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Pourrait-on tourner « Rabbi Jacob » aujourd'hui ?

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En débat sur Agoravox

 Mardi soir, j'ai regardé l'émission « un jour, un destin » sur France 2 consacrée à Louis de Funès, un comédien qui cumulait deux tares aux yeux des z-élites :

Il faisait rire et il était populaire.

cinéma, politique, rire, imbéciles, hypocrisieCe dédain de ce qui est drôle, de ce qui détend, de ce qui amuse, en France conduisant généralement les artistes comiques à vouloir jouer leur « Tchao Pantin » selon le modèle de Coluche qui rappelait souvent que jouer dans ce film lui était plus facile que faire rire son public au théâtre.

Pourtant, certaines des comédies réputées tellement futiles, voire « ringardes » comme le rappelait Michel Galabru au micro de Laurent Delahousse. Il rappela cette anecdote à propos du « Gendarme de Saint Tropez » qu'il avait entendu de la fenêtre de son hôtel producteur déclarer au réalisateur : « Tu me prends Louis de Funès, et je ne veux que des ringards autour ».

Exacte ou imaginée, cette anecdote révèle en tout cas la modestie de cet acteur.

La comédie, excepté quelques noms « ayant la carte », tellement méprisées par les critiques z-engagées, apportaient des éléments de réflexion afin de favoriser non pas des clivages totalement arbitraires et d'une stupidité sans pareil mais pour rapprocher les personnes et parfois, à travers les personnages de râleur veule avec les puissants, sans pitié avec les faibles que jouaient de Funès, faire prendre conscience aux spectateurs des petites carences, des petites lâchetés ou compromissions dont on peut faire preuve, en s'amusant, sans leçons de morale.

Danielle Thompson, rappelait dans l'émission sus-citée que la scène où Pivert découvre que son chauffeur est juif a été inspirée au réalisateur, et au comédien, qui a suggéré de la rajouter, par un épisode ayant réellement eu lieu dans la vie, quand de Funès découvrit que Gérard Oury était juif.

Car le comédien aimait les personnages tellement humains qu'il interprétait malgré leurs défauts.

Il répétait souvent à l'envi qu'il en trouvait les caractéristiques en lui-même, ayant les mêmes tendances aux mêmes défauts, comme tout un chacun, la différence étant que lui le reconnaissait de manière très honnête, reconnaissant par exemple qu'il partageait certains des préjugés de Victor Pivert dans « Rabbi Jacob » et créait quelque chose avec, qu'il partageait avec le public.

Mylène Demongeot, qui était une des invitées de l'émission, a eu une remarque très juste à propos d'un des films du comédien, on ne pourrait plus tourner aujourd'hui un film comme « les aventures de Rabbi Jacob », l'époque étant à la radicalisation des haines cuites et recuites et à la banalisation de la bêtise la plus crasse sous prétexte d'expression de toutes les opinions, qui ne se valent pas toutes, et ce que ce soit sur le Réseau ou ailleurs, les uns étalant de moins en moins discrètement leur haine des juifs, très mal camouflée en anti-sionisme, les autres faisant de même quant à leur détestation des musulmans.

Ce film est sorti déjà en 1973 à une période déjà très délicate puisque la guerre du Kippour venait tout juste de débuter.

Il a provoqué des réactions très violentes, comme le détournement d'un avion par une démente (l'épouse de Georges Cravenne ainsi que le rappelle l'article Wikipédia sur ce long-métrage) qui se justifiait par des propos totalement incohérents, tenant le film pour « anti-palestinien ».

Cet épisode dramatique aura une fin tragique puisqu'elle sera tuée de deux balles, fin dont Gérard Oury et Louis de Funès se sentiront responsables longtemps alors que leur « petite » comédie familiale et « grand public » avait surtout pour but d'aider à un rapprochement entre juifs et musulmans, comme le montre une des scènes du film ou Victor Pivert remarque que Slimane, le prénom de son compagnon d'infortune poursuivi par les « nervis » d'une dictature proche-orientale, et Salomon, celui de son chauffeur, ont la même origine, tous deux reconnaissant ensuite qu'ils sont des « cousins éloignés ».

Aujourd'hui, à ces comédies populaires qui étaient beaucoup plus fines qu'elles n'en avaient l'air, le public va en masse voir de grosses farces où le comble de l'audace pour les acteurs et réalisateurs consiste à montrer l'arrière-train des interprètes en gros plan si possible plusieurs fois, le tout agrémenté de pets et rots divers. Ou alors il lui préfère de grosses farces peu drôles, des sketchs poussant au clivage, fondés sur la moquerie souvent cruelle de l'autre, celui qui n'est pas de la même communauté, du même quartier...

Le film ne serait pas tourné par peur de « stigmatiser » la communauté juive ou la communauté musulmane, ou de provoquer des plaintes en justice des multiples associations communautaristes actuelles.

Tout cela montrant au passage la force subversive et transgressive intacte de la comédie auprès des imbéciles qui se prennent au sérieux, celle-ci fût-elle « familiale ». Ceux-là détestent le rire sans prétentions ni message qui ridiculise instantanément les haines.

illustration empruntée sur ce site

Ci-dessous la bande-annonce du film

Commentaires

  • J'ai moi-même regardé cette émission.
    J'approuve sans réserve votre article ci-dessus.

    jf.

  • Merci à vous

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