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  • (Re)Lectures de vacances 3 – Philip K. Dick , les fans, et les commerçants

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    A propos de « le petit guide à trimbaler de Philip K. Dick » sous la direction d’Étienne Barillier et du recueil « Total Recall » paru en Folio SF

    image prise ici sur le site cultura

    1347679.jpgJ'ai commencé à lire Philip K. Dick au lycée, comme beaucoup, avec « Docteur Bloodmoney » où l'auteur raconte encore une fois une fin du monde, ce qui lui permet de parler abondamment du nôtre, et surtout, où il joue avec une narration chorale brillamment comme dans la plupart de ses romans.

    J'ai depuis cette époque une compulsion pour tous les livres de cet écrivain, et à son sujet car il me semble que c'est un des auteurs qui décrit le mieux les travers de notre société actuelle, et leurs conséquences sur notre intimité, à travers le prisme de la Science-Fiction.

    Hélas, dirais-je, car c'est celle-ci qui m'a poussé à acheter le recueil de nouvelles qui a le même contenu que celui sorti au moment de la diffusion du film du même nom de Spielberg, sous le nom de « Minority Report », et intitulé maintenant « Total Recall »ainsi que le film qui va bientôt sortir avec Colin Farrell, de Len Wiseman, « remake » modernisé de celui avec Schwarzenegger dans les années 90, qui était déjà éloigné de la nouvelle de Dick, le futur « Governator » étant très loin du « monsieur-tout-le-monde » qu'est Douglas Quail dans le récit de l'auteur du « Maître du Haut-Chateau » tout commme Tom Cruise était très loin du John Anderton de l'histoire de la « novella » de Phil Dick.

    Il est devenu depuis « Blade Runner », qui fut un échec retentissant, commercial et critique, au moment de sa sortie, et qui n'est devenu un film « culte » au sens exact du terme que très progressivement grâce à des amateurs éclairés, un des auteurs les plus adaptés au cinéma, pour des films à vocation surtout commerciale, du meilleur, « Substance mort », voire « Planète Hurlante », au moins bon « Paycheck », en passant par le très bon quand même, « Minority Report » ou malgré tout « Total Recall », sans parler de la première partie de « The Island » de ce gougnafier de Michael Bay, qui est très « dickienne » dans l'esprit.

    Du fait de cette compulsion évoquée plus haut pour Philip K. Dick, j'ai également acheté le « petit guide à trimbaler de Philip K. Dick », dont le problème est d'être essentiellement un travail de « fan » un peu trop radical qui a un amour immodéré de l'auteur de « Ubik », et qui n'a aucun recul critique sur l’œuvre de l'écrivain, ce qui est toujours un peu gênant. Je suis certes un « dickien » compulsif mais je garde néanmoins du recul sur les œuvres de cet auteur, sombrer dans un amour inconditionnel serait dangereux.

    C'est un problème qui s'aggrave avec le Net, dire que l'on aime un film, même en nuançant, ou un livre, en fait de vous un admirateur inconditionnel, en faire quelques critiques, et cela fait de vous un salaud et/ou un pourri aigri et méchant et/ou jaloux, sans la moindre nuance dans le jugement.

    Étienne Barillier commence son petit guide en rejetant, de manière argumentée il est vrai, ce qui est selon lui des « accusations » graves contre Phil Dick.

    Pour lui Dick n'est pas fou, c'est insupportable de dire que Dick est cinglé, alors qu'il l'était certainement effectivement, et que c'est ce qui fait aussi son talent, ou une partie de son talent. Ou alors c'était un mystificateur, ou peut-être d'abord un gosse blessé et mal-aimé qui n'a jamais vraiment guéri de ses souffrances d'enfant, la première étant la perte de sa sœur jumelle.

    Il rejette le fait que Dick manque parfois de style dans ses romans, mais c'est bel et bien parfois le cas, et curieusement surtout dans ses romans dits « mainstream » écrits très platement comme « Pacific Park » ou « Humpty Dumpty in Oakland ». Barillier fait d'ailleurs la même erreur que Dick, croyant bon de dire que celui-ci aurait été un excellent auteur de romans « normaux », ceci afin de lui redonner une légitimité qu'il croit entamé de par l'appartenance apparente de l'écrivain à la littérature dite « de genre ».

