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  • Clowns terrifiants et « Zombies Pride » – Quand le film de genre rattrape le réel...

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    Dans le deuxième opus de la trilogie « Batman » de Christopher Nolan, « The Dark Knight » un clown meurtrier, au visage maquillé en blanc, les cheveux peints en vert, les joues barrées d'une atroce cicatrice qui lui sculptent comme un sourire perpétuel sur ses lèvres peintes en rouges, le « Joker », sème le chaos pour le plaisir du chaos dans Gotham City, la mégalopole tentaculaire non lieu ultime de fiction, refuge de tous les travers de notre époque, ce criminel nihiliste ne s'intéressant ni à l'argent ni même au pouvoir, il veut simplement voir tout brûler, toute détruire. Il ne se donne aucune excuse psychologique ou sociologique, racontant des mensonges différents sur l'origine de ces cicatrices à chacune de ses victimes pour rajouter à l'horreur.

     

    ci-dessous l'excellent Tim Curry en "Grippesou" le clown maléfique de l'adaptation de "ça" de Stephen King (photo la critiquerie)

     société, cinéma, littérature, zombies, amaury watremez

    Il sème le chaos sachant bien que les aspirations des individus dans notre société hyper-matérialiste n'ont strictement aucun sens, il ne veut pas donner un sens du tout, il veut juste aller encore plus loin et montrer en passant que la nature humaine est déplorable en elle-même. Bien sûr, comme le spectateur est quand même devant un film hollywoodien, malgré le ton se voulant « sérieux », il est puni à la fin par le héros.

     

    C'est un clown nihiliste tout comme le sont les gosses qui se déguisent en clowns tueurs qui commencent à inquiéter les autorités. Ils ne font pas ça pour une idéologie, encore moins pour essayer de démontrer quelque chose sur notre monde, mais par désir du chaos total, ce chaos auquel conduit implacablement tout ce qui se passe dans nos pays dits « avancés » où la disparition des valeurs et des liens entre les personnes n'ayant été remplacée par rien. Ils font ça aussi pour que l'on parle d'eux, pour créer le « beuze » (c'est réussi) et jouir ne fût-ce qu'un moment de la « célébrité express », sans motif, qui est l'aspiration ultime en 2014 et la seule qui leur reste afin de tenter de remplir la vacuité que les adultes et grandes personnes réputées raisonnables leur ont transmis en héritage.

     

    Piètre héritage ! Les enfants sages, dociles, soumis au système n'ont plus que des rêves de violence, des cauchemars de destruction en eux.

     

    Cela fait longtemps que les clowns sont terrifiants au cinéma, Lon Chaney dans une série B des années 30 avouait s'être fait peur lui-même en se regardant dans le miroir alors que maquillé en clown assassin. Et dans les séries « B » ou « Z » de « Rape and revenge » ou de « vigilantes » des années 70 et 80 il n'était pas rare que les truands, violeurs, serial-killer se déguisent ainsi.

     

    Dans sa trilogie des morts-vivants, Georges A. Romero est très clair, les zombies sont l'allégorie des êtres humains modernes, troupeaux hébétés errant dans des centres commerciaux géants en quête de satisfaction immédiate de leurs pulsions les plus primaires. Leur état de zombification ne change pas grand chose au fond à leur ancien état. Il est même à penser qu'il leur convient beaucoup mieux. Le « remake » des années 2000 pour brouteurs de pop-corn et « addicts » de jeux vidéos violents oublie bien entendu presque complètement cette dimension subversive presque car elle subsiste malgré tout par moments. L'individu hyper-consumériste est de plus en plus fasciné par sa propre destruction et celle de l'humanité, il sait bien au fond de lui que cela ne mène qu'au néant et à l'abîme mais il n'en a cure, il y va quand même, en courant. On se demande même si le fait de se déguiser en zombies et de défiler en « marches zombies » n'est pas une manière pour lui de hâter la chute de son espèce. Il n'y a pas besoin de beaucoup de maquillage au fond, il est déjà zombifié, déjà un mort-vivant comme dans le roman « Cellular » de Stephen King qui commence comme un excellent livre de Richard Bachman et finit comme un mauvais ouvrage du King qui y concentre ses pires défauts : le délayage et une certaine forme de sentimentalisme.

     

    Le problème avec le chaos, la haine et la destruction, la violence, c'est quand l'être humain fantasme dessus, lorsqu'il en rêve, et se fascine pour dans la fiction, cela finit la plupart du temps par arriver pour de bon car la vie imite l'art le plus souvent. Et quand le chaos finira par s'installer, il n'y aura pas de possibilité d'« avance rapide »...

     

    Ci-dessous le "Joker" dans "The Dark Knight"

  • La curée contre Zemmour c'est bon signe

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    à propos du livre d'Eric Zemmour, « le Suicide français » chez Albin Michel

     

    couverture prise sur amazon.fr

     

    Zemmour, politique, histoire, France, amaury watremez

    Zemmour emmerde les tenants du pouvoir libéral-libertaire, il dérange leurs larbins communautaristes z-et sociétaux de la « Bonne » presse qui jouent à se faire peur avec les le Pen qui ne veulent pas vraiment de toutes façons accéder au pouvoir et qui sont au fond moins dangereux pour eux. Par contre, quand la curée des Trissotins post-modernes, des petits marquis arbitre des élégances sociétales z-et féministes (et je ne parle pas seulement des arrivistes comme mesdames Pellerin et Vallaud-Belkacem qui n'ont que du mépris pour les « sans dents » elles aussi) et des boutures de commissaires politiques se déchaînent contre un auteur, une personne, sans véritablement argumenter d'ailleurs, ne lui opposant que des attaques à la personne et des injures toutes plus abjectes les unes que les autres, c'est bon signe, cela veut dire que son discours est dans le réel, dans le vrai et qu'il attaque là où ça fait mal :

     

    l'Union Européenne et ses soi-disant bienfaits, la légende de la mondialisation « heureuse » et les conséquences d'une immigration incontrôlée (sans pour autant stigmatiser ceux qui émigrent qui le font car ils crèvent de faim et subissent des dictatures ignobles dans leurs pays).

     

    Zemmour est en tête des ventes avec son livre « le Suicide français » et ça ça les fait encore plus grincer des dents, les moralisateurs, les donneurs de leçons sociétaux, les chroniqueurs politiques qui ont tous leur « rond de serviette » et leur « emploi » comme au théâtre qui s'imaginent tous être proches du peuple alors qu'ils ne risquent pas d'en croiser même chez Denise au « 41 », on y baise « entre soi », où certains ont encore leurs habitudes et autres bonnes maisons. Car chez les contempteurs de Zemmour, ceux qui lui reprochent tant d'être intolérant et j'en passe on pratique l'endogamie quotidiennement, on n'irait pas quand même se mélanger aux « petits blancs » « franchouillards » de cette « France périphérique » évoquée par Christophe Guilluy.

     

    Je n'ai jamais d'ailleurs bien compris, si le moindre groupuscule ethnique peut se revendiquer de son identité propre pourquoi par les français dits de souche ?

     

    C'est donc également que ses préoccupations rejoignent celles de centaines de milliers de citoyens français qui sentent bien que l'identité de leur pays est soigneusement détricotée depuis quelques décennies déjà par les gouvernements de droite libérale libertaire comme de gauche sociéto-libérale ce qui revient strictement au même, le second ensemble étant peut-être moins soucieux de maintenir les apparences de morale bourgeois que le premier apprécie encore un peu. Et cela emmerde encore plus les moralisateurs petits bourgeois progressistes, ces « bourgeois pédagogues ». Il n'y a que quelques militants UMP libéraux purs et durs pour croire que le PS est encore un parti marxiste.

     

    La France est un pays à qui l'on a appris à se détester, à rejeter ces composantes, dans une histoire officielle par exemple où l'on retient de l'histoire de cette nation que les massacres, malheurs, guerres et colonisation atroce, atroce, en admettant à peine qu'en 1789 et en « Soissantuite » ou en 1981 les français sont « passés déjà plus ou moins de l'ombre à la lumière ». Cela ne devient acceptable qu'à partir du moment où le pays devient « divers » et « multicul », alors que ces personnes composant la diversitude ne se reconnaissent jamais, à quelques exceptions, comme français, leur identité étant ailleurs, qu'ils le soient de deuxième ou troisième génération. En bout d'arguments les « suicidaires » dont parlent Zemmour en viennent toujours à rappeler leur « loi du talion » qui veut que nous payions encore les méfaits atroces, atroces l'on vous dit !, de la colonisation nous les enfants et petits enfants des colonisateurs, ces salauds de français qui étaient mus lorsqu'ils sont partis coloniser, rappelons le en passant, par des idées positivistes, laïques et républicaines, ainsi Jules Ferry.

