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Simulacre de société

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À propos de « Simulacres » de Philip K. Dick chez « J'ai Lu »

 

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Ce roman de Dick est un des plus « dickiens » qu'il ait écrit avant sa crise mystique de 1974, au délire maîtrisé, un roman qui n'est pas exactement de Science-Fiction même s'il y a les voitures volantes, les rayons désintégrateurs ou des vaisseaux spatiaux qui vous emmènent vers Mars en quelques minutes. Les publicités sont vivantes et il faut les abattre au fusil ou les écraser pour s'en débarrasser. Rien n'y est vraiment ce que l'on pense, le pouvoir est exercé par des simulacres d'êtres humains ou des acteurs au bénéfice de corporations économiques à moins que ce ne soit l'inverse, cela le lecteur avisé et lucide sur le monde actuel peut se demander si c'est autant délirant que cela il est vrai. Le lecteur qui cherche une anticipation dans le genre d'Asimov ou Arthur C Clarke sera déçu sans parler de celui qui s'attend à du délire pour le délire, une sorte de SF « sous acides », à laquelle on réduit souvent Phili Dick...

 

L'intrigue est très dense, comme toujours chez l'auteur, et il faut en considérer l'ensemble pour entrevoir où il nous voulait précisément nous emmener. Dick a ici pris confiance en son talent et en son style. Ce livre n'atteint pas encore la folie de la « Trilogie Divine », de « Ubik » ou « le Dieu venu du Centaure », mais offre un bel exemple de SF oulipienne en somme et implicite. L'auteur n'explique jamais pourquoi les voitures volent ni sur quels principes scientifiques les robots sont construits, et fonctionnent, et personne ne s'étonne des éléments les plus incongrus des sociétés futuristes dysfonctionnelles que Philip K. Dick décrit dans son style habituel.

 

Dans ce monde l'après Troisième Guerre Mondiale, qui a causé une période de barbarie et de chaos, il en reste quelques séquelles, des communautés de mutants dégénérés, les « bûch'rons », l'on suit un pianiste aux pouvoirs « psis », Richard Kongrosian, phobique agoraphobe depuis qu'il a été traumatisé par une de ces réclames volantes et persuadé de devenir invisible progressivement, un vendeur itinérant, Al Miller, de « jungle » de vaisseaux spatiaux d'occasion qui se fait aider d'un robot imitant un animal martien pour vendre sa camelote pour « Luke le cinglé », le personnage le plus sain d'esprit du livre.

 

Al a pour passe-temps principal la pratique de la cruche musicale (!), en duo avec Ian Duncan, inadapté instable allant de petit boulot en petit boulot, leur ambition étant de se produire à la Maison Blanche pour un des spectacles lénifiants offerts en pâture au peuple par Nicole Thibodeaux, la femme du président des USEA (États Unis d'Europe et d'Amérique), un androïde fabriqué par une multinationale, pour le distraire des manigances constantes du pouvoir qui va jusqu'à tenter de manipuler le passé pour asseoir un peu plus son influence sur les masses, allant même jusqu'à transférer Goering de son lointain passé pour s'assurer de son concours dans un plan machiavélique.

 

L'Allemagne a été le premier pays à fusionner avec les États Unis d'Amérique et a fini par tellement influencer les choses que l'on nomme le président « Der Alte » comme Konrad Adenauer dans les années 50, la France a recréé un Empire. Il y a également un mouvement néo-nazi, les « fils de Job », mené paradoxalement par un juif en rupture de ban, Berthold Gotz qui emploie lui aussi le voyage dans le Temps, appelé l'effet Lessinger, pour combattre les dirigeants actuels. Enfin, le dernier psychanalyste en exercice de ce monde, que tout le monde considère comme un fossile, le docteur Ego(n) Superb, va devoir non pas guérir un de ses patients mais aggraver son cas pour sauver le monde. Nicole Thibodeaux s’avérera être elle aussi un simulacre. La société se divise en « Ge » et en « Bes », les premiers au fait des secrets du pouvoir, ou le croyant, les seconds maintenus dans l'ignorance et parqués dans des ensembles gigantesques dont ils ont l'interdiction de sortir.

 

 

Dick avait l'intuition de ce que donnerait notre société, naissant de la fin des illusions, des utopies des années soixante, dominée par le pouvoir tout économique qui va jusqu'à chosifier les êtres humains, le travail et le divertissement pour préserver ses intérêts...

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