    Il écrivait toujours dans l'urgence, pour vivre et garder les avances offertes par ses différents éditeurs ce qui explique que certaines œuvres soient bâclées et « torchées » plus rapidement. C'est cette urgence, et l'exigence quant à son travail, qui a permis l'accouchement de quelques pépites incomparables. A notre époque, ce n'est pas très politiquement correct de dire que seuls le travail et l'exigence sur ce travail donnent quelque chose, de remettre son ouvrage sur le métier comme il le faisait, ses biographes notant qu'il y a plusieurs versions, parfois très différentes, de chaque roman.

    Tous les romans de Philip K. Dick ne sont pas bons, tant s'en faut. Cela ne remet pas en cause son talent de le dire tout comme la propension de l'auteur de ce petit guide à en faire un auteur « honorable » est assez agaçante à la longue. Que les critiques « honorables » ne reconnaissent pas cet auteur, après tout, quelle importance ? Aucune.

    C'est ce désir maladroit de donner à Dick une respectabilité « bourgeoise » qui plombe un peu tout ce petit guide, ce qui est bien dommage...

    Un article plus développé de mon auguste personne sur Dick sur "Aventure littéraire"

    Ci-dessous "teaser" du "remake" de Len Wiseman

  • De quoi se mèlent-ils ces mouflets ?

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    Les gosses sont aussi sur Agoravox

    Je vais faire dans l'histoire édifiante ce matin (ou plutôt cette nuit car j'écris ceci tard) :

    Mafalda_Guille-2.gifCi-contre, image d'une gosse mêle-tout attachante et de son petit-frère (prise ici)

    Avant-hier soir, je sors sur les quais de l'Iton à Evreux avec l'idée de me laisser aller au cynisme et à la dérision en bouquinant les mémoires de Groucho Marx, et puis voilà qu'une petite gamine vient voir le gros ours et me demande pourquoi je regarde la ville et la rivière et qu'elle se met à papoter avec moi, et me montrer les petits poissons dans l'eau, les canards et leurs petits, qu'Evreux c'est beau en été quand tout le monde est parti et qu'il fait encore chaud à huit heures du soir.

    Et patati, et patata...

    Un babil de petite fille avec un petit frère embêtant qui joue au foot, s'écorche les genoux en tombant de vélo mais qui a encore besoin d'un nounours et de la lumière dans le couloir pour s'endormir le soir (car l'obscurité peut cacher des monstres, tous les enfants le savent), une petite gamine avec une poupée très jolie avec des habits de princesse, et des copines gentilles avec qui on joue au jardin public.
    C'est vraiment pas possible les gosses, il vous empêche, pas tous (je pense aux pénibles), de sombrer dans la misanthropie !
    Mais de quoi se mêlent-ils ces mouflets ?
    NB : Par gosses pénibles, je pense par exemple à cette gamine que sa mère trouvait manifestement adorable perchée sur l'étagère où les gens posent leurs cabas au camion d'un des fromagers du marché d'Evreux, la mère faisant goûter la gosse TOUS les fromages qu'elle achetait avant de les acheter, et la mouflette balançant à la vendeuse que tel fromage était "dégueulasse, madame" (car elle était polie) ou "pas bon du tout, madame".

    De plus, la mère, très fière d'elle égrenait toutes les bonnes notes de sa rejetonne et ses prouesses supposées lors d'activités extra-scolaires destinées à compenser ses frustrations et celles de son mari, ce qui promet à la petite fille des années de thérapie...

    Les adultes, qui sont beaucoup plus sérieux, (ne riez pas au fond), m'auraient donné tout un tas de conseils drôlement plus raisonnables de coaching de vie, auraient essayé de me convaincre que toute cette dérision c'est seulement parce que je suis un inadapté pas assez docile, pas assez dans le compromis que toutes les grandes personnes, qui sont toutes sérieuses, on le sait, acceptent comme indispensable pour faire son trou et se cacher au milieu du troupeau (Ici, Desproges explique les différences fondamentales entre les enfants et les adultes, rappelons la plus importante : l'enfant croit au Père Noèl, l'adulte, lui, vote).

    Je rajouterai aussi que gràce au progrès technique, l'adulte croit que son jugement et ses commentaires laissés sur le net sont toujours pertinents. Comme souvent l'adulte est modeste, il reste anonyme pour dispenser sa sagesse aux autres sur le réseau, ou ailleurs...

    Dans les époques de crise, comme celle que nous vivons apparament, les adultes pensent que c'est très mal de s'amuser et de faire de la dérision, même si l'un d'entre eux, Nitche (au jeune ou à l'électeur du Modem qui me lirait, oui, je sais que ça s'écrit Nietzsche) disait que "la gravité est le bonheur des imbéciles".

