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  • Audiard par l'exemple

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    Aussi chez les gonzes d'Agoravox

    à propos de "Le petit Audiard illustré par l'exemple" aux éditions « Nouveau Monde »

    « C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 

    (titre d'un film d'Audiard qui en réalisé quelques uns, pas honteux, mais ce n'est pas la partie la plus glorieuse de sa carrière).

    image empruntée ici

    7741224042_le-petit-audiard-illustre-par-l-exemple-aux-editions-nouveau-monde.jpgEn vacances, môme, je me détends, mais je me détends sainement, je ne peigne pas la girafe à longueur de journée, je lis des livres instructifs, pas des romans de clampins qui parlent de lofts géants à Manatane ou San Francisco, des dictionnaires, parfaitement monsieur, et celui qui rassemble les mots employés par Audiard dans tous ses films, un ouvrage essentiel, pas un bouquin à laisser trainer sur la table basse pour épater bobonne et les voisins et se prendre pour « l'homme du XXème siècle » (on apprend dans le dicmuche d'après Audiard que c'était un jeu télévisé des années 60 très populaire, quand je vous disais que l'on s'instruisait en le lisant), non un livre à lire absolument, qui a le mérite aussi d'éloigner de l'esprit de sérieux sévissant en ce moment.

    Je préfère ce dictionnaire au livre « souvenir » sur les « Tontons Flingueurs » sorti il y a peu, guère épais sur le contenu.

    L'époque est au suif, à l'arsouillage des cervelles, la dérision, l'humour, l'irrévérence, au placard tout ça, il n'y a que le turf qui compte, le turf pour consommer, même si au final c'est toujours les mêmes qui nous mettent quelques coups de lattes dans l'oigne. Il faut croire que le bourgeois, le peuple, le berger et sa bergère en redemandent puisque le numéro fait de l'effet à chaque fois. Il paraît que c'est normal de se prendre au sérieux en temps de crise nous disent les mignons dans les salons, parce que l'heure est grave mes frères.

    Ils n'ont pas l'air d'entraver le fait que c'est justement maintenant que la dérision et une certaine légèreté deviennent un peu plus indispensables.

    A propos de l'époque, il disait d'ailleurs « On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis. » (de Michel Audiard dans « le Président »).

    Attention, nuance immédiate, maintenant, un cave qui dit des gros mots en faisant des gestes et en affecta nt l'accent parisien croie qu'immédiatement il peut se la jouer affrancheman, titi original, mecqueton digne de ce nom, alors qu'au bout du compte il fait surtout salingue. Ils étaient déjà nombreux au temps de Félix Faure, le regretté président comme on aurait aimé en avoir plus, les beaux messieurs à chapeau-claque à se donner l'allure gigolpince alors qu'au mieux ils n'auraient fait illusion qu'au couvent des oiseaux à la rigueur, le genre de bouic cossu où l'on élève de la gironde qui cache bien son jeu, on me rétorquera.

    Audiard ne fait pas que mettre de l'argot dans les films français, il a des références littéraires solides, des classiques à Céline sans oublier Marcel Aymé, ce qui fait plaisir à mézigue, soit dit en passant. Il ne fait pas dans la facilité, je vais encore scier la rondelle à mes lecteurs en parlant comme un milord qui fait des conférences mais Audiard a le style « tel le papier qui colle à la bouche » ainsi que disait le gonze Montaigne qui était du genre aristo, mais pas crade.

    Les films réalisés par Michel Audiard du strict point de vue de la réalisation, c'est du « j'm'en foutisme » total et assumé, la caméra est placée n'importe où, il y a des intermèdes plus BD que ciné, des faux raccords, des acteurs en roue libre de cabotiner car le môme Audiard aimait tellement ses potes acteurs qu'il n'osait pas les brider.

    Et finalement au bout du compte c'est quand même moins pénible qu'un Lelouch (pénible et Lelouch, pléonasme je sais) et moins lourdingue que tous ceux qui se sentent obligé de nous vendre leur catéchisme personnel dés qu'ils filment quelque chose.

