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  • Ce qui reste encore du Bond et du monde ancien

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    Aussi sur Agoravox

    Comme l'on fait remarquer de nombreux auteurs de polars ou de Science-Fiction, ce que l'on appelle le « genre » a toujours eu plus de choses à dire sur l'époque. De nombreux longs métrages prétentieux tentent bien souvent de montrer comme leur auteur réfléchit intensément sur la société actuelle et combien il est pertinent, et puis ne surnage que le narcissisme du réalisateur et/ou de son scénariste convaincus que leur « message » doit absolument être transmis à toutes les âmes en perdition qui iraient voir le film.

    Image prise sur le site de "mauvais genres"

    Skyfall1.jpgBien souvent, pour être compris ils se sentent obligés de se chausser de lourds, très lourds sabots.

    « Skyfall » est le « James Bond » du cinquantenaire, comme « Casino Royale », ou « Quantum of solace » il se veut plus réaliste mais conserve les scènes de poursuite parfaitement improbables sans atteindre au délire complet du pré-générique de « Dangereusement vôtre », de la poursuite en camions de pompiers dans le même opus ou de celle qui est le « climax » de « Demain ne meurt jamais » dans laquelle Bond fuit devant le méchant sur un bout de tôle qui lui sert de surf des neiges pendant qu'un rayon laser détruit un hôtel de glace.

    Le dernier « James Bond » est d'abord pur objet de cinoche avec de multiples références cinéphiliques. Il surprend le spectateur qui appréciera un des slogans, « seulement au cinéma », ce n'est pas un de ces « blockbuster » qui crée le « buzz » sur Internet en se servant de l'autisme informatique des dizaines de millions d'autistes technologiques que deviennent les jeunes et moins jeunes représentants de nos sociétés dites développées.

    Soulignons que par cinoche j'entends ce genre de films, parfois réputés mineurs, qui vous emportent vraiment, vous laissent encore rêveurs, qui divertit et donne du travail au cerveau, qui permet de retrouver un peu de la naïveté et l'insouciance du spectateur de films des années 70 par exemple, quand les enfants se perdaient devant les affiches géantes et les photogrammes derrière les vitrines des cinémas qui étaient encore « de quartier », des lieux de vie et non des superpositions d'individualités broutant du « pop corn » devant une niaiserie conçue pour endormir un peu plus leur cortex, ce que n'est pas « Skyfall » qui sur le plan strictement formel est également superbe.

    Il y a donc un peu de « la Dame de Shanghai », le combat dans les miroirs en haut d'un gratte-ciel, « Shining », sur les routes d’Écosse avec un zeste du « Xanadu » de « Citizen Kane », les films de la série avec Sean Connery et Roger Moore.

    Il parle du monde ancien dont Bond est une relique et un symbole, tout comme son Aston-Martin, ses costumes, son goût pour les alcools forts et les femmes voluptueuses, toutes choses disparaissant progressivement.

    Tout est codifié y compris le divertissement.

    Ce n'est pas le seul personnage dans ce cas, il se retrouve avec les deux autres à la fin du film dans le tout petit refuge qu'est la maison de ses parents, avec « M » et Kincade, le garde-chasse du domaine, joué par Albert Finney légende du cinéma britannique), l'un des deux ne pouvant que mourir à la fin, ils sont encerclés par le néant, la haine, la rancune et le ressentiment des malfaisants qui ont hâte d’annihiler définitivement ce qui reste de l'ancien monde qu'ils haïssent.

    En passant, il est question des mensonges modernes sur la pseudo-transparence, ou plutôt le délire de transparence contemporain, qui impliquerait qu'il n'y ait plus de secrets, plus de conflits, alors que ainsi que le dit un personnage dans « Skyfall », il n'y a jamais eu autant d'ombres, autant d'avidités pour le pouvoir ou l'argent, et en allant jusqu'au bout de cette réplique sur les ombres, disons même que la plupart des êtres humains contemporains se perdent tels autant d'ombres dans les « non-lieux » inhumains qui font ressembler les grandes métropoles à la cité tentaculaire de « Blade Runner », Sam Mendès le réalisateur filmant d'ailleurs Shanghai de la même manière que Ridley Scott dans son chef d’œuvre de SF.

    Les uns comme les autres sont toujours perdus dans leurs anciens modèles de pensée, se jetant leurs préjugés au visage, les mêmes figures de rhétorique, d'un bord ou de l'autre, et refusant l'évidence d'un monde qui s'écroule progressivement au nom du prétendu progrès qui n'implique finalement que plus de servitude et d'allégeance à des gadgets, qui n'osent plus se révolter par peur de perdre ce qu'on leur laisse encore un peu de confort matériel, ce qui n'est rien moins qu'une laisse, de plus en plus courte. Bond est de ces « cœurs héroïques » évoqués par « M » qui cite Tennyson lors de son « audit » par des technocrates, avant que le super-scélérat du film vienne mettre tout le monde d'accord en massacrant aveuglément.

  • S'abandonner à devenir soi-même

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    S'abandonnera-t-on aussi sur Agoravox ?

     Petit texte partant de la lecture du « Petit Traité de l'abandon » d'Alexandre Jollien

    Ce petit traité, comme tous les livres d'Alexandre Jollien, montre combien la philosophie, la réflexion sur le monde qui nous entoure, la vie spirituelle est indispensable pour chaque personne, et que celle-ci doit avoir des bases solides et non se contenter de peu, pour pouvoir « danser joyeusement dans la ronde de l'existence » ainsi que nous y invite le jeune philosophe dont le handicap est la seule chose qui intéresse superficiellement les médias chez lui, qui les surprend. Comment ? Cette personne estropiée ? Qui peut à peine se mouvoir ? Elle a surmonté les obstacles sans se lamenter, sans haine ? Sans rancune ? Toutes choses que les beaux esprits n'arrivent sans doute pas à comprendre.

    image prise ici

    littérature, société, philosophie, politiqueDans l'émission de Busnel vous n'aurez pas été sans remarquer que comme d'habitude le handicap d'Alexandre effraie visiblement au départ les belles consciences « au moule » puis la force de son propos finit par les atteindre quand même, tous ces beaux esprits mondains tellement raffinés, et amoraux.