    Ci-dessous, Desproges, qui adorait les enfants, parle des jeunes

  • (Re)lectures d'été 2 – Comics US et politique

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    En partant de « The Dark Knight rises » dont je n'allais pas faire la critique car cela a déjà été fait, et bien fait...

    Dans l'épisode précédent, l'auteur parlait d'un classique « sérieux » et son auteur qui l'était tout réputé tout autant : « And now something completely different » pour reprendre la formule des Monty Python.

    couverture de "Enfer blanc" prise ici

    abl24yydexetkg3hm8z2tqe3jip43.jpgOn peut aller voir un « blockbuster » estival en l'occurrence « The Dark Knight rises », détendant, palpitant et jouissif dans ses rebondissements et ses images, mélange de trois « comics », « Enfer blanc » de Berni Wrightson et Jim Starlin, « The Dark Knight » de Franck Miller, dont la narration à travers des écrans de télé est une satire de la société du spectacle, et « Knightfall », beaucoup moins intéressant que les deux premiers du fait en particulier de son trait bâclé, et aussi blockbuster pas bête du tout peut impliquer une -modeste- réflexion politique.

    On peut donc siroter un « Colonel » bien glacé à la terrasse d'un café ombragé, rêvasser en regardant les jambes des jolies filles qui passent, et avoir envie de développer sans dilettantisme de ces thèmes abordés dans le film de Christopher Nolan qui renvoie au fond dos à dos les idéologies dans un point de vue qui est presque celui d'un « anar de droite » au fond !

    Cette société dans laquelle nous vivons est inique, injuste, ignoble dans ses bases mêmes définies pourtant par des idéologues libéraux des XIXème et XXème siècles persuadés de l'irrévocable avance du progrès, et de faire le bien de l'Humanité fût-ce contre son gré.

    D'autres idéologues en ont fait la critique, parfois radicale. Le fait que certains aient eu une analyse et une méthodologie parfois pertinentes est indéniable, le problème étant que d'une analyse, ils sont souvent arrivés à une théorie globalisante sombrant bien vite dans l'arbitraire intellectuel.

    Ces idéologues, qu'ils soient d'un bord ou de l'autre, ont toujours été persuadé du bien que leurs idées apporteraient à l'humanité.

    Aucun n'a tenu compte de la nature humaine, pensant que comme leur utopie serait merveilleuse, les êtres humains seraient bien obligés de se laisser faire.

    Ce qui consiste à vouloir enfoncer des coins carrés dans des trous ronds la plupart du temps.

    Le film de Chris Nolan, par une réplique, décrit très bien l'iniquité de notre société, dans la scène de la Bourse quand Bane glisse à un « trader » qu'il vient en ce lieu car il y a plein d'argent à « se faire », à voler donc, sur le dos des plus précaires.

    Divers régimes politiques s'y sont essayés, ce qui a mené la plupart du temps à des massacres sans nom comme ceux que le révérend Blackfire commet dans « Enfer Blanc » dont il est le principal "méchant", qui avoue d'ailleurs à, tels la plupart finalement des leaders des différentes insurrections, dont Bane dans le film (où il est beaucoup moins ridicule que dans la BD, où il s'inspire des "super catcheurs" du cinéma Z mexicain, tel Santo).

    Celui-ci, qui n'est qu'un exécuteur des basses œuvres, ressemble à la fois à Ben Laden pour le côté chef religieux, à un Che Guevara iconique, à un seigneur de guerre se prétendant « révolutionnaires » qui s'octroie, avec leur assentiment (!), d'avoir droit de vie ou de mort sur ceux qui le suivent.

    Ils ont soif de sang, celui des plus innocents et des plus faibles en particulier, de massacres soit-disant salvateurs, et de rien d'autres.

    Quand on parcourt le Net, et les journaux, les courriers des lecteurs, les forums, on constate que ces idéologues socialisants ou libéraux ont encore beaucoup d'admirateurs et de fans, tous aussi coupés du réel les uns que les autres cela va sans dire, d'aucuns parmi eux théorisant sur leur solitude et leur manque, comme Fourier, vieux garçon rêvant de compagnie, qui dînait seul chaque soir, invente tout un système pour se consoler de son célibat.

