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  • 2013 aussi anodine que 2012 en politique ?

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    La petite planète bleue perdue dans un coin perdu de la galaxie a encore effectué un tour complet autour de la minuscule étoile qui la réchauffe comme elle peut depuis quelques millions d'années. Dans l'excellent « Jésus de Montréal » une scène résume très bien tout cela, au début du film, dans le planétarium, un jour l'univers disparaîtra et ce sera peut-être comme si il ne s'était rien passé entre l'étincelle originelle et la fin.

    P1020397.JPGPourtant, les habitants de cette boule de glaise, qui se tiennent debout depuis à peine quelques milliers d'années se considèrent encore et toujours comme étant au centre de l'univers, persuadés que leurs gesticulations ont un sens fondamental.

    A écouter les rétrospectives obligatoires politiques, économiques et sociales de fin d'année on est cependant encore frappé par le côté fortement anodin qui se dégage au final de la grande majorité des discours entendus dans une toute petite partie de ce tout petit astre, un pays que ses habitants appelaient la France il n'y a pas si longtemps, et ce d'un côté comme de l'autre.

    Tout cela reste très superficiel.

    A gauche, les uns promettaient le changement maintenant, demain, incessamment sous peu, on l'attendrait encore vainement à cette heure.

    On me rétorquera, la fiscalité qui a déjà considérablement augmentée, c'est déjà un changement considérable, et ce pas seulement pour les plus riches et la taxe alibi à 75% censée « faire payer les riches ».

    Pour compenser, à gauche on reste tout autant qu'avant dans la moralisation et les préoccupations sociétales à peu de frais qui permettent de continuer à faire croire que l'on est à l'avant-garde du progrès sans trop changer quoi que ce soit, tout en gardant sous la main quelques épouvantails utiles que l'on agite pour se mettre en avant :

    Le Pen père et fille et de plus en plus « les cathos », tous mis dans le même sac réactionnaire, surtout quand ils donnent leur avis, un bon « catho » étant un catho qui ferme sa gueule.

    Curieusement, les discours musulmans ou juifs sur les questions sociétales, qui sont tout aussi « réactionnaires » sur le fond et la forme, voire plus, sont largement plus tolérés, même ignorés alors que les croyants musulmans pratiquant leur religion sont largement plus nombreux que les catholiques, représentant objectivement un plus grand danger pour les politiques prétendant défendre le progrès.

    A gauche de la gauche, comme d'habitude depuis fort longtemps, la révolution est pour demain, c'est sûr, ce qui est le cas depuis quelques décennies.

    Mais à les entendre, il y a des signes qui ne trompent pas, l'effondrement du capitalisme est proche, c'est certain. Comme après toutes les crises de système, on entend ce refrain entonné surtout pour porter au pouvoir des hommes ambitieux qui confondent leurs idéaux avec ce qu'ils estiment être leur destin : être guide de leurs congénères.

    A droite, les conflits de personne, les ambitions démesurées des uns et des autres, les ont conduit à se ridiculiser non pas définitivement (les peuples ont la mémoire courte, très courte) mais à se montrer au fond tels qu'ils sont, des pantins grotesques dont l'ego prend toute la place.

    Comme les hommes de gauche dont il fut question ci-dessus, ils sont également persuadés que leur destin a une importance, en appelant à de grands anciens, dont certain général, que cela ferait bien rire.

    A droite de la droite, comme d'habitude, on en appelle à la « Patrie en danger », on concentre l'expression des voix des mécontents, qui sont ainsi contenus, tout en sachant très bien que l'on n'accédera jamais au pouvoir, et ce malgré tous les alarmistes de gauche comme de droite qui en appellent au souvenir des « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°).

    Bien sûr, il est hors de question pour ceux qui moralisent encore et toujours sur le vote à droite de la droite de se demander pourquoi il est des électeurs qui votent pour ces partis.

    Pour consoler le peuple, pour compenser ses frustrations, les politiques et ceux qui détiennent véritablement le pouvoir, à savoir les dirigeants économiques et financiers, ont trouvé l'idée de génie, lui donner l'illusion qu'il peut tout dire sur le Net, mettre au jour des secrets -de polichinelle-, des pseudo complots qui restent dans l’irrationalité « traditionnelle », comme avant on en reste au complot juif mondial (maintenant sur le réseau on invoquera le complot « sioniste » mais pour la plupart des antisionistes, cela revient au même, à quelques exceptions, se dire anti-sioniste ne tombant pas sou le coup de la loi car ce genre d' « antisionistes » est courageux mais pas téméraire).

    Sur le réseau, il y a également des hommes politiques qui s'imaginent avoir un destin important, et qui rassemble à chaque fois une poignée de fidèles persuadés de l'importance de leur gourou, même micro-gourou.

    Et personne ne veut vraiment que cette farce s'arrête tant qu'elle est encore possible. Les ennemis prétendument irréductibles se réconcilient bien vite une fois les projecteurs éteints, loin des forums, sachant qu'ils ont besoin les uns des autres pour entretenir le jeu, la comédie qu'ils tiennent à continuer de jouer en 2013, la roue continuant de tourner..

    illustration de l'auteur

  • Un article sur Yourcenar

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    primopiano_marguerite_yourcenar-400.jpgUn article que je signe de mon vrai nom sur Agoravox sur mon écrivain femme préféré, ne serait-ce que pour ses mémoires et son évocation si charnelle des Flandres et du Nord de la France...

    Dans "Mémoires d'Hadrien", Yourcenar fait dire ceci à son empereur, une phrase toujours d'actualité :

    « Les lois sont dangereuses quand elles retardent sur les moeurs. Elles le sont davantage lorsqu’elles se mêlent de les précéder.  »

    de Marguerite Yourcenar

  • Conte ironique de fin du monde

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    Ce texte a été lu au sens littéral comme un délira soucoupiste, le manque de recul des gens aujourd'hui, leur absence d'esprit critique fait peur, c'est terrifiant...

    Il était employé d'une grande administration, ce qui lui laissait beaucoup de temps pour rêvasser et laisser son esprit vagabonder allègrement. D'aucuns auraient dit à une époque qu'il battait la campagne, mais il savait bien qu'il n'était ni névrosé, ni malade car il n'était pas le seul.

    littérature, société, internet, fin du monde, 2012Il en profitait pour échafauder des théories sur tout, et parfois, lorsque son chef de service l'énervait un peu trop, qu'il avait du travail en retard, il se défoulait sur les forums Internet où il était connu sous le nom de « Néo3002 » (« Néo3000 » était déjà pris), là il se vengeait de toutes les humiliations qu'il pensait avoir subies, des prétentieux qui lui rétorquaient que ces théories sur la politique et le monde étaient fumeuses.

    Il pouvait enfin leur clouer le bec, lui qui n'avait pas pu faire d'études, non pas qu'il n'en eût pas les capacités, se disait-il, mais les profs ne l'aimaient pas, c'est tout, ils s'acharnaient sur lui gratuitement pour l'empêcher de s'épanouir car ils étaient jaloux de ses réflexions et de tout ce qu'il avait compris, lui. « Ils » essayaient encore de l'empêcher de s'exprimer mais heureusement il y avait Internet où il avait le droit de tout dire, sans risques.

    De toutes façons, il était maintenant convaincu que son professeur de Lettres de Quatrième était bel et bien un émissaire des « aliens ».

    Il n'était pas fou, il n'allait quand même pas mettre son vrai nom sur le Web quand il dénonçait les vrais responsables et qu'il démasquait les impostures, son chef de service qui était également très souvent sur le Réseau le verrait rapidement, et alors il n'aurait plus de moyens de subsister pour pouvoir continuer à méditer sur les causes réelles du 11 Septembre, selon lui, un complot des « sionistes » en fait, qui avaient monté cette machination perverse, alliés aux « petits gris », ces extra-terrestres agressifs bien connus qui dirigeaient la terre en sous-main.

    Par des trucages habiles et une suggestion de masse, « on » avait fait croire aux populations que des avions s'étaient écrasés sur les deux tours et ailleurs, c'était les mêmes procédés qui l'obligeait, le forçait à renouveler un achat de téléphone portable tous les deux mois. Maintenant, « ils » l'obligeaient à acheter une nouvelle « tablette » numérique en même temps, et puis c'était pratique, il en avait quand même besoin pour son travail.

    « Ils » étaient partout, « ils » contrôlaient tout.

    Il savait bien que les hommes, de surcroît des américains, n'étaient jamais allé sur la lune, que c'était Stanley Kubrick qui avait tourné un faux alunissage dans les studios de la « Warner » en mars 1969.

    D'ailleurs il avait des preuves, à 12 secondes trois dixièmes d'une vidéo disponible sur « Youtube » on voyait bien l'amorce d'une perche micro dans le coin droit du casque de Neil Armstrong, et que le drapeau flotte ainsi comme si il y avait du vent, c'était quand même le signe caractéristique qu'il avait raison. De plus, il était bien connu que les « petits gris » avaient une base secrète sur la face cachée de la Lune, alors ils n'auraient jamais permis que l'homme aille vérifier sur place.

    Il ne voyait pas de contradictions à regarder d'autres vidéos qui montraient les « OVNIs » (des points lumineux flous et lointains) que les astronautes avaient dit apercevoir lors des missions « Appolo » dont il affirmait à d'autres moments que celles-ci étaient des montages grossiers.

    Ce jour là, le 21 décembre 2012, il était en grande discussion avec « veritas21 » sur un forum réservé aux initiés de ce que l'on cachait aux autres. « Veritas21 », certainement une femme, à cause de l'énervement qu'elle lui procurait en lui répondant, une frustrée, une lesbienne c'est sûr, prétendait que les Mayas avaient tort, que la fin du monde ce ne serait pas la disparition de la Terre mais simplement le jour ou les « Eloïms », le peuple qui avait ensemencé les hommes préhistoriques, viendraient nous rechercher pour partager leur science, lui, il pensait simplement que ce serait un nouveau départ, que l'humanité allait enfin ouvrir les yeux sur « les petits gris » et s'en débarrasser.

