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Le choc des incultures

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politique, société, éducation, école, françois-xavier bellamy, amaury watremezA propos « Les déshérités : Ou l'urgence de transmettre » de François-Xavier Bellamy aux éditions Plon (voir le livre à ce lien amazon, le site dédié à l'ouvrage : rencontres avec l'auteur, « signatures » ; sa page sur le site de l'éditeur).

 

Jeune enseignant de philosophie d'abord enthousiaste effectuant sa première rentrée, François-Xavier Bellamy se fait reprocher de la bouche d'un inspecteur venu le visiter de vouloir transmettre un savoir à ses élèves et des méthodes de réflexion ou d'argumentation. Il le lui dit clairement :

 

« Vous n'avez rien à transmettre » .

 

Et pourtant le nouveau professeur constate le besoin impérieux des élèves de recevoir une culture, des valeurs morales, leur soif d'apprendre malgré leur paresse chronique induite par une éducation ne leur ayant fixé aucune valeur. Nouveaux « déshérités » livrés à eux-mêmes, ces jeunes sans aucuns repères comprennent inconsciemment de quelles carences graves ils souffrent. Ils sont en général extrêmement jaloux de ceux ayant eu la chance insigne d'avoir été éduqués au Beau ou au Savoir.

Suite aux conclusions du pensum de Pierre Bourdieu, sociologue marxisant, « les Héritiers », et à « Soissantuite », il est interdit aux professeurs de transmettre quelque connaissance que ce soit aux élèves. Selon Bourdieu, ce désir de transmettre favoriserait des adolescents disposant déjà des clefs de compréhension de par leur éducation et leur milieu « bourgeois ». Le résultat est un élitisme encore plus affirmé, souligné par Jean-Philippe Domecq et Eric Naulleau dans « la Situation des esprits », un abîme se creusant encore plus entre les enfants selon leur naissance dans tel ou tel milieu.

 

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Et donc selon la doxa « pédagogiste » délivrée par saint Philippe Meirieu (que le Trés Haut, le Tout Puissant, le Miséricordieux le comble de sa félicité!), c'est à « l'apprenant » de construire par lui-même son savoir. Selon le jargon en vogue parmi les initiés cela s'appelle la métacognition...

 

Mais comment pourra-t-il construire ce savoir si personne ne lui donne le goût d'apprendre et de travailler ? Car la culture suppose un effort originel, et parfois un encouragement ainsi qu'un minimum de travail et d'exigence. La compréhension au second degré d'un document, le sens de l'abstraction sont des objectifs impossibles à atteindre par des élèves à qui on n'a rien transmis.

 

Étendu à tous les programmes des matières dispensées dans les établissements scolaires, ce refus de la transmission suppose de ne pas faire apprendre l'orthographe, ce serait paternaliste et traumatisant, arbitraire. Cela implique également de ne surtout pas évoquer les auteurs classiques et de mépriser l'Histoire nationale considérée comme inintéressante pour les plus jeunes, les « humanités » étant pointées comme indissociables d'une conception bourgeoise et partiale de la culture.

 

Cette perception interdit donc toute hiérarchisation culturelle des connaissances. « Harry Potter » est mis sur le même plan que Stendhal ou Corneille et Marc Lévy ou Marie Darrieusecq au même niveau que Flaubert. Tout se vaut. A peine peut-on indiquer aux élèves, pardon aux « apprenants », les « têtes de gondole ».

 

Dans les bibliothèques scolaires sont admis les livres au programme, dans des éditions ne devant pas être antérieures à plus de cinq ans. Seule l'immédiateté du savoir y compte. Les autres livres « poussiéreux » sont impitoyablement jetés aux ordures. Bien entendu, cela ne développe en rien le goût de la littérature chez les plus jeunes, les élèves n'empruntant les ouvrages que seulement contraints et forcés et percevant centres de documentation surtout comme des « cybercafés ». Quelques observateurs se consolent en prétendant la permanence de la lecture à travers la lecture numérique.

 

Ne maîtrisant pas l'orthographe ou la syntaxe l'enseignement des Lettres est ressenti comme pesant et douloureux par les « apprenants ». Vivant dans un présent perpétuel leur étant imposé par le système ils vivent encore moins bien celui de l'Histoire.

 

Si la transmission est interdite aux enseignants, elle l'est tout autant aux parents, ceci avec leur adhésion ravie, ainsi qu'à tout adulte en charge d'éducation. La société corrompt, selon le dogme rousseauiste, intouchable, l'état de nature est considéré comme idéal pour l'être humain. Celui-ci n'a donc pas à être éduqué. Les parents sont des copains/copines, des « adulescents » sans aucune autorité soucieux surtout de jouir le plus possible de ce que la société a à leur offrir comme « divertissements », des plaisirs tristes jamais assouvis, toujours égoïstes et maussades.

 

L'introspection est en conséquence rigoureusement interdite à l'individu, elle peut le rendre triste et lui faire prendre conscience de la vacuité des aspirations modernes. Il sera alors moins « performant » au sein de la communauté des citoyens-consommateurs, et prendra conscience de la nécessité de s'élever au-dessus de ses appétits et autres pulsions primaires.

 

Cette idéal de nature a été largement contredit par « Tristes Tropiques » de Claude Lévi-Strauss, ce livre montrant l'universalité de la nature humaine et particulièrement de ses travers. Certes, cela a pleinement réussi dans notre société les adolescents étant devenus autant de « naturels » et de néo-barbares, à quelques exceptions notables.

 

Cette destruction progressive de notre héritage, de tous les liens, de toutes les structure reliant les individus entre eux ne date pas d'hier. Elle remonte aux fameuses « Lumières » encore maintenant considérée comme émancipatrices et particulièrement aux délires de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation, dans «l 'Emile », ses thuriféraires oubliant l'abandon de ses enfants par le philosophe.

 

Ce choc des incultures précipite la violence sociale, entre les « communautés » et les individus, ceux-ci n'ayant plus rien en commun. La différence, quelle qu'elle soit, devient intolérable, et aussi la connaissance, de plus en plus inaccessible de par l'incurie du système éducatif et social. Le système récupère d'ailleurs cette incapacité à éduquer et transmettre la transformant en spectacle télévisuel, en affaires juteuses de pseudo-« coaching » entre autres, au mieux. Ces enfants perdus sont également récupérés de plus en plus par les groupuscules les plus dangereux dont les islamistes.

 

Amaury Watremez

 

Un article sur « les Déshérités » sur Polémia

Le blog de l'auteur : « Pensées pour le jour qui vient »

 

Cet article suit celui-là et celui-ci

 

Illustrations

couverture du livre : plon.fr

 

portrait de l'auteur : desmoulins.net

 

Ci-dessous François-Xavier Bellamy aux "Veilleurs" de Versailles


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