    Je trouvais cela assez ironique et rafraichissant.

    Parler de ce livre implique des résonances personnelles pour chacun d'où le texte ci-dessous où je prend le parti d'utiliser la troisième personne pour créer du recul.

    Depuis qu'il était jeune, quand il aimait bien quelqu'un ou qu'il tombait amoureux, et que l'objet de son affection se conduisait de manière décevante, il lui cherchait très longtemps des circonstances atténuantes, gardait l'espoir de se tromper le plus longtemps possible, ne voulait pas être déçu même si bien souvent il fallait bien qu'il finisse par se résoudre à l'évidence, laisser toutes ses chances de mieux faire aux autres n'amenait de leur part que du mépris et le fait qu'il le prenait pour un faible, un type trop gentil qui se laissait faire sans discuter.

    Pourtant, dés le début, il sentait les petits défauts, les manques et les faiblesses de ceux qui l'entouraient, mais il ne voulait pas les voir, refusait de croire que cela pût être un butoir pour une amitié ou un amour.

    Il finissait à chaque fois par souffrir de cet aveuglement car ces défauts finissent par ressortir.

    C'était pour lui un peu comme ces personnes qui ont une ouïe trop fine pour supporter le brouhaha de la foule, tous les bruits d'une époque qui, il est vrai, déteste le silence car elle a horreur du vide qui lui rappelle sa propre vacuité.

    L'époque hait la contemplation toute simple d'un paysage, d'un tableau, la lecture solitaire d'un livre, ce qui incite le lecteur à se libérer de tout ce qui l'entrave, d'apprécier un moment de convivialité tout simple entre amis, ou avec la personne que l'on aime, sans qu'il n'y ait besoin de paroles pour insister lourdement.

    Maintenant tout cela doit être apprécié quantitativement, l'amitié se comptant en nombre d'amis « fèce-bouc » (TM°), la beauté se mesurant en « like », en « j'aime », « j'aime pas » et quant à la lecture, ce n'est pas d'avoir lu réellement le livre dont on parle qui est important, mais l'image que l'ouvrage donne de soi aux autres sur les réseaux dits sociaux qui sont autant d'étouffoirs pour la liberté individuelle et l'intimité, celle-ci devenant tout à fait illusoire pour les plus jeunes générations, tout comme celles-ci acceptent sans broncher une soumission abjecte aux diktats de la société moderne qui est pour eux normale.

    Et quant aux instants de convivialité, plutôt que d'en goûter la substantifique moelle en prenant son temps, il convient de les évaluer immédiatement sur son blogue (TM°), son « smartphone » (TM°) ou son « Ipad » (TM°), en prenant en photos chaque plat avant même de songer à le déguster, de livrer à l'adulation ou à la vindicte publique le restaurant où l'on se trouve sur des critères arbitraires.

    Quand on parcourt ces sites personnels ou forums réputés gastronomiques, on s'aperçoit bien vite que ce que notre époque apprécie le plus dans la cuisine actuellement, c'est avant tout la présentation des plats, leur prétention, le fait qu'ils mettent en valeur socialement celui qui les commandent, et non leur saveur ou leurs qualités gustatives, d'où ces différents snobismes :

    Du trait d'huile ou de vinaigre balsamique, ces virgules ridicules sur un plat qui ne demande aucune ponctuation aux mélanges croquant, moelleux, en passant par les assiettes carrées, les verrines, ou les cuillères de « fooding » etc...

    Il avait vite compris que les femmes dont il tombait amoureux ne supportaient pas qu'ils les aimât pour elle-même, elles auraient désiré la plupart du temps qu'il ressente cela pour le reflet flatteur qu'elles s'imaginaient renvoyer aux autres alors que bien souvent leur vraie nature se percevait malgré tout derrière le costume ou la panoplie qu'elles arboraient :

    Ainsi bien souvent la jeune fille sage s'avérait rêver de se conduire en courtisane, et la « séductrice » était au fond une petite bourgeoise « popote », la fille « libérée » n'aimait que les « machos » et celle qui paraissait n'avoir que des rêves de ménage bourgeois se conduisait en « fille de peu » ainsi que l'on disait avant.

    Il s'était construit, au fur et à mesure, pour se protéger et ne plus souffrir, une carapace de causticité et de léger cynisme, carapace qu'il finissait toujours par ôter avec ceux qu'il aimait, pour hélas de temps à autres devoir la remettre plus tard.

    Celle-ci se transformait petit à petit en une cuirasse de plus en plus impénétrable aux autres.

    Mais à chaque fois, il lui fallait comprendre cette évidence, ce qu'il sentait de blocages et de carences affectives chez les autres dés le commencement se révélait exact. Il en avait conçu un profond dégoût de l'humanité et de lui-même car il ne s'excluait pas une seconde de ces travers ou ne posait à l'homme parfait.

    Quand il évoquait tout cela, il était trainé plus bas que terre, montré comme un type blessé, méchant, arrogant, caustique et acerbe, car la plupart des êtres humains n'aiment pas qu'on leur rappelle la vérité de leur faiblesse somme tout naturelle. Ils se construisent un personnage, se satisfont de compromis que l'on ne devrait jamais accepter et finissent à la fin par abandonner, inconsciemment ou pas, volontairement ou non, toute forme d'humanité réelle.

    Ils se protègent en ostracisant ceux qui leur rappellent qu'ils sont souvent pitoyables, ou qui les force à voir leur vérité intérieure, et procèdent à cet ostracisme par la pire violence verbale, généralement exprimée en groupe, car à l'hypocrisie morale ils additionnent toujours la pire des lâchetés, reprenant de vieilles habitudes d'épistolier « modeste » (anonyme) sous couvert de bonnes intentions, ce genre d'épistolier ne voulant que le bien de la personne qu'il dénonce à l'entendre.

    Pour cacher ces deux défauts et leur ignominie, toute personne parlant de crise morale ou de crise de sens est immédiatement assimilé à la réaction conservatrice ou pire encore, ce qui permet d'éviter tout débat, toute réflexion, toute critique de la dégénérescence sociale.

    Le cynisme qu'il exprimait et montrait quant au monde devenait sa seconde nature, il ne s'apercevait même plus qu'il humiliait, sans même le vouloir, de nombreuses personnes, qui se sentaient ridiculisées car révélées à elles-mêmes et non à un reflet illusoire.

