Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sociabilité d'un misanthrope ou « chercher un homme »

Imprimer Pin it!

politique,société,spiritualité,pauvres,précarité,amaury watremezJ'ai mes amis, et amours me prenant et m'acceptant avec mes défauts et mes qualités, connaissant mes faiblesses et aussi et mes qualités, et il y a les autres...

 

...Dans la vie et les salons mondains où l'on cause j'ai en effet la réputation d'être un emmerdeur infréquentable, asocial, incapable de respecter le contrat silencieux imposant l’obéissance à des compromis de comportement, des petits arrangements pour ne choquer personne, le respect des hiérarchies de groupes. Au mieux, je suis « l'écorché vif » de service sur le « mal-être » duquel on ergote et discute des heures et des heures, il serait plus simple de m'accepter tel que je suis mais cela demanderait de renoncer à des certitudes et préjugés.

 

Évidemment, il m'est très difficile de me constituer de nouvelles amitiés et mondanités avec un tel comportement. Par contre, étrangement, j'ai toujours eu une extrême facilité pour discuter, échanger, avec les clochards, les « sans abris », les « gens de peu » comme les appellent les « gens de rien »....

 

illustration : blog "instinct de survie"

 

 

 

 A Évreux, j'ignorais les notables, les respectabilités, les roitelets de province mais je connaissais toutes les « cloches » du coin, je préfère cette appellation à l'hypocrite « SDF ».

 

Ce n'était pas nouveau, à Paris plus jeune je préférais déjà les déclassés, les rejetés, les hors normes...

 

politique,société,spiritualité,pauvres,précarité,amaury watremezLa plupart étaient surpris que non seulement un quidam plus ou moins nanti, plus qu'eux en tout cas, les regarde en face et leur parle comme à des êtres humains, mais qu'en plus ils les considèrent en égaux. Ils ont l'habitude du petit bourgeois qui passe sans même leur jeter l'aumône d'un regard, des propriétaires les dédaignant et les craignant comme « classes dangereuses », de la vieille dame les scrutant avec effroi en sortant à petit pas de la pâtisserie avec ses « saint Honoré ».

  

Et bien sûr il y a aussi celui se la jouant saint François d'Assise consentant un instant à se mettre à la hauteur des pauvres diables auxquels il consent sa pitié. Lorsqu'il en a fini il est satisfait, son orgueil est sauvegardé, il peut s'en aller les yeux rivés à son ego de bonne taille des larmes dans les yeux en songeant à l'immense bonté dont il croit avoir fait preuve.

 

Je ne les idéalise pas les « cloches », ils sont humains donc faillibles, pleins de faiblesses ainsi que décrits par Patrick Declerck dans l'excellent livre, malgré son anti-christianisme virulent, « les naufragés, avec les clochards de Paris ». Il décrit leur violence, leur bassesse parfois également. La pauvreté matérielle n'est pas, n'a jamais été cet état idéal et angélique fantasmé par certains ne l'ayant vécu ou subi. Elle est dure à vivre et ne fait pas changer la nature humaine. Elle reste rigoureusement la même.

Souvent pitoyable.

 

Ces « invisibles » des rues ne sont pas le seuls. Il en est d'autre jamais évoqués bien que tout le monde connaisse leur existence, ceux qui ont encore un toit sans pour autant manger à leur faim, ceux qui essaient de faire comme si mais n'y arrivent plus, seuls et isolés, abandonnés de la société. Ils font désordre dans le tableau d'un monde se voulant au nadir du progrès et de l'histoire humaine. La plupart singent la normalité, ils ne veulent même pas de la compassion ou de la simple empathie de leurs semblables. Ils « vivent avec » selon la formule con-sacrée.

 

Il n'y a guère que les « inadaptés », les « écorchés vifs » dans mon genre pour les évoquer, s'en préoccuper. Les sages, les personnes bien intégrés, dans le moule des convenances les méprisent. Et être un « écorché vif » permet d'en être proche sans afféterie ni ostentation ou volontarisme. Dans un système où l'homme lui-même se doit d'être une machine performante, cela ira de pire en pire...

 

Amaury Watremez

 

photo : "Psychologies magazine"

Commentaires