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  • Génération Hessel - Génération sans recul

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    éloge également sur Agoravox

    Saint Stéphane Hessel vient de mourir.

    Paix à ses cendres et qu'il repose en paix...


    Je pourrais m'arrêpolitique, saint stéphane Hessel, hypocrisie, société, littérature, nécrologie distinguéeter là, signaler simplement que j'ai repris deux fois des moules ainsi que le disait Desproges quand il voulait signifier qu'il se fichait complètement d'un événement provoquant l'émoi partout ailleurs dans les chaumières, et éviter de me moquer de ce que laisse un vieux monsieur qui était en somme la version bien-pensante et politiquement correcte du grand oncle radoteur que l'on écoute parce qu'il est vieux, et qu'il donne de temps à autres des rallonges d'argent de poche.


    Il est curieux de constater une chose à première vue paradoxale.


    Quand il s'agit du Pape, ou d'une figure qui n'entre pas dans les schémas en vigueur, il n'y a pas de mots assez durs, d'expressions assez abjectes pour insister le plus lourdement possible sur la vieillesse, l'âge et l'usure de la personne.


    Dans les médias et la « bonne presse », par contre, « l’œuvre » de Stéphane Hessel, qui consiste surtout en un opuscule regroupant quelques lieux communs certes sympathiques lorsqu'on a dix-sept ans mais qui paraissent assez ridicules, surtout s'ils ne sont pas suivis d'actes, une fois la crise de rébellion post-pubertaire surmontée, est considérée comme d'une importance fondamentale contre les préjugés et les idées reçues alors que la trentaine de pages de « Indignez vous » sont un relevé méthodique des poncifs les plus éculés concernant la jeunesse, les droits de l'homme, la révolte....


    Il est curieux que le personnage perçu comme le plus rimbaldien en 2013 soit un vieillard de plus de quatre-vingt dix ans.


    La génération que l'on pourrait appeler la « génération sans recul » a donc maintenant sa figure tutélaire qui maintenant qu'elle vient de passer l'arme à gauche, bien à gauche, va être mythifiée, idéalisée, portée aux nues, tel Coluche à une époque, alors que Hessel a été la plus grande partie de sa vie un des rouages idéologiques et politiques du système ayant conduit à la catastrophe actuelle, à la crise de sens, de l'économie, la crise sociale, la crise morale, et à cette curieuse et totale absence de recul sur elle-même qui caractérise la société contemporaine, une absence de recul totalement effarante quand on y pense.


    Cette « génération sans recul » est incapable de simplement réfléchir sur la culture de son temps, les pires idées reçues, sur les fins des actions qu'elle pose pour améliorer, et surtout celles qu'elle ne pose pas, sur son allégeance totale à la société de consommation et au spectacle permanent du grand cirque consumériste.


    La « génération sans recul » ne veut pas se poser de questions, elle veut profiter encore un peu, tant ce que c'est encore possible de la société dite d'abondance, enfin pour les plus riches.


    Les opinions de cette génération sont assez simples à comprendre, on me dira :


    La jeunesse c'est mieux que la maturité, car la maturité ça pousse à réfléchir et réfléchir c'est fatigant. Et puis la jeunesse c'est mieux car l'image des jeunes est quand même plus intéressante esthétiquement.


    Il faut rester jeune le plus longtemps possible, ou du moins le paraître.


    Il convient également d'être positif en tout, les esprits critiques sont des grincheux qui freinent les autres, et comme il n'y a plus aucune hiérarchie des goûts et des couleurs, car de hiérarchiser suppose un effort de réflexion et un désir de s'élever au dessus du troupeau, c'est négatif. Les esprits critiques sont des jaloux, des envieux, des types ou des femmes mal dans leur peau, de pauvres hères qui ne comprennent pas le bonheur qu'il y a selon les critères modernes à ne pas sortir du lot.


    Il est tellement plus simple, et plus confortable, et perçu comme plus pacifique, de chercher à être comme tout le monde le plus possible. La personne hors norme, non standardisée, dans son corps et son esprit ne peut qu'induire des sentiments trop forts, la division et encourager à sortir du confort intellectuel douillet de la société d'aveugles qu'est la société en 2013.


    Et ce jusqu'à la névrose...


    A la « génération sans recul » on a dit que l'Europe c'était bien parce que c'était la paix, le prétexte étant à la base du grand marché unique, on le lui a martelé tellement que cette génération a fini par le croire et qu'elle ressent toute évocation du peuple, de la nation et des traditions d'un pays comme un désir de violence, de guerre, un nationalisme forcément haineux.


    A la « génération sans recul », on a prétendu qu'il a suffi de rédiger la déclaration des droits de l'homme et de la proclamer en 1948 pour que la monde entier ne recherche plus que la paix, la concorde et l'harmonie universelle, ce qui n'est le cas qu'en très peu d'endroits sur la planète car les bonnes intentions ne suffisent pas.


    Curieusement la « génération sans recul » ne voit pas que celle de ses parents et grands parents lui a certes transmis tout ce salmigondis pseudo humanitariste tout en jouissant le plus possible des « Trente Glorieuses », de la « parenthèse enchantée » des années 70, sans le SIDA, et sans songer une seule seconde aux lendemains qui déchantent qui attendaient leurs enfants et petits enfants, s'en fichant à la rigueur, sur le mode « après nous le déluge »...

    photo empruntée ici

  • Tous censeurs sur Internet ?

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    Dédié à Eugène Lampiste

    Internet est un formidable espace de liberté.

    C'est une évidence.


    politique, net, blog, hypocrisie, censure, surveillanceCelle-ci fait peur aux institutions et aux tenants du pouvoir, politiques et économiques, mais aussi à tous ceux qui pourraient l'exercer, à savoir tout le monde, et qui finalement ont très peur de le faire, un peu comme ces enfants sages qui ne veulent pas prendre leur indépendance par rapport à leurs parents ou à leurs maîtres, qui ont très peur de penser par eux-mêmes.


    J'en veux pour preuve entre autres cet ami m'affirmant que ce que j'écris dans mes articles, sur mon blog, en statuts « Facebook » (TM°), et sur Agoravox, est dangereux en soi car contrevenant gravement aux idées énoncées par tout le monde par ailleurs, que cela me fait remarquer et courir un risque grave amenant la perte de toute possibilité de vie sociale.


    D'après son argumentaire, ce qui était le plus dangereux était surtout de se singulariser par rapport aux autres, et non d'avoir des idées différentes.


    Pour lui qui a des idées apparemment opposées aux miennes, ce n'était pas les opinions qui étaient dangereuses mais de sortir du standard de pensée ou de réflexion, de ne pas rester dans sa case bien définie, le « catho réac », selon l'étiquette dont on m'affuble le plus souvent, se devant d'être forcément « bégueule » sur le plan du sexe, libéral en économie, et bourgeois, forcément bourgeois, voire si le méchant réac insiste un émule de Jorge de Garcia l'inquisiteur malfaisant du « Nom de la Rose »,


    Celle ou celui qui prendrait le risque de cette comparaison s'étant contenté du film de Jean-Jacques Annaud n'ayant jamais lu l'excellent livre de Umberto Eco qui parle aussi de la puissance de la littérature.


    Tout comme à l'inverse, quiconque critiquant le libéralisme étant désigné à la vindicte comme une sorte de « moujik » dangereux le couteau entre les dents, et forcément marxiste, alors qu'on peut être anti-libéral sans être obligatoirement un émule de l'auteur du « Capital »...


    Bien souvent, j'ai d'ailleurs compris que ce n'était pas mes idées qui m'étaient en fait reprochées, mais mon désir d'indépendance face au collectif, mon désir de ne pas être inclus forcément dans le troupeau selon une appellation contrôlée bien définie. Cette volonté de sortir du confort intellectuel collectif est vécue et perçue par ses esclaves consentants comme une atroce prétention, une vanité insupportable quand celle-ci n'est pas psychiatrisée, assimilée à une volonté de contrôle de ses semblables, un mal-être du à des traumatismes vécus durant l'enfance.

    Internet par cette expression tous azimuts a ses risques inhérents, ses extrémistes qui ont la parole de plus en plus décomplexée, ses maniaques du complot, mais ce sont après tout des risques à prendre afin de se confronter à tous les sujets, ce qui permet parfois de démasquer les faux-semblants, les mensonges, l'hypocrisie.


    Et les poncifs les plus éculés qui sont la plupart du temps la base de réflexion de tous ceux qui prétendent se conduire en véritables humanistes sur le Net, ayant le courage insigne à leurs yeux de se dire contre la violence, la haine et l'injustice, pour la liberté, l'égalité et la paix surtout quand il n'y a aucun risque à le faire et que cela n'implique aucun acte concret...


    Le réseau des réseaux est un terrain privilégié pour ceux qui les expriment sans aucuns scrupules ni remords réels, ces poncifs, privilégiant les échanges manichéens qui font du « beuzze » (TM°) sans remettre l'essentiel en cause aux discussions réellement argumentées qui sont autrement plus dangereuses, et subversives, le « beuzze » (TM°) étant ce qui fait tourner le mieux le système spectaculaire qui distrait l'individu moderne, le citoyen consommateur, de toute réflexion un peu construite sur sa place dans la société contemporaine.


    Tout ce qui pouvant prêter à débat est traité sur le mode affectif et des procédés qui bien que grossiers fonctionnent à chaque fois.


    Est-il devenu dangereux d'exprimer des opinions à contre-courant sur Internet comme dans la vie ?


    Ce n'est pas qu'il y ait une réelle censure officielle. C'est beaucoup plus pervers...


    Celle-ci a à première vue disparu.


    Par contre, c'est l'ensemble des individus qui devient censeur du voisin, et ce pour diverses raisons dont la jalousie, l'envie, la peur de ne pas être comme les autres, la lâcheté par peur de ne plus pouvoir se faire une place à cause de personnes que l'on voit comme supérieures car ayant des velléités d'indépendance, les frustrations ressenties à ne rien sentir de particulier chez soi, la simple sottise aussi, celle de l'imbécile docile et satisfait de l'être.