    C'est difficile d'avoir autre chose que de la tendresse pour « Comment réussir quand on est con et pleurnichard », et « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas...mais elle cause » où Annie Girardot est bonniche chez un caissier de banque vicieux, autre pléonasme (le caissier visqueux est joué par Blier), où Sim joue un ecclésiastique éducateur de jeunes banlieusards qui finance les vacances de ces derniers en se travestissant tous les soirs en libellule.

    La bonniche finit par réaliser son rêve et se faire passer pour une grande dame sur la côte. Parmi les vieilles perruches embagouzées

    Mon préféré, c'est mon opinion et je la partage, reste cependant « Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages » où la gouaille de Marlène Jobert, mais pas que, est ma foi très séduisante et le délire du film réjouissant.

    Un mélange improbable entre une bande-dessinée psychédélique et un film noir.

  • Les humoristes français actuels sont-ils vulgaires ?

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    Déjà sur Agoravox 

    Pendant très longtemps, je n'ai pas regardé les émissions des Monty Pythons, ou leurs films, par esprit de contradiction, je suppose.

    image prise ici

    sillywalks.jpgEn effet, tous les beaux esprits, les arbitres des élégances morales et politiques en chantaient tellement les louanges que ça avait fini par me dégoûter, car quand j'observais ces belles consciences face à l'écran regarder d'un air sinistre « Dead parrot », « Holy Grail », « Ministry of silly walks », écouter « Lumberjack song », ou les ritournelles de « The meaning of life », les commentant d'un air docte et sombre, ça n'incitait pas à la franche rigolade.

     En France, le rire c'est mal, ce n'est pas bien de rire, la dérision est un grave péché aux yeux des braves gens qui n'aiment pas que l'on tourne en dérision leurs certitudes stupides, je ne parle pas ici de la pseudo-dérision à la mode qui au font ne change rien, consistant à se moquer platement des personnes en somme, ou qui fait dans l'humour politique sottement partisan (voir l'article excellent de « Marianne » sur la question).

     Les pseudo arbitres des élégances morales z-et politiques détestent également la dérision, car elle remet en cause le rôle de phares de sagesse et d'éducation de l'humanité qu'ils se sont arrogés en toute humilité.

    Cependant, les ayant redécouvert plus tard, je suis tombé en extase, ou quasiment, devant cet humour absurde et totalement délirant, ne respectant rien ni personne y compris les beaux esprits comme dans le sketch sur la compétition de citations.

     L'humour anglais, quand il est bon, doté de cette faculté extraordinaire qu'est le sens de la dérision, ou « understatement » (car comme le dit Jules Renard : « Bienheureux ceux qui savent rire d'eux mêmes ils n'ont pas fini de s'amuser »), se rit de l'absurdité de l'existence et des vanités, se moque des prétentions et de la nullité des aspirations médiocres.

     Ce genre de dérision en France, il n'y eut guère, pour les plus brillants, que Eugène Ionesco, Alexandre Vialatte, Jules Renard ou Marcel Aymé pour le pratiquer en littérature, Desproges comme humoriste, Roland Topor, ou Zouc (voir sketch ci-dessous), voire un belge comme Benoît Poolvaerde, mais pour les belges, l'humour un peu plus surréaliste c'est facile car l'ambiance de leur pays l'est en elle-même, Jacques Tati et aussi Pierre Étaix que l'on oublie toujours, au cinéma.

     L'humour français dans le même temps, comme disait Desproges, parle de ma belle-mère et fait toujours dans le Vermot « avec des poils » autour, au mieux, restant bloqué la plupart du temps au stade sado-anal, pipicaca, prout, tout ça.