    Celles-ci, qui étaient nombreuses, en concevaient une rancune tenace et des désirs de vengeance car on en veut toujours à celui qui vous montre tel que vous êtes. Il est plus simple d'en concevoir de la rancœur ou du ressentiment que d'essayer de se libérer de ses pesanteurs, de s'abandonner à être enfin soi-même, et de s'accepter tel que l'on est.

    Mais beaucoup ne sont pas prêts à abandonner leurs haines et leur ressentiment qui leur est plu confortable et plus douillet...

    Ci-dessous l'émission "la Grande Librairie" avec Alexandre Jollien

  • Ce qu'il faut dire ou pas sur la Révolution Française - à propos de la reconnaissance tardive de Reynald Sécher

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    En débat sur Agoravox

    « Terminons en rappelant que la Bastille était quasiment vide lorsqu'une

    brassée d'excités la prit vaillamment d'assaut un jour d'été 1789.

    C'était la révolution des bourgeois.

    Ils sont toujours au pouvoir. »

    Pierre Desproges à l'article « Bastille » dans « le dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis »
    « … Les vraies révolutions sont lentes et elles ne sont jamais sanglantes. Le sang c’est toujours pour payer la hâte de quelques hommes… Pressés de jouer leur petit rôle. »

    Dans "Pauvre Bitos" de Jean Anouilh

    couverture du livre prise sur ce site

    Histoire, politique, société, vendée, religions, christianismeReynald Sécher, historien qui a travaillé sur les Guerres de Vendée, a reçu le quatorzième prix Combourg le 6 octobre 2012, prix qui distingue un écrivain qui honore la mémoire de François-René de Chateaubriand. Il a également reçu le prix des nouveaux droits de l'homme des mains de Pierre Bercis le 17 octobre.

    Son œuvre sur la question des « vendéens », qui va à contre-courant total de l'histoire de la Révolution, lui a valu un ostracisme sévère des institutions, des historiens plus dogmatiques et des commentateurs orthodoxes pour quoi la Révolution Française reste dans son ensemble un événement indépassable de l'histoire de l'Humanité ce qui en excuserait les dérives parfois sanglantes.

    Rappelons que la Révolution fût essentiellement une révolution bourgeoise, la prise de pouvoir d'une classe sociale montante depuis le « colbertisme », enrichie pour une bonne part par la « Traite » négrière pour ceux qui acquièrent tout au long du XVIIIème siècle des prétentions au gouvernement.

    Les « loges » maçonniques, les clubs de réflexion les plus influents, les officines politiques répandant les idées des « Lumières » étaient d'ailleurs à Bordeaux et Nantes, places principales de ce commerce honteux dont les dividendes financeront également les premiers pas du capitalisme en France.

    C'est Fernand Braudel, historien plutôt marxisant, qui souligne ces fait dans plusieurs de ses ouvrages, particulièrement dans « Civilisation, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle. 2. Les jeux de l'échange » et « Identité de la France ».

    Il rappelle aussi que les premières mesures prises par les révolutionnaires furent la « Loi Le Chapelier », contre les corporations, mais aussi et surtout contre toute association ouvrière (loi qui ne fut abrogée complètement qu'en 1884 par la loi Waldeck-Rousseau, et les édits dits « de clôture », d'ailleurs, il faut le reconnaître, déjà débutés en 1770 par la Monarchie déclinante. Ces destructions des droits des petits paysans, qui se retrouvaient démunis par ces actes qui les appauvrissaient, furent à l'origine de l'exode rural vers les villes et de l'avènement d'un « lumpenprolétariat » exploité dans les usines et fabriques des nouveaux dirigeants.

    Paul Lafargue, historien marxiste, ne dit pas autre chose à ce lien.

    Beaucoup ne se satisfont pas de la reconnaissance tardive de monsieur Sécher, ne supportant pas que l'on remette en cause, même sur des faits précis et avérés les bienfaits révolutionnaires, certains sont plus subtils que d'autres.

    A lire les articles sur le sujet, on en vient à penser à la formule de Desproges évoquant ces penseurs qui font subir aux diptères communs des choses que la morale réprouve, jouant sur les mots par exemple en affirmant que le massacre des vendéens, après la « Vendée Militaire », qui dure en elle-même peu de temps, cinq mois en 1793, ensuite celle-ci est plus une guérilla, une guerre d'escarmouches menée principalement par Charrette après la désastreuse « Virée de Galerne » à laquelle il faut ajouter le comportement tout aussi désastreux des « émigrés » avec qui les « brigands », selon le terme officiel de l'époque, essayèrent de s'entendre .

    Les « Guerres de Vendée », longtemps confondues avec la Chouannerie, débutent par une insurrection concrètement populaire, Cathelineau et Stofflet les deux premiers chefs militaires de l'armée catholique et royale étant également issus du peuple et ne faisant que suivre après tout les articles divers des déclarations des Droits de l'Homme de 1793, particulièrement l'article 35 de la déclaration du 24 juin 1793 :

    « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

    Les vendéens se sont sentis bafoués dans leurs droits, essentiellement suite aux levées « en masse » de soldats, qui touchaient surtout les moins favorisés, ou de la « Constitution civile du clergé », ils n'ont fait qu'exercer ce droit sacré

    La décision de massacrer les vendéens qui se sont soulevés, en particulier par les « colonnes infernales » ou les noyades en masse de Carrier à Nantes, ou le massacre des Lucs-sur-Boulogne, (il y eut également des tanneries de peau humaine et des fours crématoires avant l'heure à Angers), est une décision murie et prise en pleine connaissance de cause par un état afin d'exterminer toute une population, suivant les conclusions du rapport de Barrère à la Convention, n'est pas à proprement parler un « génocide », mais plus exactement un « populicide » selon le terme employé par Gracchus Babeuf qui n'était pas exactement un auteur réactionnaire.

    En effet, plutôt que génocide, on aurait pu également tout aussi bien parler d'une « épuration ethnique ».

    Est-ce que les Guerres de Vendée remettent en question toutes les décisions et évènements de la Révolution ?

