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Escale "buissonnière" en banlieue 1

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H1118-L24566492.jpgCe matin, pour me rendre à Vernon, distant d'Evreux d'une trentaine de kilomètres, et n'ayant qu'une confiance très limitée dans le car censé m'amener à bon port (ami parisien, en province on se déplace en car depuis que l'Etat dans sa grande sagesse a supprimé les « petites » lignes pas assez rentables), j'ai décidé de prendre le train, ce qui coûte excessivement cher mais cela me permettait d'être à l'heure (train jusqu'à Mantes le Jolie puis jusqu'à Vernon dans l'autre sens, la ligne devant relier Rouen, Vernon et Evreux étant en projet depuis quelques décennies déjà). J'aime beaucoup le train, il permet de rêver, de méditer et de s'échapper au moins quelques temps de ce fait d'un quotidien qui n'incite ni à la poésie ni à la contemplation.

 

Arrivé à Mantes, je me suis demandé, juste quelques secondes, deux secondes seulement même car je suis un garçon sérieux, un adulte très sérieux et responsable, ce qui me retenait de continuer jusqu'à Paris, d'aller dans un café ou un petit bistro du Quartier Latin et/ou de Bastille où j'ai mes habitudes, et puis on aurait bien vu la suite. « Carpe Diem ! » me lança le petit diable sur mon épaule gauche, « pourquoi te soucier des conséquences ? ».

 

Alors qu'hélas, hélas, je sais bien, je l'écoute souvent quand il a un bon mot ou une répartie caustique à me faire lancer, car ma causticité est de sa faute que crois tu ami lecteur ?, je l'ai malheureusement fait taire mais je lui ai quand même accordé une petite pause, toute petite, hors de la gare, pour goûter un peu l'atmosphère.

 

Du moins c'est l'excuse que je donnais à l'ange qui est sur mon épaule droite. Lui qui d'habitude me tance bien souvent, affirmant que « je suis trop négatif », il se montra magnanime me disant bien qu'il savait que cette histoire d'atmosphère était une excuse plus ou moins bidon pour me donner un argument pour quelques minutes d'« école buissonière » et d'irresponsabilité, aux yeux des grandes personnes et des purotins. « Au moins, me dit-il avec un sourire contrit, peut-être qu'après tu feras ton devoir d'état avec un peu plus d'entrain ». Puis il soupira et se rassit sans hâte. Je sentais bien qu'il avait très envie de continuer à me sermonner mais qu'il n'osait pas le faire, pour ne pas m'exaspérer...

 

P1020201.JPGC'est finalement surtout la peur d'offrir ainsi facilement ma tête sur un plateau aux commères désobligeantes, aux compères veules et dociles, aux autistes administratifs qui m'a fait renoncer à ce projet qui au fond n'avait rien de si particulièrement funeste que cela me chuchote le petit diable à mon oreille.

 

Ces commères, compères et autistes administrafifs se consolent, si l'on peut dire, de leur soumission volontaire et et de leur docilité sans faille à des idéologies mortifères et des dirigeants morticoles, de leur servilité, de leur égoïsme fondamental principalement par la malveillance, le commérage et le confort d'être en troupeau. Mais j'étais quand même énormément tenté de le faire, tenté par mon environnement, ayant profité du changement de train, de quarante-cinq minutes, donc pour m'arrêter quelques instants en banlieue où je suis chez moi.

 

Oui, ami provincial, la banlieue, c'est du béton, elle est laide, c'est sale, c'est bruyant, comme Paris que « l'on aimerait bien visiter » mais « que l'on ne pourrait pas habiter » « passke les parisiens y sont trop stressés », mais déjà avant moi et avec autrement plus de talent que moi Céline, Marcel Aymé et aussi Jacques Tardi dans ses dessins en ont perçu la poésie réelle. Il suffit de voir plus loin que l'horreur de la pauvreté, pas seulement matérielle, de la grisaille, des vieilles derrière leurs rideaux dans les pavillons en « meulière », des types en veste orange sur le quai des gares, des gamins et des gamines maussades le nez sur l'écran de leur dernier gadget électronique qu'il convient de posséder.


J'aime la banlieue aussi car c'est une bonne partie de mon enfance, je l'aime aussi pour toutes les dionysiaques qui y vivent...

 

Pire encore en banlieue on y croise parfois des « classes dangereuses ». Mais l'air est certes moins pur qu'ailleurs, si le ciel y est parfois moins clair le soir, il arrive que les personnes y soient un peu plus ouvertes d'esprit, un peu moins enclines aux colportages de ragots putrides et hors d'âge, de rumeurs malsaines, envers leurs semblables, et les milieux se croisent un tout petit peu plus qu'ailleurs. S'il est vrai qu'il en est qui sont comme des planètes sur des orbites parallèles, parfois des mondes se croisent, se parlent et échangent sans préjugés. D'autres fois encore ils s'entrechoquent et certes c'est dangereux....

 

 

texte à suivre


image prise sur le site "artfact"

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