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  • Avoir le flacon et l'ivresse

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    ivresse_petits-moments.jpegcouverture prise ici

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    « Petits moments d’ivresse », un livre de Stéphanie Pillonca et Gustave Kervern, compile des interviews de « pipeaules » et vedettes ou semi-vedettes de l’écran, surtout du petit d’ailleurs. Au départ, on trouve ça pénible d’ailleurs, un peu plus quand c’est Stéphanie Pillonca qui mène les entretiens, déférente et un peu trop « midinette », sauf pour celui avec Marjane Satrapi.

     La plupart de ces « pipeaules » sont insupportables dans leurs émissions ou films, ou chansons, ici, certains le restent, d’autres se révèlent sympathiques au fond, tout ça pour parler d’ivresse, d’alcool, de bonne chère et de moments de convivialité.

    Ils brisent un peu le masque, se révélant pour certains bien ordinaires.

    C’est quasiment un sujet politiquement incorrect, l’alcool, le plaisir de bien manger, notre époque est toute dans la modération frileuse, sans excès, toute portée envers l’attention narcissique que l’on est sensé avoir envers la gestion de son « capital santé », à vivre au fond comme des personnes malades en se gardant de se faire plaisir, à entretenir son corps comme une machine.

    Il faut manger cinq fruits et légumes par jour, éviter la viande « persillée » (avec du gras, ce qui donne le goût) ou les fromages forts (la personne « saine » ne mange que des fromages sans goût) , faire du sport, bouger son corps, boire de l’eau, se coucher tôt, être bien sage, trop sage, s’enfiler des yaourts qui font du bien à l’intérieur et que ça se voit à l’extérieur, du fromage blanc « 0% » comme notre président qui ne boit jamais de vin etc…

    A Paris, les petits caboulots qui restaient ouverts tard dans la nuit ferment tous les uns après les autres, soit ils font trop de bruit pour les oreilles délicates des bobos qui colonisent petit à petit la capitale, soit ils sont trop « franchouillards », avec de la cuisine trop grasse aux yeux du petit bourgeois qui soigne sa ligne, et trop de vins de terroir même pas issus du commerce équitable.

    Bizarrement, le « bobo » a la nostalgie de l’authenticité et du mélange social qu’il y avait autrefois dans les bistrots des quartiers anciennement populaires et les « cantines » ouvrières des faubourgs où il croit que tout le monde parlait comme dans un film avec des dialogues d’Audiard, autant dire que lorsqu’il se risque à jaspiner comme un marlou, c’est grotesque, quartiers et faubourgs qu’il a contribué à vider de sa population de « petites » gens ».

    Il croit aussi qu’en ripolinant ces endroits, ça suffit pour faire renaître une atmosphère enfuie. J’ai en mémoire un de ces lieux, tenu autrefois par une ancienne péripatéticienne, elle a pris sa retraite il y a quatre ans à peine, dans le faubourg saint Antoine, rue de la main d’or, qui travaillait avec son mari, un ancien jockey minuscule qui servait les clients sur une estrade derrière le zinc.

    Depuis, l’endroit a été repris, on y travaille beaucoup plus sur le « lothantique » qui jusque-là était des plus naturels, il y a même un site internet avec photos « sépia » et ambiance garantie d’époque. Des bourgeois y consomment du « beaujolpif » et du « rouquin » comme les prolos ou des « biffins », et se mettent « des caisses », mais ils restent entre eux et seulement entre eux.

    Alors que le premier imbécile venu peut faire suer toute une salle de restaurant ou de brasserie  en restant pendu à son téléphone ou en envoyant dix textos à la minute, sans que personne n’y trouve à redire, fumer au café ou au restaurant devient bientôt un délit grave, le « chômiste » du café du coin n’a même plus le droit de s’en griller une petite, de cibiche, pour s’offrir un petit moment délassant dans la journée.  

    Non ! Même au café, il faut qu’il angoisse, qu’il ait peur tout le temps, sans trêve, qu’il se terre, qu’il subisse, qu’il s’écrase sans arrêt.