    Jacques Bainville (son point de vue à écouter à ce lien), historien pourtant d'« Action Française » le souligne lui-même :

    la Nation française a terminé de se construire pleinement suivant le processus commencé sous la Monarchie pendant la période révolutionnaire, entre autres à Valmy, bataille pendant laquelle un anonyme aurait crié « Vive la Nation ! » ce qui aurait galvanisé les troupes presque instantanément, et événement symbolique fort.

    Il rajoute également que la réforme de la justice d'Ancien Régime, sa rationalisation, qui sera parachevée par la naissance du Code Civil napoléonien, était de toutes façons inéluctable, indispensable, tout comme une organisation modernisée de l'État ou encore la réforme de l'Impôt égal devant laquelle les rois ont reculé, ce qui fût peut-être leur erreur et ce qui amena certainement la Révolution.

    Quand on essaie de repérer ceux qui se sont le plus opposés à un impôt plus équitable pour tous étaient les parlements des grandes villes des « provinces » du Royaume.

    Il est ironique de noter que la réforme de l'impôt proposé par Marchault d'Arnouville, et qui souleva un tollé, portait seulement sur l'imposition d'un vingtième des revenus, ce qui pour nous français contemporains qui sommes imposés d'un peu plus paraît maintenant anodin.

    Les souffrances subies par les vendéens ne peuvent être évacuées d'un revers de la main méprisant ou considérées comme des déviations finalement inévitables, elles montrent simplement ce qui arrive quand les porteurs d'idéaux, de belles idées, oublient que ce qui prime ce n'est pas leur idéologie, si généreuse soit-elle, mais l'humain.

  • Roger Nimier ou la mélancolie

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    On parle de Nimier également sur Agoravox

     article en lien avec la commémoration de la mort de Roger Nimier il y a cinquante ans...

    photo ci-dessous prise ici

    nimier1.jpgJ'ai découvert Roger Nimier à quinze ans dans « le Hussard Bleu », pendant les vacances, en rentrant de la plage. La mer était de la couleur des yeux des femmes fatales (exemple en photo ci-contre) dont on tombe amoureux, qui ont toutes les yeux mauves c'est bien connu, et pour lesquelles on souffre, délicieusement, ainsi que l'évoque Sanders dans le livre.

    J'étais innocent comme le petit Sainte-Anne à l'uniforme trop grand pour lui, petit garçon dans des habits d'homme.

    Ma mère, comme toutes les mères, en feuilletant le livre que je lui montrais dans la voiture tomba immédiatement sur le seul et unique passage « qui n'était pas de mon âge », que je ne compris d'ailleurs pas sur le moment, passage qui fait écho à une scène de « Les Épées » dans laquelle il est question d'une photo de Marlène Dietrich.

    Mais j'eus le droit de lire quand même Nimier, les écrivains « mal vus » étant dans ma famille considérés comme aussi intéressants à lire que les autres car encourageant à l'indocilité quant aux instincts pitoyables des masses modernes caractérisées par leur servilité sous le masque du progressisme et leur avidité envers les gadgets que le système leur enjoint de posséder..

    En tournant les pages du roman, je me laissais griser par l'angoisse joyeuse de l'auteur, le désespoir tranquille de Sanders face au monde et aux instincts grégaires de la foule, cynique pour ceux qui pensent étroitement la littérature, Sanders étant simplement lucide, lucidité étant mal perçue, ou vue comme une absence d'idéaux ainsi que le signale une note de bas de page de l'édition en Livre de Poche du début de l'histoire du personnage, « Les Épées », alors que Sanders parcourt les rues de Paris libéré en doutant des « lendemains qui chantent » promis par les combattants autour de lui, parfois de la « vingt-cinquième heure ».

    J'ai immédiatement aimé l'apparente légèreté du roman, son écriture turbulente et irrévérencieuse loin des fadaises expérimentales beaucoup plus creuses qui débutaient à la même époque, ces livres « grisâtres » ainsi que les nomme Kléber Haedens, autre auteur réputé « infréquentable » comme Nimier à cause de ses goûts politiques, dans son formidable ouvrage « histoire de la littérature française » qui ne plairait que moyennement à un lecteur de, disons, Marie Darrieusecq.

    nimier3.jpg

    photo de la couverture du roman "le Hussard bleu" prise ici

    Ce livre moque les grandes personnes qui se battent pour des causes qui les dépassent, parle de la fin de ce qui était encore une civilisation française qui n'en finit pas d'agoniser dans ce qu'elle a de plus vivifiant, en particulier la capacité de ne pas prendre au sérieux n'importe quel sauveur du monde qui passe, de fronder, d'être libre, de ne surtout pas se laisser faire par l'amertume ambiante et les désirs mortifères de ceux qui rêvent de l'Apocalypse, d'une fin du monde qui satisfasse toutes leurs haines, qui accomplissent celles-ci.

    Souhaitons que cela n'arrive jamais quoique l'on puisse avoir des doutes en tenant compte de la nature humaine.

    Ce livre montre que la seule réponse à la barbarie qui revient régulièrement hanter les esprits des hommes pourtant appelés, à tort, « sapiens » qui foulent la glaise de cette planète, c'est de vivre le plus intensément chaque seconde qui passe quitte à passer aux yeux des gens sérieux pour un hédoniste petit-bourgeois insouciant, alors qu'au fond le goût de la futilité ou de ce qui est réputé tel est un autre ascétisme qui incite à l'abandon, un abandon qui n'est pas un renoncement mais le désir de vie « toutes voiles dehors ».

    Ce livre, « le Hussard bleu » a été un des premiers de ma vie d'adulte, cet âge commençant quand l'adolescent comprend que les grandes personnes, comme celle qu'il devient, sont généralement pitoyables dans leurs élans et leurs appétits parfois étriqués ou égoïstes des « soleils trompeurs » du monde selon l'expression de Bernanos.

    Dans ce livre, j'ai aussi compris combien malgré tout, un auteur comme Nimier, aussi désabusé paraît-il superficiellement, aime malgré tout ses pauvres frères humains en comprenant la tendresse avec laquelle il fait le portrait de personnages secondaires comme le capitaine de hussards efféminé de Sanders et Sainte-Anne, qu'être critique ou caustique sur l'humanité ne signifie pas pour autant que l'on déteste celle-ci, c'est même parfois tout le contraire.