     

    Zemmour égratigne au passage quelques lieux communs et clichés sur l'histoire de France dont l'histoire contemporaine et en particulier celle de la Seconde Guerre Mondiale : celui de la bonne blague des français tous résistants, la statue du Commandeur de De Gaulle, celui d'une résistance forcément puissante dés 1940, celui d'un Vichy composé uniquement de salauds : Rappelons là encore qu'à Vichy s'étaient rassemblés surtout des « républicains dits de progrès » dont Laval, qui était radical, donc beaucoup plus à gauche que le PS actuel ; rappelons aussi que les premiers jeunes à résister furent ceux qui étaient encouragés par leurs curés catholiques (tous d'affreux réacs!) à travers les patronages. J'ai du mal à comprendre l'injure là encore abjecte de « collabo » qui a été prononcée envers Zemmour, dont la famille eut à subir la déportation ; quand il en parle, lui il sait ce que cela a causé comme souffrances...

     

    Zemmour encourage avec ce livre à ce que les emmerdeurs de petite et moindre envergure que lui continuent à « emmerder » le monde, à donner quelques coups de pieds bien placés dans la fourmilière.

  • Les petits bonheurs

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    soyons-heureuses-attendant-bonheur-by-miss-ti-L-1.jpeg

    image, graffiti de Miss Tick, prise ici

     

    Le bonheur est toujours en 2014 le problème de la plupart des primates s'imaginant être évolués, souvent lamentables, qui errent sur cette planète à la recherche d'un point d'eau pour s'y abreuver encore un peu. La plupart d'entre eux sont convaincus que le bonheur réside dans la possession des objets que les véritables maîtres de cette société leur enjoignent de posséder également pour s'intégrer au monde : un « smartfône » ou n'importe quel autre gadget parfaitement inutile mais « dernière génération » toujours dans la main pour montrer que l'on est à la fois soumis et comme les autres, et en avance d'un achat même ce qui est encore mieux, toute la dignité des possesseurs de ces babioles hautement dispensables étant logé pour iceux dans icelles.

     

    Le bonheur libéral libertaire, tel celui du porc aussi, c'est aussi de vivre à fond les trois « B » : Boire, Baiser, Bouffer ; sans se poser de questions. « S'éclater » les jours où il faut s'éclater, une « éclate » docile de bêtes de somme, bouffer de la nourriture que même le suidé cité ci-dessus ne voudrait pas bien qu'il soit réputé se contenter de peu, et baiser en copiant au besoin les « vedettes » du porno que l'on voit abondamment sur Internet dés que l'on est en âge de regarder un écran. On ne peut même pas parler de « sexe » ou « d'amour » à ce sujet, ce n'est que de la baise, de la copulation « hygiénique » pour oublier de réfléchir sur sa soumission et son allégeance à un système vicié n'ayant rien à voir avec le véritable hédonisme, celui-ci permettant d'éloigner la bêtise et la haine.

     

    Le véritable bonheur finalement c'est un ensemble de petites choses que l'on s'imagine être immuables de personnes dont on croit qu'elles seront toujours là car nous sommes des enfants gâtés, et c'est généralement lorsqu'on perd ces petits bonheurs, que ces personnes qui nous aiment vraiment s'éloignent que l'on comprend que même si tout n'était pas idéal au moins ces petits bonheurs étaient-ils là, au moins nous aimait-on, fût-ce maladroitement. Je pense particulièrement à toi qui était aimée sincèrement, passionnément, mais qui voulait auparavant vivre tout tes désirs sans contraintes, et qui finit à quarante ans passés, un peu triste, un peu nostalgique, regrettant les occasions perdues, croyant qu'une carrière brillante et une aura de femme tellement libre suffisent à te consoler du reste.

     

    Les femmes comme toi finissent généralement avec un salaud cynique et phallocrate qui les mènent à la baguette car elles sont certaines qu'elles ne trouveront pas mieux et s'en contentent, alternent compulsivement les jeunesses vénales, ou se retrouvent dans un bled paumé à rêver de leur passé enfui.

     

    Ma génération, la dernière des années 60, la dernière des enfants des illusions des « Trente Glorieuses », illusions valant toujours mieux que le bête prosaïsme des années 2000, a recherché ce bonheur de manière encore brouillonne alors que la plupart d'entre nous a dépassé la quarantaine, nous rêvions à des princes charmants et des princesses et parfois alors que la possibilité d'être heureux était sous nos yeux, même si elle ne correspondait pas à ce que nous en attentions, nous préférions chercher autre chose car nous sommes aussi une génération d'hyper-individualistes un peu narcissiques sur les bords, tellement persuadés qu'ils peuvent jouir aussi inconsciemment que leurs aînés, qui ont gardé les pieds sur terre nonobstant n'oubliant de faire voter les réformes sur les retraites leur assurant une vieillesse point trop inconfortable, et après eux le déluge....

     

     

    Le bonheur en couple, croyions nous, se construit chacun de son côté, en rêvant, en fantasmant une relation, en l'idéalisant ou parfois en la noircissant. L'amour perçu de cette manière n'est plus qu'une sorte de masturbation synchrone, y compris intellectuelle, chacun croyant préservant sa liberté en s'aliénant les autres au fur et à mesure qu'ils vieillissent, et un jour se réveillant un petit matin, ils voient dans le miroir un vieil homme ou une vieille femme, seuls et ayant perdu sa vie à s'étourdir dans ce qui n'était que des amourettes sans lendemains, à peine dignes d'adolescents post-pubères en oubliant de construire quoi que ce soit, croyant que c'était cela rester libres.


    Le bonheur! par LisaGirls

  • Mon article dans les cahiers "Marcel Aymé"

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    Littérature, Marcel Aymé, société, Amaury watremezAmi lecteur, mon article sur Marcel Aymé paru aussi ici à ce lien est dans la livraison annuelle des cahiers Marcel Aymé.

     

    J'avais écrit cela aussi sur cet auteur...

     

    Littérature, Marcel Aymé, société, Amaury watremezsite de la société des amis de Marcel Aymé

  • Les névroses de pauvre petite fille riche de Catherine Cusset

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    À propos du livre de Catherine Cusset « Une éducation catholique », chez Gallimard

     

    couverture prise sur le site de Babelio.fr

     

    littérature, société, politiqueL'être humain est capable du meilleur mais ses instincts sont vils, et il justifie toujours ses instincts en les déguisant de nobles atours, celui d'une révolte esthétique, d'une rébellion de bon aloi qui fait son effet dans les salons des z-élites bourgeoises et petites bourgeoises alors que si quelqu'un laisse libre cours à ses désirs et pulsions c'est le plus souvent par simple envie de le faire, par narcissisme, par besoin de catharsis et rien d'autres. Les enfants de « bonne » famille (ils le croient encore pensant que le matériel dont ils disposent leur donne une légitime ...) cherchent le plus souvent des alibis et dérivatifs dans la psychanalyse ou alors sont persuadés que c'est la faute à la religion qui aurait bridé leurs appétits forcément légitimes puisqu'ils en ont envie, c'est qu'ils le sont...

     

    Pour Catherine Cusset, qui raconte son histoire, celle d'une jeune fille très choyée d'un bon milieu, couvée, dorlotée, matériellement parlant et tant qu'elle fait de bonnes études dans les rails, une jeune fille rangée en somme, c'est la faute de la foi catholique de son père qui l'a éduqué dans celle-ci, foi qui la culpabilise, pôvre petite, d'avoir des désirs sexuels envers ses camarades de pension, l'individu moderne, surtout s'il a les moyens déteste se sentir coupable, avoir des responsabilités envers autrui, cela le gène dans son envie de se rouler dans sa bauge morale. En outre, ce cliché des écoles privées non mixtes dans lesquelles les filles préfèrent « aller coller les timbres à la cave » selon l'expression d'argot bien connue ne pourrait même plus servir d'argument pour aligner les scènes de Q qui dans ce livre sont bien fades et sans chair, ce qui est le comble pour une femme se voulant libérée....