    Par acquis de conscience certainement, il songeait en même temps à ses achats de Noël, sa sœur l'avait invité pour le 25 et il ne voulait quand même pas arriver les mains vides, ça ne se faisait pas. Il se sentait d'autant plus stressé que son chef de service l'avait forcé à terminer un rapport pénible sur un problème administratif auquel il ne comprenait rien.

    Regardant sans la voir vraiment la file de personnes qui s'allongeait démesurément devant son guichet, il se dit qu'il en avait assez de son travail, assez des ces imbéciles qui venaient tout le temps le solliciter sur des questions vraiment tellement futiles alors qu'il avait d'autres réponses autrement plus graves et plus importantes. Un vieux monsieur très digne grommela quelque chose tout bas.

    Il sortit de sa torpeur, admonesta le vieillard insolent pour la forme et l'après-midi continua à se dérouler tellement lentement, car il n'eut pas le temps d'aller jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil sur ses sites préférés. Il ne put aller donner une leçon aux vaniteux qui parlaient de livres qu'il n'avait jamais ouvert, de films qu'il n'avait pas le temps d'aller voir occupé qu'il était à dénoncer les puissants sur le Net.

    Quand il sortit à 16h01, il ne remarqua pas tout d'abord les cris d'effroi des personnes autour de lui, il était perdu dans ses pensées, abattu, découragé. Il se dirigeait vers la pâtisserie pour aller chercher la bûche individuelle qu'il avait commandé le matin lorsqu'une femme le heurta de plein fouet. Elle était complètement paniquée. Elle avait les yeux hagards. C'est alors qu'il vit les lueurs étranges au-dessus des immeubles, qu'il entend le bruit du centre commercial tout proche qui s'écroulait.

    Des météores, du moins il pensait que c'en était, tombaient en pluie sur la ville.

    C'était bel et bien la fin du monde, et il restait incrédule.

    Et lorsqu'un morceau de balcon lui tomba dessus, lui brisant définitivement la colonne vertébrale, il n'y croyait toujours pas. Il regretta dans l'autre monde sa dernière pensée qui fût pour la facture qu'il avait déjà réglée pour le foie gras qu'il avait réservé chez le charcutier pour le repas chez sa sœur. A la dernière seconde, il se sentit d'autant plus humilié que personne ne saurait jamais qu'il avait eu raison avant tout le monde...

    L'ironie du sort...

    illustration empruntée à ce site

    ci-dessous une chanson guillerette pour la fin du monde (tirée de "Docteur Folamour")

  • Le salaire de l'artiste

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    Je ne vais pas revenir sur le cas Depardieu dont on a au fond beaucoup trop parlé alors qu'il ne s'agit concernant l'évasion fiscale que de la partie émergée de l'iceberg, c'est loin d'être le seul et c'est loin d'être le pire.

    politique,société,littérature,arts,hypocrisie,troupeau Cependant, derrière la plupart des discours de ceux clouant au pilori l'acteur pour sa décision, au fond logique dans un système libéral-libertaire mondialisé, revient l'antienne traditionnelle fort désagréable concernant les artistes qui veut qu'un artiste ça doit crever de faim, çà ne doit pas gagner sa vie correctement.

     Les artistes ça doit vivre dans une soupente sans eau courante ni électricité, ça doit boire trop de café quand ils écrivent, ça doit être forcément « maudit » toute sa vie, sans un flèche, et mourir pauvre et seul, ça doit boire trop d'alcool entre deux, et avoir une vie amoureuse chaotique qui fasse rêver les enfants sages. Un artiste ça doit se sentir coupable de vouloir vivre de son art...

     Les artistes pourtant ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche et de l'air du temps.

     Les acteurs, les peintres, les musiciens, les écrivains, les poètes sont considérés depuis l'avènement de l'âge bourgeois de la société française, vers 1789, comme des parasites dont le rôle consiste principalement à divertir ceux qui en ont les moyens et rien d'autres.

     La création artistique est perçue comme du superflu, du luxe auquel les pauvres ne peuvent avoir accès.

     La conception bourgeoise de l'Art (littérature, musique, peinture, sculpture, cinéma etc...), grise, étriquée, prévaut toujours et encore en 2012, c'est essentiellement un divertissement, une détente, et rien d'autres.

     Ou alors, l'artiste est sommé d'introduire dans ses créations un « message », fût-il complètement abscons, afin que son œuvre obtienne une « utilité » sociale qui justifie cette débauche d'énergie que doit mettre en branle tout créateur de formes pour arriver à quelque chose qui se tienne car l'art est un travail et un travail qui mobilise l'ensemble de l'être.

     Ce « message » doit choquer, provoquer les préjugés du bourgeois, ce qui lui donnera alors l'impression d'un luxe supplémentaire, de faire partie d'une élite ayant accès à des sphères intellectuelles interdites au commun des mortels, d'être conforté en gros dans son statut social privilégié en rajoutant aux prétentions que lui donne l'argent des prétentions culturelles parfaitement indues.

     Il est de bon ton depuis quelques décennies déjà de sacrifier également, ou à la place, au culte du Moi rétréci. Je ne parle pas ici de ce qu'évoquait Maurice Barrès dans « le Culte du Moi » ou « le Jardin de Bérénice » ; c'est un auteur auteur qui sent le soufre (il évoquera pour les belles consciences, souvent politiquement et littérairement ignares, les z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°)), qui voulait amener son lecteur à une conception aristocratique de la morale, il est simplement question ici de l'égocentrisme ras du sol qui devient la norme dans nos sociétés dites développées.

     L'artiste doit suggérer au lecteur, au spectateur,qu'il parle de son ego constamment, flatter son vis-à-vis dans l'admiration que celui-ci a de son nombril, pratique encouragée un peu plus depuis quelques années grâce aux merveilleux progrès techniques qui permettent à n'importe qui de confier ses émois narcissiques quotidiennement, heure par heure voire minute par minute, à l'univers tout entier.

     Il ne s'agit même pas pour lui d'être réellement profond là-dessus, sur le « message », ou la réflexion sur son « moi », mais simplement d'en donner l'impression, ce qui suffit aux yeux du reste de la société..

     On me rétorquera que après tout c'est très bien pour les créateurs qui ainsi peuvent écouler leur production et ainsi rester compétitifs pour le monde, « bankables », et ne pas mourir de faim.

     Mais c'est quand même un peu triste d'en passer par là.

     En passant par le « message » et l'« egocratie », l'artiste accepte la domination du « tout économique » et le rôle subalterne qu'on lui fait alors jouer.

     La société réserve malgré tout, depuis quelques temps déjà, une solution aux moins favorisés qui voudraient accéder malgré tout à l'Art en insistant sur le fait que c'est d'abord et surtout un outil, enfin un prétexte, pour devenir célèbre (et riche), même sans talent, la condition étant de renoncer à tout ou partie de son intimité.

     Tout comme le spectateur privilégié et aisé, le spectateur plus précaire, plus populaire, se retrouve flatté dans son « Moi », conforté dans les aspirations médiocres qu'on lui impose et qu'il accepte de bon gré, et demeure ainsi soumis. Cela permet d'enlever aux arts le danger que la société bourgeoise n'a jamais toléré et qu'elle ne tolère toujours pas, à savoir qu'ils donnent aux individus une liberté immense, celle de rêver, d'imaginer en dehors des schémas obligatoires, de se libérer au moins d'une partie de son égoïsme, de penser par lui-même...

     L'artiste cadré dans sa création et ses aspirations se doit également d'être laborieux et de n'avoir du talent, un peu, pas trop, que dans un seul domaine. Il ne doit surtout pas donner l'impression au pékin moyen d'être une sorte de dilettante doué qui crée sans que cela ne lui coûte de trop.

     Cela, Marcel Aymé dans la nouvelle « Traversée de Paris », qui a inspirée le film avec Gabin et Bourvil, ce dilettantisme supposé c'est ce que les braves gens et la société ne pardonneront jamais aux artistes. A la fin de la nouvelle, Martin tue Grandgil pour cela.

    illustration empruntée ici

  • P.M.A, G.P.A et « suicide assisté » : l'eugénisme tranquille

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    Merci à Théophane Le Mené de Causeur de rappeler cette phrase en préambule

    En octobre 1939, Adolf Hitler  enjoindra ainsi aux médecins « d’accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

     L'eugénisme se porte bien en 2012, durant une conversation quotidienne, un midi, j'ai ainsi entendu une bonne dame déclarer sans n'y voir aucune malice que d'une part « comme les pauvres font trop de gosses, faudrait les stériliser » et d'autre part elle expliqua qu'elle ne comprenait absolument pas comment des personnes en dehors des normes, ce qui pour elle semblait être le comble de la laideur, puissent côtoyer une aussi belle personne qu'elle.

    politique, société, PMA, hypocrisie, mariage pour tousTous les régimes totalitaires ont eu leurs dérives eugénistes plus ou moins importantes, plus ou moins délirantes, et bien entendu plus ou moins meurtrières, de Lyssenko à Mengele, le tout au nom de la préservation de la pureté de la race humaine, pour son bien, pour son progrès, et ce même malgré sa volonté. On n'évoque que trop rarement l'extermination des personnes handicapées par les nazis entre autres (la solution dite de « l'hygiène raciale »).

    Les eugénistes de ces époques troublées, souvent totalement à la fois sinistres et farfelus (ainsi que le rappelle Basile de Koch dans cet article), étaient intimement et sincèrement convaincus d'œuvrer pour le bien de tous, alors que à moitié fous pour la plupart d'entre eux.