     Comme le dit John Cleese :

     « French humour is more funny than a tumour »

     Soyons bien clairs tout de suite, je ne suis pas exactement du genre ancien pensionnaire du « couvent des oiseaux », je n'ai rien contre un peu de gouaille, de la verdeur de langage, voire même d'être carrément gaulois ou vulgaire mais pas grossier, cependant dans le cas présent, les humoristes français actuels ne sont pas carrément vulgaires mais lourdement vulgaires, non pas chaussés de gros sabots mais de semelles orthopédiques.

     Ils sont le reflet de leur époque, qui trouve drôle qu'un beauf satisfait, (c'est le personnage, nous prévient-on), raconte sa vie de beauf satisfait pendant une heure et demie, il faut lui pardonner car en plus il est tellement émouvant, selon la formule consacrée.

     Et puis il est tellement simple.

     Le spectateur parfois crétin lambda aime bien ça, car en plus il comprend tout. Il n'y a pas besoin qu'on lui explique car il n'aime pas ça réfléchir.

     Il ne se sent pas largué, et comme il a très peur aussi que l'humour en face remette en question son confort intellectuel, ça le rassure, rentré chez lui il pourra se remettre à penser en droite ligne du troupeau sans aucun souci ni scrupules. Il aime bien les plaisanteries bien grasses et bien lourdes qui ne font pas mal au cerveau, et en être conforté dans ses faiblesses.

    Ci-dessous le sketch de Zouc "le téléphone" et  "Ministry of silly walks" des Monty Pythons


    Ministry of silly walks - Monty Python par oOps-oOps

  • Marilyn, victime expiatoire des fantasmes sur celluloïd

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    à propos de « My week with Marilyn », film marilynmonroe-0418a-5_980-616019a36.jpgde Simon Curtis

    Aussi sur Agoravox

    photo de Milton Greene, d'une des "black sessions" prise ici

    Je sors de voir ce film qui raconte huit jours de romance que Marilyn auraient vécu avec Colin Clark, jeune assistant de Lawrence Olivier, devenu ensuite documentariste et écrivain, lors du tournage mouvementé, comme tous les tournages avec Marilyn de « The prince and the showgirl », premier film produit par Marilyn elle-même qui voulait échapper à la tutelle de Darryl Zanuck, un autre des génies fous du cinéma, et de la Fox à qui elle devait encore quelques apparitions dans des films anodins où on lui demandait d'être juste sexy.

    Son nom dit forcément quelque chose aux cinéphiles car il participa aussi au renouveau du cinéma britannique dans les années 80, après les jeunes gens en colère de la nouvelle vague anglaise des années 70, du « Free cinema » emmenés par Laurie Anderson.

    Je reste un rien dubitatif cependant sur « My week with Marilyn », car la plupart du temps, ces moments où la star est censée vivre une brève rencontre avec le jeune homme sonnent faux, que ce soit les grandes déclarations que son personnage lance, qui sont trop belles pour être vraies, ou ce que lui répond la blonde la plus célèbre du cinéma.

    Ce long métrage a aussi le défaut d'être très scolaire, et tellement appliqué dans sa réalisation, les acteurs portent tous des costumes sans un faux pli, les rues sont d'une propreté remarquable et les passants vraiment très discrets et bien élevés.

    Par contre, les moments qui parlent de la création cinématographique pure, la différence entre jouer la comédie au cinéma ou sur les planches, le jeu instinctif de Marilyn, naturellement douée pour la comédie, qui par manque de confiance écoutait comme parole d'évangile les sottises pseudo-intellectuelles de Lee et Paula Strasberg qui la bridait plus qu'autre chose, comme on peut le voir dans « Bus Stop », réalisé par Joshuah Logan ou la fameuse « méthode » suivie à la lettre par le réalisateur la rend presque mauvaise, éteinte, totalement artificielle.