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  • Un Pape plus en phase ? - Les nouvelles mules du Pape, l'excommunication de l'Action Française, un pape enfin en phase…

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     Le portrait du Pape vient du site, parp...protestant, "Réforme"

     

    Eglise, société, pape François, homosexualité, amaury watremezLe synode des évêques, des cardinaux, des clercs réunis à Rome autour du Pape a sorti un premier texte sur les parents homosexuels et les divorcés remariés qui a fait beaucoup de bruit car enfin, ce n'était pas trop tôt le Pape semblait « en phase » selon la formule de Muray, plus progressiste. En gros, un pape plus progressiste c'est un pape qui paraît d'accord avec tous les errements d'une époque, ou du moins qui y est moins hostile. Les médias, ceux qui les reçoivent, ceux qui assument parfaitement leur allégeance à la société libérale-libertaire ne veulent pas d'un souverain pontife qui remettrait en cause leurs sacro-saintes certitudes et qui les empêcherait de jouir à droite à gauche des biens et des personnes qui les entourent. Il oublient que le Christ lui-même a dit qu'il est « venu apporter le glaive », pas du sirop en bouteilles de cinq litres ni des paroles qui n'impliquent aucun renoncement au confort intellectuel commun.

     

    Enfin, les catholiques accueilleraient les homosexuels qui depuis plusieurs siècles c'est de notoriété publique étaient systématiquement brûlés en place publique par les croyants, témoins Michel-Ange, le Caravage ou Raphaël dont nous pouvons encore admirer les œuvres au Vatican, ou à Saint Pierre de Rome, tous des pères de famille bourgeois. Le lecteur avisé que tu as, ami égaré sur ce blog, tu le sais bien, toutes ces œuvres, la « Piéta », le plafond de la Chapelle Sixtine (où les seules personnages habillées sont des femmes) ont été détruites par l'Inquisition, sans parler des livres de Julien Green, systématiquement mis à l'index. Et ces concessions au vent léger de la modernité ne changeront strictement rien à l'hostilité qu'il y a dans le monde occidental envers le catholicisme.

     

    Le pape juste avant François, Benoît XVI, et Jean-Paul II l'ont pourtant déjà clairement affirmé sans qu'il n'y ait tout ce tapage : les homosexuels sont accueillis dans l’Église mais bien évidemment en prenant en compte les implications morales engendrées par la Foi de la même manière que pour les hétérosexuels. Chez les bourgeois libéraux-libertaires on veut bien être sympathiques avec le Pape et les catholiques mais on veut aussi pouvoir continuer à jouir comme on l'entend et avec qui on l'entend...

     

    Certains catholiques se posent des questions sur le Pape François, en particulier ceux qui ont défilé le 5 Octobre, et aussi aux quatre précédentes « Manif Pour Tous », loin d'être de ces cathos « tradis » « über alles » qu'on leur reproche d'être. Leurs inquiétudes envers la famille, la marchandisation du corps des femmes, en particulier des plus précaires, des enfants, achetés bientôt sur catalogue, tout cela est en définitive clairement nié par le premier texte rendu public par le Synode, le deuxième en ayant atténué certains paragraphes mais le « mal » était fait. Cela rappelle finalement la désastreuse excommunication de l'Action Française où militait de nombreux catholiques qui ne comprirent pas leur condamnation surtout dû à Jacques Maritain qui vouait à Maurras et Léon Daudet une haine tenace, et aussi à Marc Sangnier qui avait « l'oreille » du pape de l'époque, et dont « le Sillon » ne séduisait pas beaucoup de paroissiens malgré son zèle prosélyte et ses bonnes intentions.

     

    L’Église s'ouvre donc au sociétal pour plaire à l'élite sociétal-libertaire (enfin élite, c'est ce qu'ils prétendent), suivant le mouvement opéré par la Gauche auparavant, à de rares exceptions, en abandonnant un peu plus les pauvres et les précaires à leur sort. Car bien souvent en France, les grands rassemblements sur-affectifs de « laveurs de vitres » (les charismatiques, cf le geste favori des chachas...) qui font parfois du bien aux jeunes qui y participent, certes, les aumôneries de lycée, les équipes liturgiques de paroisses sont d'abord et avant tout des conservatoires sociaux pour milieux aisés voire très aisés et dans les « communautés nouvelles », l'Emmanuel ou les Béatitudes est pratiqué « l'entrisme » parmi les décideurs. Alors oui de temps en temps on y accueille des pauvres comme des alibis, des prétextes, ou de dans trop rares associations il y a encore quelques bonnes volontés. Mais où sont-ils les pauvres, les petits, les humbles dans l’Église actuelle ? Je veux dire, où sont-ils vraiment dans les pays dits « riches » et « avancés » ?

     

    J'ai beau chercher...

     

    Je veux bien croire que ce désir de montrer un « Pape en phase » n'est pas le fait du Pape François lui-même, admettons, mais de ses communicants, ces nouvelles « mules » qui travaillent pour le Vatican, mais non pas pour propager l’Évangile mais pour faire un maximum de bénéfices visant pour cela dans la nouvelle politique commerciale en somme les CSP ++ qui ont de quoi « acheter » ce discours plus moderne, « tu vois coco »...

     

    Sur ce que l'Eglise pourrait dire encore des riches et des pauvres plutôt que faire du sociétal, merci à l'auteur ayant opportunément rappelé cette citation

    Bossuet,  Panégyrique de saint Bernard de Clairvaux: «Cette heure fatale viendra, qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence ; la vie nous manquera, comme un faux ami, au milieu de nos entreprises. Là tous nos beaux desseins tomberont par terre ; là s’évanouiront toutes nos pensées.  Les riches de la terre, qui, durant cette vie, jouissent de la tromperie d'un songe agréable, et s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout a coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tout étonnés de se trouver les mains vides…»

  • L'abjecte anodinerie reine d'Internet

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    Les forums de discussions politiques passionnées ne concernent finalement que très peu d'internautes, on y retrouve d'ailleurs souvent les mêmes intervenants ou le même genre d'intervenants. Ceux de droite sont bien souvent des « sans-dents » précaires exprimant leur colère, parfois maladroitement, ceux de gauche montrent, dans leur majorité, que l'on s'ennuie visiblement beaucoup dans les maisons de retraite conventionnées MGEN (la mutuelle des profs) et que l'on a besoin de se défouler pour cette raison. Quand le lecteur attentif creuse un peu, il s'aperçoit que les opinions qui y sont étalées sont la plupart du temps très superficielles, peu raisonnées servant à donner une image flatteuse de soi, ou celle qui est perçue comme flatteuse par telle ou telle « communauté » de « têtes creuses ».

     

    image empruntée là

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    Les personnes ayant vraiment des idées issues d'une construction intellectuelle personnelle, argumentée, sont rarissimes. Celles ayant l'ambition de voir à long terme, un peu plus loin que le bout de leur nez, encore plus. Généralement l'argumentaire lambda sur le réseau s'arrête vite et se finit en échange d'injures « décomplexées », d'autant plus violentes que l'interlocuteur est virtuel et que la plupart sont persuadés, se méprenant, que leur anonymat est inviolable sur le Web, insultes également des plus stéréotypées consistant à traiter un intervenant de droite de « facho » par exemple et un de gauche de « bolcho » alors que généralement le premier n'est pas forcément de droite et le deuxième pas exactement de gauche.

     

    Ces discussions enflammées, ces diatribes se voulant définitives, ces grandes déclarations grandiloquentes font d'ailleurs bien rire à mon avis les gouvernants et les responsables politiques et économiques car pendant que le peuple se déchire ils continuent à mieux protéger les intérêts matériels de leur petite clique. Et ces échanges ne débouchent bien souvent sur rien dans la vie quotidienne, chacun s'en tenant bien docilement, voire servilement au rôle social qui lui a été assigné, restant sagement dans sa case pour survivre, ne supportant pas que d'autres tentent de se libérer de cet arbitraire par leurs dons, leur engagement personnel, par l'écriture, le dessin, la musique, que sais-je encore ?