    L'auteur a le goût du romanesque au sens classique, sens qui est également et paradoxalement moderne, bien plus que les pensums d'auteurs qui sont autant de Trissotins contemporains, et dont les tentatives d'écriture consistent surtout à parler narcissiquement surtout d'eux-mêmes le plus platement possible.

    Ce goût du romanesque le poussera à écrire « D'Artagnan amoureux », une suite des romans d'Alexandre Dumas, ces histoires tellement françaises où les personnages même au plus fort des ennuis n'oublient pas pour autant que la vie est douce, tel Athos enfermé dans la cave d'un aubergiste félon avec son valet, se battant contre des dizaines de gardes du Cardinal tout en vidant les bouteilles de vin du malandrin et en dévorant ses jambons.

    « D'Artagnan amoureux » est marqué par la mélancolie de Roger Nimier déjà présente dans « le Hussard bleu », face à un monde qui peut être tellement décevant et une modernité inhumaine, sentiment qu'il partageait avec la plupart des « Hussards » cette fausse école littéraire désignant finalement des auteurs qui avaient encore le sens de la dérision et du recul sur l'époque en général et la littérature en particulier loin des engagements pompeux et grandiloquents, de cette pseudo-gravité qui est « le bonheur des imbéciles ».

    Dernièrement, j'ai relu « Quat' Saisons » d'Antoine Blondin où celui-ci raconte le voyage à Londres qu'ils firent tous deux à l'occasion d'un match de rugby.

    photo ci-dessous prise ici

    nimier2.jpgSa devise aurait pu être celle de Yourcenar : « Je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, je mourrai comme ils meurent ». Les deux compères firent dans la capitale britannique une « virée tzigane » d'anthologie et virent finalement la rencontre sportive à la télévision dans l'arrière-salle d'un « pub » anglais proche du stade.

    Et Roger Nimier, rétif au départ, malgré tout, malgré sa mélancolie qui ne le quitte pas, son mépris de ce qui lui semble vulgaire, se laissa aller à tout simplement partager la joie d'être ensemble avec les « supporters » français, de fraterniser avec les anglais après les avoir copieusement raillés, toutes choses faisant partie de ce monde en train de disparaître, toutes choses dont il avait une profonde nostalgie.

    Quelques temps plus tard, il se tuait au volant de son bolide. Et Antoine Blondin qui était déjà inconsolable de la mort de son père le n'en fut que plus mélancolique lui aussi, sous la carapace d'un faux dilettantisme, qui est aussi une des politesses du désespoir.

  • Simenon chercheur d'humanité

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    Simenon, à l’époque des écrivains du « Moi », qui mettent quasiment systématiquement en avant la projection de leurs fantasmes et de leur personne, détonne.

    Il détonnait déjà à son époque, romancier populaire, prolifique, et pourtant auteur à part entière, grand connaisseur de l’humanité, sans moraline, ni moralisation dedans,dans un sens ou dans l’autre, au profit d’une idéologie ou d’une autre.

    Il est né à Liège en Belgique le 12 février 1903 et mort à Lausanne (Suisse) le 4 septembre 1989 après une vie presque entière consacrée à l’écriture, un grand nombre de maîtresses et d’amantes et plusieurs drames intimes.

    Simenon est un conteur à l’ancienne

    simenon.jpgSimenon a appris son métier d’écrivain sur le tas, écrire pour lui était réellement un enjeu existentiel pour survivre, produire de nombreux romans, parfois, du moins au début très mal écrits, sous différents pseudonymes, simplement pour manger, dont un grand nombre de romans sentimentaux. Il ne s’agit pas pour lui de raconter ses tribulations égocentriques ou de se livrer à une psychanalyse camouflée sous prétexte d’auto-fiction ou d’écriture. Il s’agit d’écrire, de s’intéresser à des personnages avec empathie, et un style que certains qualifient rapidement de sec alors qu’il est surtout dépouillé.

    De son vivant, Georges Simenon pouvait passer pour un “petit maître”, un auteur de romans de gare écrits à toute vitesse. Sa plume naturaliste, son goût de la psychologie tranchaient sur la pompe des auteurs importants, sur le sérieux des aînés, Giraudoux, Mauriac ou Montherlant, comme sur l’engagement politique de ses contemporains comme il tranche avec les écrivains actuels qui expose surtout leur « moi » dans leurs livres.

    Drieu et Malraux, Aragon et les existentialistes voulaient changer le monde.  Simenon raconte des histoires, c’est tout, en somme si on l’écoutait, c’est un conteur « à l’ancienne » loin des théories littéraires globalisante comme le « nouveau roman », dont des pages parmi les plus connues consiste à décrire le papier peint d’une chambre vu à travers le trou de la serrure.

    Le nouveau roman promettait des avancées artistiques radicales. En fait d’avancées, la littérature est devenue un peu plus tournée sur son nombril. C’est un reproche que l’on a toujours fait aux écrivains, d’être narcissiques, mais ils le sont effectivement plus maintenant qu’ils ne l’ont été, et surtout ils ont moins de talent pour parler de leur personne.

    Difficile de considérer avec le même regard pour les critiques dits sérieux un auteur de romans policiers regardant son époque “par le trou de la serrure”, un mauvais garçon trop cynique pour être honnête, racontant surtout les errements criminels d’employés de troisième classe et de gens honnêtes.

    Difficile d’associer à l’idée de progrès parmi les gens de goût, c’est eux qui le disent, se proclamant sans que l’on ne leur ait rien demandé leur avis, celui qui affichait son amitié avec de nombreux infréquentables, et qui préférait la compagnie des catins aux belles dames des salons où l’on cause.

     

    Simenon donne le goût de Paris

    Georges Simenon a très bien parlé de Paris sans y mettre jamais les pieds pendant plusieurs années.

    On trouve dans « Cécile est morte » une des plus belles descriptions de ce que donne l’atmosphère parisienne :

    « Il passait devant un petit bistro.

    La porte s’ouvrit, car c’était la première fois de la saison que la fraîcheur de l’air obligeait à fermer la porte des cafés.

    Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l’aube parisienne : l’odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d’étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

    Le Paris de Simenon n’est pas celui de Doisneau.