    Les collègues « gougueulisent » les nouveaux dans un service sans que la direction n'ait à le faire, les ragots vont bon train suite à ce que les un ou les autres laissent de « traces numériques ».


    Et celui qui oserait montrer un embryon de différenciation ou d'indépendance d'esprit est lentement mais sûrement ostracisé sans que les tenants du pouvoir n'aient à bouger le petit doigt, il suffit d'évoquer les sanglots dans la voie la Crise et les difficultés qu'elle implique, la construction d'une mondialisation montrée comme heureuse, forcément heureuse, et le contradicteur qui se conduirait en trublion irresponsable, en enfant gâté qui serait responsable de tout ce qui pourrait bloquer l'avènement de l'utopie universelle ou supposée telle.


    Ces dangers bien réels pourraient décourager de s'exprimer réellement librement sur le web, moi cela m'inciterait à rajouter quelques cuivres et grosses caisses....

    image empruntée au blog la quadrature, excellente source sur les risques de censure du net

  • Quelques propositions d'économies pour le gouvernement

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    Le gouvernement justifie sa politique d'austérité, due surtout à l'insistance des institutions de l'Union Européenne qui appliquent une politique monétariste, en invoquant des économies nécessaires et une gestion des deniers publics qui soit plus rigoureuse.


    politique, présidence Hollande, UMP, PS, RGPPComme si il n'y avait pas d'autres alternatives. Comme si la nation France n'existait déjà plus dans leurs esprits.


    Ce qui est je pense le cas, bien qu'ils n'osent pas trop encore le dire.


    Acculés au pied du mur les ministres ont également une explication qui vaut pour tout. C'est « la faute à Sarkozy » (TM°) si leur politique ne donne pas tous les fruits espérés, sauf dans le sociétal, ce qui ne mange pas de pain, et permet de laisser une empreinte malgré tout tout en profitant du système et en satisfaisant sa « clientèle » électorale, Sarkozy ayant fait pareil, mais dans un autre genre, en jouant sur le « sentiment d'insécurité » des français.


    Dire que c'est la faute du précédent gouvernement tout le monde le dit, certes, c'est en quelque sorte de bonne guerre, mais en temps de crise, c'est tout simplement insupportable.


    Personne ne s'oppose réellement à une telle volonté de rationalité et d'intelligence financière, si d'un côté le gouvernement actuel ne faisait pas le contraire de ce qu'il préconise par ailleurs, se montrant curieusement inerte sur bien des dépenses inutiles...


    Ces dépenses inutiles, ces quelques remarques de bon sens que l'on peut faire, seront immédiatement suspectées de « poujadisme » voire de populisme, cela n'enlèvera rien au fait qu'elles sont de bon sens.


    La première de ces dépenses inutiles est la guerre au Mali.


    Celle-ci coûte cher, extrêmement cher chaque jour, et le fait que ce soit une guerre « humanitaire » (qui fasse cependant d'une pierre deux coups en préservant également les intérêts d'AREVA là-bas tout en donnant à Hollande une stature présidentielle) n'y change rien.


    Elle vaut combien en postes de professeurs ou de policiers de proximité cette guerre ?


    Il serait intéressant de poser la question. Il apparaît que cette question est loin d'être vaine. De plus au niveau géopolitique, il est évident que la solution contre l'intégrisme sévissant en Afrique se fera uniquement globalement et non par quelques interventions locales qui ne résolvent rien du tout à long terme.


    Quand le gouvernement aborde la question du système des retraites, il ne pose jamais la seule et unique question qui devrait être posée, et dont la réponse garantirait réellement une égalité concrète et tangible, voire même un maintien de l'âge légal encore raisonnable : cette question étant celle de tous les régimes spéciaux existant encore en France ; leurs bénéficiaires étant d'ailleurs les premiers à défiler au nom de l'égalité, ce que je trouve des plus ironiques.


    Alors certes, ceux qui y ont souscrit ne seront jamais aussi riches que les affairistes du CAC40 mais il y aurait peut-être là encore une idée à approfondir qui irait vers plus d'égalité et de justice sociale.


    Il faut savoir par ailleurs que dans le même temps ce sont les mêmes qui bloquent toute possibilité pour les salariés précaires d'être titularisés ou d'accéder au minimum à un concours offrant des possibilités d'avenir plus confortables, par peur panique de perdre les fameux « z-acquis » de toute manière remis en question de fait par les réformes de la Fonction Publique liées à l'application de la RGPP depuis 2002.


    Le salariat précaire fonctionne comme un volant de régulation qui fait fonctionner la machine irréformable de toutes manières depuis déjà plusieurs décennies, un salariat précaire méprisé par un peu tout le monde, contre les directives européennes contre les CDD à répétition mais là, dans le cas des salariés précaires, l'Europe n'est plus une telle nécessité qui nous sauvera tous !


    D'ailleurs depuis qu'ils ont eu la certitude que ces « avantages z-acquis » seraient maintenus au moins pour leur génération, dont une infinité de décharges de service diverses et variées qui coûtent excessivement cher, on ne les entend plus vraiment alors que c'est maintenant qu'est l'urgence contre la précarisation.


    C'est bel et bien beau d'en appeler aux mânes du programme du « CNR », et des grands anciens, mais qu'est-ce qui est fait concrètement ?


    Pour le moment, rien.


    Quelques autres propositions d'économies, et non des moindres, qui sont plus radicales pour conclure :


    Puisque toutes les décisions sont prises par les instances européennes, il s'agirait de supprimer d'ores et déjà le gouvernement, le président, le parlement national, les conseils généraux, tous ces salaires moins élevés que ceux des grands patrons certes mais après tout à quoi servent-ils encore ?


    Ils ne font qu'entériner dans leur grande majorité toutes les décisions prises à Bruxelles ou Strasbourg.


    Une économie réellement substantielle serait de supprimer le ministère du redressement productif qui ne sert strictement à rien et de renvoyer monsieur Montebourg à ses chères études, ou à son miroir devant lequel il pourra continuer à s'exercer aux rodomontades dont les hommes d'affaires et fabricants de pneus n'ont que faire et aussi tout le « Pôle Emploi » qui n'est qu'une machine à radier les chômeurs et bidouiller les statistiques...


    Il serait bon aussi que l'argent public distribué avec grande largesse impliquent aussi des devoirs au regard de ceux qui en bénéficient, l'apprentissage des responsabilités citoyennes. Mais que n'ais-je pas dit ? On va encore parler de stigmatisation...


    illustration empruntée au site de FO Schneider

  • Job à l'époque post-moderne

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    Si je parle de moi dans ce petit texte c'est finalement pour mieux parler des autres....


    christianisme, politique, société, amis, amours, emmerdesJe le dédie à un autre homme blessé croisé dans un couloir pourtant froid et impersonnel. Avec lui il n'y a pas eu besoin de grand discours, il a suffi de se regarder l'un et l'autre droit dans les yeux sans discours lénifiant.


    Ces quelques lignes sont pour toi bien sûr qui est toute aussi blessée que moi, et pour ses amis qui sont comme ceux qu'évoquaient Clémenceau, à savoir quand on leur dit que l'on a tué un homme leur première réponse serait pour demander où est le corps et non pour faire la morale...


    Je rencontre très souvent dans mes rencontres avec les autres personnes deux sortes de réactions :


    D'un côté celles qui s'arrêtent aux apparences, pour qui je suis un connard vaniteux mais parfois drôle qui ne croit pas en grand chose, un cynique condescendant. Dans ce premier cas de figure, j'adore rajouter quelques cuivres et grosses caisses pour surtout ne pas décourager ceux qui pourraient continuer à penser cela de moi d'arrêter de le faire.


    C'est après tout tout ce qu'ils méritent. Pourquoi devrais-je leur faciliter leur travail de réflexion personnelle introspective ?


    Le fait que j'ai lu quelques livres et que j'aime en parler, que j'ai même la passion de la Littérature qui est pour moi quelque chose de réellement existentiel n'arrange rien. Les cuistres, les béotiens prennent pour un prétentieux quiconque a quelques rudiments de culture sans que celle-ci n'ait été sanctionnée par un diplôme qui au moins légitimerait le complexe d'infériorité que les imbéciles ressentent à tort face à quelqu'un qui a deux ou trois connaissances de plus qu'eux à partager.


    C'est ainsi, l'être humain privilégie son orgueil, l'image qu'il croit flatteuse qu'il a de lui-même.


    De l'autre côté d'autres personnes beaucoup plus rares vont un peu plus loin et cherchent à comprendre d'où vient ce cynisme supposé qui est somme toute l'expression d'une blessure, cynisme qu'ils confondent avec l'ironie ou le sens de la dérision. Bien entendu une personne réputée cynique est au fond surtout lucide, un peu trop sensible aux compromis, à la malhonnêteté chez les autres mais aussi chez elle-même.


    Bien entendu accepter la blessure de l'autre est beaucoup plus difficile que se contenter de le réduire à son humour caustique, plus rassurant. Car accepter la blessure de l'autre, voire sa solitude, c'est accepter également ses propres manques, ses carences, ses souffrances, regarder le réel en face en quelque sorte, se voir tel que l'on est sans les petites enluminures que tout le monde aime à rajouter à son portrait.


    Cette blessure, cette causticité réputée engendre un scepticisme extrêmement intense bien entendu concernant la plupart des grandes théories ou des belles idées que les êtres humains, ces pitoyables primates ont l'habitude d'énoncer pour se hausser du col, se donner de l'importance, caresser leur vanité dans le sens du poil.