    « Pourquoi ne pas simplement jouer ? » ainsi que demanda un jour Lawrence Olivier à Dustin Hoffman qui fut longtemps un autre partisan de « la Méthode ».

    affiche du film prise ici

    My-Week-With-Marilyn.jpgUne réplique du film dit sur l'entourage de la star tout ce qu'il y a à dire, son entourage de parasites bien ou mal intentionnés a profité d'elle et de son aura de Marilyn, « elle » comme elle disait, l'autre, celle qu'elle devenait devant les caméras. Marilyn était la victime expiatoire, l'agneau à l'abattoir de la machine à rêves, ne voulant pas la quitter car si elle était accro à divers médicaments, et à l'alcool, elle l'était aussi aux films qu'elle tournait, les meilleurs étant sans doute les deux tournés avec Billy Wilder, « Some like it hot », une comédie qui sait à être totalement amorale de manière guillerette, et « The seven year itch », où elle se moque de son image, le film étant cependant plus théatral, et celui où elle joue pour Howard Hawks, « Gentlemen prefer blondes », elle y est une croqueuse de diamants faussement naïve et un rien cynique que les bijoux rendent folle.

    L'exploitation de l'image de Marilyn a continué après sa mort, on ne compte pas les biographies sur elle, des plus mauvaises aux meilleures, la toute meilleure étant celle de Norman Mailer, ses « Mémoires imaginaires » de Marilyn, la moins bonnes étant celle de Donald Spotto, spécialiste des bios à l'américain, vaguement psychanalisante et basée sur des ragots, sur sa mort, sur ses liaisons, sur les papiers qu'elle a laissé, sur son suicide ou son assassinat, sur à peu près tout de son existence devenue totalement transparente. Norman Mailer et Arthur Miller, deux écrivains de talent, Milton Greene, celui qui l'a le mieux photographiée, dans les « black sessions », ont continué à construire leur célébrité sur son dos après sa mort.

    Le seul qui l'ait peut-être vraiment aimée c'est certainement Joe Di Maggio...

    C'est assez logique, les génies sont parfois aussi des salopards. A noter que « Blonde », la pavé « non-fiction/fiction » sur Marilyn, de Joyce Carrol Oates à l'intention dé départ certainement honorable se base sur un parti pris chichiteux et intellectualisant qui devient pénible à la longue, donnant un genre de Claude Simon américanisé.

    Pour revenir au film, le jeu de Michelle Williams qui joue Marilyn est tout bonnement remarquable, elle est sont personnage, quel dommage qu'on lui fasse dire des répliques manquant tellement de vérité.

    Elle rend toute la complexité de Marilyn qui excitait chez les hommes le complexe du chevalier blanc, l'alibi qu'ils se trouvaient pour justifier leur désir, qui aimait et détestait ça, qui aurait voulu être Norma Jean et qui aimait beaucoup, passionnément, être Marilyn. « La caméra l'aimait » disait de Marilyn son premier agent, Johnny Hyde, et on peut rajouter qu'elle aimait le cinéma en retour.

    A en mourir...

  • L'art de l'insulte

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    Recueil par Elsa Delachair en 10/18 et chez "Incultes"

    9782264055521.pngce texte touche aussi son  coeur de cible sur Agoravox

    Je demanderai aux parents responsables d'éloigner les enfants de l'écran, car je suis un auteur responsable et citoyen, voire aux enfants d'éloigner les parents sous un prétexte quelconque et de s'instruire, car ce petit texte est très mal élevé, voire carrément grossier pour les arbitres des élégances qui j'en suis sûr me tomberont sur le râble, que j'ai large, après l'avoir lu, mais il est je l'espère rempli de cet humour glacé et sophistiqué qui me caractérise.

    Ami lecteur, ami lectrice ; vous qui me connaissez bien, je sais que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.  

    On ne dit pas de gros mots, on dit bonjour à la dame, on respecte l'autre, (Respect, mis à toutes les sauces, que de crimes l'on commet en ton nom), on parle gentiment aux cons, et on n'élève pas la voix devant monsieur le président d'opérette de pétaouschnock même quand il dit des bêtises plus grosses que lui. On ne contredit pas le énième sauveur de la France, on ne se moque pas de l'intellectuel qui veut faire peuple, ou qui joue les Beau Brummel.