    Tous les totalitarismes ont tenté de supprimer les faibles, les « hors-normes », les handicapés, considérés comme des « bouches inutiles », des boulets insupportables pour le reste de la société, et ce de manière plus ou moins sanguinaire, employant le massacre ou la stérilisation, tout moyen d'empêcher les plus précaires, les plus pauvres de faire des enfants.

    La grandeur d'une société se reconnaît pourtant au traitement qu'elle réserve aux plus démunis, à ces précaires, à ces pauvres. Une société qui ne veut plus s'occuper de ceux-ci, même lorsqu'elle se donne des bonnes intentions, ne mérite plus de se prétendre réellement civilisée.

    Notre société, de progrès, se considérant comme l'apogée des civilisations, réputée démocratique, est toute aussi eugéniste, voire plus, et réussit souvent là où les anciens dictateurs ont échoué, et souffrent paradoxalement de la réprobation unanime, et justifiée certes, du monde entier.

    Dans les pays scandinaves, mais c'est arrivé également en France, et dans d'autres pays dits développés, il a été considéré comme parfaitement normal d'empêcher des personnes handicapées mentales d'avoir des enfants sans que le personnel médical en arrivant à de telles extrémités manifeste auparavant la moindre nostalgie pour les « Ordres Noirs » que ceux-ci soient nazis ou pas.

    Il est de plus en plus admis, l'idée hélas progresse, qu'une personne d'un certain âge, qui n'a plus « d'utilité » avérée pour le reste du monde, qui pire encore, souffrirait de son état de vieillesse et de maladie, puisse se supprimer volontairement car elle coûterait trop de dépenses d'énergie et d'argent aux plus jeunes, ce qui serait pour elle insupportable.

    Pour faire passer ce genre d'idée qui dans l'absolu est parfaitement inadmissible, ceux qui la promeuvent prennent toujours des exemples parmi des cas extrêmes, parmi les plus douloureux, ceci afin de déclencher une forte empathie et d'empêcher tout débat, comme ils l'ont fait pour l'avortement, et le feront encore pour l'euthanasie jusqu'à ce que la loi passe.

    Le machiavélisme de l'euthanasie ou du « suicide assisté » est qu'ils sont présentés comme les seules solutions pour les personnes concernées qui finissent donc par donner leur assentiment à ce qui n'est que de l'eugénisme tout aussi condamnable que celui professé par les nazis, même si nourri des meilleures intentions du monde (dont l'enfer est pavé rappelons le).

    La "Gestation Pour Autrui" qui consiste en l'occurrence à « marchandiser » le corps d'une femme et ce qu'il contient, à savoir ici un embryon pour en faire un bien à mettre en circulation sur le marché économique, est considérée, paradoxalement, par la gauche  « qui pense », « les progressistes » à belle conscience comme un progrès vers plus d'égalité, alors que la GPA est ontologiquement une manière de procéder et de penser l'enfantement qui découle en droite du libéralisme le plus abject.

    (A gauche, la gauche sociétale, et à droite, la libérale on aime bien les acronymes, ça camoufle mieux les réalités)

    Quelles femmes seront d'ailleurs assez pauvres, assez malheureuses, assez miséreuses, pour n'avoir d'autres solutions que vendre au plus offrant le fruit d'une grossesse, à ne pas avoir la possibilité d'élever leur enfant ?

    Pas les couples de lesbiennes, qui en bénéficieront, pas les femmes de milieux aisés qui utiliseront ce biais pour ne pas gêner leur carrière, leur vie mondaine et j'en passe, mais les plus précaires, les plus souffrantes, les plus misérables. Curieusement cela n'est jamais mentionné nulle part alors que voilà une attaque contre l'égalité et une belle et une défaite considérable de l'humain, encore une, face à l'argent. Cela implique un changement de société qui fait de l'enfant à naître un objet que l'on se paye, et non une personne qui est le fruit de l'amour de ses parents.

    illustration empruntée ici

    Ci-dessous ce que donne un "suicide médicalement assisté", extrait de "Soleil Vert", la mort de Sol


    Soleil Vert par montag01

  • Du poujadisme « petit bras » - à propos de l'Affaire Depardieu

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    On en parle aussi sur Agoravox

     Ce n'est pas que je sois spécialement un admirateur des rôles de Gérard Depardieu depuis quelques films, excepté « Mammuth » (où il joue un retraité ouvrier, qui a travaillé depuis ses seize ans sans jamais s'arrêter), mais les lynchages médiatiques, même virtuels ont toujours quelque chose d'excessivement désagréable et bas.

    coffre.jpegDans un monde globalisé, au niveau européen ou mondial, dont on nous rebat les oreilles quant aux bienfaits depuis des décennies, on a un peu de mal à comprendre tous ces cris d'orfraie à propos de l'évasion fiscale de Gérard Depardieu qui ne fait que mettre en concurrence diverses fiscalités nationales, encore existantes, pour son propre bénéfice, des cris d'orfraie qui ont toutes les apparences de ce que la gauche et une partie de la droite ont l'habitude de dénoncer comme du « populisme » (TM°) voire pire du « poujadisme » (TM°) caractérisé dans l'un et l'autre cas.

    Il est parfaitement logique au sein du système libéral actuel.

    Et il n'est pas le seul, rappelons le.

    De ce fait, pourquoi lui plutôt qu'un autre ?

    Il y a même des icônes qu'idolâtrent les belles consciences en France qui ne paient plus depuis longtemps leurs impôts dans notre pays, ainsi Yannick Noah et Guy Forget sans parler de Mathieu Pigasse ou Pierre Bergé, tous deux disposant je suppose de fiscalistes suffisamment compétents pour payer le moins de taxes possibles sur les revenus de leurs sociétés, et quelques sportifs « issus de la diversité » (TM°) dont les salaires pourtant honteux, je m'étonne bien naïvement, ne suscitent jamais la même « sainte » fureur.

    Quitte à dénoncer, dénonçons d'ailleurs tout le monde...

    Et personne ne parle vraiment des sociétés étrangères ou multinationales, financières ou non, qui ne paient que très rarement leur contribution aux richesses nationales de par leur statut et aussi parce que car ce sont eux qui disposent du pouvoir réel, et qu'ils peuvent donc se le permettre sans aucun scrupules, sans parler des élus du peuple qui, une fois leur mandat passé, n'ont aucuns scrupules à faire affaire avec des personnalités parfois un peu « limites » voire à se retrouver en conflit d'intérêts avec la nation française sans que cela ne les culpabilise réellement (l'affaire Karachi par exemple qui vaut bien l'affaire Roland Dumas...). Là encore, je suis certainement naïf, mais je suis assez surpris de constater que des élus de la République, ainsi cet adjoint du maire de Paris tellement préoccupé de l'égalité des couples « z-hétéros » avec les couples « z-homos », ait la possibilité de se loger à Paris dans des quartiers inaccessibles financièrement au commun des mortels avec leurs indemnités accordées par la République qui est bonne fille.

    A propos de l'affaire « Roland Dumas » la plupart des gens s'étaient à l'époque emballés pour le prix de ces « Berlutti », qui était la partie émergée de l'iceberg, oubliant le reste...

    De plus, cet emballement des ministres sur le sujet met en lumière la vacuité de leur politique et des convictions qui les animent, ainsi que le poujadisme au petit pied, le poujadisme « petit bras » qui permet de camoufler ce vide inter-galactique de réelles propositions qui en restent au niveau du « coup de com » (ainsi le « coup de gueule » de Dufflot contre l'Église qui ne veut pas dire grand-chose).

    J'imagine fort bien la réunion des chargés de communication des ministères, leur constatation d'impuissance sur l'impact réel de leurs décisions, constatation qu'ils ont fait depuis longtemps, dont ils s'accommodent, songeant surtout en définitive à leur propre carrière.

    Par contre prétendre que l'on va faire « payer les riches », ça marche toujours, en prendre un dans le collimateur pour le désigner à la vindicte populaire façon bouc-émissaire fonctionne encore mieux à gauche, et aussi à droite.

    La foule a son méchant, son salaud bien identifié à conspuer, son os qu'on lui donne à ronger, alors que bien souvent on sait bien que dans la même situation les premiers à condamner Depardieu seraient les premiers à agir exactement de la même manière, ils rêvent même de le faire dans la course à l'abîme individualiste et délirante qu'est notre société.

    Bien sûr, les vrais responsables de l'iniquité ne seront jamais montrés du doigt au peuple.

    Ce genre de défoulement qu'affectionnent hélas les peuples depuis quelques temps en France a pour mérite de lui cacher le reste, tout le reste, le tout avec son assentiment tacite :

    La destruction progressive des institutions aidant à la cohésion sociale nationale, dont l'Éducation et l'Armée, ou encore la Sécurité Sociale et la Caisse d'Allocations Familiales, le tout sous prétexte de plus de liberté, et d'ouverture qui à l'Europe, qui aux régionalismes, la destruction plus ou moins consciente des classes moyennes, ou de ce qu'il en reste, par une pression fiscale de plus en plus forte sur des groupes sociaux de plus en plus précarisés, la trahison stricto sensu de Florange envers les personnes qui y travaillent encore etc...

    illustration prise ici

  • Pourrait-on tourner « Rabbi Jacob » aujourd'hui ?

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    En débat sur Agoravox

     Mardi soir, j'ai regardé l'émission « un jour, un destin » sur France 2 consacrée à Louis de Funès, un comédien qui cumulait deux tares aux yeux des z-élites :

    Il faisait rire et il était populaire.

    cinéma, politique, rire, imbéciles, hypocrisieCe dédain de ce qui est drôle, de ce qui détend, de ce qui amuse, en France conduisant généralement les artistes comiques à vouloir jouer leur « Tchao Pantin » selon le modèle de Coluche qui rappelait souvent que jouer dans ce film lui était plus facile que faire rire son public au théâtre.