    La plupart de ces idéologues, ou croyants qui font de leur foi une idéologie, veulent toujours le bonheur de l'humanité mais pas tout de suite, plus tard, et ne font pas grand-chose pour aider à son avènement ici et maintenant beaucoup plus rapidement, voire soulager un minimum les souffrances qu'ils constatent autour d'eux mais qui les laissent concrètement indifférents.


    L'époque est avec eux, l'époque déteste prendre du recul sur elle-même et réfléchir sur ses actes, sur les conséquences des désirs qu'elle a bien du mal à camoufler.


    Ils ne peuvent comprendre bien entendu que les bonnes intentions, l'envie de sauver ceux que l'on aime ou le monde entier, ne suffisent pas, que même cela ne sert à rien, car ceux que l'on veut sauver, ou simplement aider, ne veulent ni être sauvés et encore moins être aidés, n'ayant pas conscience généralement au bon moment d'en avoir besoin.


    Il faut toujours ou presque qu'ils frôlent le pire pour enfin s'en apercevoir.


    Il manque la troisième réaction, encore plus rarissime, qu'ont ceux qui nous acceptent tel que l'on est : ces amis qui en un mot qu'on leur dit comprennent ce que l'on ressent, la femme que l'on aime qui n'a pas besoin de mots pour comprendre...


    Ces personnes là, il peut m'arriver de ne pas leur parler pendant des années, de ne pas avoir souvent de nouvelles d'eux, mais si je les revoyais demain, ce serait comme si je les avais quitté la veille, sans oublier les mauvais jours, mais en les acceptant. Car je ne peux que les aimer malgré tout, malgré moi également.


    christianisme, politique, société, amis, amours, emmerdesDe temps à autre, ceux qui me prennent pour un connard vaniteux m'entendent parler de ma foi chrétienne, catholique, qui est pour moi un des fondements de mon existence.


    Les mêmes, qui sont au fond des esclaves dociles de leurs préjugés et des poncifs qui leurs servent d'opinions, me perçoivent alors sans voir la contradiction qu'il y a dans leur jugement, comme un bigot insupportable, un « catho » docile, un « petit soldat de Benoît XVI », ou pire encore un intégriste nostalgique des HLPSDNH (TM°) (les « z-heures les plus sombres de notre histoire »).


    Et ils n'ont pas souffert au fond, ou n'ont pas su s'interroger sur les souffrances qu'ils ont pu vivre.


    Quelqu'un qui a souffert et en quicela a déclenché un questionnement, une vie intérieure, le sait très bien. Même pour un croyant, ce qui domine, c'est surtout le silence de Dieu, le silence sur toute explication de la souffrance, des manques d'amour, ce qui ne signifie pas pour un croyant, un chrétien en particulier, que Dieu n'existe pas, la relation au divin étant une relation unique avec une personne, ce qui est généralement incompréhensible pour la société actuelle qui ne voit dans la foi que la gardienne de la morale et de la vertu, un frein à ses appétits que le système, en particulier économique, lui enjoint de combler.


    La seule chose qui troue parfois le silence de dieu, c'est le cri comme celui de Job de celui qui souffre, sa révolte, son incompréhension face à ses souffrances qui lui apparaissent toujours comme tellement dispensables. Certains croyants ont alors la déplorable manie de rappeler au croyant qu'il ne souffrirait jamais plus de ce dont il serait capable de supporter, en profitant aussi pour lui faire la morale, oubliant dans les deux cas le sens de leur propre humanité.


    La Foi ne donne qu'une seule certitude, que malgré tout le mal autour de nous, qui semble victorieux dans le monde ainsi que l'injustice, la violence, la bêtise, la haine, la malveillance et la petitesse d'esprit, que malgré tout ce mal n'est rien et que l'être humain est destiné à autre chose, et qu'il devrait s'y employer ici et maintenant.


    La Foi n'est pas un genre de sirop qui imposerait ainsi que l'on l'entend souvent, des chrétiens eux-mêmes, aux chrétiens de se conduire en gentilles personnes tels Hansel et Gretel dans la maison en pain d'épices, des « bons » chrétiens certainement ravis d'être mangés ensuite par la sorcière, une vilaine pécheresse leur faisant du mal, les injuriant tout en les faisant cuire à petit feu, pour leur bien donc.


    Ce n'est pas un genre de « coaching » mental positif à tout crin qui impliquerait de cacher la vérité des faits ou le réel, ou la médiocrité trop répandue des aspirations humaines, en particulier modernes, pour ne pas trop choquer, pas trop blesser.


    La Foi devrait entraîner une acuité plus forte aux autres, aux souffrances, aux actes que l'on pourrait donner, mais bien souvent, ce n'est pas suffisamment le cas ou alors le croyant a peur de quitter le cocon rassurant d'une société hyper-conformiste en faisant preuve d'altérité.


    Ce n'est pas le seul, la plupart des êtres humains aussi...


    Le croyant normalement ayant certes pour lui d'avoir conscience de sa faiblesse.


    Illustration : "Job et sa femme" par Georges de la Tour, "Les vieilles" par Goya, tableau au musée de Lille, phototèque de l'auteur

  • Pauvre Oscar Wilde...

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    Publié aussi sur Agoravox

    Note, il s'agit de dérision, quand j'avais le même âge je présentais certainement, comme tout le monde, les mêmes travers..

    .

    Deux gamines dans le bus dissertent sur Oscar Wilde, certainement en raison d'un devoir qu'elles ont sur l'auteur et dandy célèbre. Je comprend incidemment qu'elles ont travaillé sur « le portrait de Dorian Gray » et que cela les angoisse -un peu, cela ne va pas jusqu'à la crise existentielle-.


    Toutes les deux ont l'uniforme habituel et de rigueur pour garder un certain rang social :


    22-napoleon-sarony-oscar-wilde-1882.jpg?w=690le « djinn » slim de couleur, le petit « poulovère » pastel, le foulard palestinien autour du coup et le « smartphone » comme vissé, apparemment, à la paume droite. Au moins si la suite de leur conversation montre que ces deux donzelles n'ouvriront un livre que contraintes et forcées, il est évident qu'elles lisent beaucoup sur les écrans, ce qui au regard du discours lénifiant sur la lecture électronique apparaîtrait comme rassurant.


    Celle qui domine le duo a des lunettes carrées de « dominatrice » dans une pub pour parfums. Toutes deux en parlant ne cessent de tripoter leur téléphone cellulaire.. ;


    La première soupire :


    « Oscar Wilde, la prof elle nous a dit, c'était un dandy, genre il se la jouait trop top modèle comme Kevin C., celui qu'est homosessuel dans la Seconde C »


    Bien sûr, une époque qui met autant d'importance sur l'apparence et le « louque » le dandysme ne peut être compris que uniquement concernant ses conséquences sur l'image donnée aux autres et l'idée que le désir de s'élever, d'être différent, hors du troupeau, est forcément une atroce prétention.


    La deuxième précise :


    « Ouais, Oscar Wilde aussi il était homo, mais en fait Kevin y sait pas encore, il m'a dit qu'il avait pas fait son choix et qu'il aimait les filles autant que les gars, d'ailleurs Oscar Wilde y s'était marié la prof elle a dit, et il avait des enfants ».


    La dominante semble agacé, son faire-valoir la reprend, elle se doit de la tancer fermement mais justement :


    « Ouais, mais en fait c'est pareil du coup comme c'était un dandy, du coup Oscar Wilde y vannait trop les autres parce qu'il se croyait plus intelligent, parce que quand il écrivait du coup et ben, les autres ils avaient la honte parce qu'il écrivait bien alors ils se sentaient ridicules et lui il le faisait exprès »


    La dominée acquiesce :


    « Ouais, ça se fait trop pas, les intellos faut toujours qu'ils la ramènent et qu'ils te ridiculisent tout ça parce qu'ils lisent des livres »


    La dominante revient au sujet qui l'inquiète, leur devoir :


    « Moi j'ai dit que Dorian Gray, c'était un type de la « haute » et qu'il aimait bien se moquer des gens simples, comme nous, parce qu'en fait il était prétentieux, comme son copain Lord Wolton, et qu'en fait Dorian Gray il est amoureux de son copain mais il n'ose pas lui dire parce qu'il se la joue trop ».


    La deuxième abonde dans le sens de sa copine :


    « Ouais, c'est pas parce que tu lis que tu seras plus intelligente, et puis les livres y parlent toujours de trucs qui existent pas alors c'est pas trop intéressant ».


    La dominante l'approuve :


    « Ouais, moi je préfère les livres de témoignages mais j'ai pas le temps de les lire parce que le soit faut que j'aille discuter sur « Emmessène » avec mon copain et puis aussi que je mette des photos sur Facebook (TM°) j'ai pas le temps moi, et pis ma « daronne » elle dit que que lire ça abîme les yeux. »


    Ici notons que tous les jeunes, qu'ils soient des « cités » ou petits bourgeois utilisent des termes réputés « canailles » ou rebelles pour se donner le genre révolté ou drôlement en phase avec la modernité, « daronne » signifiant génitrice dans le langage des « quartiers » dits difficiles, un peu à la manière des « bobos » qui placent quelques termes de « verlan » dans leur conversation pour montrer qu'ils sont encore proches du peuple.


    La dominée approuve encore derechef :


    « Ouais, avec notre vie à nous on a pas le temps de lire des livres, y faut qu'on se tienne au courant sur les « chtis à Las Vegas » « Star Ac » et aussi « The voice » parce que sinon ce serait trop la honte après avec les copines et de quoi on parlerait sur Facebook . » .


    En effet, ne pas suivre les émissions de télévision « téléréelles » à la mode fait de vous un paria social pour la génération des deux jeunes filles, un pestiféré qui n'a plus d'endroit assez sombre pour se cacher. La question de savoir si l'on aime ou pas ce genre de spectacles n'entre même pas en ligne de compte, c'est obligatoire ou quasiment...