    Au cinéma, ce serait presque pittoresque, dans les films de « poésie du quotidien », mais seulement au cinéma.

    Les gamins qui rigolent avec les boutanches de « trois étoiles », ils rigolent pour le photographe, ils ne rigolaient pas toujours, ils arrêtaient l’école vite souvent, pour aller au turbin comme les grands, ils passaient les vacances dans les squares en rêvant de plages et d’océans, les amoureux qui se roulent une galoche devant l’appareil de Doisneau ne l’étaient même pas, amoureux.

    Le Paris des enquêtes de son commissaire, dans les romans de Simenon, est plus réel que d’autres Paris littéraires ou cinématographiques, pas de clichés pour touristes, pas de plans ou d’images frelatées comme dans de nombreux chromos ayant la capitale française comme décor.

    La musique à l’accordéon et au piano qui accompagne ceux-ci, peut en plus rappeler de mauvais souvenirs, des souvenirs de misère qui n’avaient rien de pittoresques. Les immeubles sentaient plus le chou cramé, le « Guerlain » du couple chic du deuxième mêlé aux effluves de sueur du vieux garçon en face de chez eux que des parfums de rose.

    On entendait plus les enfants pleurer, les couples se crier dessus, que la musique guillerette de, par exemple, « Irma la douce », vision rêvée et colorée mais sans substance réelle, de la pute et du maquereau.

    Les vieux s’ennuyaient derrière les rideaux en espionnant leur voisinage, les concierges cancanaient, les bureaucrates trompaient leur ennui..

    Le Paris de Simenon, c’est le versant noir du vrai Paris, du Paris populaire, celui aussi de Céline et Bardamu, celui de Tardi, c’est aussi un Paris plus humain malgré tout plus humain ou de la grisaille du paysage peut naître une certaine poésie, une nostalgie.

    Il suffisait aussi d’aller, à l’époque des enquêtes de Maigret, prendre un verre de rouge, ou un café, dans un bistro tôt le matin. On pouvait y croiser les putes fatiguées, les travestis de la chanson de Dutronc, les fonctionnaires, les ouvriers, les balayeurs africains loin de leur pays ensemble au moins quelque part.

    Hélas, on peut regretter que cette mixité sociale tant vantée de nos jours ait maintenant finalement complètement ou presque disparue.

     

    Maigret explorateur d’humanité

    Simenon est aussi et surtout le créateur du commissaire le plus célèbre de la littérature policière francophone, Maigret, dont la silhouette, chapeau melon compris, évoque les personnages en melon de Magritte, en plus arrondi cependant.

    Bien que la crédibilité ne soit pas respectée entièrement dans les romans de Simenon, en effet, Maigret ne serait jamais sorti de son bureau dans la réalité et de plus ses méthodes ressemblent plus à celles d’un « privé » que d’un fonctionnaire de police, il convient de lire le récit de ses enquêtes pour effectuer grâce à lui, une plongée dans les tréfonds, les moins respectables et les autres, de l’être humain en général à la bourgeoisie, petite, moyenne et grande, en particulier, ses secrets sales mal cachés, sa bêtise, son intolérance mais pas seulement, avec Maigret, Simenon explore tout l’humain..

    Maigret n’est pas un flic comme les autres, il lui arrive de laisser partir les coupables, de leur laisser une chance aussi. De fait, il rejoint les classiques par sa description des passions et des futilités humaines ainsi qu’André Gide qui le comparait à Balzac a pu le constater en affirmant en 1937, que Georges Simenon « un grand romancier, le plus grand sans doute et le plus vraiment romancier que nous ayons en France aujourd’hui ».

    Maigret, c’est Simenon comme on le comprend en lisant ce qu’il dit de sa recherche de l’humain chez l’autre :

    « Je voulais toujours découvrir autre chose, toujours partir, par curiosité. » se confie-t-il dans ses « Mémoires Intimes ».

    Il ne faut pas avoir peur pour cette raison de Simenon et de la noirceur de la vision du monde qu’il propose.

     

    La complexité des sentiments dans les romans de Simenon

    Il en dit plus que beaucoup de doctes ouvrages de sociologie ou d’histoire.

    Il est également très juste quand il décrit la petite bourgeoisie sans trop de cervelle, égoïste, égocentrique et qui a le souci constant du paraître et du convenable, de ne pas déparer à leur milieu, de ne pas avoir plus d’ambitions intellectuelles ou spirituelles que les autres.

    De la religion, comme des prétextes idéologiques que ce milieu affiche, il retient surtout la morale, on oublie généralement l’éthique  : quelques privilégiés profitant d’avantages auxquels les autres n’auront jamais accès, même fugacement. Tant pis si ce convenable n’est qu’une apparence, un paravent, l’essentiel est de garder la considération de ses voisins et de profiter de son magot.

    Dans les enquêtes de Maigret, la victime d’un crime est souvent un personnage qui en a eu assez de ces faux-semblants, de ces on-dits multiples, de cette hypocrisie, et qui paye ses velléités d’indépendance par sa mort violente, ou sa déchéance.

    Les filles qui font le trottoir, les putains, les ouvriers, les mythomanes minables sont parfois d’ailleurs tout autant marqués par les mêmes faiblesses et l’envie d’atteindre à la même félicité douillette d’un intérieur feutré que les familles cossues qu’ils peuvent rencontrer parfois.

    Simenon n’idéalise aucun milieu plus qu’un autre, ne sombre pas dans les clichés du réalisme poétique idéalisé.

    Chez Simenon, les prostituées ont souvent des envies conjugales plus marquées que les bonnes dames de la bonne société et les bonnes dames ne sont pas toujours très saines. Ce n’est pas non plus simple, parfois la « fille de joie au grand cœur » peut être aussi une meurtrière, et la bourgeoise aux mœurs réputées dissolues une fille naïve.

    Le but de la plupart des personnages que décrit cet auteur est de survivre en se planquant de l’adversité et des prédateurs supposés, sans chercher surtout à s’élever ; et puis de cultiver leur hédonisme minable de primates lamentables, le faux apitoiement, la componction et la charité bruyante en faisant partie.

    Dans les enquêtes de Maigret comme dans les autres romans de l’écrivain, les poètes, les artistes, les esprits libres n’y ont pas leur place, ils sont étouffés à feu très doux toute leur vie, on leur ôte une par une leurs illusions, on croit devoir les libérer de leurs rêves de s’élever un tout petit peu plus.