     

    Des prétentieux pour la grande majorité du troupeau, des empêcheurs de se soumettre comme on l'entend, des indociles vaniteux.

     

    Ce qui intéresse en grande majorité l'internaute, ce qu'il retient de l'information, ce sont généralement les pires « anodineries » (conneries anodines) possibles : telle « vedette » de téléréalité a grossi de deux kilos, telle autre a subi de la chirurgie esthétique, tel imbécile décérébré qui présente une émission « d'infotainement » a été surpris à prendre de la « coke » en « boîte » (quelle surprise en effet !), telle présentatrice de Journal Télévisé avait les larmes aux yeux en évoquant un mignon chtit chaton aux yeux tellement émouvants maltraité par son maître sur « facebook », info distillée, reprise et commentée jusqu'à plus soif par les « fécebouquiens », telle bécasse a dit un « gros » mot à la télévision (Q, bite, couilles, con, merde, putain, Attali...) telle journaliste ne portait pas de soutien-gorge à l'antenne et mon dieu ma « bonne dame » c'était choquant, telle stââr s'est fait voler ses photos « intimes » sur son « claoude » (on s'étonne souvent que ça choque car ces stââârs ont souvent montré à l'écran ou ailleurs auparavant abondamment tout ou partie de leur anatomie) etc...

     

     

    Je ne sais pas toi ami lecteur, qui incline plus à l'indulgence que moi, mais je suis toujours effaré par le nombre de commentaires sous les pires anodineries, c'est à celui qui balancera le plus de lieux communs, de clichés, de préjugés, et là encore sans aucun complexe, c'est à qui sera le plus conformiste, comme si c'était un concours en somme. Je me suis toujours demandé si ce zèle à se fondre dans la masse ne naît pas de la volonté de montrer à quel point l'on est servile afin de pouvoir continuer à bénéficier encore un petit peu, avant l'abîme, des miettes matérielles que les vrais tenants du pouvoir nous laissent encore, à « hurler avec les loups » pour continuer à survivre en somme comme des rats, ou des bousiers, comme des esclaves affirmant leur joie mauvaise de voir puni à leur place celui ou celle qui ose s'élever contre cela.

  • Manuel chez les ploucs

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    manuelorchestre.JPG

    image empruntée au site infoniooz

     

    Le gouvernement s'aperçoit qu'il n'est pas vraiment populaire dans la population française, à commencer par cette France « périphérique » évoquée par Christophe Guilluy dont je parlais hier, cette France méprisé, souvent rurale, constituée d'un tissu de petites et moyennes villes éloignées des métropoles de la mondialisation « heureuse » et autres non-lieux, composée de « travailleurs pauvres » et, ou de plus en plus précaires, trop riches pour métier d'être socialement aidés, trop précaires pour s'en tirer, une France méprisée qui vote de plus en plus le Pen pour toutes ces raisons et non par racisme ainsi que feignent de croire la plupart des bourgeois socio-libéraux que ça arrange.

     

    Donc, les conseillers en « com » de Manuel, et son orchestre, n'écoutant que leurs intuitions géniales ont conseillé au premier ministre d'aller chez les ploucs manger des spécialités locales, pour faire dans l'authentique, « tu 'ois coco ? ». Manuel, et son orchestre, sont donc allés en montagne chez des agriculteurs montagnards, logique, en Savoie, demandant « quelque chose de simple », « sans nappe » je cite pour faire popu. Ce qui montre leur méconnaissance totale et leur mépris de « ces gens-là ». Car dans le peuple, quand on reçoit on met les petits plats dans les grands, on sort justement les beaux napperons, le beau linge de maison, on s'habille, car on aurait l'impression d'insulter les invités en restant en habits de « tous les jours »....

     

    Tu me diras, ami lecteur, ça aussi ça se perd, trop de décervelage, trop de télé-réalité, trop d'Arthur, trop de Cyril Hanouna, trop de de Caunes et consorts à la télévision, entre autres.

     

    Manuel, et son orchestre, et ses conseillers « en com », ont juste oublié une petite chose, cela a déjà été fait par Giscard il y a à peu près quarante ans, le premier janvier 1975 qui s'était invité chez une famille de pl...populaire, trois personnes âgées, exactement de la même manière pour renouer le contact avec un électorat avec lequel les politiques avaient déjà perdu le contact. Il renouvellera l'expérience en mangeant avec des familles-types dont celle qui lui servira les fameux œufs brouillés, et se fera prendre en photo avec des éboueurs au petit matin l'histoire ne disant pas s'il a récupéré des trucs, un fauteuil « Voltaire » par exemple (comme celui sur lequel il s'assit lisant en attendant les résultats le soir du deuxième tour en 74 ?), dans le camion benne (anecdotes toutes racontées sous une forme hagiographique dans ce curieux blog faisant l'éloge du septennat Giscard qui fut en quelque sorte le début de la fin).

     

    Depuis le temps que d'autres et moi rappellent à Manuel, et son orchestre, et aux autres, qu'il y a en France une profonde coupure entre le « pays légal » et le « pays réel » ! Oui je sais, je suis un vieux maurrassien, l'idée vient de Maurras rappellerais-je, et aussi un sale petit bourgeois réactionnaire et hédoniste (je prévois la fiche de l'éventuel flic de la pensée qui me lit). Le « pays légal » même comprend de moins en moins le pays réel qui ne veut plus de ces z-élites qui ne pensent qu'aux intérêts de la même classe depuis que la populace a cru qu'en prenant la Bastille tous les privilèges avaient été abolis du jour au lendemain, ce qui est visible chaque jour on le voit bien : il n'y a plus aucun pauvre dehors en France. On me dira, même une bonne partie des catholiques ont oublié l'accueil des plus faibles, des « petits ». Il n'y a pas si longtemps, dans les familles chrétiennes on laissait certains soirs au moins une place pour quelqu'un qui aurait eu faim dehors, et au minimum on y pensait, on priait pour lui, pour elle.

     

    Manuel, et son orchestre, n'ont pas l'air de comprendre que cela ne changera strictement rien à la colère qui monte ces « coups » de « com », alors que des ouvriers sont licenciés de manière inhumaine encore aujourd'hui, et c'est ainsi qu'Allah est grand.

     

    Imaginer la scène, Manuel, et son orchestre, à table à la montagne m'a irrésistiblement rappelé la scène ci-dessous...


    Les Bronzés mangent à la montagne par tootoo49

  • La France méprisée – à propos de « la France périphérique » de Christophe Guilluy

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    chez Flammarion, sorti en septembre 2014 (couverture empruntée à lepoint.fr)

     

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    Décrivant la petite ville où l'absurdité de l'administration m'a conduit depuis septembre, une de ces villes où il n'y a personne dans les rues passé dix-sept heures excepté les poivrots locaux ou des bandes éparses de « punks à chiens », où les jeunes s'ennuient, un ami a évoqué ce livre que je me suis empressé de lire.

     

    L'auteur est géographe, il est également celui de « l'Atlas des nouvelles fractures sociales en France » avec Christophe Noyé, ouvrage indispensable pour comprendre ce que devient notre pays, l'abîme dans lequel il risque de tomber. Finalement, et bien que Guilluy soit plutôt apparemment de gauche, son propos rejoint celui de Zemmour quant au suicide du pays. Il dresse dans ce livre qui sera perçu comme très polémique et qui est éminemment politique le tableau d'une France presque irrémédiablement cassée en deux :

     

    La France des CSP ++ et des « rurbains » qui habitent et, ou travaillent dans de grandes métropoles régionales ou nationales, celle où l'on trouve les « bobos », des bourgeois libéraux libertaires ou sociéto-libéraux, ce qui revient au même, voisinant avec les immigrés qui sont « leurs pauvres » et les milieux « issus de la diversité » selon la formule hypocrite à la mode, et la France de ce qui reste de la classe moyenne, la France des petites gens, souvent rurale, méprisée par les élites, c'est elles qui se nomment ainsi, et le pouvoir, celle des petites et moyennes villes qui ont fini après cinquante ans de détricotage systématique de la Nation et des liens traditionnels par perdre presque totalement leur identité, et leur dynamisme.