    Bien sûr, l’autre extrême est tout aussi agaçant, cette espèce de romantisme du pochetron qui voudrait que boire donne plus d’inspiration, rend plus drôle, plus spirituel, et plus fraternel. Si on l’est déjà dans la vie, on le sera un peu plus avec l’alcool qui exacerbe les qualités et les défauts, ou l’inspiration, que l’on a déjà au naturel.

    Un pochetron est aussi un emmerdeur, quand il montre son cul à tous les passants à vingt ans, ou qu’il se met à embrasser tout le monde et à raconter sa vie en pleurnichant, quand il a un coup dans le nez, on excuse, on trouve ça presque amusant, quand il le fait à quarante ans passés, c’est juste un emmerdeur qui ne sait pas se contenir, qui lutine tout ce qui bouge lourdement, pour s’effondrer à la fin.

    En plus du romantisme du pochetron, il y a aussi ce mythe de la fraternité de zinc, de la fraternité bristrotière, qui voudrait que parce que tu bois une bière ou un « ballon » de rouge comme le gars à côté de toi, il faudrait se taper sur les cuisses ou sur le ventre automatiquement, que c’est obligatoire de refaire le monde en étalant les lieux communs. Parfois, ce genre de conversations casse les pieds, et l’on préfère que l’alcool que l’on boive reste un voyage en solitaire et éviter les transports en commun, mêmes éthyliques.

  • Les vaches sacrées du cinéma

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    Déjà sur Agoravox

    Dédié à Madame Guichard, qui s'occupait du ciné club de la fac de Nanterre et du cinéma "le Denfert", un cinoche de quartier du genre disparu. Elle détestait les vaches sacrées et les adorations obligatoires., elle aimait le cinéma quoi..

    image tirée de "la Nuit Américaine" de Truffaul prise ici

    C'est une série de vacances que je continuerai, ou pas, sur « les vaches sacrées... ». Un peu de déboulonnage ne fait pas de mal, voire même un peu de mauvaise foi. Tant de déférence, tant de guimauve quand on parle du cinéma, que ce soit à la télévision, à la radio ou même sur le Net, où la plupart des sites y compris contributifs, sont là non pour faire connaître de nouveaux talents, mais pour faire vendre pour les films de ceux qui sont déjà installés, tout cela fait mal au cœur.

     Tant de bons sentiments monte au cœur et donne envie de rendre.. C'est sans cesse que l'on ressasse les mêmes films, que ce soit dans le registre snob et cinéphile de salon que dans le registre plus populaire.

     Un peu d'iconoclasme ne fera pas de mal, c'est en somme un article de salubrité publique !

    Bien sûr, j'entends déjà les remarques qui ne manqueront pas de fuser :

    « Mais pour qui se prend-il ?

    De quel droit critique-t-il des réalisateurs dont il n'a pas le talent ? ».

    La réponse est simple, bien sûr que j'ai un égo important, évidemment, sinon il me viendrait pas à l'idée d'écrire, mais si je me permets de desserrer un peu les boulons des statues des idoles du cinéma c'est aussi parce que je les aime passionnément, y compris dans leurs défauts.

    Le cinéma français en particulier, on l'a encore vu aux « Césars » où tout le monde s'aime tellement que c'est trop beau, le cinéma mondial en général souffre de plusieurs maux :

    Du fait de cette idée créée lors de la « Nouvelle Vague » du cinéma dit « d'auteur », encore un peu plus depuis que -ô joie indicible !- l'on peut poster des vidéos faites avec trois bouts de ficelle sur le net, les films dits « suédée », n'importe quel crétin venu peut s'imaginer devenir cinéaste révolutionnant cet art, n'importe quel pékin pense pouvoir s'improviser monteur, opérateur ou encore acteur, en s'affirmant « auteur ».

    Ce qu'oublie ces « auteurs » en devenir c'est d'ailleurs que les promoteurs de la « Nouvelle Vague » se sont hâtés d'oublier la plupart des principes absurdes qu'ils mettaient en avant pour tous ou presque, (par presque j'entends Godard qui réalise des films « dadaïstes »), revenir donc à un certain classicisme ou à un classicisme certain.