    Visuel de "The dark Knight" de Franck Miller pris ici

    The-Dark-knight-de-retour-en-film-d-animation_portrait_w532.jpgLa plupart mettent leur idéologie favorite en avant surtout a-t-on l'impression du fait de leur rancœur, de leur ressentiment, de leurs complexes, de leurs frustrations essentiellement matérielles, ou de leur chagrin de n'être pas le génie qu'ils s'imaginent être

    C'est à l'instar de Bane et de la fille de Ras Al'Ghul dans « The Dark Knight rises », attention « spoiler » pour ceux qui n'ont pas vu le film, la rancœur, le ressentiment et la colère qui les mène à vanter ce qu'ils prétendent être l'insurrection, celle qui vient, selon eux, le problème étant que pour l'instant aucune date n'est fixée, et non le désir de justice et d'équité, sauf pour eux bien entendu.

    Une fois cette constatation de bon sens de départ faite quant à notre monde, il y a plusieurs réponses possibles : le cynisme, l'utopie, la révolution, l'acceptation, ce qui est le cas de la plupart des gens du troupeau et de vivre en être humain ses rapports avec son entourage, ses amis et relations.

  • (Re)lectures de vacances 1 - « Proust les pieds dans l'eau »

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    Dédié à mon Albertine

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    image prise ici

    marcel-proust.jpgEn matière d'adresse au lecteur de ce texte, une ou deux choses, il ne s'agit pas pour l'auteur de se mettre en avant, de vanter ses lectures, et sa compréhension meilleure que les autres d'un écrivain, mais de montrer que la littérature, et en particulier la lecture de grands auteurs est une expérience par nature existentielle, que la littérature n'est pas qu'un divertissement, qu'elle est irréductible aux formules, aux bon sentiments, aux préjugés.

    Il y a quinze ans, j'ai perdu mon Albertine.

    Ce fut une perte fondatrice, j'y perdis un peu plus d'innocence, sans toutefois me résoudre vraiment et complètement à celle-ci. Je l'avais lu parce que c'était une « lecture obligatoire », or il n'y a pas de lectures de ce type, et surtout il n'y a pas d'admiration obligatoire.

    Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas de hiérarchie des œuvres littéraires, que tout se vaudrait, relativisme qui dénote toujours une forme de paresse, (« Comme tout se vaut je n'ai pas d'efforts à faire pour lire des auteurs un peu plus exigeants »).

    Cela ne signifie pas que je méprise la littérature dite de genre, de Science-Fiction ou policière, voire polardeuse.

    Bien au contraire, je suis quant aux livres un boulimique, un compulsif, un ogre, voire un scopophile.

    Et il y a aussi ceux pour qui la littérature n'est pas un genre « sérieux », tel ce pontifiant imbécile m'assurant un jour que lui ne lisaient jamais que des livres « sérieux et pas des romans ».

    Bien sûr, ne pas lire Proust est se priver volontairement de tout un univers de sentiments, de sensations, de plénitude, de lucidité, de verve et de causticité.

    C'était une des deux personnes que je connaissais, et pour laquelle j'eus de l'affection, qui avaient lu « la Recherche » en entier et profondément contrairement à de nombreux diplômés et sages lettrés de salon qui n'ont fait que l'effleurer.

    J'avais lu déjà ce monument, mais comme on en visite un, justement, sans me sentir jamais vraiment concerné.

    J'avais déjà le désir de le relire après avoir découvert son portrait dans les « fabuleux souvenirs littéraires » (la formule est de Proust) de Léon Daudet qui décrit magnifiquement la plupart des grands écrivains français du XIXème siècle, y compris Hugo, dont il fut un proche, Maupassant, Barbey d'Aurevilly, dandy magnifique et ridicule, et grandiose, « vieux viking au verbe sifflant » et Proust, « Puck sur les coussins de la Victoria », dont il montrer la passion pour tout ce qui est humain en racontant leurs soirées avec d'autres hommes d'exception au café Weber, Proust qui voulait que rien de ce qui est humain ne lui soit étranger malgré tout ce que cela peut impliquer comme déséquilibre.

    Soyons honnête, la plupart des lecteurs de Léon Daudet ne liront jamais Proust qui représente pour la plupart tout ce qu'ils détestent.

    tableau de Monet "Femme à l'ombrelle" afind d'évoquer Albertine pris ici

    Monet-femme-a-l-ombrelle-droite.jpgAprès cette perte de ma propre Albertine, qui avait les mêmes penchants, et qui cultivait les mêmes paradoxes que celle du roman, quand je me replongeai dans ce cycle, je compris que c'était un magicien du verbe car il me semblait que les souvenirs qu'il évoquait était les miens, que je vivais la même passion amoureuse que le narrateur. J'ai maintenant la même nostalgie que le narrateur dans le « Temps retrouvé » de l'innocence, de l'enfance, des amours égarées en chemin.