    Pourtant, certaines des comédies réputées tellement futiles, voire « ringardes » comme le rappelait Michel Galabru au micro de Laurent Delahousse. Il rappela cette anecdote à propos du « Gendarme de Saint Tropez » qu'il avait entendu de la fenêtre de son hôtel producteur déclarer au réalisateur : « Tu me prends Louis de Funès, et je ne veux que des ringards autour ».

    Exacte ou imaginée, cette anecdote révèle en tout cas la modestie de cet acteur.

    La comédie, excepté quelques noms « ayant la carte », tellement méprisées par les critiques z-engagées, apportaient des éléments de réflexion afin de favoriser non pas des clivages totalement arbitraires et d'une stupidité sans pareil mais pour rapprocher les personnes et parfois, à travers les personnages de râleur veule avec les puissants, sans pitié avec les faibles que jouaient de Funès, faire prendre conscience aux spectateurs des petites carences, des petites lâchetés ou compromissions dont on peut faire preuve, en s'amusant, sans leçons de morale.

    Danielle Thompson, rappelait dans l'émission sus-citée que la scène où Pivert découvre que son chauffeur est juif a été inspirée au réalisateur, et au comédien, qui a suggéré de la rajouter, par un épisode ayant réellement eu lieu dans la vie, quand de Funès découvrit que Gérard Oury était juif.

    Car le comédien aimait les personnages tellement humains qu'il interprétait malgré leurs défauts.

    Il répétait souvent à l'envi qu'il en trouvait les caractéristiques en lui-même, ayant les mêmes tendances aux mêmes défauts, comme tout un chacun, la différence étant que lui le reconnaissait de manière très honnête, reconnaissant par exemple qu'il partageait certains des préjugés de Victor Pivert dans « Rabbi Jacob » et créait quelque chose avec, qu'il partageait avec le public.

    Mylène Demongeot, qui était une des invitées de l'émission, a eu une remarque très juste à propos d'un des films du comédien, on ne pourrait plus tourner aujourd'hui un film comme « les aventures de Rabbi Jacob », l'époque étant à la radicalisation des haines cuites et recuites et à la banalisation de la bêtise la plus crasse sous prétexte d'expression de toutes les opinions, qui ne se valent pas toutes, et ce que ce soit sur le Réseau ou ailleurs, les uns étalant de moins en moins discrètement leur haine des juifs, très mal camouflée en anti-sionisme, les autres faisant de même quant à leur détestation des musulmans.

    Ce film est sorti déjà en 1973 à une période déjà très délicate puisque la guerre du Kippour venait tout juste de débuter.

    Il a provoqué des réactions très violentes, comme le détournement d'un avion par une démente (l'épouse de Georges Cravenne ainsi que le rappelle l'article Wikipédia sur ce long-métrage) qui se justifiait par des propos totalement incohérents, tenant le film pour « anti-palestinien ».

    Cet épisode dramatique aura une fin tragique puisqu'elle sera tuée de deux balles, fin dont Gérard Oury et Louis de Funès se sentiront responsables longtemps alors que leur « petite » comédie familiale et « grand public » avait surtout pour but d'aider à un rapprochement entre juifs et musulmans, comme le montre une des scènes du film ou Victor Pivert remarque que Slimane, le prénom de son compagnon d'infortune poursuivi par les « nervis » d'une dictature proche-orientale, et Salomon, celui de son chauffeur, ont la même origine, tous deux reconnaissant ensuite qu'ils sont des « cousins éloignés ».

    Aujourd'hui, à ces comédies populaires qui étaient beaucoup plus fines qu'elles n'en avaient l'air, le public va en masse voir de grosses farces où le comble de l'audace pour les acteurs et réalisateurs consiste à montrer l'arrière-train des interprètes en gros plan si possible plusieurs fois, le tout agrémenté de pets et rots divers. Ou alors il lui préfère de grosses farces peu drôles, des sketchs poussant au clivage, fondés sur la moquerie souvent cruelle de l'autre, celui qui n'est pas de la même communauté, du même quartier...

    Le film ne serait pas tourné par peur de « stigmatiser » la communauté juive ou la communauté musulmane, ou de provoquer des plaintes en justice des multiples associations communautaristes actuelles.

    Tout cela montrant au passage la force subversive et transgressive intacte de la comédie auprès des imbéciles qui se prennent au sérieux, celle-ci fût-elle « familiale ». Ceux-là détestent le rire sans prétentions ni message qui ridiculise instantanément les haines.

    illustration empruntée sur ce site

    Ci-dessous la bande-annonce du film

  • Place des Victoires et ailleurs

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    On se souvient du Paris d'avant aussi sur Agoravox

    à propos de la sortie du livre « le Paris de Céline » de Patrick Buisson et Lorànt Deutsch

    littérature, société, politique, photographie, ParisIl y a quelques semaines, je suis retourné place des Victoires à Paris, dans mon quartier d'enfance, qui était encore il y a une quarantaine d'années un quartier accessible financièrement pour un jeune couple avec un enfant, ce qui n'est plus du tout le cas maintenant, ou alors un jeune couple fortuné, fût-ce un couple « moderne » attendant avec impatience que passe la loi sur le « Mariage pour tous ».

    Je croyais avoir tout oublié et rien ne me rappeler du tout, et puis, comme en un éclair, mes souvenirs sont tous revenus :

    Les enseignes rouge et jaune des bus, avec une plate-forme sur la ligne qui passait dans ces rues, la couleur marron des réverbères, l'odeur de cuisine qui venait de « Chez Georges », un restaurant place Notre Dame des Victoires, les lumières de la galerie Vivienne, aujourd'hui « liftée » et « botoxée » comme il convient, mais sans beaucoup d'âme, les échoppes de bouquinistes que l'on y trouvait, le bruit caractéristique des hauts talons des dames sur le pavé, leurs parfums, les effluves de cuisson du pain des boulangers les petits matins.

    J'y étais revenu lors d'une « virée tzigane » avec une jeune femme aux yeux gris profonds, dans lesquels beaucoup d'hommes avaient cru se perdre et ont cru se perdre après moi. Une « virée tzigane » consiste à se laisser aller à deux ou plus à l'ivresse de moments partagés précieux qui seront pris par les esprits empreints de gravité ou de moralisation hâtive pour de l'hédonisme insupportable alors que les « virées tziganes » ne sont qu'un moyen comme un autre d'éloigner la bêtise alentours, les mesquineries, la haine, la violence de manière infiniment plus saine que par l'étalage de quelques lieux communs, ceux-ci fussent-ils étalés en partant de bonnes intentions.

    Nous avions quitté le soir venu le petit café rappelant ceux des enquêtes de Maigret qui existait encore face à la statue équestre de Louis XIV en allant vers le quartier des Halles, à la place dorénavant un fripier bourgeois mais « équitable » (c'est lui qui l'assure) y vend, entre autres babioles inutiles, des sacs à main « racés z-et contemporains » aux « executive women » « qui veulent rester élégantes, minces et féminines tout étant modernes z-et actives » (TM° pour le slogan, s'adresser à l'auteur pour les droits si besoin pour tout commerce).

    littérature, société, politique, photographie, ParisElle qui aimait, qui aime, Paris autant que moi m'avait invité à nous appuyer sur le socle de la royale statue pour admirer une dernière fois pensions nous alors à juste titre ce qui restait de la vie populaire de ce quartier non loin du « Ventre de Paris ». Les villes qu'on aime restent vivantes aussi grâce aux rencontres que l'on y fait, aux amours que l'on y vit, ceux-ci fussent-ils éphémères ou malheureux.

    Et lorsque l'on y revient il n'est pas rare que l'on y ressente le même désenchantement que le « Feu Follet » de Drieu la Rochelle place des Vosges.

    Mais l'endroit ressemble maintenant davantage à une boîte vide, une belle boîte, élégante, avec un joli nœud posé dessus, agréable mais qui a perdu son âme, un musée en plein air, car on y trouve surtout maintenant des boutiques de mode et de prêt à porter de grand luxe et des cafés ripolinés dans le genre pittoresque, singeant le plus souvent très maladroitement l'atmosphère des photos de Robert Doisneau qui a fixé sur la pellicule un Paris déjà idéalisé, plus ou moins rêvé et disparu lors des prises de vue du célèbre photographe.

    A ses chromos un peu mièvres on peut lui préférer le « Paris de Céline », sorti dernièrement, par un auteur qui n'est pas moins que le diable aux yeux des beaux esprits actuels, Patrick Buisson, avec un complice, Lorànt Deutsch qui n'est pas non plus en odeur de sainteté après son rappel de quelques faits qui contredisent la version idéalisée de certains épisodes historiques, sur les quartiers parisiens vus à travers les yeux d'un auteur qui sent lui aussi et considérablement le soufre.

    Les descriptions que l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » en fait sont largement plus évocatrices de la réalité de ce qu'était Paris, des quartiers dits respectables aux quartiers où logeaient les classes dites « dangereuses ». Céline n'y montre certes pas les côtés reluisants de l'humanité et de sa nature assez déplorable, mais après tout ce n'est pas de sa faute.

    littérature, société, politique, photographie, ParisIl n'y a plus malheureusement maintenant que des quartiers « respectables », y compris les quartiers « alibis » où se rassemblent les populations « issues de la diversité » (TM°) qui connaissent la même précarité que leurs ascendants « dangereux ». A noter que comme leurs ancêtres du XIXème siècle, les « bobos » qui peuplent les quartiers anciennement populaires, comme Montmartre, ont en horreur le fait que leurs bambins côtoient la progéniture des habitants des quartiers « alibis » (ainsi dans cette école de la « Goutte d'Or »).