    La plupart des « auteurs en devenir » sont convaincus que pour que leurs films soient au moins vus il faut qu'ils soient obligatoirement « trash », sexuellement marquées ou se prétendent politiquement « rebelles » ou « subversifs » même si parfaitement « mainstream ». Raisonnant comme des créatifs de pub au bond ils pensent devoir « cibler » le thème de leur œuvre, son public, sa forme etc...

    S'affirmer « auteur » excuse tout...

    Alors que ce sont là des métiers qui ne s'improvisent pas, qui demandent du travail, du sang, de la sueur et des larmes. Et qu'avant de tourner des chefs d'œuvre des succès mondiaux il faut en passer parfois par des sériez Z comme James Cameron, (qui comme Coppola ou Scorcese ou Brian de Palma commence chez Roger Corman en filmant des zombies ou des fusées en carton-pâte qui atterrissent de traviole sur des planètes ringardes en toiles peintes), ou Peter Jackson, ou des boulots alimentaires, qu'il faut bien faire ses preuves.

    Bien sûr, les apprentis génies, forcément injustement méconnus, me répondront que dans leur cas ce n'est pas pareil, qu'eux ont réellement du talent; sont en dehors des normes et bien sûr des conventions (comme tous les génies des Carpates), sont vraiment doués pour ça mais que c'est une question de jours pour que l'univers tout entier le reconnaisse, que c'est la faute aux autres qui sont aveugles sur leur art.

    Alors que comme tout art, et contrairement à ce que l'on pense, le cinéma demande aussi de savoir faire preuve de modestie si ce n'est d'humilité quant à son travail de création, et parfois combien de films sont gâchés du fait de carence en modestie !

    Et que si le talent bien sûr est indispensable, là encore il nécessite de l'exigence, de la réflexion et ne naît pas « ex nihilo », et qu'un film est aussi la réunion de différentes personnes, une synthèse de créativités diverses, un travail collectif, où parfois un scénariste, un monteur, un chef opérateur peut aider le réalisateur à garder les pieds sur terre, ne pas s'emmêler les pinceaux et réfréner certaines pulsions pouvant le mener au grotesque ou à l'amphigourique.

    Quand Wong Kar Waï tourne « In th Mood for love », il le fait dans des conditions difficiles, est obligé de contourner les contraintes en inventant, en imaginant des formes nouvelles de cinéma. Son film plaît dans le monde entier, il tourne la « suite », « 2046 », où il dispose de plus d'argent, et où les producteur lui laissent la bride sur le cou. Résultat, sans personne pour le raisonner parfois, il se laisse aller à des scènes lourdement appuyées et symboliques.

    Si Billy Wilder ne s'était pas engueulé aussi souvent avec ses scénaristes, nous n'aurions pas les deux ou trois chefs d'œuvre du cinéma que cela a produit, si Fritz Lang n'avait pas été bridé dans ses budgets par ses producteurs américains, nous n'aurions pas eu plusieurs merveilles de films noirs loin très loin devant au fond « Métropolis » que tout le monde qualifie de monument du « Septième Art » sans l'avoir vu, et que si c'est un monument, il recèle surtout beaucoup de grandiloquence et de moments parfaitement ridicules, où l'on voit que Fritz Lang n'a pas su dire non à sa maîtresse de l'époque qui était aussi sa scénariste, à savoir Théa Von Arbou..

    Et que c'est quand les producteurs laissent faire Orson Welles qu'ils tournent des films qui sont là aussi et quand même de grands films, mais pas des monuments indépassables :

    « Citizen Kane » prétend par trop théoriser sur le cinéma, chaque plan ou presque se veut didactique, contrairement à « la Dame de Shanghaï » au départ considéré comme une « petite » série B par ses producteurs, les contraintes subies là par Orson l'ayant poussé à se surpasser, tout comme lorsqu'il films « le Procès » ou « Falstaff ».

