Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Faut-il se soucier de la sexualité des écrivains ?

Imprimer Pin it!

En débat sur Agoravox

 A propos de cette proposition absurde de Najat Vallaud-Belkacem sur Rimaud et l'enseignement de l'histoire littéraire...

littérature,politique,société,homosexualité,sexualité,christianisme Il y a quelques années, je suis allé avec un proche au Père Lachaise sur la tombe d'Oscar Wilde dont la lecture a bercé mon enfance avec « le fantôme de Canterville » ou « le Géant égoïste », et mon adolescence, avec « le portrait de Dorian Gray », et plus tard « la Ballade la geôle de Reading », et surtout « De profundis ». J'aime encore maintenant cet esthète du verbe, ce dandy parfait provocateur et fin qui a toujours gardé un certain esprit d'enfance, victime expiatoire parfaite de l'hypocrisie victorienne qui n'avait pas saisi, ou trop bien, que la seule chose qui comptait déjà à son époque, positiviste et libérale, était l'apparence sociale.

 Sur la tombe voilà que nous déchiffrons, un peu effarés, un graffiti proclamant « Merci pour ton message Oscar ! » entouré d'un gros cœur.

 Nous nous sommes dits sur le moment que cela aurait certainement bien fait rire Oscar de savoir qu'il était en fait le porteur d'un message politique et sociétal, ce qui réduit considérablement la portée de son œuvre.

 Selon la conception petite-bourgeoise de la littérature, celle-ci doit automatiquement recéler une « utilité » sociale ou pas, sous peine d'être classé sous l'étiquette infamante encore en 2013 d'hédoniste. Les promoteurs du progrès, les belles consciences sont tout aussi dogmatiques sur ce plan que les thuriféraires des ordres noirs ou que les nostalgiques des « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°), tout aussi ignorants aussi.

 Ils ne répugneraient pas non plus à quelques autodafés au nom de le modernité et de leurs idéaux si cela s'avérait nécessaire à leurs yeux...

 Oscar Wilde était homosexuel, la modernité « festiviste » ne retient à peu près que ça de lui comme elle ne retient d'autres auteurs que leurs opinions politiques dont il convient bien entendu qu'elles soient dans le sens qu'il convient ou considérées comme « politiquement incorrectes », par exemple, beaucoup prétendent lire Céline surtout de par son antisémitisme obsessionnel, ce qui l'exclut des panthéons culturels officiels.

 Mais ceux qui ne retiennent que cela ne l'ont pas lu et se fichent de savoir s'il a du talent ou pas. Si on ne peut pas entièrement séparer un écrivain de son œuvre, le fait qu'il fut considéré comme un salaud ne doit pas en exclure la lecture. C'est prendre le lecteur adulte, majeur et vacciné pour un irresponsable incapable de faire la part des choses.

 C'est asséner que la littérature n'est qu'un divertissement « dangereux » selon la même conception qu'en avait les inquisiteurs médiévaux.

 Ce n'est donc pas tant la production de l'auteur qui importe au fond mais l'image qu'il donne de celui ou celle qui prétend le lire, certains auteurs ayant plus « la carte » que d'autres. Pour être tout à fait honnête, les lecteurs se disant catholiques affirmant lire des auteurs exclusivement catholiques m'agacent tout autant.

 A chaque fois cela me rappelle la lecture des « Paradis Artificiels » de Baudelaire qui rappelle qu'aucun poète ou écrivain n'a jamais mieux écrit sous l'influence de substances opiacées diverses ou sous alcool, l'alcool ou les drogues étant réputées menant nécessairement au talent, alors que si celui-ci n'est pas présent au départ.

 En prendre ne changera donc rien à la teneur d'une œuvre si celle-ci n'a pas de chair dés le départ...

 Ce n'était pas le seul écrivain à l'être, ce n'est pas le seul écrivain à avoir été retenu par la postérité pour cette raison somme toute futile car littérairement on peut se demander si cela a une quelconque importance :

 Ainsi Proust, William Burroughs, Jean Genet, Aragon, Arthur Rimbaud (dont certains n'hésitent pas à affirmer que l'on ne parle pas assez de sa sexualité), Paul Verlaine, André Gide, tous également spécialiste du « travail du négatif » (TM°), Yourcenar, Pasolini et d'autres encore, même des écrivains catholiques comme Julien Green ou Jacques Maritain, spécialiste avec sa femme des conversions « express » des célébrités de son époque, sur leur lit de mort, qui évoquent avec pudeur leurs penchants homosexuels dans leur correspondance, même des écrivains maintenant classés à droite comme d'Annunzio qui eut des aventures homosexuelles...

 Précisions qu'il ne s'agit pas de salir la mémoire de Julien Green et Maritain mais simplement de rappeler des faits ainsi que le fait Yves Floucat.

Depuis bien longtemps déjà, il est de coutume de lier automatiquement le talent d'un auteur et sa sexualité en général, son homosexualité en particulier. C'est une sorte d'homophobie à l'envers, qui idéalise l'homosexualité en littérature, un homosexuel étant réputé obligatoirement fin et artiste, selon le préjugé en vogue qui revient à de l'homophobie à l'endroit :

Un homosexuel ne peut être con ou insensible, ne fait pas partie de la même espèce humaine et ne se caractérise pour ceux qui font cet amalgame hâtif que par son identité sexuelle.

Un écrivain devient forcément intéressant s'il a avoué à un moment ou un autre qu'il l'était, comme si littérairement cela avait une importance. Certains vont même jusqu'à faire des listes, ce que je trouve pour ma part déplaisant. a ce sujet d'ailleurs, l'homosexualité féminine parmi les écrivains n'est jamais évoquée comme si cela était moins important pour ces dames et ce malgré de beaux livres écrits sur cette question.

Il n'y a guère que l'évocation du « travail du négatif » (TM°) qu'auraient mené ces auteurs contre les préjugés de leur temps en adoptant tel comportement, en prenant telle drogue, en buvant trop d'alcool, qui ait une pertinence lorsqu'il est question de l'identité sexuelle d'un auteur, ou de ses choix moraux.

illustration, le tombe d'Oscar Wilde au Père Lachaise prise ici

Commentaires