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Place des Victoires et ailleurs

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On se souvient du Paris d'avant aussi sur Agoravox

à propos de la sortie du livre « le Paris de Céline » de Patrick Buisson et Lorànt Deutsch

littérature, société, politique, photographie, ParisIl y a quelques semaines, je suis retourné place des Victoires à Paris, dans mon quartier d'enfance, qui était encore il y a une quarantaine d'années un quartier accessible financièrement pour un jeune couple avec un enfant, ce qui n'est plus du tout le cas maintenant, ou alors un jeune couple fortuné, fût-ce un couple « moderne » attendant avec impatience que passe la loi sur le « Mariage pour tous ».

Je croyais avoir tout oublié et rien ne me rappeler du tout, et puis, comme en un éclair, mes souvenirs sont tous revenus :

Les enseignes rouge et jaune des bus, avec une plate-forme sur la ligne qui passait dans ces rues, la couleur marron des réverbères, l'odeur de cuisine qui venait de « Chez Georges », un restaurant place Notre Dame des Victoires, les lumières de la galerie Vivienne, aujourd'hui « liftée » et « botoxée » comme il convient, mais sans beaucoup d'âme, les échoppes de bouquinistes que l'on y trouvait, le bruit caractéristique des hauts talons des dames sur le pavé, leurs parfums, les effluves de cuisson du pain des boulangers les petits matins.

J'y étais revenu lors d'une « virée tzigane » avec une jeune femme aux yeux gris profonds, dans lesquels beaucoup d'hommes avaient cru se perdre et ont cru se perdre après moi. Une « virée tzigane » consiste à se laisser aller à deux ou plus à l'ivresse de moments partagés précieux qui seront pris par les esprits empreints de gravité ou de moralisation hâtive pour de l'hédonisme insupportable alors que les « virées tziganes » ne sont qu'un moyen comme un autre d'éloigner la bêtise alentours, les mesquineries, la haine, la violence de manière infiniment plus saine que par l'étalage de quelques lieux communs, ceux-ci fussent-ils étalés en partant de bonnes intentions.

Nous avions quitté le soir venu le petit café rappelant ceux des enquêtes de Maigret qui existait encore face à la statue équestre de Louis XIV en allant vers le quartier des Halles, à la place dorénavant un fripier bourgeois mais « équitable » (c'est lui qui l'assure) y vend, entre autres babioles inutiles, des sacs à main « racés z-et contemporains » aux « executive women » « qui veulent rester élégantes, minces et féminines tout étant modernes z-et actives » (TM° pour le slogan, s'adresser à l'auteur pour les droits si besoin pour tout commerce).

littérature, société, politique, photographie, ParisElle qui aimait, qui aime, Paris autant que moi m'avait invité à nous appuyer sur le socle de la royale statue pour admirer une dernière fois pensions nous alors à juste titre ce qui restait de la vie populaire de ce quartier non loin du « Ventre de Paris ». Les villes qu'on aime restent vivantes aussi grâce aux rencontres que l'on y fait, aux amours que l'on y vit, ceux-ci fussent-ils éphémères ou malheureux.

Et lorsque l'on y revient il n'est pas rare que l'on y ressente le même désenchantement que le « Feu Follet » de Drieu la Rochelle place des Vosges.

Mais l'endroit ressemble maintenant davantage à une boîte vide, une belle boîte, élégante, avec un joli nœud posé dessus, agréable mais qui a perdu son âme, un musée en plein air, car on y trouve surtout maintenant des boutiques de mode et de prêt à porter de grand luxe et des cafés ripolinés dans le genre pittoresque, singeant le plus souvent très maladroitement l'atmosphère des photos de Robert Doisneau qui a fixé sur la pellicule un Paris déjà idéalisé, plus ou moins rêvé et disparu lors des prises de vue du célèbre photographe.

A ses chromos un peu mièvres on peut lui préférer le « Paris de Céline », sorti dernièrement, par un auteur qui n'est pas moins que le diable aux yeux des beaux esprits actuels, Patrick Buisson, avec un complice, Lorànt Deutsch qui n'est pas non plus en odeur de sainteté après son rappel de quelques faits qui contredisent la version idéalisée de certains épisodes historiques, sur les quartiers parisiens vus à travers les yeux d'un auteur qui sent lui aussi et considérablement le soufre.

Les descriptions que l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » en fait sont largement plus évocatrices de la réalité de ce qu'était Paris, des quartiers dits respectables aux quartiers où logeaient les classes dites « dangereuses ». Céline n'y montre certes pas les côtés reluisants de l'humanité et de sa nature assez déplorable, mais après tout ce n'est pas de sa faute.

littérature, société, politique, photographie, ParisIl n'y a plus malheureusement maintenant que des quartiers « respectables », y compris les quartiers « alibis » où se rassemblent les populations « issues de la diversité » (TM°) qui connaissent la même précarité que leurs ascendants « dangereux ». A noter que comme leurs ancêtres du XIXème siècle, les « bobos » qui peuplent les quartiers anciennement populaires, comme Montmartre, ont en horreur le fait que leurs bambins côtoient la progéniture des habitants des quartiers « alibis » (ainsi dans cette école de la « Goutte d'Or »).

Dedans on y sert du café « équitable » car le bourgeois-bohème se veut concerné par les problèmes du monde, enfin il veut surtout en donner l'impression par quelques gestes à la fois sans conséquences et un rien grotesque, des « cupcakes », ces horribles pâtisseries colorées façon criard anglo-saxonnes à la mode, sans goût, très sucrées mais tellement esthétiques dans un intérieur « vintage » (TM°). Je m'étonne cependant qu'un « Starbuck Coffee », établissement impersonnel proposant de la lavasse en guise d'« expresso » et de l' « easy-listening » pour permettre au cadre moderne mais stressé de se détendre entre deux rendez-vous ou à la secrétaire pressée de se prendre pour une émule de Bridget Jones ou Carrie Bradshaw (un des personnages de « Sex and the city »), n'y soit pas encore sorti de terre tel un champignon malsain.

photos de l'auteur

 

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