    Dedans on y sert du café « équitable » car le bourgeois-bohème se veut concerné par les problèmes du monde, enfin il veut surtout en donner l'impression par quelques gestes à la fois sans conséquences et un rien grotesque, des « cupcakes », ces horribles pâtisseries colorées façon criard anglo-saxonnes à la mode, sans goût, très sucrées mais tellement esthétiques dans un intérieur « vintage » (TM°). Je m'étonne cependant qu'un « Starbuck Coffee », établissement impersonnel proposant de la lavasse en guise d'« expresso » et de l' « easy-listening » pour permettre au cadre moderne mais stressé de se détendre entre deux rendez-vous ou à la secrétaire pressée de se prendre pour une émule de Bridget Jones ou Carrie Bradshaw (un des personnages de « Sex and the city »), n'y soit pas encore sorti de terre tel un champignon malsain.

    photos de l'auteur

     

  • La Vérité pour soi, la Vérité pour les autres et celle dont on s'accommode

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    Aussi sur Agoravox

     La plupart des êtres humains, pitoyables primates assez lamentables lorsque l'on considère leur histoire d'un point de vue objectif, se réclame souvent de la Vérité, ou plutôt ce qu'ils nomment ainsi qui est une notion très floue avec laquelle ils s'arrangent la plupart du temps sans trop de scrupules ni remords, même s'ils affirment que leur vérité vient d'un dieu ou d'un homme, à travers une foi, une idéologie, une philosophie globalisante voire l'humanitarisme très vague, très léger qui sert d'alibi à la plupart des citoyens-consommateurs que sont devenus les habitants de cette planète depuis cinq ou six décennies.

    christianisme,politique,société,hypocrisie,colère froide A l'époque moderne, il a eu une trouvaille géniale, il affirme qu'il n'y a pas de vérités du tout de toutes manières et que chacun en a une bien à lui, ce qui justifie sans trop de mal le narcissisme forcené et l'individualisme sans limites auquel il s'adonne. Bien entendu, il ne comprend pas ou feint de ne pas comprendre, ou s'en fiche, que cela augmente considérablement son allégeance « de facto » au système et sa soumission à tous les « diktats » que celui-ci lui impose tout en conservant une a-moralité d'esclave au ventre plein (ou encore un peu plein) qui aime son esclavage, n'y voyant que des avantages confortables.

     La Vérité existe-t-elle au moins ?

     Pour les croyants, la Vérité c'est celle qui leur est révélée par Dieu à travers les livres saints, dont pour un chrétien l'Évangile, mais bien sûr la nature humaine aidant, les chrétiens étant comme tout le monde, ni supérieurs, ni inférieurs, la Vérité est bien souvent surtout applicable pour les autres.

     Certains, pas tous heureusement, ne se sentent que modérément concernés par celle-ci, se percevant souvent à un stade supérieur de la charité et de l'altérité se basant sur toute une série de « Moi au moins, je... » :

     Moi au moins je fais ça, moi au moins je ne suis pas comme ça, moi au moins, je prie plus que les autres, moi au moins mes amis se comportent saintement etc...

     Mais confrontés à une situation fût-elle dramatique qui leur permettrait de montrer qu'ils mettent ces beaux principes en application, la Vérité ou la radicalité évangélique, la vie « raisonnée » ou heureuse d'Aristote (consistant à essayer de faire ce qui est juste pour le bien de chacun), deviennent alors toutes relatives par peur de souffrir ou de perdre un confort intellectuel et,ou matériel qui ne fait pas le poids face à tous les dons que le croyant croit recevoir de Dieu.

     Et conservant son confort intellectuel ou matériel le croyant qui se laisse aller à autant de retenue et de crainte vis à vis de sa Foi apprécie au fond de ressentir le lâche soulagement de celui qui n'aura pas à mettre en danger l'image, souvent flatteuse, qu'il se fait de lui.

     Il ne verra pas le paradoxe douloureux consistant à parler de manière grandiloquente de Charité, de Souffrances, quasiment sous le nez de pauvres ou de personnes soufrantes qu'il ne veut pas voir une fois les bonnes résolutions annoncées, comme j'ai pu le voir pendant un chemin de Croix un jour de Semaine Sainte à Jérusalem. A noter qu'il arrive même que ce soit des "viveurs", "noceurs", apparement amoraux, qui en soient plus rapidement conscients, et ce contre toute attente.

     Alors que c'est à cela que le pousse a priori les Évangiles...

     Ce ne sont pas les seuls croyants chrétiens qui sont dans ce cas et bien entendu je ne m'inclus pas dans le lot de ceux qui seraient exempts de toutes ces faiblesses et carences, le tout étant d'être conscient de ses propres manques.

     Pour les soutiens d'une idéologie, généralement tous aussi bigots et dogmatiques que les croyants que parfois ils croient nécessaire de dénoncer, la Vérité vient d'un homme, un philosophe, un penseur, un intellectuel, qui aurait tout compris, mis ce qu'il a compris en théorie applicable selon lui et ses thuriféraires, et qui appellerait à mettre en pratique ces préceptes selon l'idée que ceux-ci amèneraient sans faillir le bonheur sur terre.

     Le grand homme et ses disciples en sont persuadés, intimement convaincus, de temps à autres il arrive même qu'ils soient sincères.

    christianisme,politique,société,hypocrisie,colère froide Bien entendu, confrontés au réel, comme les croyants dont il est question au-dessus, il y a loin de la coupe aux lèvres. Il se peut que des porteurs des idéologies globalisantes arrivent au pouvoir, au nom de l'utopie, de l'équité et de la justice, mais bien évidemment et dans une majorité de cas, ces bigots d'un genre laïc prétendent alors que le bonheur doit attendre car le contexte ne leur permet pas d'appliquer leurs idéaux, contexte qui a bon dos, et qui leur permet généralement de conserver le pouvoir, qui est une drogue pour ceux qui y accèdent.

     Même à ce degré, je suis à peu près certain, c'est un peu la cerise sur le gâteau, qu'ils s'imaginent être toujours légitimes pour amener un peuple voire le monde à la félicité totale, songeant que leurs bonnes intentions suffisent contre la pauvreté par exemple, tout comme les tenants d'une Foi.

     Au moins les deux catégories de personnes précédemment décrites sont-elles en recherche de quelque chose de plus que la simple survie de la larve dans son cocon, la troisième, qui est majoritaire, étant à mon avis bien pire.

     Pour elle, il ne saurait y avoir de Vérité commune ni même il est vrai de Bien Commun, pour elle il y a une infinité de vérités selon les individus, chacun devant être libre de s'adonner à ses pulsions, fussent-elles les pires, les plus égoïstes, les plus dangereuses sans craindre de remise en cause personnelle, ni se poser la moindre question.

     Ce n'est pas que cette catégorie ignore la Vérité profonde de ses actes et les conséquences que cela implique sur le bien-être de leurs proches ou de la collectivité, bien au contraire, elle sait très bien ce qu'implique son égocentrisme, mais refuse tout simplement d'y prêter attention car cela gênerait sa jouissance à survivre un peu mieux que les autres, un peu plus longtemps que les autres qui sont ses deux seuls véritables soucis, avec l'image agréable qu'elle veut donner d'elle.

    Pour se donner quelque alibi, les individus la composant participent à des manifestations ponctuelles caritatives ou réputées telles toutes bassées sur l'hyper-affectivité et la "larme de crocodile" qui est une manière de pleurer facile...

     La plupart des primates s'affirmant « sapiens » qui peuplent ce monde se réclament donc de quelque chose, la Vérité, que la plupart du temps ils méprisent ou ignorent complètement, justifiant leur hypocrisie par des compromis réputés obligatoires ou niant jusqu'à l'existence de toute vérité, et tous sont familiers du « Moi, au moins je... » évoqué ci-dessus.

    Illustration du haut empruntée ici

    Illustration du bas prise là.

  • La Corse une exception française ?

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    En débat sur Agoravox

     En Corse lors d'une « nuit bleue », sous le prétexte de la fête de la nation corse, une vingtaine d'explosions ont détruit une vingtaine de résidences secondaires dont certaines en construction.

    politique,corse,ump,ps,valls A ce propos, on se dit qu'il faut être maso pour faire construire là-bas du fait de « l'impôt révolutionnaire » obligatoire, réclamé par des petits malins qui ne sont souvent ni nationalistes ni même révolutionnaires mais surtout opportunistes, ou des risques de violences que l'on peut subir si l'on est « du continent » ou d'origine étrangère en général, par exemple arabe.

    On s'étonne d'ailleurs que ces pseudo "nationalistes" puissent tenir impunément des conférences de presse aux médias sans être inquiétés en quoi que ce soit par les forces de l'ordre.

     Beaucoup de personnes d'origine maghrébine témoignent clairement de ce racisme qu'elles retrouvent partout en Corse, ne serait-ce que sur les murs avec le slogan « arabi Fora » (« les arabes dehors ») tagué partout.

     Elles entendent aussi dire avec de moins en moins de complexes qu'un « bon arabe en Corse doit baisser la tête ».

     Personne n'a l'air étonné face à ces violences diverses, tout le monde trouve ça en somme quasiment normal alors que la Corse c'est quand même encore la France, excepté le ministre de l'intérieur Manuel Valls qui souligne le mutisme des élus corses et des personnalités de l'île sur les groupuscules violents qui gangrènent la vie politique et sociale dans cette région portée à bout de bras quant à l'emploi par l'État français, qui appelle le reste de la classe politique à condamner davantage ces actes qui mettent en péril le fonctionnement normal de la démocratie en employant ces termes :

     « On ne peut pas accepter dans une démocratie que l'on agisse avec des bombes pour des motifs politiques. »

     Ces actes de violence sont généralement minimisés qui par le fameux « contexte » qui par les traditions corses et la culture clanique de ce territoire, comme si la loi de la République française ne concernait pas ces deux départements.

