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Orwell, coupe ultra-courte et hooliganisme

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Skinheads-John-King.jpgCe livre relève de cet ensemble vague que l'on peut appeler « l'écriture Rock » ; l'on y trouve aussi bien Lester Bangs et ses chroniques toujours incisives sur une musique qu'il déclare morte dés son premier texte, que Nik Cohn, qui écrit sur les mêmes thèmes que John King dans « Anarchy in UK », ou Greil Marcus dans le grandiose « Lipstick Traces », des auteurs pour la plupart anglo-saxons à l'exception de Patrick Eudeline ou Alain Pacadis en France. Ceux-ci s'interrogent sur la culture populaire : des films dits « de genre », désignation facile dans laquelle les arbitres des élégances culturelles collent tout ce qui ne défend pas leur « vision » idéologique et.ou politique à la musique « populaire ».

Car c'est dans ces marges que l'on voit ce qu'est vraiment une société et non dans ce qu'en disent ces « z-élites ».

 

La culture « populaire » est une suprême infamie, car elle peut détendre les masses, alors que, merde quoi, très chère, la culture, ça doit faire chier. Sinon ça sert pas à grand chose...

 

Dans « Skinheads », John King raconte donc de manière attachante le quotidien, le vécu, les petits et grands incidents de la vie de quelques « skins », hommes et femmes, qui vivent non loin de Londres dans des banlieues où l'on mange surtout de la « junk food », « fish and chips » traditionnels ou bouffe « paki » plus épicée :

 

Terry, la quarantaine, qui a perdu sa femme et rêve d'ouvrir un pub pour accueillir ses potes et jouer au billard avec eux, qui tient une entreprise de taxis dont tous les chauffeurs faisaient partie de sa bande, Ray, dit « Ray-coup-de-boule », quadragénaire lui aussi, séparé de sa femme, qui a encore beaucoup trop de violence en lui et s'amuse à terroriser les gosses, Angie, la secrétaire sexy de Terry, qui se caserait bien avec son patron, qui mène tous ces gros durs à la baguette s'occupant chaque mois de leur coupe « ultra-courte », et « Psycho-Paul », qui n'a pas envie de mûrir et d'autres...

 

Comme tous les mouvements de culture « pop » nés de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique, le mouvement « skin » a été caricaturé en arrivant en nos vertes contrées, se réduisant comme pour le « Punk », les « mods » ou le « Rock » à une posture basse du front, un uniforme : « Bombers » et « DM » rouge cerise, blousons cintrés (les skins ne jurent que par Fred Perry (TM°)), une enveloppe quoi et quelqes slogans bien racistes qui tiennent lieu d'opinions en rajoutant « Oïe, oïe » pour choquer le bourgeois entre deux. Et puis on est « skin » ou « punk » de manière consanguine, si on « pogotte » c'est entre fils et filles de bonne famille, si on est « skin », on « ratonne » un peu à douze contre un, car on est très courageux, (où on se vante de le faire), avant de faire carrière dans la banque ou l'immobilier.

 

En passant, John King parle de l'histoire des « skins » anglais, se plonge dans un milieu comme Orwell l'a fait en écrivant « Dans la dèche à Paris et à Londres », essaie d'expliquer pourquoi ils ont pu se conduire violemment. Il parle de leurs pères revenus de la Seconde Guerre Mondiale plus soumis que jamais à un système libéral qui pourtant fait d'eux des pions, des ilotes taillables et corvéables à merci, qui promettaient de tout changer après la victoire et qui n'ont rien fait du tout pour que quoi ce soit évolue. Comme d'habitude. Certains fils ont eu envie de rattraper l'incurie des pères et de se révolter à leur place pour obtenir le respect des dirigeants.

 

Il évoque aussi leur culture de groupe, les « skins » anglais n'écoutent pas du rock gothique allemand saturé mais du ska, et surtout du « reggae », et ce bien avant que Bob Marley ne soit connu en Occident car le mouvement « skin » naît à peur près à la fin du « Summer of Love », un peu en réaction à tant d'amour bêlant de la part des hippies. Les « skins » n'ont rien contre la tradition multiculturelle de leur pays, ils veulent simplement préserver l'identité de leur pays, à leur manière. Il en est même qui iront jusqu'à créer les « Red Skins » pour bien montrer qu'ils n'ont rien à voir avec les crétins décérébrés d'un groupuscule ou un autre, du continent.

 

A l'instar de Ray ou de Terry dans le livre, j'ai moi-même parfois envie de coller un coup de boule ou deux à des européistes convaincus du bien-fondé de l'hyper-libéralisme, et, ou terroriser, à la sortie des matchs de "foûte" des gosses esclaves de leur "smartfône" qui annônent et resservent les lieux communs angélistes qu'on leur sert un peu partout , et même si je ne suis pas « skin », l'auteur en fait pour moi, pour le lecteur, des frères humains...

 

image de la couverture tirée du blog "l'accoudoir"

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