    A tel point qu'abordant la deuxième partie de « la Recherche », celle qui commence à la « danse » de Jupien et qui montre l'envers du décor, la réalité des vraies passions parfois abjectes qui agitent les personnages, j'arrêtai ma lecture croyant alors forcer l'intimité de celle que j'avais perdu.

    Je rencontrai moi aussi un Charlus, le mien n'ayant certes pas les mêmes goûts en matière de séduction, mais la même certitude de la fin de la civilisation, et d'en être un vestige bon pour la destruction.

    J'allai à Cabourg, pardon à Balbec, rien que pour voir la plage, et le grand Hotel. Ce fût un peu décevant, il n'y avait que des petits vieux aisés dînant en silence avec le tout petit chien à leurs pieds, le pianiste était un type obèse aux cheveux gras qui baillait régulièrement derrière le clavier de son piano à queue, et les serveurs eux-mêmes, dans une splendide immobilité paraissaient pris dans une gangue de petitesse et de nostalgie poussiéreuse.

    On m'objectera que c'est dans ce genre d'ambiance désuète et comme figée que les personnages des romans languides et romantiques d'Armand Lanoux se retrouvent à la fin, contemplant la mer sur une plage en automne.

    Ce qui laisse à penser qu'à Cabourg c'est toujours l'automne.

    Je préfère aller voir son appartement à Paris, Boulevard Haussmann, conservé quasiment intact en plein milieu du siège d'une banque quelconque (la plupart des banques sont quelconques), non loin de « la Chapelle Expiatoire ».

    Les imbéciles quand ils parlent de Proust ne voient que son homosexualité, que ce soit pour la porter aux nues ou en faire un objet de mépris, certains m'expliquaient, et m'expliqueront doctement qu'Albertine était en fait inspiré du chauffeur de l'écrivain qui vécut avec lui des amours somme toutes toutes trivialement ancillaires ce qui n'a d'intérêt que pour l'anecdote, ou pour ceux qui veulent absolument dénigrer cette œuvre majeure.

    D'autres savants et érudits exégètes du « divin Marcel » m'assurent que la sonate de Vinteuil, cette musique que l'on croit entendre en tournant les pages de « A l'ombre des jeunes filles en fleur », parle de celle de Gustav Mahler et qu'ils ont les preuves irréfutables.

    Je veux bien les croire, mais moi je préfère y entendre Erik Satie.

    Enfin, d'aucuns parmi eux insistent bien sur le déséquilibre mental et psychologique que les fameuses plaques de liège posées sur les murs de l'appartement de l'écrivain semblaient indiquer, alors que c'est justement de son hyper-sensibilité au monde, confondu avec une pathologie, que lui vient son talent incomparable comme tous les autres grands auteurs, une sensibilité qui est la même que celle que l'on retrouve dans les œuvres de Céline, pourtant apparemment aux antipodes, et d'autres.

    Il serait appréciable que ces imbéciles gardent intacts leurs certitudes, car j'ai l'affection littéraire jalouse et n'ait pas forcément envie de la partager avec des personnes qui ne comprennent l'auteur qu'ils prétendent apprécier. Proust est un auteur de référence mondaine, il faut le citer une ou deux fois en « bonne » société pour être bien vu, il serait cependant idiot de confondre les mondains qui le citent sans l'avoir lu ni ressenti et ceux qui l'ont compris dans leur chair.

    Ci-dessous Proust par Léon Daudet, début du texte :

    « Ses images imprévues voletaient à la cime des choses et des gens, ainsi qu’une musique supérieure, comme on raconte qu’il arrivait à la taverne du Globe, entre les compagnons du divin Shakespeare. Il tenait de Mercutio et de Puck, suivant plusieurs pensées à la fois, agile à s’excuser d’être aimable, rongé de scrupules ironiques, naturellement complexe, frémissant et soyeux. C’était l’auteur de ce livre original, souvent ahurissant, plein de promesses : Du côté de chez Swann, c’était Marcel Proust »

  • Moravia et l'Ennui

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    Moravia, l'Ennui de ce monde étriqué, et le buste chasse-neige de Sophie Guillemin...

    Et un petit caillou blanc de plus.

    PS : Sophie Guillemin qui est aussi une excellente actrice...