     Le racisme et la xénophobie, que l'on trouve là-bas, dépendrait donc du contexte et des traditions corses ?

     Il serait donc plus ou moins acceptable selon les régions et leur histoire ?

    Les revendications « nationalistes » cachent bien mal la plupart du temps des ambitions locales de petits roitelets et familles qui espèrent faire un maximum de bénéfices en profitant par exemple des directives européennes sur les euro-régions, qui leur permettraient d'avoir une fiscalité « allégée » qui leur donnerait la possibilité de bétonner tout le littoral sans scrupules ni remords.

     On ne compte déjà plus les escroqueries à divers niveaux au sein même de la fonction publique en Corse, le clientélisme un peu plus développé qu'ailleurs en France.

     Beaucoup de corses savent très bien tout cela, tout en jouant la comédie de la Corse pittoresque, des corses « susceptibles », comme dans un des albums d'Astérix, mais au fond bien sympathiques, du corse « pastoral » qui vit très simplement de fromages de chèvres et de plantes sauvages en gardant ses chèvres dans le maquis, qui nargue les représentants de l'autorité, dans le style Robin des bois agraire, hâbleur et beau parleur et tellement accueillant...

     Le tout contredit par les faits.

    politique,corse,ump,ps,valls Alors, certes, il n'y a pas qu'en Corse que tout cela existe, Marseille est également un de ces territoires où la République ne contrôle plus grand-chose, gangrené par la lie de la société qui y trouve un terrain de jeux très confortable pour s'y ébattre sans risquer quoi que ce soit car les politiques y ont renoncé depuis longtemps à s'y conduire fermement ou à faire respecter les valeurs de la République sous couvert de respect des diversités culturelles que l'on peut croiser dans cette ville, la deuxième de France.

     Manuel Valls a d'ailleurs également signalé ces dysfonctionnements flagrants dans la métropole du Sud et le fait flagrant que la politique soit-disant spectaculaire mené contre ces phénomènes inquiétants n'était qu'une longue suite de coups de pub.

     Ce renoncement dont parle ce ministre s'explique par trois raisons :

     Le manque de courage à mettre en place une politique éducative et sociale courageuse, les différentes raisons qui veulent à gauche comme à droite aussi d'ailleurs que l'état n'a pas à jouer les gendarmes, car cela conduirait à « stigmatiser » (TM°) certaines populations pour la gauche, du fait des options libérales et du nécessaire désengagement des institutions, du « détricotage » indispensable selon eux des services publics à droite, et aussi leur indifférence car au fond ils s'en fichent, méprisant les populations précaires qui habitent les quartiers souffrant le plus des conséquences de ces violences.

     Bien entendu, on ne compte pas partout ailleurs en France les quartiers mis en coupe réglée par des petits caïds, au profit des économies souterraines, qui alimentent et profitent à celle qui se fait en plein jour, ces petits caïds étant eux-mêmes sous l'autorité de plus « gros poissons » étrangers qui ont parfaitement intégré les mécanisme de la mondialisation libérale.

     De même qu'en Corse et à Marseille, c'est souvent au nom de la « diversité culturelle » (TM°) que les responsables, les politiques et autres se gardent bien d'intervenir.

     Et il n'y a pas qu'en Corse et à Marseille que sévissent népotisme et clientélisme grâce à la décentralisation qui permet à un maire et ses adjoints, par exemple, de nommer, même à des postes subalternes, des proches ou des copains, voire des copains de copains.

    illustration en haut prise sur ce site

    illustration du bas empruntée sur le site de RFI

  • Dave Brubeck mort avec l'ancien monde

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    sur Agoravox aussi

     Dave Brubeck vient de mourir à un âge avancé. Considérant ce qu'évoque sa musique, qui est celle d'un monde perdu, avant le consumérisme, avant les réseaux sociaux et le narcissisme généralisé, je pensais qu'il l'était depuis plus longtemps, mort avec cet ancien monde et ses reliques, parti vers un Sud rêvé, là où la sottise moderne est moins pregnante.

    musique, littérature, politique, sociétéIl jouait avec ses musiciens, dont Paul Desmond un Jazz élégant qui a la couleur du monde tel qu'il était avant, un Jazz faussement léger, faussement désinvolte qui empruntait aussi à la musique classique des petites touches comme le faisait Duke Ellington ou plus tard John Lewis au sein du « Modern Jazz Quartet » qui s'inspirera de Debussy ou Satie pour plusieurs thèmes, eux-mêmes ayant fortement pris au Jazz, l'un pour sa version orchestrale de « Jack in the box » par exemple, l'autre pour une ou deux de ses « Gnossiennes ».

    Les morceaux les plus connus du « Dave Brubeck Quartet », « Blue rondo à la Turk », « Take Five » évoquent des plaisirs enfuis, un hédonisme tendre, inquiet du temps qui passe, des bonheurs enfuis définitivement, un hédonisme passé de mode, l'individu hédoniste étant actuellement irrémédiablement condamné et voué aux gémonies s'il ne se soucie pas de développement durable, de décroissance, de post ou de trans-humanité ou de son nombril et de l'image qu'il en donne.

    Goûter simplement son humanité, ce à quoi encourage la musique de Dave Brubeck, qui se cache non pas dans les déclarations ronflantes et grandiloquentes mais dans tout ce qui est considéré comme futile, est maintenant interdit par les belles consciences qui se piquent de gravité constante.

    La musique, la littérature, le cinéma se doivent d'avoir une utilité sociale, faire passer un message, un exemple, mettre en valeur la personnalité de son auteur ou des grands personnages et surtout à ne pas encourager l'hédonisme.

    Le moindre comique télévisuel vulgaire se flatte maintenant d'avoir quelque chose à dire, que son trublionage est important, qu'il a une signification. Ils sont peu nombreux à vouloir « simplement » faire de la littérature, de la musique ou du cinéma, les prétentions deviennent la condition « sine qua non ».

    Ainsi qu'on le sait pourtant :

    « la gravité est le bonheur des imbéciles », comme l'écrit Nietzche (à moins que ce ne soit mon beau-frère).

    Écouter ne serait-ce que ces deux morceaux c'est rêver à des femmes pulpeuses ou pas, femmes solaires des années 50 ou « femmes-enfants » des sixties, toutes habillées comme Audrey Hepburn, Marylin ou Grace Kelly, de tailleurs « Chanel », d'une robe « Givenchy », coiffées de chapeaux « Balenciagga » immenses, des hommes en costume strict, cigarette ou verre d'alcool fort à la main, des voitures chromées et dangereuses.

    Dans les films de cette époque, tout le monde fume, tout le monde adore conduire, les hommes sont virils, les femmes sont encore féminines.

    En nos temps d'hygiéniquement correct, de bien pensance généralisée, de théorie du « Gender » omniprésente, ne serait-ce que se laisser aller à une innocente rêverie sur tout cela est une sorte de crime de la pensée, crime grave tout comme la nostalgie de nos jours.

    Musicalement, les puristes trouvent que Dave Brubeck est moins intéressant que les autres musiciens de la même période car jouant des lignes plus mélodiques, plus faciles que les œuvres de Monk, Charlie Mingus ou Miles Davis qui peuvent heurter des oreilles peu exercées aux dissonances (ce qui n'est pas le cas de l'auteur de l'article qui s'il aime Dave Brubeck aime aussi tous les autres musiciens cités).

    Ce n'est pas plus facile, c'est juste autre chose, une manière différente d'interpréter le Jazz, et de plus, Dave Brubeck n'était pas afro-américain, on ne pouvait donc pas rajouter à l'appréciation de sa musique des considérations plus ou moins fumeuses sur la ségrégation ou le racisme, surtout énoncées pour mettre en valeur celui qui les balancent et non la musique qu'il prétend apprécier.

    illustration prise sur ce site

    Ci-dessous "Blue Rondo à la Turk" et "Take Five"

  • "Des Fleurs pour Algernon" en réédition...

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    Algernon est sur Agoravox aussi

    Gallimard, dans sa collection « Folio SF », a la bonne idée dans sa grande sagesse (Que le Très Haut le Miséricordieux soit sur cet éditeur !) de ressortir « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes en édition « augmentée » de l'autobiographie de l'auteur, qui n'a rien d'une confession narcissique, il raconte plutôt ce qui l'a amené à écrire, à commencer par la nouvelle originelle, classique instantané lors de sa sortie en 1959 et le roman éponyme. L'œuvre est classée en Science-Fiction mais elle n'est ici qu'un prétexte pour nous tendre un miroir.

    charly-cliff-robertson-claire-bloom.jpgCe récit a énormément de choses passionnantes à exprimer sur la définition de l'intelligence dont l'intelligence du cœur, sur la place de la raison dans notre société, sur la solitude, sur la complexité des sentiments amoureux, sans mièvrerie ni sensiblerie inutile. Daniel Keyes a longtemps porté cette histoire en lui, et à la lecture de ses autres œuvres, plus mineures ou anecdotiques, on comprend à quel point « Des Fleurs pour Algernon » lui tient à cœur.

    Algernon est une souris blanche de laboratoire dont l'intelligence à été considérablement augmentée par une opération chirurgicale complexe menée par deux médecins, les docteurs Strauss et Nemur, qui décident de passer à l'étape suivante qui est l'expérimentation sur un être humain sans être tout à fait certains qu'ils puissent le faire.

