jeudi, 20 décembre 2012

Conte ironique de fin du monde

Sur Agoravox

Ce texte a été lu au sens littéral comme un délira soucoupiste, le manque de recul des gens aujourd'hui, leur absence d'esprit critique fait peur, c'est terrifiant...

Il était employé d'une grande administration, ce qui lui laissait beaucoup de temps pour rêvasser et laisser son esprit vagabonder allègrement. D'aucuns auraient dit à une époque qu'il battait la campagne, mais il savait bien qu'il n'était ni névrosé, ni malade car il n'était pas le seul.

littérature, société, internet, fin du monde, 2012Il en profitait pour échafauder des théories sur tout, et parfois, lorsque son chef de service l'énervait un peu trop, qu'il avait du travail en retard, il se défoulait sur les forums Internet où il était connu sous le nom de « Néo3002 » (« Néo3000 » était déjà pris), là il se vengeait de toutes les humiliations qu'il pensait avoir subies, des prétentieux qui lui rétorquaient que ces théories sur la politique et le monde étaient fumeuses.

Il pouvait enfin leur clouer le bec, lui qui n'avait pas pu faire d'études, non pas qu'il n'en eût pas les capacités, se disait-il, mais les profs ne l'aimaient pas, c'est tout, ils s'acharnaient sur lui gratuitement pour l'empêcher de s'épanouir car ils étaient jaloux de ses réflexions et de tout ce qu'il avait compris, lui. « Ils » essayaient encore de l'empêcher de s'exprimer mais heureusement il y avait Internet où il avait le droit de tout dire, sans risques.

De toutes façons, il était maintenant convaincu que son professeur de Lettres de Quatrième était bel et bien un émissaire des « aliens ».

Il n'était pas fou, il n'allait quand même pas mettre son vrai nom sur le Web quand il dénonçait les vrais responsables et qu'il démasquait les impostures, son chef de service qui était également très souvent sur le Réseau le verrait rapidement, et alors il n'aurait plus de moyens de subsister pour pouvoir continuer à méditer sur les causes réelles du 11 Septembre, selon lui, un complot des « sionistes » en fait, qui avaient monté cette machination perverse, alliés aux « petits gris », ces extra-terrestres agressifs bien connus qui dirigeaient la terre en sous-main.

Par des trucages habiles et une suggestion de masse, « on » avait fait croire aux populations que des avions s'étaient écrasés sur les deux tours et ailleurs, c'était les mêmes procédés qui l'obligeait, le forçait à renouveler un achat de téléphone portable tous les deux mois. Maintenant, « ils » l'obligeaient à acheter une nouvelle « tablette » numérique en même temps, et puis c'était pratique, il en avait quand même besoin pour son travail.

« Ils » étaient partout, « ils » contrôlaient tout.

Il savait bien que les hommes, de surcroît des américains, n'étaient jamais allé sur la lune, que c'était Stanley Kubrick qui avait tourné un faux alunissage dans les studios de la « Warner » en mars 1969.

D'ailleurs il avait des preuves, à 12 secondes trois dixièmes d'une vidéo disponible sur « Youtube » on voyait bien l'amorce d'une perche micro dans le coin droit du casque de Neil Armstrong, et que le drapeau flotte ainsi comme si il y avait du vent, c'était quand même le signe caractéristique qu'il avait raison. De plus, il était bien connu que les « petits gris » avaient une base secrète sur la face cachée de la Lune, alors ils n'auraient jamais permis que l'homme aille vérifier sur place.

Il ne voyait pas de contradictions à regarder d'autres vidéos qui montraient les « OVNIs » (des points lumineux flous et lointains) que les astronautes avaient dit apercevoir lors des missions « Appolo » dont il affirmait à d'autres moments que celles-ci étaient des montages grossiers.

Ce jour là, le 21 décembre 2012, il était en grande discussion avec « veritas21 » sur un forum réservé aux initiés de ce que l'on cachait aux autres. « Veritas21 », certainement une femme, à cause de l'énervement qu'elle lui procurait en lui répondant, une frustrée, une lesbienne c'est sûr, prétendait que les Mayas avaient tort, que la fin du monde ce ne serait pas la disparition de la Terre mais simplement le jour ou les « Eloïms », le peuple qui avait ensemencé les hommes préhistoriques, viendraient nous rechercher pour partager leur science, lui, il pensait simplement que ce serait un nouveau départ, que l'humanité allait enfin ouvrir les yeux sur « les petits gris » et s'en débarrasser.

Par acquis de conscience certainement, il songeait en même temps à ses achats de Noël, sa sœur l'avait invité pour le 25 et il ne voulait quand même pas arriver les mains vides, ça ne se faisait pas. Il se sentait d'autant plus stressé que son chef de service l'avait forcé à terminer un rapport pénible sur un problème administratif auquel il ne comprenait rien.

Regardant sans la voir vraiment la file de personnes qui s'allongeait démesurément devant son guichet, il se dit qu'il en avait assez de son travail, assez des ces imbéciles qui venaient tout le temps le solliciter sur des questions vraiment tellement futiles alors qu'il avait d'autres réponses autrement plus graves et plus importantes. Un vieux monsieur très digne grommela quelque chose tout bas.

Il sortit de sa torpeur, admonesta le vieillard insolent pour la forme et l'après-midi continua à se dérouler tellement lentement, car il n'eut pas le temps d'aller jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil sur ses sites préférés. Il ne put aller donner une leçon aux vaniteux qui parlaient de livres qu'il n'avait jamais ouvert, de films qu'il n'avait pas le temps d'aller voir occupé qu'il était à dénoncer les puissants sur le Net.

Quand il sortit à 16h01, il ne remarqua pas tout d'abord les cris d'effroi des personnes autour de lui, il était perdu dans ses pensées, abattu, découragé. Il se dirigeait vers la pâtisserie pour aller chercher la bûche individuelle qu'il avait commandé le matin lorsqu'une femme le heurta de plein fouet. Elle était complètement paniquée. Elle avait les yeux hagards. C'est alors qu'il vit les lueurs étranges au-dessus des immeubles, qu'il entend le bruit du centre commercial tout proche qui s'écroulait.

Des météores, du moins il pensait que c'en était, tombaient en pluie sur la ville.

C'était bel et bien la fin du monde, et il restait incrédule.

Et lorsqu'un morceau de balcon lui tomba dessus, lui brisant définitivement la colonne vertébrale, il n'y croyait toujours pas. Il regretta dans l'autre monde sa dernière pensée qui fût pour la facture qu'il avait déjà réglée pour le foie gras qu'il avait réservé chez le charcutier pour le repas chez sa sœur. A la dernière seconde, il se sentit d'autant plus humilié que personne ne saurait jamais qu'il avait eu raison avant tout le monde...

L'ironie du sort...

illustration empruntée à ce site

ci-dessous une chanson guillerette pour la fin du monde (tirée de "Docteur Folamour")

18:14 Publié dans Art de vivre, Article, Cinéma, Politique, Sociologie | Lien permanent | | Tags : littérature, société, internet, fin du monde, 2012 | |  Facebook | |