    La dominante répond :


    « Ouais on parlerait de bouquins comme nos darons (parents) y faisaient, parce qu'y z-avaient pas des portables et la télé dans la chambre, ce serait trop « dare » ! (« dare » se dit de quelque chose qui provoque un sentiment de honte, de ridicule, avec une nuance d'incorrection).


    Les deux se mettent alors à ricaner sur un mode suraigu avec quelques hurlements pour appuyer leur hilarité, puis elles se sont alors mis à parler d'autre chose...


    Et moi j'ai songé...


    Pauvre Oscar !

    illustration empruntée à ce blog

  • D'une pierre deux ou trois coups

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    Un petit caillou blanc, une chanson que j'aime bien, qui reflète mon humeur...

    Trois coups en un seul, c'est bien ce que je disais...

  • Un bon catho est-il un catho qui ferme sa gueule ?

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    Sur Internet, mais pas seulement, ce sont à chaque fois les mêmes refrains, les mêmes poncifs, les mêmes injures, la même haine qui ressortent dés qu'un catholique ose ouvrir sa gueule pour parler crûment, mettre ses bijoux de famille sur la table et dire les choses telles qu'il les vit sans prendre de gants.

    politique, société, christianisme, foi, hypocrisie, "droite évangélique"Un catholique ne doit pas appeler un chat un chat, il se doit d'expier les fautes supposées de tous ces ancêtres ainsi que les rapportent l'histoire telle qu'elle est actuellement enseignée, et ce qu'il soit de gauche ou de droite.

    Dans le cas contraire, il sera un réactionnaire abominable, un emmerdeur, un empêcheur de tourner en rond, un salaud disons le tout net, un salaud infernal qui ne laisse pas les individus les plus progressistes, pas toujours les plus tolérants, exprimer tout leur fiel envers ses croyances et son Église, tout en prétendant exercer la même dérision et user des mêmes procédés contre toutes les religions, ce qui n'est que rarement le cas.

    Mais pour qui se prend-t-il ?

    Il ne manquerait plus qu'il soit nostalgique de périodes moins festivistes et plus équilibrées...

    La foi n'est pas constituée de guimauve, ce n'est pas une sorte de sirop sucré, sur affectif, telle que celui que l'on sert le plus souvent dans de grands rassemblements qui sont certes des plus sympathiques mais un rien creux, et « ghettoïsants »...

    Un catho dans la psyché de ceux qui déteste ses croyances, ce qu'elles impliquent sur le plan moral, éthique et personnel, ça doit être gentil tout plein, tendre forcément la joue gauche quand on le gifle sur la joue droite, accepter de bon coeur les railleries et moqueries souvent abjectes subies par sa foi ou son Église, parce que « c'est de l'humour » ou « de la dérision », mais pas n'importe quelle dérision bien entendu, de la dérision « citoyenne », à savoir celle qui très cadrées, très sage, consiste en l'occurence à tirer sur les mêmes ambulances depuis des décennies pour le plaisir de se conforter dans les certitudes libérales-libertaires qui sont ainsi que le rappelait Bernanos dans « la France contre les robots », encore une fois, autant de conspirations contre « toute espèce de vie intérieure ».

    Le catho ne doit surtout pas renvoyer les insultes, ne doit surtout pas essuyer les crachats, il faut qu'il paye absolument pour la culpabilité bien réelle de l'individu moderne, en allégeance totale au système spectaculaire et consumériste, qui se comporte autant qu'il le peut en gougnafier jouisseur étroit de ses désirs et pulsions primaires.

    C'est d'ailleurs de la faute du catho, et des tabous dits judéo-chrétiens, dont il serait le dépositaire, s'il ressent de la culpabilité, lui il ne voit pas de problèmes à se conduire aussi égoïstement, et aussi amoralement.

    Il cherche, et trouve parfois, uniquement son plaisir, et rien que cela, c'est pour lui parfaitement légitime, où est le problème ?

    A propos de morale, et des tabous qu'elle entrainerait, on s'étonne qu'il soit encore opposé à l'inceste, au viol, au crime, et j'en passe et des meilleurs. N'a-t-il jamais lu « Les Nourritures Terrestres » où Gide décrit une démarche, celle de Lafcadio, réellement logique et cohérente contre la morale ?

    L'individu moderne, persuadé d'être un modèle de progrès, a donc besoin de se défouler sur le bouc émissaire qu'il a immédiatement sous la main, à savoir le croyant catholique, un défouloir qui ne répondra rien, en théorie, et qui en plus renverra de lui en bonus l'image d'un être exceptionnel tellement progressiste, tellement en avance, et faisant preuve d'une dérision tellement élégante à l'égard de toutes les valeurs et des repères moraux considérés comme autant de freins insupportables à l'accomplissement de ses pulsions.

    L'image qu'il croit renvoyer est fondamentale pour l'individu moderne et libre. Il n'y a même que cela qui compte.

    Contrairement à ce qu'il affirme il sera également très à cheval sur la hiérarchie des statuts sociaux, autant qu'un officier de réserve, et saura taire son impertinence de pacotille face à un supérieur, ou toute personne qu'il estime lui être supérieure, le plus souvent selon des critères bien terre à terre et traditionnels, à savoir la réussite sociale et matérielle.

    Au fond c'est un conformiste...

    Dans les raouts mondains, c'est le premier à s'extasier de titres de noblesse ronflants, de fonctions officielles pantouflardes, à baiser la main de vieilles perruches emperlouzées et déplumées, mais riches, et à boire les paroles des pauvres petites filles riches elles aussi certes complètement névrosées la plupart du temps, anciennes pensionnaires du couvent des Oiseaux, en thérapie depuis leur enfance, et qui témoignent cependant de la même expérience en d'autres matières que les accortes employées des maisons de tolérance des faubourgs; un autre genre de pensions, d'où leur intérêt.

    L'individu moderne, libertaire et progressiste ne supportera pas ce petit coup de sang qu'il estimera indigne d'un catholique, car c'est le premier à distribuer les brevets de bonne catholicité, moralisant ceux qu'ils accusent de moraliser sans y voir de contradictions.

    Dessins de Goosens empruntée à ce blog, la dérision de Goosens est fine et renvoie à bien autre chose que les tirs sur ambulances habituelles...

  • L'Amour au temps du millénarisme généralisé

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    L'ambiance est au millénarisme le plus sinistre, le plus imbécile un peu partout que ce soit chez certains croyants mais aussi dans le reste de la société, sur Internet et dans la vie réelle, Internet et la vie réelle n'étant pas encore tout à fait la même chose.

    Les films à grand spectacle américains montrent des fins du monde de plus en plus atroces, de plus en plus clinquantes que les brouteurs de pop-corn (TM°) adorent aller voir en bans comme fascinés par leur propre destruction, ayant finalement conscience au fond de la vacuité quasi absolue des aspirations que leur dicte le grand cirque de la société spectaculaire.

    société,amour,millénarisme,christianisme,politique,littératureEt ils sont également convaincus que ces mises en scène de leur propre destruction suffiront à combler leur culpabilité à se conduire aussi inconsciemment, aussi égoïstement qu'ils le font, à remplir le vide de leurs absences d'idéaux de vie, leur inappétence à s'élever juste un peu au-dessus de la mêlée....

    Sur Internet, les mêmes en plus de ratiociner à longueur de forums sur les différentes formes que prendre selon eux l'Apocalypse discutent à n'en plus finir sur des complots le plus souvent imaginaires sans avoir peur une seule seconde des contradictions inhérentes à leurs raisonnements souvent biaisés sans qu'ils en aient conscience.

    Je ne m'aviserai pas bien sûr de contester le bien-fondé de leurs ratiocinations dont certaines pourraient un jour prochain s'avérer réelles pour éviter d'être noyé sous un flot d'injures et de « preuves » toutes moins rationnelles les unes que les autres.

    Il est donc plus que temps de parler de sujets apparemment futiles comme l'amour au temps du millénarisme généralisé. J'aime beaucoup ce que les imbéciles considèrent comme futiles, ceux-ci ressentant le besoin de passer pour graves et sérieux, la gravité faisant leur bonheur ainsi que le rappelait Nietzsche à moins que ce ne soit mon beau-frère.

    Tout ce qui n'est pas dans cette optique de gravité est assimilé à de l'hédonisme petit-bourgeois alors que c'est précisément ces petites choses sans importance qui sont le sel de l'existence.

    L'idée même de la féminité, de sa séduction, est battue en brèche, en couple on ne devrait plus parler que de « partenaires ». C'est très mâââl de dire ça me lancera le chœur antique des « beaux esprits » mais curieusement cette idée que la séduction féminine est un leurre est le plus souvent affirmée par des trombons...

    Ces quelques nuances seront impossibles à comprendre pour un citoyen-consommateur millénariste car ces travers que je viens de décrire vont de pair avec un besoin de simplification extrême de la réflexion et des sentiments, toute personne qui ne pense pas ou ne ressent pas les choses comme l'individu moderne le ressent ou l'exprime étant considéré comme un fou, un ennemi, un imbécile que l'on peut agonir d'injures sans aucuns remords.

    L'amour en ces temps millénaristes est donc logiquement un amour du « Même », du reflet, et ce au sommet ou à la base de la société contemporaine. Il suffit pour cela de regarder par exemple les pubs pour des sites de rencontre proposant un amour « clé en main » et ce que disent les clients ou pseudo-clients mis en scène lorsqu'ils évoquent leurs attentes en la matière, soucieux que l'image de leur personne qui leur est renvoyée soit la plus flatteuse possible, le ou la partenaire sexuel étant aussi une sorte de trophée que l'on se doit d'exhiber fièrement.

    A ce propos, en parlant de trophée, une petite digression, j'ai toujours eu l'impression que les « 4x4 » les plus rutilants étaient vendus avec la petite blonde apprêtée, au volant ou à côté du conducteur quinquagénaire en veste « journaliste de guerre », en option.