    Cette France périphérique est celle d'une précarité sociale sans cesse accrue, une précarité matérielle mais aussi culturelle et intellectuelle, les éducateurs n'y faisant plus leur travail et encore moins les politiques, sans parler des églises, dont la catholique qui l'a laissé tomber également. Les français qui y vivent sont considérés comme trop riches pour bénéficier des aides sociales et sont trop pauvres pour arriver à se sortir du marasme économique. C'est un cercle vicieux qui implique un chômage endémique dont personne ne s'inquiète, une sous-éducation n'étant le souci de qui que ce soit, et la cause principale du vote Front National, vote qui n'a rien à voir à la base avec un vote protestataire ou un vote raciste. Les français ne sont pas racistes, ils demandent juste pour ceux de la zone périphérique l'équité sociale, et les mêmes aides que des primo-arrivants...

     

    Nos élites autoproclamées vivant dans la France privilégiée ont tendance à considérer que les pauvres ce sont surtout les populations immigrées ou français de deuxième ou troisième génération qu'ils côtoient, qu'ils n'aident pas beaucoup plus se contentant de les faire bénéficier des minima sociaux sans éducation à la citoyenneté et aux valeurs républicaines. Bien sûr, elles ont du mal à considérer qu'elles bénéficient de privilèges exorbitants les considérant comme légitimes, et rajoutant aux prétentions matérielles de leurs ancêtres du XIXème siècle des prétentions sociales et culturelles (voir l'essai de Domecq et Naulleau sur la culture en France). La plupart auront d'ailleurs le culot ou la bêtise de dire qu'être bourgeois c'est surtout un sentiment, qu'ils ne ressentent pas, et non une situation objective...

     

    Les dirigeants, et les oligarques, n'ont plus le souci de l'intégration économique des plus faibles socialement de leurs compatriotes, se donnant bonne conscience en favorisant plutôt les « minorités », les « communautés », ce qui leur permet de se donner d'eux-mêmes une image flatteuse. Ils n'ont toujours pas compris que cette cassure favorise le vote FN, cela ne correspond pas à leurs schémas, pour eux, ce vote est le fait de nostalgiques de Vichy et du fascisme, de skins bas du front et autres groupuscules le plus souvent infiltrés à 50 % par la BCRI (un militant, un indic...etc). La colère gronde pourtant dans ce pays abandonné à son sort, et bientôt il sera trop tard. Etre pauvre ou précaire ce n'est pas forcément faire partie d'une communauté visible...

     

    Amaury Watremez

  • Vers la déesse...

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    Pier Paolo Pasolini – « la longue route de sable » Arléa éditions

    littérature, voyage, société, pasolini, cinéma, amaury watremezJe suis, le rappellerais-je, un sale petit bourgeois réactionnaire hédoniste, mais aussi étrange que celui puisse paraître mes écrivains préférés ont tous eu pour la plupart une conduite que la morale réprouve, ce qui en plus ne me choque absolument pas, surtout lorsque l'on parle littérature : j'aime entre autres Oscar Wilde, un homosexuel flamboyant, Proust un inverti notoire, Capote, une grande folle tordue, et un écrivain au destin tragique, Colette qui a eu des aventures féminines, et Pasolini, auteur du film chrétien le plus réussi qui ait été tourné, selon l’Évangile selon Saint Mathieu lu un soir qu'il s'arrêta seul dans une auberge perdue d'Ombrie alors qu'il tournait avec la Callas.

     

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  • 5ème Avenue, 5 heures du matin, une femme en "petite robe noire" devant Tiffany

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     « 5ème Avenue, 5 heures du matin » Sam Wasson collection « Points » éditions du Seuil

     
    image de la couverture empruntée sur Amazon.fr

     

    cinéma, Truman capote, amaury watremez, littératureLa mise en œuvre de certains films, ceux que la postérité retient de par leur génie, s'apparente souvent à un véritable roman. Ce livre, également une enquête passionnante sur la création d'un objet artistique, raconte celui de l'adaptation de « Petit Déjeuner chez Tiffany » de Truman Capote, à l'ambiance très différente de celle du livre, plus désenchanté, plus triste, œuvre de Blake Edwards devenue véritablement originale et un des rôles les plus marquants d'Audrey Hepburn avec celui de « Vacances à deux », réalisation talentueuse malgré la fin heureuse imposée. A l'aube des années 60 elle y incarne une figure de femme libre très différente des rôles jusque là dévolues aux actrices, une excentrique allant en taxi jusque chez Tiffany les petits matins de déprime, en « petite robe noire » Givenchy, le noir étant en ces temps là réservé aux veuves et aux péripatéticiennes, un croissant à la main, pour retrouver le sourir : jusqu'à ce film la séductrice devait se « ranger » des voitures, ou épouser le héros, et être repentante, ou se faire tuer si elle ne regrettait pas sa mauvaise conduite, comme Gloria Grahame dans « City Heat » de Fritz Lang.

     

    Sam Wasson part de l’œuvre de Truman Capote, de « son » Holly Golightly, dont malgré les aspects sordides de son existence il est difficile de ne pas tomber amoureux à la lecture du court roman salué par Norman Mailer, provient de plusieurs des amies de Capote, et de sa mère, qui était une « demie mondaine » de haut vol : « Babe » Paley en particulier qui avait le même passé que Holly, et qui s'était marié avec un homme riche, Capote perdra son amitié en racontant une anecdote qui salissait son époux croyant la venger d'un mariage qu'elle lui confiait comme tragique dans « Prières exaucées », et prononcera son prénom en mourant, Oona O'Neil la jeune femme de Chaplin, et surtout une jeune allemande ou suisse allemande que l'écrivain rencontra lors de son arrivée à New York en 1943 et qu'il n'oublia jamais.

     

    Wasson n'hésite pas à égratigner la figure de l'auteur en évoquant sa légère mythomanie et la conscience très haute qu'il avait de son talent, qui vend les droits de son livre sans trop se préoccuper du destin cinématographique d'icelui, se voyant ainsi que le rapporte le futur producteur du long métrage incarnant le personnage principal, Marilyn étant censée jouer Holly, ce qui n'était pas une mauvaise idée soit dit en passant, la comédienne ayant un « timing » comique plus intéressant que celui de Audrey Hepburn, et ayant vécu le genre de « galère » que traverse le personnage, ayant été obligé d'aller « se repoudrer le nez » aux toilettes bien souvent avant que d'être célèbre et d'obtenir des rôles à sa mesure.

     

    Ensuite est racontée toute la production du film, depuis le script jusqu'au montage, au choix de la star masculine, Georges Peppard, pas très bon dans le rôle, décrivant au passage les combats menés contre la censure de l'époque, réticente à l'idée que soit montrée au cinéma une fille légère qui n'est pas punie pour sa « légèreté ». Ce n'est pas que les censeurs actuels soient moins pudibonds, leur hypocrisie est juste différente ; selon moins ami lecteur ils le sont encore plus qu'avant. Un premier scénariste, un romancier « sérieux » que l'on espère malléable et docile, est choisi, pour que finalement Blake Edwards et les producteurs en viennent à un auteur plus libre, mais au caractère plus trempé, moins conformiste, Georges Axelrod, qui travaillera aussi avec Billy Wilder et John Frankenheimer pour « Un crime dans la tête ». Et la génèse d'une des scènes de fête les plus réussies du cinéma, avec celle de « La Party » du même Blake Edwards qui utilise pendant 13 minutes les procédés de « slapstick » et de « slowburn gag » des maîtres de la comédie qu'étaient pour lui Leo McCarey et Mack Sennet.

     

    Enfin, est racontée dans cet ouvrage la naissance de la plus belle chanson de cinéma, chantée par Hepburn, récurrente instrumentalement de tout le long métrage, « Moon River » d'Henry Mancini et Johnny Mercer, spécialement écrite pour la tessiture peu étendue de l'actrice qui apprit pour l'occasion à jouer de la guitare, chanson que l'on envie de réécouter plusieurs fois une fois le livre refermé, et revoir au moins la première scène de l'adaptation du meilleur roman de Truman Capote....

     

    ...Et rêver à Holly Golightly.

     

  • Après Zola déboulonné Voltaire déshabillé

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    voltaire-nu.jpgAprès Zola, icône de la littérature n'engagée, et Sartre avec Beauvoir, je m'attaque à une autre grande figure inattaquable selon les arbitres des élégances culturelles, un auteur qui fut pourtant un précurseur des z-intellectuels modernes par bien des points.

