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L'enfant sur le banc

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nostalgie, enfance, société, politique, idéaux, fidélitéSur son blog, dans un article, un écrivain dont j'aime en particulier les nouvelles et ses essais personnels sur les lunettes noires ou les « départementales » des temps anciens, maintenant hélas révolus, ces routes que l'on voyait en couleurs « pastel » sur les cartes « Vidal de Lablache » (des cartes sur lesquelles on apprenait à découvrir un pays ami jeune, et son identité, c'était bien plus profond et charnel que d'écouter la voix enregistrée d'un GPS, fût-il perfectionné), se demande s'il est resté fidèle au jeune homme qu'il était à dix-neuf ans alors qu'il arrive à l'orée de la cinquantaine.

 

J'ai souvent été injuste avec lui, bêtement méchant et facilement caustique, j'en ai conscience. Et la part d'enfance caché derrière ma cuirasse de causticité déteste cela. Je devrais plus l'écouter.

 

Toi qui me lis encore, amie lectrice pour qui parfois j'écris exclusivement, tu le disais déjà, selon toi je suis comme les ours, par peur d'être dressé contre mon gré, par peur d'être blessé, je donne des coups de patte brutaux parfois là où il ne faut pas et je fais mal beaucoup plus que je ne le devrais alors que je pourrais être simplement amical et fraternel au delà de ce qui nous sépare.

 

nostalgie, enfance, société, politique, idéaux, fidélitéJe me suis demandé également à quelle part de mon enfance ou de mon adolescence je suis fidèle. Un de mes proches le dit souvent, de toutes façons on reste d'une manière ou d'une autre l'enfant que l'on a été, avec ses peurs, ses angoisses, ses espoirs.

 

Quelque part, au fond de mon âme, derrière les pétarades caustiques, la rigueur appuyée et les répliques se voulant cinglantes, je suis resté ce petit garçon qui adorait se promener dans les jardins du Luxembourg, qui se croyait dans un parc enchanté quand il découvrait les petits ânes sur lesquels on faisait monter les enfants, qui rêvait de voyages fabuleux en regardant les bateaux sur le bassin en face du Sénat, et qui dans le métro, vers la Tour Eiffel ou devant quelque monument « art déco » en poutrelles métalliques et rivets, pensait que le « Nautilus » du film de Richard Fleischer allait surgir des entrailles des rues déchirant soudain les pavés ou le bitume en vagues majestueuses.

 

Dans les rues parisiennes, celles du quartier de la place des Victoires où ses parents habitaient, à l'époque ce n'était pas une réserve « bobo » et aisée, ou celles du quartier latin où ses parents l'emmenaient souvent, il croyait croiser les personnages des contes de Pierre Gripari, lui aussi il connaissait un épicier kabyle qui avait un petit garçon comme papa Bachir, mais aussi le « Passe-Murailles » ou le garçon portant les « bottes de Sept Lieues » imaginés par Marcel Aymé, histoires dans lesquelles il a appris à lire avec « les contes du Chat perché ». Il avait une marraine toujours entourée d'animaux qui était comme une "vouivre"  parisienne. Parfois, au « Luco » ou près du Panthéon, lorsque je me promène, je sens le parfum du tabac blond que fumait mon grand-père qui m'emmenait souvent aux chevaux de bois près de « la Mouffe »...

 

Le quotidien devient merveilleux pour les enfants capables de rêver, même de rêvasser. Ils ont la poésie qui leur vient plus naturellement.

 

On ne devrait jamais empêcher un potache de soupirer en regardant avec nostalgie derrière la fenêtre de la salle de classe, ce qu'il fait de moins en moins on m'objectera, le potache ayant malheureusement le nez collé à l'écran du gadget électronique superflu qui ne quitte jamais la paume de sa main. Ces gadgets empoisonnent toutes les rêveries, y compris quand l'on suit d'un regard admiratif les jolies jambes d'une jeune femme et que l'on s'aperçoit que cette conne est pendue à son téléphone dit « portable » à débiter les pires « anodineries » à un correspondant parfois imaginaire, le téléphone permettant paraît-il de se donner une contenance.

 

Ce petit garçon ne supportait pas d'être séparé de ses proches, c'était toujours pour lui un déchirement, et sa plus grande peur. Et  parfois je le vois ouvrir de grands yeux horrifiés quand je lance une méchanceté ou une horreur qui se veut ironique, il n'aime pas ça du tout. Ce sont les imbéciles qui rit méchamment, qui ont la tentation de sombrer dans le mépris, pas les personnes gentilles pour ce petit gosse. Il ne comprenait pas les mauvaises blagues et les ricanements, du moins jusqu'à un certain âge où il a saisi que les grandes personnes se contentaient de très peu de choses comme idéaux de vie, et qu'elles sont rarement dignes de confiance. Et il s'est protégé en ayant de la répartie...

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Ce petit garçon au fond de moi, il se souvient souvent de ses soirs délicieux sur Paris quand les « tambours » noirs et rouges des bus étaient comme autant de repères magiques pour emprunter la voie de songes éveillés au milieu des briques, des bruits des voitures, des pavés et des parisiens pressés. Je l'avais perdu de vue depuis longtemps cette part d'enfance, d'insouciance et d'ouverture au bonheur, je l'ai retrouvé dans un square de banlieue avec des enfants qui me sont proches il y a quelques jours et hier dans le jardin de la « Chapelle Expiatoire » alors que je regardais poindre le crépuscule au dessus de l'immeuble où vécut ce « feu follet » qui était Proust.

 

Le petit garçon était revenu à côté de moi sur le banc de bois, il me suggéra que je pouvais rester là toute la vie, même en étant sans le sou, à condition d'avoir des bons livres à livre, et un peu de papier pour écrire ou dessiner...

 

Mais comme je suis devenu une grande personne et que les grandes personnes ne sont décidément pas raisonnables, je me levais et le laissais là, le regard perdu dans ses pensées...


photos de l'auteur - Amaury Watremez (TM°)

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