    C'est logique, le consumérisme roi pousse à l'égocentrisme parfois confondu avec des aspirations romantiques. Sur Internet, il est très facile de rejouer dans un genre post-moderne, avec quelques « LOL » et « xoxo » et autres « smileys » en plus, mais moins brillament « Les souffrances du jeune Werther ».

    Ce que veulent les hommes c'est la plupart du temps eux-mêmes avec des seins et un vagin, une amante qui soit comme un copain de virée et sensuelle au lit, idem pour les femmes qui attendent des amants qui soient elles-mêmes mais dotés de génitoires en état de marche, des amants qui soient à la fois des étalons fougueux et toujours d'attaque pour la bagatelle, et en somme leurs meilleures copines.

    Un grand nombre d'hommes se sentent coupables d'être des mâles, leur genre étant très souvent assimilé à la violence, la brutalité, la sottise. Ils voudraient bien faire oublier qu'ils n'ont pas d'ovaires, mais c'est peine perdue, y compris ces « mâles temoins » que l'on croise dans les conférences sur « le Genre » qui font pourtant profil bas tant qu'ils peuvent mais qui doivent encore et encore expier les errements de tous les hommes depuis que l'être humain existe...

    C'est également flagrant dans un grand nombre de couples homosexuels :

    Les deux personnes ont souvent exactement la même coupe de cheveux, la même façon de s'habiller, la même paire de lunettes parfois, sans parler de la même manière de s'exprimer, l'apparence et l'attitude dominante étant celles de la personnalité la plus affirmée du couple.

    J'ai toujours trouvé cela extrêmement troublant.

    Si ce n'est pas un privilège des couples homosexuels c'est encore plus marquant en leur sein, les deux personnes étant du même sexe, la différenciation étant encore moins appuyée même si pour certains hommes la tendance est de plus en plus à la « métrosexualité »...

    L'Amour au temps du millénarisme se veut responsable, citoyen, juste et j'en passe ce n'est plus vraiment de l'amour....

    illustration : photo tirée de "Watchmen" prise ici

  • Bientôt des enfants cultivés en pots - Au sujet d'une loi prochaine sur la GPA...

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    En débat sur Agoravox

    C'est toujours le même procédé qui est utilisé pour faire passer une loi sociétale qui introduit un bouleversement notable.

    politique,pma,gpa,jeandaire,gender,hypocrisieCe fut le cas pour la loi sur « le mariage pour tous », ce sera le cas sur la suite logique de celle-ci qui est une loi sur l'extension de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et la légalisation de la GPA ou (Gestation Pour Autrui), GPA légalisée de fait par la « directive Taubira » et ce malgré les protestations dignes d'une vierge outragée qu'elle a exprimées à plusieurs reprises (ce genre de protestations que l'on prononce car l'opinion n'est pas encore tout à fait prête), on ne peut que reconnaître l'habileté et la rouerie politiques de la ministre de la justice pendant les débats sur son texte

    Les médias et les membres du gouvernement, les parlementaires qui défendent le nouveau texte, les nouvelles possibilités n'ont donc de cesse de mettre en avant quelques cas particuliers exemplaires, qui permettent d'insister bien lourdement sur les réactions affectives ce qui permet d'interdire au citoyen, au commentateur peu ou prou une réflexion un tant soit peu rationelle sur la question.

    Ils l'ont fait en montrant des couples homosexuels modèles (comme si il n'y avait jamais aucun nuage dans ces couples), ils le feront en montrant les malheurs de parents gays et lesbiens tellement sympathiques en désir d'enfant, frustrés par une justice, des croyants ou des institutions montrés comme si peu modernes.

    C'est l'image montrée dans l'émission de M6 sur les parents homosexuels, image à double détente d'ailleurs, car au fond les réactions des enfants montraient le plus souvent qu'un questionnement est bel et bien nécessaire.

    Il y eut également des émissions sur le même thème, toujours dirigées dans le même sens sur les chaînes publiques qui pour instaurer un semblant d'équilibre, faux semblant, invitent à chaque fois des « bons clients » réacs ou extrêmistes qui permettent d'assimiler toute contradiction à l'intégrisme le plus abject et dans le même temps de faire de l'audience, ce qui est toujours bon pour les affaires bien entendu.

    On en vient même à déclarer un peu partout que les enfants sont plus heureux dans les couples homosexuels qu'ils ne le sont dans les couples hétérosexuels, à montrer des familles dites recomposées dans lesquelles tout le monde est tellement sympa avec tout le monde y compris le nouveau copain ou la nouvelle copine de Maman ou Papa.

    Si réflexion il y a elle sera immédiatement considérée comme une entrave majeure, des propos de salauds froids et sans coeur incapables d'altérité, de compassion et d'empathie.

    Tout débat, toute discussion est considérée comme insupportable et renvoyant à celui qui serait tenté de les lancer une image extrêmement négative.

    Concernant la mise en avant de la GPA et de l'extension de la PMA, auxquelles sont favorables des conseillers proches de François Hollande, de Najat Vallaud-Belkacem ou de Dominique Bertinotti, selon elle sur la PMA il n'y a plus de questionnement.

     

    Donc après avoir mis en relief des cas particuliers faisant pleurer Margot dans les chaumières, sans argumenter plus avant sur la valeur de leur universalité, le projet de loi sera présentée comme un geste d'humanité, de secours, absolument indispensable et donc par sa nature présumé indiscutable.

    A compter du moment où le texte et ses modalités sont considérés comme acceptables par une grande part des citoyens, encouragés en cela à coups de sondages plus ou moins bidons, la loi est présentée au Parlement et soumis au vote.

    Une fois votée, elle est considérée comme un droit inattaquable et plus du tout comme un geste de compassion. Quand le vote est sans risques elle est montrée comme telle bien avant de passer, comme une mesure d'égalité.

    Et le tour est joué.

    Ainsi en sera-t-il pour la GPA et la PMA et ce malgré les promesses des politiques …

    Pour les féministes et les adeptes du « Genre » soutenant l'extension de l'une et la légalisation de l'autres, pour les associations « LGBT », ce sont deux revendications primordiales.

    De plus en plus leur parole se « décomplexe »...

    Cela fait déjà plusieurs décennies que les adeptes de la libération des femmes considèrent la grossesse comme une maladie et un « risque » et non comme une possibilité d'épanouissement, que celle-ci dit tout haut ce que les autres pensent tout bas sur la maternité tandis que celle-là ratiocine sur le nom des écoles pour très jeunes enfants.

    Il est d'ailleurs incompréhensible que ces femmes et ces hommes se disent de gauche, dont Pierre Bergé, et de progrès tout en appelant de leurs voeux une mesure, la GPA, qui dépossèdera les femmes précaires de leurs droits sur leur corps, qui ne sera plus qu'une chose, un outil au service de ceux qui pourront se payer ces enfants somme toute cultivés en pots ou sous serre comme dans « le Meilleur des mondes » ou « Matrix ».

    image empruntée sur le site Savoirs Essonne.fr (article de mars 2004)

    En attendant des "enfants-piles" ? voir ci-dessous

  • A Dieu Benoît XVI

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    Dédiés aux Frossard et Bernanos qui ne sont pas encore nés, pas encore révélés...

    Déjà sur Agoravox

    A ce petit texte écrit par un croyant qui ne se cache pas, on reprochera certainement ses quelques sarcasmes et sa causticité. D'aucuns y verront des manques de charité, d'autres les signes évidents que l'auteur est un mauvais chrétien, les chrétiens étant c'est entendu en 2013 des agneaux menés docilement à l'abattoir, tondus vifs et tremblants mais ne protestant jamais car devant « tendre la joue gauche » alors qu'on leur gifle la joue droite.

    pape.jpgA ceux qui émettront ces doutes, je les rassure, j'irai me confesser juste après sans tarder...

    Il est évident que la démission du Pape Benoît XVI va faire parler dans Landerneau, à commencer par les belles consciences qui vont s'empresser de commenter, eux qui sont à la fois « bouffeurs de curés » ainsi que l'on disait auparavant et prompts à distribuer les brevets de bonne catholicité se comportant en moralisateurs, ce qu'ils reprochent précisément aux catholiques laïcs ou aux ecclésiastiques sans y voir aucune contradiction.

     

    Ceux-ci vont se réjouir qu'un pape qu'ils considèrent comme réactionnaire sur les questions sociétales ce qui est pour eux le crime ultime et impardonnable admette qu'il est trop vieux, et qu'il cède la place assez vite à un « pape en phase » (NB : Je sais, j'ai mis maintes fois en lien la citation de Muray mais elle est tellement pertinente qu'il faut bien la remettre, la pédagogie étant dans la répétition) qui soit si possible « issu de la diversité » (TM°), favorable à la GPA, aux communautarismes et pas trop exigeant sur le plant de la pratique religieuse.

     

    Les catholiques dits « progressistes » de France et d'Occident, à savoir qui se soucient surtout d'une morale assez lâche, assez élastique, pour les conforter dans leurs quelques errements moraux, d'une foi qui soit surtout sociologique, évoquant de temps à autres les « chtits n'enfants n'africains » sans pour autant se soucier de la pauvreté dans leur quartier, à leurs portes voire dans leur famille, ces croyants là vont appeler de leurs vœux l'avènement d'un pape du Tiers Monde, un pape selon leurs caprices également, pas trop regardant sur les traditions de l'Église.

    Ces croyants « sociétaux » se considérent de fait beaucoup plus intelligents que les autres croyants durant 2000 ans d'histoire, oubliant qu'ils font aussi partie de cette « cour des miracles » de petites gens, de pauvres, de personnes toutes simples ayant la « foi du charbonnier », de « pauvres types » que sont tous les chrétiens, comme leurs autres congénères humains, tellement éloignés de toute altérité profonde et réelle.