    On se tient à carreaux socialement, ce qui n'empêche pas la grande comédie de l'indignation imposée et obligatoire, on joue son rôle, comme ces gosses qui donnent envie de pleurer quand on les croise dans la rue, soumis comme leurs aînés aux modes les plus crétines, au grégarisme le plus bovin, renvoyant l'image que l'on veut qu'ils renvoient.

    On me dira, eux aussi pratiquent l'injure qui se banalise, devient courante, souvent j'ai cru que « bâtard » ou « salpédé » était leur nom de famille.

    Car au fond, cette époque qui se pique de libertés est en fait également une époque de moralisateurs fous et dégénérés qui ont tous en commun la même haine de la littérature qui ne peut à les entendre pas parler de tout, à croire que pour eux la vie est ou ne devrait être qu'un chemin de pétales de roses, une clairière ensoleillée ou tout n'est guimauve, mièvrerie et mignardises.

    Il y a bien des clairières dans une vie, quelques unes, mais c'est plutôt sexe, merde, foutre, douleurs et sang, avec un peu d'espérance, mais si peu, la vie mes agneaux, et non une sorte de joie extatique, et narcissique, et désincarnée sans limites. Notre époque n'aime pas le réel, la merde, le foutre, le sang, les entrailles, la souffrance, et la mort, elle cache bien tout ça sous le tapis tout comme la dérision qu'elle exècre, surtout pas de dérision, surtout ne pas tourner les certitudes en dérision.

    Et des certitudes, notre époque de cloportes n'a plus que ça...

    Et l'avidité.

    En matière de moralistes, tout le monde n'a pas le talent de la Rochefoucauld, Bossuet, qui ne s'est jamais priver d'enguirlander sans fards les puissants du Royaume, tout comme Boileau ou Evelyn Waugh, voire dans un autre genre, Marcel Aymé qui ne se perdait pas en sermons quand il observait les hommes et les femmes ces pitoyables primates qu'il aimait quand même.

    Quant aux âmes pieuses et spirituelles, déjà dans le sein du puissant, du très Haut, du miséricordieux, leur miséricorde étant grande justement, elles ne m'en voudront pas j'en suis certain, de cette chronique irrévérencieuse et épicée écrite un « samedi saint », ce qui est très mal j'en conviens mais je ne pouvais résister à cette tentation, et comme chacun sait le meilleur moyen de résister à la tentation c'est encore d'y céder.

    Je viens de lire les pages roboratives de cet ouvrage, « l'art de l'insulte », paru chez « Incultes », ressorti depuis en « 10/18 », qui en ces temps d'aseptisation tout azimuts et de décervelage intensif fait du bien.

    Celui qui apporte la contradiction, l'opinion bien affirmée, une personnalité s'affirmant hors norme est forcément un être mauvais, malsain, jaloux, envieux, et j'en passe et des meilleures.

    Celui écrit trop salé, parle trop fort, au-dessus du murmure indistinct et continuel du troupeau, est un malveillant, un mauvais, un bandit.

    L'injure c'est mal, l'injure ce n'est pas bien, et bien sûr avec une ou deux injures bien placées on peut tuer plus sûrement qu'avec une épée fût-elle à deux tranchants. Ce qui est vrai, mais c'est un risque à prendre quand on a du caractère et un rien de personnalité.

    La colère et les injures bien trempées, ce n'est d'ailleurs pas incompatible avec la foi chrétienne et la pratique de la charité évangélique, Léon Bloy, le « mendiant injuste », tout comme Bernanos ont eu de ces fureurs presque sacrées qui rappellent deux ou trois évidences aux imbéciles qui ne veulent surtout pas les voir : pour l'un la sottise monumentale des bourgeois positivistes et industrieux, hypocrites et veules, et leur société de porcs, pour l'autre la vacuité et la nullité absolue de ce que d'aucuns ont cru appeler le progrès des consciences, sans oublier Barbey qui a le sens de l'injure et de la formule assassine.