    Celui qui a été retenu est Charlie Gordon, un jeune homme « attardé » mental, souffre-douleur à son travail, seul, mais qui a le désir profondément ancré de devenir intelligent afin, croit-il, d'échapper à sa solitude, il est amoureux de l'éducatrice qui lui fait « la classe » dans l'institution spécialisée où il vit, Alice Kinian, et être plus armé face à l'adversité, l'auteur révélant dans son autobiographie qu'il a rencontré un garçon comme son personnage alors qu'il était jeune enseignant.

    C'est son ardente volonté de s'élever qui d'ailleurs fera de lui le « cobaye » idéal aux yeux des deux scientifiques dont les motivations, Charlie le découvrira plus tard, sont beaucoup plus triviales que les siennes :

    Pour l'un il s'agit d'impressionner sa femme, pour l'autre de compenser des frustrations personnelles.

    Le lecteur suit le récit à travers les yeux de Charlie, son évolution tragique, et sa déchéance à la fin du roman, étant symbolisées par la complexification progressive de l'orthographe et le retour en conclusion de l'histoire à la syntaxe torturée du Charlie « retardé », syntaxe émouvante et qui a donc un sens.

    Charlie subit donc l'opération, comme Algernon, et son intelligence est décuplée, il entrevoit même la réponse ultime à la question que se posent la plupart des êtres humains sur le sens que revêt notre présence sur terre, en faisant une expérience cosmique, mais l'« ancien » Charlie prend peur et ne veut pas franchir cette ultime frontière.

    Cependant, de devenir intelligent, plus lucide, et rationnel ne change rien à la solitude de Charlie, voire même l'aggrave, car être intelligent dans notre société est largement plus handicapant que de ne pas l'être, celle-ci préférant une personne moyenne en tout qui n'éveillera aucun sentiment de jalousie ou d'envie. Et alors qu'il avait réussi à débuter une relation amoureuse avec Alice Kinian, celle-ci s'éloigne de lui, ayant peur de ne plus pouvoir le comprendre, de ne plus être comprise, et de ne plus pouvoir continuer à partager les mêmes sentiments avec lui.

    Devenu intelligent, Charlie est tout aussi incompris qu'avant...

    Les personnes qui l'entouraient toléraient le Charlie « retardé », handicapé, qu'ils pouvaient humilier à loisir et railler grassement sans qu'il n'en ait vraiment conscience. Les handicapés, mentaux ou physiques, sont comme un miroir pour les médiocres ou les personnes blessées, elles y voient le reflet de leurs manques réels ou supposés, des souffrances qu'ils induisent.

    Il était l'alibi des carences de son entourage, de ses bassesses et petites médiocrités. Après l'intervention des professeurs Strauss et Nemur, il prend conscience de tout cela, des compromis que chacun entretient pour s'assurer une survie confortable, sans avoir à faire trop d'efforts de réflexion.

    Il se souvient de tout ce qui l'a amené à vouloir subir l'opération, de tous les manques d'amour qu'il a vécu, ces petites lâchetés des uns et des autres, qui préfèrent laisser faire des abominations petites et grandes qu'ils estiment inévitables, qu'ils cachent, camouflent et justifient sous divers prétextes.

    Charlie devenu supérieurement réfléchi comprend aussi que la raison ne peut tout expliquer dans le comportement de chaque être humain.

    Un jour, cependant, Algernon, la souris blanche, commence à décliner, à régresser à son ancien état voire même un peu plus bas. Charlie comprend alors qu'il lui reste peu de temps, il essaie désespérément de corriger les erreurs des deux neurochirurgiens qui l'ont opéré, mais en pure perte.

    Il s'enfuit à la faveur d'une conférence médicale avec Algernon, qu'il soigne, vit quelques moments de liberté, mais Algernon finit quand même par mourir. Charlie revient alors chez lui pour attendre l'issue fatale, s'enfermant, s'isolant dans ce qui est redevenu pour lui un désert affectif et mental.

    Il s'enfuit alors de nouveau, définitivement cette fois-ci, ne demandant qu'une chose : que l'on fleurisse la petite tombe d'Algernon dans son jardin...

    L'auteur eut beaucoup de mal à faire respecter cette fin triste lorsque le livre a été édité et lors des adaptations à la télévision (quatre à ce jour : une en 1959 d'après la nouvelle, une en 1978, une en 2000 et une autre, par la télévision française, en 2006), au cinéma (avec Cliff Robertson, dans une réalisation de Ralph Nelson qui ne respecte pas la chronologie du roman car le film commence par l'opération) ou au théâtre, mais c'était la seule fin logique.

    Le début de l'histoire

    « 3 mars. Le Dr Stauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sais pas pourqioi mais il dit que ces un portan pour qu'ils voie si ils peuve mutilisé. J'espaire qu'ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu'ils peuve me rendre un télijan. »

    illustration empruntée au film de 1968 prise ici

    Ci-dessous un "trailer" de ce film et un extrait du téléfilm de 2006


    Des Fleurs pour Algernon par imineo

  • C'était pire avant ?

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    Maintenant, lorsque l'on évoque le manque d'appétence culturelle, le consumérisme effréné et accepté des jeunes ( et des moins jeunes) leur individualisme encouragé constamment jusqu'au narcissisme le plus écœurant, entre autres par des réseaux dits sociaux mais aussi par la télévision, nous voilà soupçonné immédiatement d'être un adepte du « C'était mieux avant » ce qui, en 2012, est pire que tout, une sorte de crime de la pensée que les belles consciences et aussi le reste du troupeau aimerait bien punir sévèrement, regrettant que ceux qui commettent ce crime expriment ne serait-ce que du bout des lèvres leur opinion, leur déniant le droit de le faire.

    société, politique, philosophie, littérature, individualisme, narcissismeComme si maintenant c'était mieux, comme si nous étions entrés dans l'« âge d'or », dans l'idée que le monde est dans un progrès continu et que le progrès des techniques rejoint le progrès des consciences, alors que l'on voit bien pourtant en considérant la triste situation de notre planète un peu partout, dont un continent totalement sacrifié et livré à lui-même, et à la misère, l'Afrique, que le présent peut être pire et que l'on peut très bien croire que le futur le sera encore plus.

    Dans nos sociétés, par une curieuse alliance objective, et apparemment contre nature, entre libéraux et libertaires, dans notre société où nous vivons et pensons comme des porcs pour reprendre le titre de l'ouvrage le plus connu de Gilles Châtelet, il est de bon ton de renier, de rejeter voire de conchier toutes les références traditionnelles considérées comme caduques, réactionnaires et poussiéreuses :

    La morale individuelle, religieuse ou laïque, le sens de la collectivité, le désir de s'élever culturellement et de montrer son mérite, la famille, le sens de la convivialité, cette notion que l'on appelait la « common decency », à savoir quelques règles simples pour encourager si ce n'est à l'altérité, au moins à avoir le sens minimum de l'autre, et à garder le sens du bien commun, celui-ci pouvant s'incarner dans la Nation qui était le peuple.

    Nos ascendants qui croyaient dans l'incarnation du peuple dans la nation sont méprisés, décrits comme manipulés docilement, plaints pour cela. Leur courage, leur esprit de résistance à l'arbitraire, voire pendant l'invasion du pays, sont désignés comme des faiblesses insignes, sont moqués car « maintenant c'est mieux ».

    Ce rejet des références traditionnelles arrangent les libéraux et le système économique car « libéré » des anciennes solidarités, l'individu se retrouve complètement démuni, et sans défense face à ceux qui ont absolument besoin qu'il ne se pose aucune question quant à sa consommation et son travail, et mieux encore qu'il aime sa soumission.

    C'est le cas des jeunes et des plus jeunes qui ont parfaitement intégré l'omniprésence des nouveaux « Big Brother », admettant sans problèmes que tel moteur de recherches les piste et personnalise le matraquage publicitaire, le flicage de leurs données qu'ils subissent sans broncher sur leurs portables, ordinateurs et tout autre gadget, permettant sans y voir malice la destruction progressive de leur intimité, refusant dans leur grande majorité ce qui pourrait les faire sortir du lot, ce qui à leurs yeux des plus inconfortables.

    Ne pas être « comme les autres », avoir d'autres références, d'autres idéaux, ne pas appartenir à une communauté bien définie, aux contours clairs, est un autre crime de la pensée dans notre société qui raisonne en politique, en philosophie, particulièrement, seulement en mode binaire ce qui abouti pour la plupart des individus à ce ressenti tout simple :

    « Celui qui n'est pas comme moi, qui ne pense pas comme moi, qui ne vit pas comme moi est soit idiot soit fou, soit les deux ».

    En découle la recherche par les personnes du « même » chez les autres, de celui ou celle qui leur ressemble le plus, et l'agrégation en « communautés » de reflets en quelque sorte.

    Au sein de toutes ces communautés, la personne qui cherchera à s'instruire, à se cultiver, ou même à réfléchir par elle-même, hors des références simples, simplistes, du groupe, est « anathèmisée », ostracisés, rejetée, sa réflexion personnelle, sa culture, étant considérée comme dangereuse pour la cohésion de la « communauté » selon cette idée, juste il est vrai, que réfléchir consiste à remettre en question les évidences et les préjugés.

    Alors était-ce mieux avant ?

    Non, mais peut-être conviendrait-il de s'inspirer de solutions toutes simples qui existaient traditionnellement pour résoudre la question de la cohésion sociale, qui n'étaient pas parfaites, méritaient certainement d'être améliorées, mais qui avaient le mérite d'exister, ainsi sur les questions de solidarité.

    Était-ce pire ?

    Non plus. Et je crois que nous pouvons à peine imaginer ce qu'était la vie sans les différentes techniques que nous apprécions comme indispensables et qui ne le sont pas toutes.

    Ou était-ce simplement différent ?

