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Délivrez nous des « bonnes résolutions » de début d'année

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Depuis deux jours, il est souvent question à la radio comme à la télévision des bonnes résolutions que l'on se devrait de prendre au début de chaque année (résolutions que personne ne tient bien entendu, mais c'est devenu un passage obligatoire semble-t-il). L'auditeur, le téléspectateur, l'internaute est infantilisé et réduit au niveau d'un gosse irresponsable.

politique, spiritualité, 2013, bonnes résolutions de mes deux, blog, santéC'est un véritable défilé de pénibles « coachs » de vie, de bien-être, de pensée positive fumeuse, d'alimentation, de micro-gourous qui s'improvisent donneurs de leçons et moralisateurs laïcs, et directeurs de conscience bien plus autoritaires, réclamant bien plus d'allégeance de la part de leurs ouailles largement consentantes que les anciens confesseurs.

Ces « coachs » m'évoquent toujours le souvenir d'un jeune ecclésiastique à la table duquel je me trouvais il y a fort longtemps attablé qui me voyant me servir un verre d'excellent rosé à la manière directe d'un supplétif viril et énergique de l'armée mexicaine arrêta mon bras dans son geste auguste consistant à se verser un petit verre m'avertissant solennellement des risques d'alcoolisme que selon lui j'encourais, à l'entendre, à goûter si imprudemment le plaisir d'un petit rosé bien frais sous un soleil de plomb, car nous étions en été.

Et en été, ce genre de breuvage s'accorde très bien avec un ciel bleu, ou les jupes des jolies filles qui raccourcissent en cette saison bénie (pas seulement celle-ci semble-t-il actuellement, c'est un des rares bienfaits de notre époque).

C'est assez curieux d'ailleurs voire complètement paradoxal dans une société qui affirme avoir rejeter bien loin d'elle tout ce qui pouvait nuire à la satisfaction du désir, à la consommation du plaisir.

Le plaisir de bien manger avec des amis, de boire du bon vin, même un peu trop, de déguster ensuite des alcools forts qui sont « plutôt des boissons d'hommes faut avouer » est beaucoup plus teinté de culpabilité qu'auparavant, culpabilité que l'on feint d'appeler responsabilité pour se donner bonne conscience.

C'est mal de se réjouir de bien manger, c'est mal de se réjouir de bien boire « entre amis ».

L'époque est à une modération qui pousse à une conception des plus étriquée de la convivialité. Il faut « faire attention », « gérer » son « capital santé » (TM°), son « capital vie » (TM°) en gestionnaire avisé et frileux.

Le plaisir doit être frustré en somme et se teinter à chaque fois de remords que l'on se doit d'avouer publiquement sous peine d'être taxé d'hédonisme, ce qui en 2013, tout comme le dilettantisme est un genre de crime pire que la mort.

L'auteur de ce texte a parfois envie, alors qu'il ne fume pas, de s'en griller une (de cigarette) juste pour le plaisir de provoquer les moralisateurs à outrance qui promettent les pires supplices infernaux à qui ne suit pas leurs diktats et il adore porter des toasts aux purotins qui ne savent pas ce qu'ils ratent.

Ainsi, hélas, le fumeur se croit-il forcé de prétendre qu'il va arrêter de fumer, le buveur de boire et qu'il ne va plus consommer que des eaux de régime, le bon mangeur qu'il va se mettre à la diète et devenir d'un coup d'un seul raisonnable.

Et de se frapper la poitrine en signe de repentance après les fêtes de fin d'année...

Ce n'est pas que l'auteur de ce texte prône la goinfrerie ou l'ivrognerie, quoique certains ivrognes sont largement plus fréquentables que bien des personnes sobres, loin de lui cette idée.

Mais qu'y a-t-il de si mal à simplement apprécier un moment de bonheur à partager des bonnes choses avec ceux que l'on aime, que l'on apprécie ?

Fût-ce dans un grill japonais désert au milieu d'une ville de province quasiment morte ou en passe de l'être un soir de réveillon...

Cette douceur de vivre, cette faculté de vivre profondément l'instant, et de profiter de bons moments à table, est toujours assimilée à ces deux excès.

Serait-ce que notre époque serait si puritaine et pire encore que les individus pourtant majeurs et vaccinés abandonnent toute dignité aux mains de charlatans qui leur dispensent en se faisant payer très cher quelques lieux communs qui ne mangent pas de pain ?

Afin de conclure ce petit coup de gueule contre les donneurs de leçons, et les bigots de l'hygiènisme, je rajouterai que j'ai perdu quelques dizaines de kilos depuis deux ans sans me frustrer de quoi que ce soit, sans avoir recours d'ailleurs aux miracles de la chirurgie ou de la pharmacopée modernes, simplement en faisant mienne cette petite philosophie consistant à prendre chaque instant de la vie comme il vient et à en presser le suc au maximum...

illustration prise ici (Bacchus et une nymphe par Caesar Van Everdingen)

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