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Richard Corben roi de la « Pop culture »

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A propos de la réédition des bandes dessinées de Richard Corben chez "Dark Horse comics" dans la collection "Delirium"

 

La « Pop culture » est à la mode mais au fond la plupart ne la connaisse absolument pas :

 

Son contenu souvent surprenant, toujours un rien transgressif (dans le sens de la transgression des idées reçues), ses références aux classiques de la littérature, etc...

 

Il est également de bon ton de parler de « culte » à son sujet en oubliant le sens premier de ce mot. En effet, une œuvre « culte » était au départ peu connue, n'avait que peu de succès mais finit par acquérir un public d’aficionados au fur et à mesure des années, ainsi « Blade Runner », un « bide » retentissant au moment de sa sortie et dorénavant une œuvre reconnue.

 

Richard Corben est un des rois de la « Pop culture », le concernant on devrait d'ailleurs plutôt parler de « Pulp culture ».

 

page empruntée au blog "humano"

Il se fait connaître à la fin des années 60 par ses bandes inspirées des styles de Wally Wood ou Archie Goodwin, parues aux États-Unis dans les collections et publications des éditions Warren, « Eerie » et « Creepie », succédant aux « EC-Comics » de William Gaines connus, en théorie, de tout amateur de fantastique et d'épouvante se respectant. Tous les auteurs actuels relevant de ce genre y puisent leurs « idées » pas toujours originales, de Stephen King à Neil Gaiman...

 

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Les histoires dans les « pulps » du légendaire Gaines étaient toujours marquées par une morale souvent rude, l'avidité et la sottise y étaient toujours punies, et de belle manière, mais pas tout à fait de celle dont le grand public avait l'habitude. Cette morale est souvent marquée par « l'ironie du sort » : une femme se marie à un homme parfait, attentionné s’avérant être un robot, une épouse soucieuse de l'ordre de sa maison finit par tuer son mari également très méthodiquement, un joueur de base-ball vaniteux continue à connaître la gloire sportive après sa mort mais pas comme il s'y attendait etc....

 

Elles trouvaient souvent leur inspiration dans les « contes » de Lovecraft ou Edgar Poe et la littérature de Science-Fiction des années 50. Corben se situe en parfaite continuité de cette voie de création. Il adapte d'ailleurs plusieurs histoires du second, en particulier « The Raven » et « le masque de la mort rouge ». Il profite de la fin de la censure et de l'assouplissement du « comics code » pour dessiner les plus belles femmes de la Bande Dessinée américaine, à égalité avec les « pin ups » de John Romita senior. Tout quadragénaire nostalgique, petit garçon en ces temps plus libres, se souviendra de ces couvertures superbes pour « Métal hurlant » dans les années 80, revue où il était publié en France. Grâce à Jean-Pierre Dionnet, rédacteur en chef de ce journal, et cinéphile pointu, l'on pu lire toute la « Saga de Den » racontant les aventures d'un « geek » avant l'heure transporté dans le corps d'un colosse pris dans une histoire de « fantasy » étonnante...

 

Seulement voilà, si l'anatomie de ces personnages féminins, aux poitrines chasse-neige défiant les lois de la pesanteur, est réussie ce ne sont en rien les jeunes filles en détresse de jadis, menacées d'un « sort pire que la mort » (si on voit ce que je veux dire) par des monstres extra-terrestres vicieux et violents aux yeux pédonculés. Elles mènent les hommes par le bout du nez, peuvent détruire le monde si elles en ont envie, et vivre seules avec pour seule compagnie un lézard géant parlant, voire grandir à la dimension d'une planète, poussant l'argument d'un classique de la série B nunuche dans ses derniers retranchements (« l'attaque de la femme de cinquante pieds »).

 

J'apprécie particulièrement cette histoire de cette jeune fille américaine type du Midwest élevée aux « corn-flakes » et aux « milk shakes », un rien écervelée, disposant de pouvoirs psychiques immenses lui donnant l'occasion d'exaucer tous ses vœux. Trouvant son fiancé au lit avec une autre fille, elle désire que le monde disparaisse, ce qui arrive littéralement.

 

Chaque matin, son ancien petit ami maintenant transformé en iguane géant tente de la faire se rappeler le monde qu'elle a déjà oublié. Et chaque soir, en passe d'y réussir, tout est toujours à refaire car elle se rappelle aussi de la tromperie de son amant...

 

Et je songe également à cette histoire délirante de voyage mental dans le temps dans laquelle l'amant d'une femme devient littéralement celle-ci, entre autres surprises, je te laisse ami lecteur le soin de découvrir tout seul le reste de l'histoire.

 

Depuis, la bande dessinée s'est considérablement affadie et aseptisée. Elle est revenue dans sa « niche » de divertissement sans gravité, creux et mièvre pour enfants sages et dociles. Les œuvres relevant de ce genre sont dorénavant marquées par une violence et une horreur gratuites n'ayant d'autres buts que de remuer le lecteur comme dans une fête foraine. Et bien entendu on n'y trouve nulle trace de morale ou d'ironie et l'on n'y fait plus du tout appel à l'intelligence du public, excepté peut-être dans les albums de Charles Burns marqués cependant par une prétention absente des « pulps » d'avant.

 

Amaury Watremez

 

Le site de Richard Corben

 

couverture ci-dessus prise ici sur le blog des "humanos"

 

Ci-dessous bande-annonce du film "Métal Hurlant" de 1981, irrigué par la sage du Loc-Nar (issue de "Den") empruntée à Corben

 

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