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Les catholiques méritent-ils la raillerie qu'ils subissent ?

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En débat sur Agoravox

Petite réflexion personnelle après les manifestations organisées hier samedi contre "le mariage pour tous".

Du fait que l'on ne risque pas grand-chose à railler les catholiques, la majorité des personnes en France ont l'air de le penser, car finalement ce n'est qu'une question de rapports de force :

politique, christianisme, foi, nostalgie, tièdes, catholicismeQuelques chapelets de « Pater » et d'« Ave Maria » récités devant une scène de théâtre, quelques œufs balancés, au pire, ceux-ci sont devenus un sujet de raillerie facile.

En effet, avec eux, aucun risque d'émeutes de fanatiques, d'attentats ou de violences, ils sont donc un défouloir tout trouvé, que l'on justifie le plus souvent par une histoire du catholicisme plus ou moins fantasmée, qui serait suffisante pour appuyer la loi du talion actuelle contre toute personne se référant à la spiritualité de l'Église.

Ce n'est pas qu'être catholique soit interdit, non, mais à condition que l'on ne s'exprime pas sur sa foi, ou sur la conception de la morale qui en découle, ce qui serait perçu comme imposer un mode de pensée aux autres, comme totalement arbitraire.

On se demande bien pourquoi : une personne non catholique, qui n'en a rien à faire, qu'est-ce que cela peut bien lui importer quant à sa vie sexuelle les recommandations du Pape ou des prêtres sur le préservatif ou l'avortement ? Rationnellement, rien.

Car au fond, le discours catholique touche encore, ne laisse pas indifférent.

Dans l'Évangile, il est pourtant exprimé tout à fait clairement que ce n'est pas une expression mièvre, mais qu'elle porte « le glaive » au cœur même parfois des familles, et ainsi que le dit Fabrice Hadjaj, philosophe catholique, dans de nombreux livres c'est de la TNT et non du sucre liquide ou une doctrine facile à appréhender, sur la base du plus petit commun dénominateur pour faire plaisir à tout le monde et ne créer aucun conflit...

Un bon catho est un catho « qui ferme sa gueule » et rit quand on se moque de lui, qui fait « ses dévotions » comme il l'entend quand il est à la messe mais qui une fois sorti doit se comporter comme tout le monde, et penser dans le même sens.

Ce n'est pas qu'il y ait une persécution sévère ou physiquement violente, mais ainsi que Thierry Bizot le raconte da ns « Catholique Anonyme », excellent ouvrage sur la question, c'est plus subtil, c'est un ostracisme très progressif, silencieux, un rejet feutré, poli, mais ferme, un dédain à peine masqué de celle ou celui qui témoigne de ses croyances pris pour un arriéré coincé, frustré, incapable de jouir des plaisirs de la vie.

Rappelons simplement à ce sujet que la jouissance de faire l'amour, de boire un bon vin avec ceux que l'on aime, de partager un excellent repas, est une autre forme de prière et de louange à Dieu, qui effraie il est vrai certains catholiques qui s'imaginent en purs esprits, ayant peur au fond et de leur humanité et de leur corps ou simplement de la Création somme toute.

Rappelons aussi que l'Evangile est une longue suite de repas, où l'on mange et où l'on boit sans que ne se pose la question de se sentir coupable de le faire. Et que la vie publique du Christ commence lors d'un problème dramatique durant une noce, quand sa mère lui enjoint de faire quelque chose car les mariés n'ont plus de vin à offrir.

Comme les « post » ou les « trans-humains », ces catholiques sont dans la haine de l'humanité fantasmée comme forcément mauvaise.

Cependant, il n'est pas tout à fait faux que les catholiques méritent parfois bel et bien la raillerie qu'ils subissent.

Il suffit d'aller dans de nombreuses paroisses. Il est alors assez simple d'y constater de nombreux travers, toujours les mêmes dont le plus grave est que celles-ci ne sont plus des communautés réelles, à l'exception de quelques uns qui considèrent la paroisse comme un conservatoire sociale, en quelque sorte, où ils ne se retrouvent qu'entre eux, à savoir entre professions, entre milieux sociaux, y compris dans celles qui jouent sur des cérémonies sur-affectives mais creuses qui ne débouchent sur rien de tangible dans la vie de tous les jours.

On attendrait vainement le moment où ces croyants feraient preuve enfin d'altérité réelle.

L'affectivité de ces rassemblements est très sympathique sur le moment, mais ce ne sont que des agitations sans intérêt si c'est juste pour partager un moment de défoulement avec d'autres, un moment pas si éloigné des « quarts d'heure de la haine » décrits dans « 1984 » de Georges Orwell, pendant lesquels les citoyens soumis au joug se laissent aller ce qui permet de mieux les asservir encore ensuite.

Ces cérémonies sur-affectives, que l'on trouve surtout dans les communautés « dites nouvelles » qui ne sont jamais très loin de dérives sectaires dangereuses ont leurs avantages pour les parents, c'est plus sain et moins dangereux qu'une « rave » pour se défouler, et on sait bien qu'une fois passée la crise mystique de sa progéniture elle reviendra sur les rails accomplir une « bonne » carrière, faire un « bon » mariage et s'assurer un statut social envié et enviable.

Beaucoup de ces communautés sont d'ailleurs devenues d'excellentes agences matrimoniales pour les familles dites « bourgeoises ».

Il n'y a cependant plus cette ferveur, ni cet élan spirituel, que l'on trouve dans des pays ou des régions du monde où les catholiques sont pourtant violemment persécutés et risquent parfois leur vie à assister simplement à la messe du Dimanche, que ce soit au Proche Orient, en Afrique ou en Asie, ainsi au Vietnam.

Dans la plupart de ces paroisses, on ne veut surtout pas se faire remarquer, on ne veut surtout pas dire ce que l'on croit vraiment, ce que l'on pense, en tant que catholique. Une fois le seuil de l'église franchie, la foi est effacée, niée, y compris dans l'accueil des plus pauvres ou la solidarité effective qui commence dans sa propre famille ou avec le voisin de palier.

La plupart des catholiques, à quelques exceptions, ne veulent pas choquer, ne veulent pas selon le terme hypocrite actuel « stigmatiser » d'autres populations, ne veulent pas dire ce qui ne va pas dans le monde, ce qui pourrait aider leurs prochains, par peur, dont celle de perdre des amis (ce qui peut les conduire à une véritable schizophrénie de convictions), par lâcheté, par conformisme et confort intellectuel.

Pourtant, que ce soit sur le plan individuel ou collectif, sur les questions de solidarité, de société, l'époque attend des catholiques beaucoup moins tièdes que ce qu'ils sont en ce moment, non des fanatiques ou des intégristes mais qui comprennent que la demie-mesure n'est pas compatible avec la Foi.

Peinture empruntée ici

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