     

    A ce lien sur Mauvaise Nouvelle

  • Modiano -toujours- comme dans un dessin de Pierre le Tan

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    littérature, patrick modiano, amaury watremez, société, époque, nostalgieillustration par l'auteur de l'article

     

    J'ai parlé de Pierre le Tan, illustrateur des couvertures « Folio » des romans de l'auteur maintenant « nobélisé », en espérant qu'il n'ait pas été « chaptalisé » par ce prix. Pierre le Tan était un parfait complément de l'écriture de l'écrivain, ses dessins reflétant parfaitement l'atmosphère des livres de Modiano, leur âme. Oser parler d'âme à notre époque est une sorte de provocation, j'en ai conscience, mais je n'ai pas peur, et tant pis pour les cuistres qui croiront y déceler quelque chose d'inavouable. Que Modiano ait reçu le prix Nobel de Littérature est une heureuse surprise, un pied de nez moral de ces messieurs aux convenances littéraires, de celles qui couronnent un auteur qui défend des « causes » importantes, qui ne fait pas, lui, de littérature.

     

    Tu ne m'en voudras pas fidèle lecteur, je crois que j'ai déjà employé ce titre, mais je ne fais pas de recyclage, je suis un citoyen soucieux de développement durable. Ce texte d'ailleurs consomme très peu d'équivalent carbone. Je connais Modiano depuis l'enfance, ma mère le lisait toujours avec attention dans le train de banlieue que nous prenions régulièrement, et lorsque l'on le voyait à la télévision, ce qui arrivait souvent dans les années 70 et 80, il nous était intimé nous ses enfants d'être attentifs à cet homme dont les mots se bousculaient un peu mais ce qu'il disait finalement dépassait toujours la cime des immeubles des grands boulevards. Modiano était un peu de la famille, il est né dans le IXème arrondissement comme ma mère, ainsi que d'autres auteurs, Marcel Aymé par exemple, l'auteur de « Clérambard » étant un genre de grand oncle, de fantôme familier, avec Antoine Blondin et d'autres.

     

    Je ne sais pas si tu as remarqué ami lecteur mais les écrivains de talent sont tous pour la plupart des infatigables piétons de Paris, en plus d'être marqués par leur enfance et les blessures qu'ils ont vécues lors de cette période. Patrick Modiano est de ceux-là, ainsi que Bernard Frank ou Marcel Aymé, et d'autres. Alors, certes, il écrit toujours le même livre, où il cherche son père, ou un père, mais l'on aime sa petite musique, sa manière bien à lui de s'exprimer. Quand le Nobel de Littérature avait couronné Le Clézio, cet auteur pour jeunes filles de gauches romanesques, cela ne m'avait pas surpris, Le Clézio est un écrivain pour cours d'éducation civique, sur la diversité et la richesse des cultures exotiques, excepté son remarquable texte sur le désert. Modiano a des soucis de petit bourgeois hédoniste réactionnaire, pour reprendre la formule « ad hoc », il aime la beauté des avenues bourgeoises, des immeubles en pierre de taille et de leurs cariatides toujours silencieuses sous le ciel parfois un peu gris.

     

    Notre époque préfère les cieux toujours bleus, ripolinés, des cieux couleur piscine comme dans une publicité pour détergent ou un film crétin censé faire rêver le brouteur de « pop-corn » (TM°). Les « modernes » se font des villes et de la ville un peu plus ville que les autres qu'est Paris, la même idée que les inspirateurs de la « Révolution Nationale » de Vichy, la ville est corruptrice pour les purs esprits et les petits garçons bien élevés par leur maman, dans la nature l'homme est meilleur, sa nature est moins vile alors que les Tropiques aussi peuvent être bien tristes également. Exposer sans honte son amour de Paris, de ses artères, de sa vie nocturne, de sa population c'est encore maintenant risquer l'excommunication immédiate, l'anathème sans autre forme de procès, l'on se doit de ne louer que l'état de nature, le vert, le naturel, la ville ne pouvant être qu'artificielle. Les « modernes » ne peuvent donc comprendre Modiano et ses personnages qui aiment à se perdre « rue des boutiques obscures » ou feuilleter des heures durant des livres dans des librairies ouvertes toute la nuit ainsi qu'il l'évoque dans « dans le café de la jeunesse perdue ».

     

     

    Adulte, j'ai un peu perdu de vue Modiano quelques temps, comme on perd de vue quand on mûrit un oncle que l'on chérissait pendant son enfance. Sans doute n'étais-je pas assez mût pour goûter ses errances et celles de ses créations de papier dans les rues parisiennes. Je l'ai redécouvert quand il a écrit son livre sur Maurice Sachs, son « père » fantasmé, ce type complexe, homosexuel futile et fêtard, auteur de faux journaux des « années folles » (« Au temps du bœuf sur le toit » a longtemps été pris pour une autobiographie ce qu'il n'est pas), écrivain dilettante néanmoins brillant et au style ciselé, mari d'une épouse trop riche, trafiquant louche avec les nazis qui finiront par l'assassiner après l'avoir martyrisé au sens strict du terme. Sachs rappelle si on l'avait oublié que l'être humain n'a l'âme ni noire ni blanche, on y perçoit plutôt une infinité de nuances de gris (et je ne fais pas allusion ici à « l'histoire d'O » « light » pour ménagères dépressives qui vient de remporter un succès de librairie énorme, hélas...). Je me suis alors replongé dans les courts romans de Modiano, il m'est apparu comme un proche, un de ceux que l'on peut ne pas voir pendant des années et retrouver un jour en ayant l'impression de s'être quittés la veille, de ceux avec qui l'on s'est fâchés « pour la vie » et à qui l'on a juste envie de faire l'accolade lorsqu'on les revoit.

  • Chroniques culinaires - « Encore des nouilles » Pierre Desproges aux éditions « les échappés »

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    Desproges, gastronomie, vin, bouffe, littérature, amaury watremezCertains de ces textes ont été utilisés par Desproges pour « Cyclopède » ou les « Chroniques de la Haine Ordinaire », ou encore les réquisitoires des « Flagrants Délires », d'autres sont totalement inédits. Ils ont été rédigés pour la revue « Cuisine et vins de France ». Rien que le fait d'écrire sur la cuisine à notre époque sans moraliser le lecteur, déplorer ceci ou cela, se contenter de dire combien le plaisir de manger et boire de bonnes choses avec ceux que l'on aime est grand. Desproges se foutait complètement de manger « équitable » ou « bio », de manger hygiénique, il aimait les bons produits, cela suffit. Il n'intellectualise pas sur le sujet comme il est d'usage même si bien sûr le plus important lorsqu'on boit par exemple un Cognac ou un excellent Bourgogne c'est aussi ce que l'on en dit après...

     

    Les imbéciles n'aiment pas -bien- manger, ils n'aiment pas le bon vin, ils confondent les plaisirs de la table avec la goinfrerie et assimilent ceux du vin à de l'ivrognerie on ne se méfiera jamais assez des buveurs d'eau, ils ont du mal à apprécier les joies et les plaisirs que la vie peut leur donner. Et ils voudraient que le monde entier autour d'eux soient aussi purotins, aussi incapables de simplement apprécier la beauté des choses et des êtres, leurs parfums, leurs saveurs. Ces sots obtiennent parfois ce qu'ils veulent hélas...

     

    ...Ils n'ont même pas l'excuse d'être d'anciens parpaillots.

     

    Une des meilleurs séquences du « Petit Rapporteur » est celle où il va faire ses courses au marché de la rue Lepic, un dimanche, en alexandrins déclamés gentiment par les commerçants dont le célèbre Peppone, marchand de quatre saisons et bien entendu on se souvient de la bataille de boudin blanc avec Prévost vue et revue dans les émissions de zapping.

     

    « Un cassoulet sans vin rouge, c'est aussi consternant et incongru qu'un curé sans latin. » écrit Desproges dans ce livre qui aimait la gastronomie en particulier, la bouffe en général et le bon vin aussi. Le livre porte ce titre car lorsqu'il emmenait ses filles à venir au restaurant avec sa femme, celles-ci demandaient gentiment et très poliment aux restaurateurs raffinés chez qui « l'écriveur » les emmenait de pouvoir avoir un plat de nouilles si rien ne leur convenait sur la carte. Plus tard, lorsqu'elles devaient aller au restaurant avec leurs parents, leur première réaction était :

     

    « Encore des nouilles ! ».