    Le Christ lui-même s'emporte après les marchands du temple, et aussi quand il entend ses apôtres se chercher des poux pour savoir qui sera le chef.

    Les grands sensibles, les blessés de l'âme, les écorchés vifs du cervelet font de grands artistes dans l'insulte, à eux on leur pardonne aisément.

    Quand en plus ils auraient du style, il est plus élégant d'en rire.

    Au XXème siècle, celui qui a le plus de talent en la matière est Céline, à commencer par la lettre drolatique et inspirée qu'il écrivit à « l'agité du bocal », celui prenant les ouvriers pour des cons, leur cachait ce qui se passait en Russie soviétique, j'ai nommé Jean-Paul Sartre, icône inattaquable du Bien actuel contrairement à Céline qui sent toujours le soufre du fait de sa compulsion antisémite.

    Le soufre, le soufre c'est d'ailleurs vite dit car certains anti-sionistes de pacotille le trouve fort sympathique pour sa réputation et cette compulsion détestable, sans avoir lu d'ailleurs pour la plupart une seule ligne à Ferdine.

    D'autres grands spécialistes de l'injure bien sentie, de la colère canaille, ce sont aussi les écrivains éthyliques comme Antoine Blondin, qui provoquaient des bagarres homériques dans les troquets de la rue Bonaparte (un jour il décide qu'il n'aime pas les auvergnats et se lance dans la déclamation d'un sonnet contre les auvergnats croyant ennuyer le patron du rade, qui était berrichon, qu'à cela ne tienne, l'apprenant, Blondin se lance derechef dans une autre tirade encore plus incendiaire contre les berrichons), et bien sûr Bukowski, autre emmerdeur magnifique, ou bien sûr ce voyou de Jean Genet, voyou comme Rimbaud ou Baudelaire, ou Verlaine et même un musicien raffiné comme Satie qui a l'injure posée et presque bien élevée , « anglaise » comme il le prétend, mais bien claire cependant, et sonore.

    Jusqu'à un certain point, les injures, les insultes, car il s'agit de savoir « jusqu'où on peut aller trop loin » ainsi que disait Cocteau, et qu'il vaut mieux éviter de blesser trop grièvement l'insulté.

    L'humour ou la finesse d'esprit n'empêche pas de toutes façons d'avoir la tête près du bonnet et de pouvoir exiger un jour ou l'autre explications, engueulades, voire cuites partagées, ce qui permet d'arrondir les angles et de relativiser une brouille qui devient une broutille (un « t » suffit) ou une simple fâcherie.

    On va dire, c'est encore une manière de te passer la brosse à reluire, j'assume bonnes gens, j'assume, car en la matière, je pense posséder clairement quelques facultés pas données à tout le monde, on me l'a déjà dit d'ailleurs, je me complais dans la polémique musclée, la provocation face aux beaux esprits, et plus grave encore dans la dérision des idées portées aux nues par les bigots de toutes causes, qu'elles soient religieuses, personnelles ou idéologiques..

    Aux autres, légions sur le net, mais pas seulement, qui injurient au premier degré pour la plus grande gloire de leur gourou, leur grand homme, leur grande femme, leur démago préféré, en meute, en horde, raclures de nazillons, boutures de miliciens de mes deux, fanaticophiles à la noix, sionistes décérébrés, « laveurs de carreaux » puceaux angélistes, larbins ploutocratophiles, ou ersatz puants de commissaires politiques hermaphrodites, on leur conseillerait aimablement d'utiliser, si ça peut être un effet de leur bonté, leurs injures minuscules, aussi sordides que des virgules de merde sur les murs des toilettes publiques de la gare Saint Lazare, on leur suggère de les utiliser en onguent pour les hémorroïdes, ces clowns sinistres, ces VRP de la pensée proprette, bref de se les carrer dans le train, même si leurs injures ne sont au fond que des toutes petites piqûres de moustiques, des chiures de mouches, des micro-estafilades.