    Des exégètes médiatiques doctes et distingués vont lui distribuer quelques bons points oubliant l'essentiel, ce qu'il a apporté à l'Église mais aussi au reste du monde.

    Odon Vallet par exemple trouve cela « juste et courageux », nous ne ferons bien sûr pas l'injure de rappeler son âge (66 ans) à monsieur Vallet qui a largement dépassé l'âge théorique de la retraite.

    Grand bien lui fasse d'être encore aussi actif et surtout aussi pertinent que Benoît XVI quand il évoque le danger de l'intégrisme religieux au Liban, faisant l'éloge des aspirations incontestables à la liberté des peuples arabes, à l'automne de sa vie !

    Si j'ose dire la plupart de ces commentateurs ont toujours à la bouche ce petit capuchon de latex prophylactique qui les obsède littéralement et ce qu'en dit l'Église. A parcourir les premières dépêches sur le Réseau, c'est le premier sujet qui semble les intéresser suite à la démission du Souverain-Pontife...

    Ils se fichent complètement du reste du discours, à savoir ce qu'a écrit Benoît XVI sur le libéralisme et ses méfaits dans « Caritas in Veritate » ou ce qu'il écrivait sous le nom de Joseph Ratzinger dans « le Sel de la Terre », qui est un livre hélas méconnu qui montre toute la pertinence de la pensée de ce pape quant à la modernité, et ce malgré les préjugés et les idées reçues qu'il y a pu avoir sur lui à son élection.

    De par cette obsession du petit morceau de cahoutchouc sanitaire, il a subi des tombereaux d'injures et de boue qu'il n'est pas utile de répéter ici...

    Rappelons à toutes fins utiles ce qu'il a dit justement sur le préservatif, en admettant l'usage.

    Le capuchon de latex les obsède car dans leur attitude libertaire qu'ils affichent constamment, ils ressentent encore parfois un reste de culpabilité à coucher à droite à gauche, et à chercher à continuer de jouir « sans entraves », culpabilité qu'ils attribuent au Pape et aux croyants.

    Sentiment qui les gêne beaucoup car cela les pousse à se questionner sur leur attitude, ce qui est reconnaissons-le, fatiguant...

    Bernanos dans « La France contre les robots » évoque déjà cette haine contemporaine de toute espèce de vie intérieure qui passe forcément par ce genre de questionnement justement sur le sens des actions que l'on commet envers les autres.

    Il écrivait :

    « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure »

    C'est toujours d'actualité.

    J'avais trouvé pour ma part un signe remarquable la présence de tous les patriarches des églises orientales lors de la célébration des obsèques de Jean-Paul II, un signe de réconciliation et de paix, un signe d'encouragement à la fraternité et à la solidarité des catholiques qui en ont parfois bien besoin également alors que subissant dans les pays dits développés une persécution larvée qui devrait les pousser à rester ensemble car pour les nouveaux adversaires du catholicisme un bon catholique est un catholique qui ferme sa gueule ou que l'on ne voit pas.

    A Dieu donc Benoît XVI...

    Illustration prise sur le site de lefigaro.fr

  • Révolution tunisienne : les bégaiements de l'histoire

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    Il arrive parfois que la tentation de dire « Je vous l'avais bien dit » soit forte, bien que cela ne serve pas à grand-chose car au mieux ceux qui étaient convaincus que la démocratie allait advenir comme par magie en Tunisie ne se souviendront plus de leur enthousiasme candide, au pire, ils accuseront les Cassandre et autre prophète Jérémie des maux qui surviennent, selon l'idée qui veut que si l'on évoque les problèmes possibles, ils finissent toujours par arriver.

    politique, société, religions, Islam, tunisie, christianismeVendredi 7 Février étaient célébrées les funérailles de Chokri Belaïd, homme politique tunisien de gauche, figure de la « Révolution de Jasmin » qui n'a pas du tout débouchée sur un marasme économique profond, la Tunisie vivait en grande partie du tourisme, et des troubles profonds de tous ordres sans parler de l'accession au pouvoir d'islamistes qui jouent pour l'instant les Raminagrobis matois et modérés, ce qu'ils ne sont pas une seconde.

    Ces funérailles ont entrainé une journée de grève générale et des milliers de tunisiens sont allés manifester leur colère dans les rues croyant sauver ainsi le « printemps arabe » qui n'était qu'un leurre, car si dans les milieux urbains, formés intellectuellement, cultivés, plus ou moins ouverts sur le monde, jusqu'à un certain point, on croyait possible des progrès de société, la majorité des sociétés arabes, de par leur pauvreté, souvent entretenue par les puisants, de par le poids écrasant des traditions, que ce soit au Maghreb ou au Machrek sont encore durablement et profondément marquées par l'importance de l'Islam et un Islam qui n'envisage pas la laïcité comme une solution acceptable pour l'équilibre des sociétés civiles.

    Certes, notons qu'en France, la laïcité, telle que la définisse les beaux esprits du moins, procède surtout d'une haine des religions en général, la religion catholique en particulier car les convictions religieuses d'un croyant ne peuvent se limiter à la sphère exclusivement privée, ainsi qu'on feint de lui demander, elles ont des implications éthiques, morales et sociales fortes et collectives, il est donc a priori impossible de cantonner la foi à la stricte intimité du croyant.

    Quant à l'Islam, religion de prescriptions obligatoires à suivre, tout comme le Judaïsme, il engendre logiquement un projet de société global qui n'est pas le seul privilège des intégristes, des fanatiques, ou des extrémistes ceux-ci différant essentiellement du reste des croyants musulmans par les voies qu'ils comptent emprunter pour arriver à leurs fins.

     

    Malgré cela, c'est l'aveuglement généralisé des  « beaux esprits » dont certains se demandent encore gravement et doctement dans la « bonne presse » si « l'Islam est soluble dans la démocratie ? ».

    Notons qu'ils vont maintenant quand même jusqu'à se poser la question qui était susceptible de provoquer il y a encore peu des réactions hors de propos, des suspicions de nostalgie du nazisme et des ordres noirs, de « fââchiisme ». C'est que la situation doit être réellement aussi grave que cela.

    Bien sûr, à ce moment de ce petit texte écrit par un méchant réac qui ça se trouve n'a aucunes illusions sur la nature humaine, certains me rétorqueront que pendant des siècles, comme si ceci excusait ou compensait cela, le christianisme avait commis des crimes et massacres absolument atroces au nom de la foi chrétienne. C'est la nature humaine, marquée par la violence, qui est l'origine des violences commises, la foi religieuse n'étant qu'un prétexte comme ont pu l'être plus tard des idéologies dont certaines très généreuses à la base.

    Le fait que Pierre ait massacré Paul il y a déjà quelques lustres n'est pas un argument permettant raisonnablement de soutenir que Pierre puisse massacrer de nouveau Paul, ou Jacques en 2013.

    Je suis d'ailleurs constamment surpris de ces reproches que l'on fait sans cesse encore aux catholiques, qui ne sont plus qu'une toute petite minorité de pratiquants réguliers, alors que dans le même temps sont tolérés des atteintes au « consensus – en un seul mot- républicain, ou au fameux « vivrensemble » que l'on n'a jamais autant évoqué que depuis qu'il a peu ou prou complètement disparu dans les faits, ainsi que la Nation et l'idée de nation.

    Ce n'est pas la première fois que ce genre de révolutions se déroule dans un pays de culture musulmane. Notons qu'en Iran, avant et après la chute du Shah, suite à la révolution de la fin des années 70, on put assister rigoureusement aux mêmes processus, aux mêmes troubles, et à l'avènement en fin des courses de fanatiques intransigeants.

    Si l'histoire ne se répète pas il lui arrive de bégayer...

    Mais il est toujours confortable d'oublier les erreurs de jugement du passé, et les divers « Münich » s'accumulant par suite de diverses lâchetés et compromissions.

    Photo prise lors des funérailles de Chokri Belaïd empruntée au site de Grazia.fr

  • Ode à Sophie de Menthon

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    On chante ses louanges aussi sur Agoravox

     Sophie de Menthon est bronzée et chic comme Alexandra Stewart dans « Madame Claude 2 » qui restait élégante même dans un porno « soft ». Madame de Menthon est également une sorte de missionnaire d'un nouveau genre.

    6471359370791.jpg Il lui arrive d'être beaucoup moins chic que l'actrice sus-citée cependant, par exemple dans son expression, comme on a pu l'entendre dans l'émission « les Grandes Gueules » de RMC dont elle était une des intervenantes et une « bonne cliente » pour faire le « buzz ».

     Sophie de Menthon défend inlassablement la libre entreprise, la liberté des patrons de licencier sans se soucier de choses aussi ridicules que l'éthique, la dignité, la morale, ou le respect humain, toutes choses ridicules et poussiéreuses pour les esprits de progrès comme elle, et surtout quand il est question d'argent et de prise de bénéfices pour les actionnaires, toutes choses qui comptent par contre dans le beau monde mais entre individus du même milieu, tant que l'on est entre soi.

     Il n'y a pas de règles morales assez dures par contre pour ceux que ces apôtres du libéralisme perçoivent encore comme des « classes dangereuses », pas d'éducation envisageable, pas de culture à partager.

     Bien sûr, chez ces « gens-là » ce que je viens d'évoquer n'a d'importance que quant à l'apparence, pour assumer son rang légitiment acquis en jouant à la bourse ou pariant sur la vie et la mort de quelques centaines d'ouvriers pour conserver ce rang.

     Chez ces « gens là » on est tout aussi libertaires sur le plan des mœurs que chez les « belles consciences ». et les épouses ne sont pas toujours jalouses, tant que le petit jeu reste endogame.

     Et quand la bedaine devient trop apparente chez les hommes ou que les liftings et autres injections de Botox ne cachent plus la décrépitude physique de ces dames, on se range définitivement en compensant par l'achat d'un gros 4x4 ou autre objet phalliquement compensatoire à l'âge où la prostate devient un problème préoccupant.