    Bernanos l’avait bien compris, raison pour laquelle il aimait beaucoup Simenon, sachant très bien que ce fatras d’apparences brille comme des soleils trompeurs mais que ce n’est pas là que le bonheur ou la vérité des sentiments se cachent.

    C’est la raison pour laquelle il écrivit “Un crime”, au départ un livre qu’il considérait comme mineur appelé à devenir le premier d’une série qu’il espérait fructueuse, à la fin de sa rédaction, un roman qui préfigurait “Monsieur Ouine”, décrivant par le menu la vacuité d’un monde où l’argent et la réussite matérielle et sociale sont les seuls vecteurs d’appréciation d’une personne. Pour Bernanos d’ailleurs : «  Monsieur Ouine est ce que j’ai fait de mieux, de plus complet. Je veux bien être condamné aux travaux forcés, mais qu’on me laisse libre de rêver ce bouquin en paix. ».

    Simenon était juste sur les petits bourgeois, petits par leur esprit étriqué, dans les années de l’immédiat avant-guerre et après, il l’est encore maintenant bien que ces milieux qu’il décrivait se passe maintenant de leur morale de façade, en apparence, depuis quelques décennies, alors que contrairement à ce qu’ils voudraient nous laisser croire, ils n’ont pas changé.

    Ouvrages cités :

    Georges Simenon, Cécile est morte : Une enquête du commissaire Maigret, Éditions Gallimard, collection « Folio », juin 2009, 203 pages, 5€70

    Georges Simenon, Mémoires Intimes, Éditions Presses de la Cité, novembre 1981, 752 pages, 9€

    Georges Bernanos, Monsieur Ouine, Éditions Le Castor Astral, novembre 2008, 309 pages, 19 €

    Georges Simenon, Tout Maigret, Tome 1 , Éditions Omnibus, Février 2007, 915 pages, 24,50€

  • Les Bidochon se lancent dans le développement durable...

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     Christian Binet raconte depuis près de trente ans les bêtises, petites faiblesses et errements divers d'un couple de français moyens (pléonasme selon nos amis belges quand ils ont envie de se venger de nos mauvaises blagues à leur encontre), couple qui tombe dans toutes les modes, se laisse avoir régulièrement par la publicité, l'administration et les médias.

    couverture empruntée à ce blog littéraire

    Bande Dessinée, société, politique, littératureL'auteur l'a affirmé, il arrêtera quand il s'ennuiera et ne s'amusera plus. Mais grâce au ciel, et les français n'étant pas prêt de guérir de tous les travers en attendant ceux que réservent l'avenir, il n'est pas prêt de s'arrêter ni de s'ennuyer ou de ne plus s'amuser.

    Pour de nombreux lecteurs, en parcourant les albums ou dans la vie, le Bidochon, le plouc, le beauf, c'est toujours l'autre, jamais soi-même, posture très française.

    On est toujours critique avec les autres en oubliant de regarder ses propres défauts et travers.

    Alors que lorsqu'on lit « les Bidochons », on s'aperçoit que les Bidochons, c'est nous...

    Dans cet opus, Robert et Raymonde se soucient de développement durable. Au départ, Robert est un rien réticent car cette préoccupation leur est soufflée par Gisèle et René, leurs deux amis un rien « bobos » sur les bords jamais en retard d'une prétention à la pseudo-modernité.

    Gisèle et René sont des « jusqu'aux boutistes » qui se sont faits construire une maison totalement écologique selon eux, équipée d'un four solaire qui met deux heures et demie à cuire un rôti (ce n'est pas encore très au point et quant aux légumes Gisèle et René s'habituent à les manger crus), d'un local à compost et à vers de terre, et de toilettes « sèches » (Malheureusement, bien sûr Robert confond l'un avec l'autre).

    Raymonde est tout de suite enthousiaste, elle qui a plus de bon sens que Robert, voit tout de suite l'intérêt de la chose bien qu'elle se lance dans l'écologie de manière un rien brouillonne au début mais plus raisonnée que son époux.

    Elle se lance de suite dans la recherche de fuites d'eau éventuelles dans leur tuyauterie, gaspillant au passage une bouteille de vieux Bordeaux de son mari, et tente d'initier celui-ci au tri sélectif, ce qui n'est pas évident, y compris pour elle, car pour en comprendre les méthodes elle doit aller chercher une notice en néerlandais sur Internet.

    Lorsque les éboueurs passent enfin au petit jour, les Bidochons n'ont pas eu le temps de trier leurs ordures et Robert ne peut que clamer son dépit.

    Raymonde installe ensuite des ampoules électriques « durables » et « basse consommation » dans leur maison, découvrant au passage leurs inconvénients, à savoir leur lenteur. Quant à Robert, il apprend à éteindre la lumière quand il sort d'une pièce ou la télévision, ce qui l'ennuie profondément car cela demande un effort supplémentaire.

    René convertit ensuite Robert au covoiturage et au bricolage « responsables ».

    Comme à chaque fois qu'il se prend d'une tocade, il en fait trop, beaucoup trop, encourageant Raymonde à des économies de « bouts de chandelle » tout à fait ridicules, perdant d'un côté ce qu'il gagne de l'autre.

    A la fin, le couple Bidochon essaie de convaincre un impétrant qui profite des sites de covoiturage pour draguer de nettoyer un coin de la planète, l'abandonnant au milieu des ordures qu'ils le chargent de rassembler en tas...

    Que l'on ne se méprenne pas, Christian Binet ne se moque pas du tri sélectif, ou autres démarches de simple bon sens concernant l'environnement, toutes choses que faisaient déjà nos ancêtres que beaucoup redécouvrent comme ils s'imaginent redécouvrir l'Amérique.

    Binet raille les « jusqu'au boutistes », les maladroits, les dogmatiques comme le devient Robert à la fin qui font du « développement durable » une véritable religion alors qu'ils laissent commettre par ailleurs un gâchis bien réel des ressources et qui ne se soucient pas des racines profondes du gaspillage.

    Et comme dans toutes ses dédicaces en fin d'album, il montre que « les Bidochons » si c'est un peu tout le monde, c'est aussi un peu de lui-même.

