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L'avènement de la civilisation numérique en question - réponse à un article de Serge Tisseron

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 fahrenheit_451-copie-11.jpgSerge Tisseron, dans un entretien sur culturemobile, voit dans l'avènement de la culture numérique, la multiplication des écrans dans notre vie quotidienne, un changement de civilisation, qui s'oppose d'abord à la culture du livre, désignée par le psychologue comme arbitraire, et dogmatique, pyramidale, croyant bon d'égratigner au passage la foi catholique forcément répressive à ses yeux quant à la culture, percevant les rapports de celle-ci avec les arts et la littérature comme dans « le Nom de la Rose », le film d'Annaud, le livre d'Umberto Eco étant plus subtil sur la question..

 

La plupart du temps, les personnes se référant au « Nom de la Rose » comme la référence ultime sur le rôle délicat et criminel selon eux de la religion au Moyen Age n'ont évidemment jamais lu le livre.

 

Quant à Serge Tisseron, peut-être ne connaît-il pas les œuvres de Raphaël, Michel-Ange, le Caravage, Georges Rouault, Léonard de Vinci, Giotto et bien d'autres créations majeures d'une liberté artistique et d'une audace que beaucoup ont essayé d'imiter sans y arriver jamais inspirées par cette religion ?

 

Peut-être n'a-t-il pas lu les livres de saint Thomas d'Aquin inspirés par Aristote et quantité de philosophes antiques, de saint Augustin, de Barbey d'Aurevilly, Bernanos, Bloy, Huysmans, Edith Stein, Simone Weil (la philosophe pas la sainte patronne de l'UMP) ? Peut-être ignore-t-il que les lettres de saint Paul sont inspirées par le stoïcisme et donc par Épicure ?

 

Des mauvais esprits lui répondraient qu'il redécouvre somme toute l'eau chaude car c'est en soi évident, tellement évident hélas, et extrêmement préoccupant car ce qui domine chez les plus jeunes en particulier, c'est la crédulité, le premier degré de la réflexion et de l'analyse, le rejet de toute hiérarchisation des savoirs alors que tous les goûts ne se valent pas, même si on retrouve tous les goûts sur les rayons des grands supermarchés de la culture qu'ils soient virtuels ou pas..

 

Bien entendu, comme toute « belle conscience » lisant la « bonne presse » et croyant dans les bienfaits des progrès offerts par la société libérale libertaire, il affirme que c'est d'abord un progrès de la diversité, et que cette multiplication des références est éminemment positive, spécifiant quand même en fin d'entretien que certes cela nécessite quand même une éducation à l'image et à la compréhension des écrans, et qu'il s'agit aussi de préserver les livres et la culture livresque.

 

Ce qui est contradictoire.

 

Car Serge Tisseron paraît oublier que lorsqu'une nouvelle forme de culture humaine apparaît elle commence d'abord par rejeter et détruire la précédente, comportement déplorable dans la nature même du pitoyable primate humain. Et il semble être aveugle à ces nouveaux autodafés au nom du développement durable (TM°) parfois que les promoteurs de cette nouvelle culture réclament au nom de la liberté, ce qui est le plus ironique.

 

Autre contradiction flagrante, Serge Tisseron ne veut surtout pas juger ce changement de civilisation mais moralise et condamne dans le même mouvement l'ancienne culture du livre sans trop de questionnement, mais il faut dire que les théoriciens enthousiastes du nouveau monde inquiétant issu de la société de consommation effrénée en train de naître en 2013 n'en sont pas à une contradiction près.

 

Il ne veut pas voir le « zapping mental » que la culture numérique provoque que ce soit à cause des pratiques informatiques que de la télévision, la progression constante de la difficulté pour les plus jeunes, et les adultes, à se concentrer durablement sur un travail ou une tâche, dont la lecture d'un livre qui en plus oblige à se couper du collectif, à sortir du confort du groupe vu comme un cocon protecteur.

 

Il ne veut pas voir également la paresse de raisonnement induite par la culture numérique, qui par l'accessibilité même de certains outils, comme les traducteurs automatiques, les correcteurs d'orthographe en ligne, entraine un refus de tout effort mental personnel, ou de recherche de renseignements.


Pourquoi se fatiguer puisque tout est en ligne sur le Réseau ? Le décervelage à l'oeuvre en notre temps se fait avec l'assentiment encore une fois enthousiaste de ceux-là même qui en sont victimes.

 

Il refuse de voir enfin que ce qui s'impose sur le net en particulier et dans la culture numérique, ce n'est pas du tout l'acceptation de la diversité des opinions mais l'arbitraire du plus grand nombre, et de la norme, une norme et des standards physiques, comportementaux et sociaux de plus en plus contraignants.

 

Gare à celui ou celle qui ne veut pas s'y conformer !

 

En fait c'est à se demander si Serge Tisseron n'aime pas « Big Brother » à l'instar du pauvre Winston Smith à la fin de « 1984 » ?


image issue de "Farenheit 451", l'adaptation du roman de Bradbury par Truffaut, prise ici


Un extrait du film qui est, à peine, de la Science-Fiction

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