     

    Desproges raconte principalement des repas, son plaisir à les partager avec des amis et sa famille. Il évoque les consternants restaurants à la mode où le champagne peut être vert et ressembler au produit vaisselle à récurer les casseroles. Il décrit son plaisir à bâfrer comme un barbare des mets peu élégants pour se réjouir le ventre. Il raconte la bouleversante histoire de l'inventeur du pain à saucer qui devrait être enseignée dans toutes les écoles. Et même il nous donne des fragments de sa vie amoureuse lorsqu'il narre sa passion pour une femme merveilleuse qui aime goûter les chairs tendres de viandes savoureuses, les desserts délicats de refuges gastronomiques qu'il connaissait, jusqu'à que cette conne mette de l'eau dans un cru rare, un « Figeac » d'une très bonne année, ce qui est, avouons le scandaleux et impardonnable.

    Desproges, gastronomie, vin, bouffe, littérature, amaury watremez

    En passant il rappelle que bien manger et apprécier les plaisirs de la bonne chère, ou du bon vin, indique généralement que l'on a des prédispositions de bon niveau pour les choses de l'amour. Desproges conseille même de faire l'amour à table et manger au lit ce qui est beaucoup plus simple il est vrai.

     

    Enfin, en bon cuisinier qu'il était, il propose quelques recettes, des recettes disons difficiles comme « le cheval Melba », en cas d'impossibilité de trouver un cheval on peut le faire avec un chihuahua, la « Marie croquette », et sa manière particulière d’accommoder sa fille aînée, plat unique entre tous, des recettes plus accessibles comme le « pâté à la desprogienne » qui semble savoureux bien que consistant (on met dedans deux paquets de beurre quand même).

     

     

    Ami lecteur, si tu es un hygiéniste de la bouffe passe ton chemin ce livre n'est pas pour toi et va manger tes cinq fruits et légumes quotidiens.

     

    Image et couverture prises sur le site du "Huffington Post"

  • L'Odyssée revisitée en manière d'autofiction

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    Ulysse ne venait pas d'Ithaque, cette seigneurie minuscule, rurale, provinciale, il était de la cité des achéens sur le continent, la grande cité turbulente qui faisait peur aux paysans de l'Olympe. Ils avaient peur d'y être pervertis. Il ne se sentait bien qu'à cet endroit, il était chez lui dans chacune de ses rues, de ses ruelles, il était familier de chacun de ses monuments, mais l'ancien roi d'Ithaque son père en était parti avec son épouse, la reine, c'était la première fois qu'il s'était senti déraciné.

     

    image de Circé prise ici

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    Ulysse n'avait aucune envie de rentrer à Ithaque, son royaume, après avoir combattu à Troie, il se perdit volontairement dans un archipel d'îles inconnues et réputées dangereuses, dont celle de Circé, une enchanteresse qui ressemblait beaucoup à son épouse, Pénélope. Elle transformait les hommes en porcs baveux pour se rassurer sur ses capacités de séduction, et la plupart des hommes, pour la plupart des métrosexuels, étaient ravis de la métamorphose qui était pour eux une forme de régression confortable. Plus rien d'autres à faire que de se rouler dans la fange avec délices sans se sentir redevables de quelque morale ou devoirs envers les autres...

     

    La magicienne cherchait quelqu'un qui soit pour elle à la fois un amant et un père. Circé ne sait ce qu'elle veut, c'est une chieuse, ils se disputent, Ulysse qui ne s'était pas transformé, il voulait que Circé l'aime pour lui, décide de rompre et ce qui arrange les porcs qui nombreux dans l'île soutiennent leur maîtresse défaillante sans faillir quant à eux.

     

    Ulysse sur son bateau a une nostalgie infinie de Circé, elle lui manque, il la voit dans toutes les femmes. Il essaie d'aller vivre chez les lotophages mais cela ne change rien, il n'oublie rien, pire encore le guerrier fringuant qu'il était perd de sa superbe, il grossit démesurément de par la culpabilité qu'il ressent, il porte tous les malheurs du mondes, il se met hors de la vie. Il finit par aborder au hasard sur une plage de sable très blanc sous un soleil radieux de Méditerranée.

     

    Il y trouve Calypso, une nymphe très brune, aux yeux tout noirs, qui se prélassait là, un peu ronde avec des boucles brunes, des « accroche-cœurs » désuets. Elle l'aime de tendres sentiments, elle est beaucoup moins compliquée que Circé dont elle mime les manières pour continuer à plaire à Ulysse qui ne voit qu'elle l'aime vraiment. Calypso regardera le vaisseau s'éloigner, elle se dira qu'il vaut mieux qu'elle se marie avec un brave berger des montagnes, il lui fera un enfant, mais elle finira par rester seule. Ulysse avait retrouvé son Ithaque et une Pénélope, mais il ne le savait pas.

     

    Ulysse a peur d'abuser de la situation alors qu'il aurait simplement pu la vivre, Calypso est une nymphe fragile. Il repart très loin au Sud, il veut se perdre chez les perses, il est persuadé que quelqu'un l'attendra toujours à Ithaque. Il est persuadé que tout le monde pense à lui, qu'il est au centre des attentions. Il aime sa tristesse et son malheur, il ne veut pas en sortir. Elles lui sont confortables, il s'y laisse aller comme les suidés de Circé dans leur bauge.

     

    Quand il retourne finalement chez lui, contraint et forcé, il sait qu'il n'est pas le bienvenu, que la vie de ses vassaux, de sa cour, de ses proches a continué sans lui. Il se sent encore coupable de tous les maux arrivés durant son absence. Il devient le jouet de son palais, n'ose plus prendre aucune décision mais il finit par vouloir repartir, il va sur l'île de Circé mais elle n'est plus là depuis longtemps même si chaque paysage évoque pour lui un souvenir amoureux. Il retrouve la plage de Calypso, mais il ne la voit qu'au loin alors qu'elle est dans son palais avec son enfant. Elle le regarde et il voit comme elle est triste mais elle détourne malgré tout les yeux car elle sait qu'il ne saurait pas l'aimer...

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    image de Calypso prise là

    Égaré dans un quartier de la grande cité de son enfance qu'il ne reconnaît plus alors qu'il y a pourtant vécu, il rencontre une femme qui a les mêmes tourments que Circé, qui veut lui ressembler, mais qui n'est qu'une fille de Roi qui aime à se faire passer pour libéral envers son peuple parce qu'il se désintéresse d'elle et qui ne songerait pas à partager son trésor royal. Elle ne transforme pas les hommes en porcs, mais les pousse à se haïr pour se sentir exister, et le pire est qu'ils se laissent avoir, qu'ils ont l'impression de compter, d'être des princes charmants alors qu'ils n'étaient que des prétextes pour son égoïsme.

     

    Il voit bien qu'elle ne l'aime pas. Il la désire et se sent au bord de l'abîme. Il est persuadé qu'il est déjà mort, et qu'il est dans un Hadès intermédiaire, un Hadès personnel. Il croit qu'il est déjà dans le gouffre, dans une des gueules de l'Hydre. Il n'est jamais vraiment revenu à Ithaque, il s'est perdu quelque part sur le chemin de retour et souffre, il veut revivre mais il est trop tard pour s'autoriser à être heureux ne serait-ce qu'un moment. Les Parques ont déjà tissé leurs fils, il ne peut défaire leur ouvrage où est-ce Zeus qui lui refuse le bonheur, ou plus simplement lui-même qui se l'interdit, il ne sait...

  • « Les chiens aboient » - Truman Capote « L'imaginaire - Gallimard »

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    portrait pris ici

     

    Quand on on est un monomaniaque de la littérature comme moi, on aime lire le plus possible des livres d'un auteur en particulier, s'ouvrir aux univers qu'il expose dans ses ouvrages. Truman Capote est de ceux-là. La postérité a tendance un peu rapidement à le catégoriser comme une sorte de ludion un peu superficiel, un charmant auteur dans le genre d'un Cocteau américain, en un peu plus futile, ce serait le rabaisser voire le mépriser à ce qu'il n'est pas, certains allant même à le percevoir comme un Jacques Chazot new-yorkais, un chroniqueur mondain et rien de plus. D'où le titre, « les chiens aboient...