    Christian Binet – « Les Bidochon sauvent la planète » Tome 21 - éditions Audie

    sorti le 17 octobre 2012

  • Le mystère des jeunes femmes sages – Petit hommage à Montherlant disparu il y a quarante ans

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    "Le mystère des jeunes femmes bien sages" fiction inspirée de Montherlant aussi sur Agoravox

    image prise ici

    jeunes_filles.jpgIl y a déjà quelques années, une amie m'avait pourtant mis en garde contre ce qu'elle appelait « le mystère des petites filles sages ». Par une curieuse association d'idées, la nouvelle de la mort de Franck Alamo, et le souvenir de sa chanson « Biche ô ma biche », et d'une de ces jeunes filles aux yeux de biche, m'ont remis en mémoire cet avertissement.

    C'était une jeune femme solaire, féminine, voluptueuse, très séduisante, apparemment sans mystères quant à elle. Les hommes, et les autres jeunes femmes, jalouses de ses succès et de son charme, la prenaient pour une fille facile, une fille qui aimait un peu trop le sexe opposé.

    A l'époque, j'étais très amoureux d'une de ces « petites filles sages », elle m'avait averti pourtant me disant que les hommes étaient toujours attirés par ce genre de femmes, semblant tellement lisses, sérieuses, sans histoires, paraissant cacher le feu sous la glace en somme, que les mâles voulaient découvrir ce qui pour eux était un mystère.

    Comme elle me l'affirma, il n'y avait pas de mystère et rien à comprendre.

    C'était simplement des jeunes femmes comme les autres qui avaient parfois un « complexe d'Electre » grand comme le « Ritz », d'où leurs relations très compliquées aux hommes qui croisent leur chemin ou ce sont simplement des emmerdeuses voire des emmerderesses qui ne savaient tout simplement pas ce qu'elles voulaient : un prince charmant viril qui soit en même temps leur meilleure copine en quelque sorte, un homme qui soit à la fois romantique et amant insatiable, et qui les laisse aussi aller voir ailleurs ou flirter avec le premier séducteur qui passe.

    Mon amie m'avait pourtant bien dit qu'à force de s'entêter à aimer ces « petites filles sages » on risque surtout de souffrir un peu plus chaque instant que dure les sentiments.

    Bien sûr, je ne l'écoutais que distraitement.

    image prise ici

    Montherlant.jpgEt bien entendu je n'avais pas compris sur le moment qu'il y avait aussi dans cet avertissement une petite nuance de jalousie ou d'envie, qu'elle aurait aimé que je la regarde comme la jeune femme bien sage qui me fascinait à l'époque.

    Que ne l'ais-je écoutée à l'époque mais ceci est une autre histoire...

    Les « petites filles sages » sont à peu près toutes sur le même modèle immuable, tant s'en faut : des courbes et des formes féminines mais pas trop, comme si celles-ci devaient également respecter les convenances, une poitrine menue, des hanches à peine marquées.

    On en croise dans tous les milieux, de droite, de gauche, catholiques, pas catholiques, en rupture de la bourgeoisie ou non, de parents « soissantuitards » ou non. Je dirais même que le « complexe d'Electre » des filles de « soissantuitards » est souvent encore plus énorme, impliquant des névroses diverses et variées de pauvre petite fille riche et trop gâtée.

    Elles sont souvent coiffées d'un « carré » bien raisonnable, avec un joli bandeau dans les cheveux qui les maintient gentiment, ou bien un chignon pas trop sévère, mais jamais d'extravagances quelconques.

    Cela dégage leur front ce qui voudrait nous laisser croire qu'elles sont déjà prêtes à devenir des épouses irréprochables, faites pour les mondanités et les dialogues superficiels mais de haute tenue selon les conventions sociales raison pour laquelle elles sont nombreuses en classes préparatoires littéraires, pour celles venant des milieux conservateurs.

    Pour celles qui sont enfants de « soissantuitards », elles songent surtout à se préparer à devenir de la meilleure manière qui soit la muse d'un grand écrivain engagé, d'un politique progressiste, bien souvent, hélas pour elles, casés bourgeoisement qui ne pourront souvent leur offrir pour leurs émois qu'un bureau sévère ou l'anonymat d'une chambre d’hôtel où l'on croise surtout des VRP ou des cadres sup' de PME provinciales en séminaire de re-motivation.

    Elles espèrent toutes après avoir exercé des métiers aux noms ronflants mais où elles n'étaient encore que des subalternes réussir socialement et matériellement, car au fond, elle sont bien de leur milieu bourgeois.

    Les prépas littéraires ont l'avantage de leur donner un vernis culturel et cela peut leur permettre d'enseigner pour que leur ménage ait un revenu d'appoint quand le salaire du mari suffit à peine pour leur permettre de respecter les convenances. Celles-ci sont ce qui est le plus important, ainsi que les apparences.

    Elles s'habillent d'une petite jupe droite, courte, mais comme il convient, qui laisse dépasser juste ce qu'il faut des genoux ou d'un « jean » couture, bien sûr, quand elles veulent se donner le genre débraillé, voire en habits « vintage ». ce qui leur donne un alibi pour s'habiller de la même manière que lorsqu'elles étaient petites filles ou comme leurs mères quand celle-ci les attendait, ce qui n'arrange certes pas là encore leur « complexe d'Electre », ce qui ne fait rien car elles aiment beaucoup l'entretenir et le ressasser encore et encore, parfois morbidement.

    Les « petites filles sages » ne songent en fait qu'à elles, à faire carrière, quels que soient les moyens déployés, à faire un « beau » mariage afin de s'assurer un confort de vie à la hauteur de leurs désirs, pour elles les sentiments sont au fond accessoires.

    Les jeunes femmes solaires quant à elles sont plus en quête du bonheur, de sentiments élevés, et partagés, même si cela les amène parfois à être malheureuses.

  • Les biches en deuil

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    Les adultes chantaient cette chanson quand ils étaient de bonne humeur quand j'étais enfant. Franck Alamo c'est un peu mon enfance...

    Toi aussi tu as des yeux de biche, ils ont été nombreux à se faire avoir ceux qui ont cru que tu avais la mièvrerie de Bambi aussi.