     On peut passer du camp des disciples du libéralisme à celui des belles consciences sans aucun souci, ainsi monsieur Bergé, qui maîtrise les codes de l'un et l'autre ou Roselyne Bachelot que l'on a vue chez Jean-Michel Ribes à la soirée au théâtre du Rond-Point pour soutenir le « mariage pour tous ».

     Sophie de Menthon avait tout lieux de se réjouir, les dirigeants de RMC ont appliqué rigoureusement à la lettre ce qu'elle prône par mont et par vaux depuis des années, y compris auprès des « chtits n'enfants » de pauvres à qui il convient de porter la bonne nouvelle de la consommation-reine à travers des manuels adaptés et conseillés aux écoles.

     Ils l'ont viré sans ménagements après des propos pourtant anodins et seulement juste un peu taquins sur Nafissatou Diallo. Ils ont pourtant célébré la liberté d'entreprise sans se poser de questions.

     De quoi en effet se plaignait cette femme de ménage ?

     Elle n'a fait qu'exprimer une vérité toute simple, innocente, car en effet matériellement, et pour un libéral, seul le matériel compte, les indemnités qu'elle a perçues suite aux avances certes un peu pressantes de DSK sont bel et bien la meilleure chose qui lui soit arrivée du point de vue des disciples de Milton Friedmann ou son fils David.

     Madame de Menthon a malgré tout trouvé son licenciement, qu'elle a appris par la presse, d'une « violence incroyâââble » comme elle l'a dit chez Alessandra Sublet hier.

     Car la liberté de virer des employés comme on veut, de la manière que l'on veut, quand on pensent qu'ils vont faire perdre des sous à l'entreprise, c'est bel et bien violent.

    Et pour elle, dans son cas, en plus c'est forcément du sexisme, un truc réactionnaire...

     Mais pour Sophie cette violence est sans importance pour les autres.

     Elle n'envisageait certes pas une seconde que ses belles théories devaient s'appliquer une seconde à son cas.

     Et quand elle a eu ses propos d'une élégance folle envers Nafissatou Diallo, elle ne voyait pas le problème, cette femme de ménage n'est pas de la même espèce à ses yeux qu'un entrepreneur dynamique ou un « délocalisateur » fébrile et avide. Pourquoi respecter cette dame alors qu'elle n'a aucun pouvoir de décision sur le processus macro et micro économique.

     J'ai presque pitié de Sophie de Menthon qui semble ne pas comprendre ce qui lui arrive, et qu'elle préconise pourtant depuis des années pour les travailleurs. Elle n'a pas eu cet éclair de lucidité que Jean-Marc Sylvestre, un autre apôtre du libéralisme sans b arrières, avait su faire montrer il y a quelques années après une crise cardiaque et un service public de santé pour lequel il n'avait pas de mots assez durs auparavant.

     Je ne m'inquiète pas trop pour elle malgré tout sachant très bien qu'elle saura très bien « retomber sur ses pattes »...

    image empruntée au site du Nouvel Obs

  • Le petit Nicolas et la « Théorie du Genre »

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    Le petit Nicolas revient aussi sur Agoravox

    Cela fait bien longtemps que je n'avais pas fait de pastiche du Petit Nicolas, alors que c'est extrêmement agréable à écrire. Visiblement, l'idée de parler de sujets de société à travers les yeux de ce personnage ne semblant pas mauvaise, je me suis demandé ce que cela donnerait sur le « Gender ».

    Toujours en hommage à Sempé et Goscinny...

    arton1698.jpg?1270662054Monsieur le directeur est venu dans notre classe ce matin avec une dame qui avait un grand carton dans les bras. Cela n'arrive pas souvent, et quand il vient nous savons que nous ne devons pas faire les guignols sinon la maîtresse ne sera pas contente du tout.

    Quand il est entré, la maîtresse a dit « Debout », le directeur a dit « Assis ». Le directeur a soupiré en regardant dans la cour et en rajustant ses lunettes puis il nous a dit que la dame qui était avec lui allait nous parler des théories sur le genre pour notre éducation citoyenne et qu'il fallait bien l'écouter. Il a essayé de sourire à la dame qui était à côté mais nous sentions bien qu'il n'avait pas envie, il a soupiré de nouveau et est sorti.

    La dame a eu les yeux comme Eudes quand il a envie de donner un coup de poing sur le nez à quelqu'un et la maîtresse a dit doucement qu'elle allait s'asseoir au fond de la classe, comme Clotaire quand il est puni à la récréation quand nous avons eu interrogation et Clotaire est puni après chaque interrogation.

    La dame s'est assise à moitié sur le bureau en balançant ses jambes, elle ressemblait un peu au « Bouillon » ce qui était normal car c'était sa petite nièce qui avait des longues études comme elle nous l'expliqua pour se présenter. Elle avait les cheveux coupés courts comme Eudes et une grosse voix comme lui.

    Elle se mit debout et elle demanda si quelqu'un avait entendu parler des « théories du Genre ». Agnan leva la main tout de suite et expliqua que selon cette théorie les garçons n'étaient pas vraiment des garçons, et les filles pas vraiment des filles, mais que c'était les parents et les professeurs qui nous obligeaient à le devenir, la pression sociale dit-il.

    Il est fou Agnan.

    Il se rassit tout rose, comme quand il est content de lui, la dame avait l'air très contente aussi.

    Eudes se leva pour protester et dit qu'il était un vrai garçon, et il dit aussi que Agnan était un sale cafard; et une vraie fille, et qu'il allait lui donner un coup de poing sur le nez s'il disait le contraire non mais sans blagues monsieur.

    Agnan se mit à pleurer, à crier et à se rouler par terre en hurlant que personne ne l'aimait, qu'il n'était pas un sale cafard et qu'il allait porter plainte pour harcèlement moral, homophobie et injures contre Eudes.

    Alceste aussi se mit à dire qu'Agnan était un cafard de dire ça et qu'il était un vrai garçon lui, c'est alors que Maixent répliqua en disant que lui plus qu'Alceste qui était un gros qui mangeait tout le temps. Alceste déposa soigneusement son deuxième pain au beurre de la matinée et cria : 

    « Qui est gros monsieur, je vous prie ? ».

    J'ai bien vu que la maîtresse faisait semblant de ne pas rigoler mais qu'elle se cachait derrière le pupitre.

    Tout le monde faisait les guignols, on rigolait bien, c'était chouette. La dame se passa la main sur la figure comme le photographe en début d'année quand il essaie de prendre une photo de notre classe, et elle était toute rouge. Elle fit son truc avec son regard, et tous les copains et moi on s'est assis très vite, et on a arrêté de rigoler, et aussi la maîtresse derrière son pupitre qui était comme Clotaire quand elle le prend à dire des blagues à un copain..

    La dame a fait comme si elle était calme comme « le Bouillon » quand il ne veut pas avoir à crier dans la cour et elle se passa la main sur le visage très lentement.

    Elle a dit à Agnan que ce n'était pas la faute de son petit camarade qui était victime de son conditionnement machiste et d'un environnement conservateur. Elle dit qu'il y avait même encore des éducateurs, en regardant la maîtresse, qui rougit, qui était encore soumis au modèle maternant absurde qu'on leur imposait.

    Elle rajouta que c'est à cause de cela que les jeunes femmes modernes et intelligentes qui ne correspondent pas aux canons de la beauté moderne ne trouvent pas de mari dans ce monde phallocrate, mais que ce n'était pas grave car les jeunes femmes modernes peuvent très bien se débrouiller sans mari.

    Elle était un peu agitée quand elle dit cela.

     

    7526537.jpgElle a dit juste après qu'elle devait sortir pour boire un verre d'eau, qu'elle se sentait un peu lasse. Elle est sortie très vite, et nous avons recommencé à faire les guignols, mais la maîtresse était revenue à son bureau et nous n'avons plus eu envie de rigoler car elle avait ses yeux en colère.

    La dame n'est pas revenue. Mais à la place le directeur est venu nous dire que la nièce du Bouillon était tombée malade, que nous allions être très déçus mais qu'elle ne pourrait pas continuer à parfaire notre éducation citoyenne. Nous n'étions pas déçus du tout, cette fois-ci même Clotaire trouvait cela très chouette de faire un problème de mathématiques avec un train qui part à 15h42 de Montbéliard et un autre qui part, mais en omnibus, à 14h54 de Lyon.

    Le soir je suis allé voir Marie-Hedwige dans son jardin. Je lui ai dit que selon la dame, elle n'était pas une vraie fille. Elle a fait son coup de battre des cils très vite en me regardant avec ses yeux très bleus, et alors j'ai un peu chaud aux joues et j'avais le cœur qui battait un peu plus vite.

    illustration du haut prise ici

    portrait de Marie-Edwige pris ici

  • La Tunisie en 1960, et en 2013

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    69662_10151461363817457_700077926_n.jpgهذا هو الفرق بيننا و بينهم ...

  • Les peurs incompréhensibles des catholiques

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    christianisme,politique,société,littérature

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    Il y a plusieurs « mots » de Barbey d'Aurevilly dans sa correspondance à Trébutien concernant la bêtise des catholiques en politique, qui se sont toujours plus ou moins fourvoyés, dans un sens ou dans un autre, et qui sont le plus souvent ou timorés ou beaucoup trop prudents avec la société dans laquelle ils vivent, même quand celle-ci navigue ostensiblement à contresens des idéaux que l'Évangile est censée impliquer chez eux, par peur de l'isolement qui arrivera quand même.

    C'est quand même des plus inconfortables d'aller contre le vent, faut-il dire, et l'être humain étant un animal social, parfois il préfère se jeter à corps perdu dans des compromis que toute personne dotée d'un peu de lucidité trouvera parfaitement immoraux, ne pas trop risquer l'ostracisation du reste de ses congénères, tout en sachant très bien qu'il y perd de son âme.