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    ...la caravane passe ».

     

    Capote, prononcé Ké-po-ti, nom qu'il adopte quand sa mère se remarie avec son deuxième époux, le premier étant un escroc irresponsable et léger qui s'est désintéressé de son enfant duquel il demandait cependant parfois des nouvelles sur ses vieux jours ce qui permet à l'écrivain de lui pardonner à la fin.

     

    C'est un orfèvre du style permettant au lecteur voulant bien se laisser saisir de partager son horreur de la mort des deux assassins de « De Sang Froid » ou de tomber amoureux de Holly Golightly dans « Petit Déjeuner chez Tiffany », « novella » qui prend son sens lorsque l'on sait que le personnage est en fait une jeune allemande qui avait des ambitions de « cover girl », à défaut elle raccompagnait les messieurs aux toilettes, dont il a été passionnément amoureux, jeune « wunderkid », lors de son installation à Brooklyn pendant la Seconde Guerre Mondiale.

     

    Il est passionné depuis son enfance, comme tous les enfants qui ne sont pas très doués pour la vie sociale, par la littérature qui est toute sa vie, Harper Lee, son amie d'enfance, sa sœur, en témoignant partiellement dans « To kill a mockingbird », Capote qui vivait chez ses vieilles tantes vieilles filles non loin étant pour elle un « Merlin de poche » d'une imagination sans bornes, lui-même racontant ses moments en particulier dans sa correspondance et dans « la Harpe d'herbes » ou « Les domaines hantés », version abordant le pendant plus sombre de cette période de son existence dont la découverte de son homosexualité dans des conditions troubles alors qu'il avait une quinzaine d'années. Il ne faudrait cependant pas faire du délicat Truman un militant comme il en est qui le font de Proust, il n'en parle pas comme d'une « cause » à défendre.

     

    Ce recueil rassemble quelques portraits de célébrités (déjà parus chez Gallimard dans l'édition « Folio » de « Musiques pour Caméléons »), dont Colette qui lui offre un « bibelot » qu'il gardera toute sa vie, Gide portraituré en vieux sage indien, et Cecil Beaton, et d'anonymes et des impressions de voyages de l'auteur en Italie en particulier qui notait tout, et écrivait sur tout. Il se comporte avec les « petites » gens de la même manière qu'avec les privilégiés, n'ayant pas plus d'obséquiosité ou de respect pour les « grands » de ce monde ou les élites auto-proclamées.

     

    Le lecteur de ce livre, enfin surtout moi ami lecteur de ce texte, songe aussi au portrait de Proust par Léon Daudet dans ses « souvenirs littéraires » décrivant un être humain complexe à la fois un petit garçon inconsolable, une commère, un cynique désespéré, un auteur modeste, un auteur à l'ambition démesurée, écrivant « De sang froid » aussi pour que l'histoire retienne son nom. Ironie du sort, son œuvre majeure suivante qui devait s'appeler « Prières exaucées » aurait bien dû lu rappeler que c'est sur les prières exaucées que l'on verse le plus de larmes. Il a été mondialement consacré et il a ensuite connu une lente et longue déchéance jusqu'à sa mort, n'écrivant plus grand chose, ne terminant pas ce qui devait être son dernier « grand œuvre » se contentant de préfacer des recueils de textes et d'articles parus dans le « New Yorker » ou « Vanity Fair ».

  • Le « jus de la rue » parisienne

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    société, littérature, paris, amaury watremez

    image de "la petite ceinture" prise sur "Paris côté jardins"

     

    Pour voyager moins cher que le Tégévé et revenir vers les lieux que l'on chérit, il y la littérature. En parcourant des poèmes de Jacques Roubaud, Jacques Réda et Roger Caillois sur des lieux insolites de cet arrondissement un peu méprisé de Paris qu'est le XVème (les immeubles en « trompe-l’œil » de la Croix-Nivert, les anciens « bains douches » devenus cinéma etc...), aucun personnage célèbre n'y a laissé vraiment une trace durables, il n'y a pas de monuments notables invoquant une gloire passée, les milieux sociaux y sont mélangés, et il est juste à la lisière de la banlieue, où habitent les « classes dangereuses », en lisant ces vers m'est donc apparu le visage de mon grand-père maternel, piéton infatigable de Paris, parisien passionné de sa ville qu'il connaissait par cœur au sens propre comme au sens figuré.

     

    C'était un grand monsieur très mince, à la silhouette élégante et un peu « tatiesque », extrêmement pudique. Il m'emmenait quand je venais le voir lui et ma grand-mère faire les courses et le tour des commerçants du quartier, pas toujours scrupuleux avec ce client parfois distrait. Il n'osait pas souvent discuter, par timidité. Mais un jour que je lui parlais de mon plaisir à aller avec lui dans des petites boutiques qui dans le XVème avaient encore cette pâte et cette identité indéniablement parisienne un peu perdues depuis, des petites lumières dans les yeux il m'évoqua ce qu'il appelait le « jus de la rue », idée qui n'est pas à la mode, qui n'est pas dans l'air du temps où il est de bon ton de vanter les mérites d'une pseudo authenticité provinciale et rurale qui serait plus saine, plus z-ôthentique, bref des clichés sortis de la tête d'un créatif de pub...

     

    Et j'ai toujours pensé que ces lieux communs qu'égrènent « bobos » et autres parasites intellectuels sont finalement des réminiscences pétainistes qui rappellent les discours sur la « Révolution Nationale » ou « Goupi Mains-Rouges », sur la ville corruptrice, tentatrice, pleine de fainéants, de prétentieux, de pseudo-artistes et écrivains beaucoup moins simples, beaucoup plus compliqués, que les braves gens de la campagne dont l'âme est pure comme la rosée du matin, c'est de notoriété publique. Il suffit de lire Maupassant ou Marcel Aymé pour comprendre que la nature humaine y est la même qu'ailleurs...

     

    Le jus de la rue m'expliqua mon grand-père c'est le bruit de la ville, des passants, des voitures, les cahots des trains au loin, les travailleurs qui s'apostrophent d'un trottoir à l'autre, qui s'engueulent sans aménité, les parfums des -jolies- femmes dans la rue, même l'odeur de l'essence, l'odeur du pain et des croissants au petit matin par le soupirail du boulanger, les immeubles comme des vallées profondes où l'on aimerait se perdre, les fenêtres des appartements des boulevards dans lesquels se reflète le ciel parfois gris ce qui n'a pas d'importance puisque « Paris est la plus belle ville du monde » disait-il. C'est aussi cette lumière particulière le matin, ou le soir, cette atmosphère spéciale que l'on ne trouve nulle part ailleurs, ce petit peuple cosmopolite et bigarrée, bruyant et tellement humain.

     

    Il me montra lui aussi les merveilles poétiques cachés du XVème, y compris le square un peu surréaliste selon Caillois de la rue Desnouettes, et son « rocher aux singes » que les gosses méprisent depuis qu'il est là, mais dont, paradoxalement, personne ne songerait à se débarrasser, un peu comme le centre Pompidou que tout le monde trouve affreusement laid, à raison, mais qui fait partie néanmoins de l'identité profonde de la ville. A Paris, même la laideur a une âme, même le béton, même le bitume de la route ont une poésie bien à eux.

     

     

    Depuis cette conversation que j'ai eu avec lui il y a vingt ans, « Paris-Pantruche » a bien changé, Montmartre a perdu ses petits bistros populaires où se mêlaient bourgeois et prolos ce qui est la caractéristique de toute la Ville. Bastille et le faubourg Saint-Antoine sont devenus des repaires de marchands de copies de meubles bourgeois, de fabricants de vêtements exploiteurs de main d’œuvre à très bas prix. Les endroits authentiquement parisiens sont plus difficiles à dénicher, ceux qui les connaissent en gardent jalousement l'adresse, mais il y en a encore. Le « bobo », la nouvelle espèce dont on on se moque depuis ces deux décennies, n'y est pas pour grand chose, ce n'est bien souvent qu'un ancien péquenot parvenu, monté en graine qui singe les manières de ce qu'il estime être les vrais parisiens. Le problème c'est l'avidité des promoteurs et des privilégiés de de la société libérale-libertaire, y compris deux ou trois maires ou mairesses, qui enlaidissent tout ce qu'ils touchent...