    Oui, sauf sur la nature humaine qui présentait les mêmes travers mais aussi les mêmes qualités.

    illustration empruntée sur ce site

  • Israël et la Palestine : une lutte fratricide

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    jerusalem.jpg

    Sur Agoravox aussi

    Vendredi soir, devant le « plan d'eau » à Évreux, un rassemblement de quelques dizaines de personnes issues surtout du PCF afin de soutenir la Palestine, en particulier le début de sa reconnaissance par l'ONU, un rassemblement dans le calme, sans slogans pseudo-antisionistes, sans vociférations ainsi que dans d'autres événements de ce genre qui sont le plus souvent un prétexte pour certains pour hurler leur haine des juifs en la masquant derrière une cause parfaitement légitime qui est celle des palestiniens, du peuple palestinien s'entend et non celle de ceux qui, à Gaza, prétendent les représenter et tout faire pour leur bien commun.

    Pendant ce rassemblement de personnes généreuses, soucieuses d'aider leur prochain (le tout écrit sans aucune ironie), il fut question de boycotter économiquement Israël, mais étant donné que l'économie de ces pays est déjà fortement imbriquée, boycotter Israël c'est aussi boycotter la Palestine et favoriser les radicaux religieux au détriment des laïcs du Fatah systématiquement tenus à l'écart des discussions entre les deux états lors des multiples conférences de paix, et par les israéliens les plus nationalistes.

    C'est aussi en conséquence favoriser les « vengeances » contre les minorités déjà largement éprouvées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, à commencer par les chrétiens arabes de ces régions, déjà pris entre le marteau et l'enclume, suspects d'être des agents des occidentaux pour les fondamentalistes musulmans, et aussi pour les sionistes les plus radicaux.

    Rappelons en passant que ceux-ci ne sont pas la conséquence d'une évangélisation de ces peuples par des missionnaires occidentaux mais qu'ils sont les chrétiens originels. Que l'on soit croyant ou pas, on ne peut donc que reconnaître leur apport à l'histoire de nos sociétés.

    Les soutiens des palestiniens en France oublient tout le temps une chose simple :

    Qui est le premier contributeur des aides à la Palestine, nouvel état reconnu à l'ONU, que ce soit sur le plan financier ;

    Au plus fort des précédentes opérations de « Tsahal » contre Gaza, on vit circuler des camions de la « Brink's » entre Tel Aviv et les territoires palestiniens chargés de petites coupures, l'argent du Hamas, comme du Fatah, étant placé dans des banques israéliennes, et les dividendes obtenues même en temps de guerre n'ont jamais été bloqués par Israël.

    Quant aux infrastructures ; pour la plupart fournies et construites par l'état hébreu selon le terme classique (concernant les infrastructures côté israélien, il est à noter que le « mur » de séparation fut construit essentiellement par des ouvriers palestiniens) ;

    Sur la fourniture d'eau, d'électricité et en tant qu'employeur et même quant à la monnaie ayant cours en Palestine (le shekel) ;

    La réponse est simple, c'est Israël, pas un pays arabe alentour ni un état occidental, toutes choses que rappelle Thérèse Zrihen-Dvir dans un article qui rappelle quelques évidences, même si elle n'en tire pas les mêmes conclusions que moi.

    Elle y voit un aspect ironique, finalement c'est Israël qui finance ces ennemis.

    Ce qui permet de comprendre un peu plus à quel point la guerre israélo-palestinienne est par essence une guerre fratricide et d'insister un peu plus encore sur ce fait, que se permettre d'avoir un point de vue unilatéral et radical dans un sens ou dans l'autre n'aide pas à faire avancer la paix, cela consisterait plutôt à bouter le feu à la violence et à la haine.

    Avec les meilleures intentions du monde.

    Le rêve d'un état fédéral, de deux peuples travaillant fraternellement ensemble, d'Edward Saïd n'a rien d'utopique puisque les structures, réseaux et moyens d'y parvenir existent déjà. Tout est prêt pour la paix, encore faut-il que tous ceux qui viennent trouver dans cette région du monde un terrain de jeu pour laisser libre cours à leur haine soient enfin tenus à l'écart et pris pour ce qu'ils sont, des pantins grotesques et meurtriers.

    J'ai voulu écrire cet article du fait de mon ras le bol complet des pro ci ou pro ça qui ne sont que dans la violence, l'agressivité et la haine jusqu'à l'autisme, déniant à l'autre toute capacité à fraterniser.

    Photo archives de l'auteur

  • Réquisitionner les églises ? Faut-il se méfier de Cécile Dufflot ?

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    Apparition de Cécile Dufflot sur Agoravox

     Cécile Dufflot suggère de réquisitionner les lieux de culte et bâtiments parisiens vides ou quasiment vides de l'Église catholique.

    Elle « en appelle à l'Église »...

    politique, christianisme, société, hypocrisie, faut-il se méfier de Cécile Dufflot ?Bien sûr, c'est clairement cousu de « fil blanc », et je ne crois pas qu'elle-même soit dupe, il s'agit d'une réponse biaisée à l'attitude des ecclésiastiques et des croyants face à la loi du « Mariage pour tous ». Il s'agit aussi de trouver un bouc-émissaire commode et confortable afin d'expliquer les carences de l'État et de la société face à la pauvreté et au « mal-logement », de détourner les critiques et essayer de faire d'une pierre deux coups.

    En gros, ce n'est pas de la faute de l'État s'il y a des « mal-logés », mais celle des catholiques qui sont égoïstes !

    En gros, ce n'est pas la faute de la société civile et laïque si celle-ci est férocement individualiste mais celle des catholiques qui ne montrent pas l'exemple !

    Et bien sûr cette proposition découle de la haine qui est exprimée à longueur de temps contre les catholiques, une haine qui ne tient pas compte du fait qu'ils soient « réacs », « pas réacs », « progressistes », « pas progressistes », « CPCH », en « Lodens » (TM°) ou en « jeans » (TM°), ils sont tous mis dans le même sac de toute façon, qu'ils essaient d'être « en phase » ou pas...

    La plupart des catholiques qui se veulent « en phase », qui sont très très gentils avec la société libérale-libertaire, feignent de ne pas le comprendre mais tôt ou tard ils se retrouvent au pied du mur.

    De plus, c'est beaucoup plus facile et moins risqué de s'attaquer aux catholiques qu'aux grandes entreprises ou aux institutions financières qui possèdent beaucoup plus de logements vides sur lesquels ils spéculent.

    (Lien sur les logements vides à Paris et quelques solutions de relogement)

    C'est plus simple, même si le procédé manque de grandeur et de réel courage politique.

    Malgré tout, et ce dans l'absolu, sans tenir compte des arrière-pensées de madame Dufflot, je ne trouve pas que ce soit nécessairement une mauvaise idée, et je trouve même que l'Église aurait dû faire elle-même cette proposition il y a des années.

    Passant parfois, à Paris, le soir, devant des entrées de couvent supposés accueillir les pauvres devant lesquels s'entassaient les soirs d'hiver, devant les bouches de chaleur, des sans-abri restés à la porte, et pas seulement des pauvres gens manipulés par des associations afin de les instrumentaliser contre l'Église, j'étais souvent choqué par ce silence des religieux ou religieuses, des croyants, face à la demande de simple compassion, de simple empathie des plus pauvres comme j'avais pu l'être à Jérusalem où des couvents immenses et vides côtoyaient des maisons où s'entassaient parfois plusieurs familles .

    Quand des églises étaient occupées, comme à Saint Bernard, quand les caméras étaient présentes, les responsables d'association étaient toujours là, mais rentraient chez eux au chaud le soir venu laissant les pauvres gens qu'ils instrumentalisaient livrés à eux-mêmes, sans se soucier des conditions d'hygiène ou de chauffage, le tout laissé à la charge des curés de paroisses des lieux de culte occupés.

    Si ceux-ci avaient cohérents jusqu'au bout, ils auraient accueilli de ces pauvres gens chez eux ou auraient partagé leur malheur.

    C'est également assez ironique, vu la teneur des propos sur la pauvreté, la charité, l'accueil de l'étranger entendus quasiment chaque dimanche dans des paroisses où les personnes sont incapables de simplement serrer la main de leur voisin de rangée à la sortie de la messe, de toutes ces déclarations insipide, « sociologisantes » et mièvres faites par les tenants du versant dit progressiste de l'Église qui veulent être dans leur époque, qui veulent être « en phase », être conscients de tous les problèmes de l'époque.

    Les voilà pris à leur propre piège en quelque sorte et sommés d'être cohérents avec leurs belles intentions, eux qui ne veulent surtout pas choquer le reste de la population, eux qui veulent se faire bien voir, eux qui veulent bien voir la pauvreté, et faire preuve de solidarité, mais quand elle est au loin, dans des pays pauvres, qui sont malheureusement le plus souvent incapables de la percevoir en bas de chez eux, ainsi que la majorité des catholiques d'ailleurs.

    Il y avait encore avant la Seconde Guerre Mondiale des institutions d'Église qui logeaient à bas prix des familles, ainsi qu'on peut le voir en lisant les souvenirs de Michel Serrault qui rappelle par exemple la cité du « Moulin Vert » près des « fortifs » (l'association du « Moulin Vert » existe toujours d'ailleurs).

    Sur ce problème du mal-logement c'est la société dans son ensemble qui devrait réfléchir à ses causes, les politiques, les associations en priorité, et à des actions concrètes.

    Cette demande de madame Dufflot devrait finalement aussi inciter les catholiques à être moins dans la demie-mesure quant à la charité, la compassion, l'empathie, ne plus être si tièdes.

    La photo de Cécile Dufflot en pleine extase mystique semble-t-il a été prise sur ce site

    Rappel sur les occupations d'églises ci-dessous