    Le problème de bon nombre de catholiques est qu'ils aiment aussi l'esprit du monde, à savoir les prêtres flamboyants, aux messes qui font vibrer la corde sensible, les homélies et les bonnes intentions victorieuses, les grands rassemblements sur-affectifs tellement sympathiques, toute chose qui permettent de se donner bonne conscience et de ne surtout rien changer à ses actes une fois le seuil de l'église franchie.

    C'est aussi par naïveté, candeur et manque de courage que ceux-ci ne veulent pas aller jusqu'au bout de ce que devrait engendrer chez eux leur Foi, se contentant comme une certaine gauche de discuter sur le sociétal sans remettre fondamentalement en question le plus important qui est l'iniquité originelle de la société contemporaine, qui est libérale libertaire par une curieuse alliance objective d'idéologies apparemment contraires, son matérialisme étriqué, son individualisme veule et abject.

    Durant l'interminable polémique sur le mariage homosexuel, cela a été soigneusement mis de côté par les opposants au « mariage pour tous », mais la GPA tout comme la PMA ne sont que des conséquences de cet esprit libéral libertaire. Quant à l'iniquité sévissant dans notre monde, se traduisant par des licenciements en masse et la domination du « tout économique » on aimerait que les partisans de la morale catholique aillent encore plus loin et la condamne mais je crains qu'il faille encore attendre...

    A lire la plupart des réactions et commentaires sur divers forums internet, à entendre les personnes dans la vie, c'est justement ce qui leur est le plus souvent reproché, d'être beaucoup trop dans le monde au fond et pas assez eux-mêmes.

    Cela ne date pas d'hier mais est-ce pour autant une raison ?

    Bernanos évoque également, à la suite de Barbey, mais aussi Léon Bloy ces « mondanités » dans « le Journal d'un curé de campagne », son petit curé n'est pas du tout un de ces ecclésiastiques qui plaît tant, dans « l'Imposture », et bien entendu dans « Sous le Soleil de Satan », livre dans lequel ce n'est pas le « saint » Donissan qui commet des guérisons miraculeuses qui est le plus proche de l'abandon et de la charité vraie mais cette pauvre Mouchette qui cependant les refusent.

    christianisme,politique,société,littératureBernanos lui-même détestait ces compromis dans sa vie personnelle.

    Constatant les crimes commis pendant la Guerre d'Espagne par le camp dont il était venu chanter les louanges, mais aussi les exactions commises de l'autre côté, il aurait pu choisir de se taire, par commodité, et continuer une carrière « dans les rails » se coulant dans un moule bien sage ce qui n'empêche pas de fraterniser avec ses pseudo ennemis politiques.

    Mais il a choisi de dire la vérité, fût-ce pour tirer à « boulets rouges » contre « son » camp. Ceci tous les porteurs de belles idées n'en sont pas capables.

    Barbey quant à lui était, selon les mots de Léon Daudet dans ses « Souvenirs Littéraires », « fier et pauvre comme Artaban, ou Don Quichotte », incapable de toutes façons de se plier bien docilement à ce genre de règles qu'il trouvait ignominieuse.

    Bon nombre de catholiques qui écrivent, réfléchissent, commentent l'actualité, se laissent prendre au jeu. Il est plaisant d'être lu, de recevoir parfois des compliments, d'être encensé, mais aussi d'être pris par l'ivresse de la polémique qui est une autre manière d'orgueil, voire même parfois d'en tirer une certaine forme de reconnaissance, ou de notoriété, oubliant que « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ».

    Beaucoup sont restés dans un cocon protégé jusqu'à leur majorité, un réseau d'anciens du scoutisme, d'écoles privées qui sont autant de conservatoires sociaux, à de rares exceptions, et découvrent le monde extérieur avec une sorte de candeur étonnante, comme un nouveau territoire à explorer et qui s'avère pour eux bien agréable, sans les contraintes morales auxquelles leur Foi devrait les encourager.

    Ils en oublient parfois que celle-ci est autre chose qu'une gymnastique mentale, une simple hygiène de vie. On me rétorquera qu'il arriverait que cela ne serait déjà pas si mal...

    Ils oublient qu'ils font partie eux aussi de cette "cour des miracles" des croyants, ces pauvres, ces humbles qui peuvent manifester leur foi candidement, naïvement, maladroitement et que ces pauvres, ces humbles sont tout aussi aimés de Dieu qu'eux-mêmes qui sont si intelligents et tellement au fait des problèmes du monde.

    portrait de Barbey d'Aurevilly pris sur ce site

    portrait de Bernanos pris sur celui-ci

  • La littérature comme une "langue morte"

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    Aussi sur Agoravox

    Dans une chronique pour le « Figaro Magazine », Frédéric Beigbeider rapporte ce propos d'un universitaire canadien selon lequel le livre sur support papier serait maintenant comme une langue morte pour les jeunes lecteurs, du latin, quelque chose à lire le propos de ce sage parmi les sages de complètement obsolète, le livre n'étant plus en somme qu'un objet poussiéreux réservé à des fétichistes idéalistes, des nostalgiques sans objet.

    Leur combat est déjà perdu d'avance.

    littérature, société, livre, cinéma, télévisionLa majorité de la société ne se soucie plus vraiment de littérature, que celle-ci soit sur papier ou d'ailleurs en ligne. Les livres qui sont téléchargés sur Internet, sur ordinateur ou sur « liseuse », de tout type, ne sont pas forcément lus tout comme l'internaute qui télécharge trois-mille films, voire plus, sur son disque dur, ne le fait pas obligatoirement pour les regarder. Et les livres numériques permettent une censure plus subtile, pour plaire à toute la « clientèle », et vendre au plus grand nombre selon les tabous, même les plus stupides, de chaque client potentiel.

    Le cyberautiste, à savoir à peu près tout le monde, ou presque, qui passe son temps à ça est comparable à un avare qui thésaurise pour thésauriser et non pour partager, s'émouvoir, réfléchir ou s'amuser avec d'autres.

    Le système lui enjoint d'avoir tel titre dans sa bibliothèque qui n'est plus que virtuelle, il l'achète, ceci afin de continuer à prouver son allégeance tacite et profiter encore un peu de ce qu'il peut encore consommer, et se renfermer un peu plus à chaque fois en sa coquille.

    Mais quant à s'intéresser au contenu de qui lui est intimé de lire même superficiellement, c'est une étape qu'il ne franchira jamais car il sait bien que cela l'exclurait presque immédiatement du reste du troupeau, lui coûtant au passage des efforts de réflexion personnelle qu'il n'est pas près de faire.

    Partout sur le petit écran, au cinéma, dans les magazines, sur le Réseau, l'on peut voir un nouveau type humain, d'une beauté standardisée, bronzé, épilé, le corps sculpté, et le cerveau totalement en jachère, assumant totalement ce néant comme des bêtes de somme bien dociles.

    Chez ces bêtes de somme paisibles, absorbant diverses sortes de « soma » comme les « Alphas » du « Meilleur des Mondes » et confites dans un confort intellectuel étriqué, quelques préjugés et certitudes suffisent, et autant de poncifs, l'on ne voit que leur appétence fébrile à se couler le mieux possible dans le moule qu'on leur impose.

    Il faut dire que l'intelligence que donne la littérature ne rend pas heureux, ainsi que l'écrit Desproges :

    « L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur. ».

    Dans la rue, si les utilisateurs frénétiques des « smart-phones » (ou téléphones dits « intelligents », parfois certes autant que leur propriétaire) ne sont même plus remarqués par ces « Alphas », qui se conduisent de la même manière, un lecteur met semble-t-il beaucoup plus mal à l'aise.

    Il inspirera une certaine jalousie d'esclave qui voudrait pourtant se persuader de la quiétude de son sort et de son bonheur individuel, tout en sachant pertinemment qu'il est un assujetti.

    Ce n'est pas seulement le support papier qui est en cause mais aussi les principes mêmes de la littérature, en particulier romanesque, réputée moins sérieuse car ne traitant pas du réel selon la confusion contemporaine sur la fiction, car c'est une grossière erreur. Cela n'empêche nullement le recours au « storytelling » le plus grossier en politique ou en économie.

    Les rares lecteurs restant n'apprécient qu'une chose chez les écrivains modernes, que les livres qu'ils achètent parlent d'eux et de leur réalité bien triviale. L'imagination est comprise comme manquant de sérieux.

    Si l'on ne considère que le simple point de vue matériel ou trivial, il est certain que dans l'absolu le contenu d'un livre sur une liseuse ou sur papier, c'est le même, le même assemblage de mots, de verbes, et de phrases, mais ce n'est pas tout ce qui compte pour un vrai lecteur.

    Ce serait oublier qu'un livre a une histoire, qu'il renvoie son lecteur à des moments bien particuliers, qui n'appartiennent qu'à lui, de son enfance, de ses amours, de sa famille parfois, à travers des parfums, des couvertures d'un autre temps, des « madeleines de Proust » que l'on ne retrouvera jamais avec une machine, si perfectionnée soit-elle.

    L'amour des livres est quelque chose de très charnel, d'existentiel voire, incompréhensible à une époque de standardisation qui s'attaque même aux rêves.

    Les institutions elles-mêmes, toutes en bonnes intentions, n'œuvrent que dans l'optique de la lecture numérique favorisée à outrance sous prétexte que les jeunes et les adultes de 2013 ne seraient plus capables d'ouvrir un livre. Il faut aller chercher l'individu moderne là où il est, à savoir le nez perpétuellement collé sur un écran, sans chercher à lui proposer d'autres modèles, ce qui revient somme toute à une complicité de fait avec l'hyper-libéralisme au pouvoir, le tout au nom de bonnes intentions libertaires.

    illustration tirée de l'adaptation de "1984" par Michael Radford empruntée à ce blog cinéphile