des légendes de « la Frontière » et serveuses de « dinners » chromés dans des bleds désertiques, jolies filles croyant au mirage hollywoodien, un temps. Et il manque Robert Evans, autre grand fêlé et géant du cinéma, et ex-mari d'Ali McGraw quand le film est mis en boîte, celle-ci finissant dans les bras non pas de Ryan O'Neal comme dans « Love Story » mais de Steve McQueen.

 

Acteur improvisé dans « la dernière séance » de Peter Bogdanovuch, il rencontre la caustique Cloris Leachman, traîne dans le bled pourri -un péquenot est partout un péquenot quel que soit l'endroit dans le monde- servant de décor à la première œuvre du réalisateur avec la fausse ingénue Cybill Sheperd reconnaissant « savoir comment subvenir à ses besoins » selon la périphrase qu'elle emploie pour parler de ses amants plus âgés. Il parle de Slim Pickens, vu dans « Docteur Folamour » de Kubrick, qui considère le film qu'ils tournent tous les deux comme son dernier rodéo. Il fait vivre la poussière de la piste, le désert au loin, et les reliques des indiens non loin. Jeff Bridges, « jeune premier » du film déjà étrangement mature, y est son compagnon de rêverie et de nostalgie.

 

Comme d'autres préfèrent siroter plutôt des « boissons d'hommes », il a surtout de l'appétence pour les films sentant la sueur, remuant les entrailles, exhalant une masculinité « à l'ancienne » n'étant pas exactement celle des « métrosexuels ». Ce n'est pas non plus cette homosexualité latente des types soucieux « des amitiés saines et viriles », prenant des douches avec leurs potes, affolés dés que quelqu'un met leur masculinité en doute. Un homme, un vrai, n'a pas besoin de prouver sa virilité, tel Robert Mitchum dans un de ses derniers films, il va le voir à Boston sur le tournage de « les copains d'Eddie Coyle » de Peter Yates, « film noir » selon la tradition, un des derniers. Il s'amuse à l’hôpital public de l'Oregon avec Jack Nicholson sur le plateau de « Vol au-dessus d'un nid de coucous » de Milos Forman.

 

cinéma,société,nostalgie,hommes,amaury watremezIl y a un personnage majeur dans le livre, c'est l'Amérique dans toutes ses contradictions, « terre sainte » de l'auteur. Pas forcément celle de Norman Rockwell, pas précisément « l'Americana », elle ressemblerait plus exactement à celle invoquée par les extraordinaires photos de Walker Evans dans le livre de James Agee sur les ravages de la Crise de 29, « Louons maintenant les grands hommes » : les États-Unis des « hobos », des déclassés, des pauvres, des laissés pour compte, des « losers » héroïques des films de John Huston, ou Cimino, très loin des clichés (Mitchum sera l'interprète principal du faux pasteurs dans son meilleur film adaptant un des scénarios d'Agee : « la Nuit du Chasseur »).

 

Et maintenant que tu as lu cette petite chronique ami lecteur qu'est-ce que tu attends pour aller acheter ce livre ? Ou le voler (si tu es fauché) ?

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen.

 

Image de la couverture, site de l'éditeur

Affiche de « la Dernière Séance », site c-discount

 

Grandgil

 


Bande-annonce : Le Guet-Apens - VO par PremiereFR

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