    Le cinéma, pour plusieurs réalisateurs, souffre également du complexe du « chef d'œuvre », là encore un réalisateur qui tourne son premier film est persuadé qu'il est obligé de tourner quelque chose qui restera forcément dans les annales.

    image tirée de "Intervista" de Fellini prise ici

    intervista.jpgComme en plus il est souvent le fils d'un réalisateur qui a montré son talent, ou d'un producteur, et que la déférence actuelle et incompréhensible envers les « fils et filles de » semble suggérer qu'ils en ont aussi, et que le jeune réalisateur a entendu toute son enfance de gosse favorisé combien il est génial, beau, et intéressant, il foncera, parfois droit dans le mur, pourra éventuellement retourner un ou deux films ensuite en faisant marcher ses réseaux mais force restera au « business » de toutes façons, son « chef d'œuvre » se montant il est vrai surtout sur son nom de famille, ainsi si j'étais un mauvais sujet je citerai le nom de Justine Lévy) ce qui attire toujours des curieux pas forcément d'ailleurs bienveillants (si j'étais là encore un mauvais esprit, je citerai par exemple dans ce cas le nom de Louis Garrel).

    Et que comme il décide, et ceux qui l'accompagnent et le soutiennent lui affirment que tout ce qu'il fait est génial, ne nécessite ni remise en question, ni travail, ni quoi que ce soit, de toute manière il ne se posera même pas la question.

    Ci-desous, le "trailer" de "Ed Wood" de Tim Burton qui montre parfaitement ce qu'est la création au cinéma, pour les passionnés, qu'il soit réputé ringard Comme Ed Wood ou talentueux...

  • La culture générale ça sert à rien !

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    En débat sur Agoravox

    En France, les « humanités » dites « bourgeoises », en particulier les Lettres, et un peu plus les Lettres Classiques, ont peu à peu perdu du terrain en quarante ans, après « Mai 68 » (vous savez, « Soissantuite », quand la France est passée une première fois "de l'ombre à la lumière », pour reprendre une formule qui a fait florès). La culture générale serait en plus ethno-centriste, entretenant l'orgueil de la culture française, et ça être fier de son pays, c'est mâââl.

    tumblr_lqzgxcR3Af1r0jw5uo1_400.jpgDu passé il fallait faire table rase, donc qu'est-ce que l'on avait à fiche par exemple de ce tragédien certainement « snob » qui mettait en scène des aristocrates antiques, de ce « théâtreux » qui se moque des travers humains (ils n'ont guère changé) : l'avarice, l'hypocrisie, les prétentions, de cet écrivain, c'est certain narcissique, qui part de sa nostalgie enfantine pour raconter finalement son époque, de cet autre enfin qui racontait dans ses contes la vie des petites gens de son quartier, Montmartre, en la magnifiant (mais de quoi se mêle-t-il ?), et de cet autre encore qui écrivait en dilettante et qui buvait trop, etc.. ?

    Les humanités comme la culture générale « ne servent à rien », ne sont pas quantifiables dans la mentalité commune, aux yeux de la majorité, la culture générale n'a, semble-t-il, pas d'utilité immédiate pour trouver du travail et encore moins pour gagner de l'argent, encore un peu moins depuis l'invasion médiatique des F.F.N (« Famous For Nothing » ou « célèbres pour rien »).

    Ce résultat a pu être obtenu grâce aux réformes successives de l'Enseignement, en particulier de l'enseignement du français, et à l'union sacrée et objective des libéraux, pour qui la culture et les « humanités » sont nocives car elles ne servent qu'à rendre le salarié et le consommateur moins docile, taillable et corvéable à merci, tandis que pour la gauche et les libertaires c'était de l'élitisme social.

    Et lire lui permet de développer son vocabulaire, de mieux exprimer ses désirs et donc de ne plus se plier à ceux que la société spectaculaire lui impose, de réfléchir.

    Croire que c'était de l'élitisme est d'ailleurs une grossière erreur, il suffisait pour un quadragénaire d'interroger ses grands-parents sur tel classique dont l'un connaissait encore des vers par cœur quarante ans après, quand l'autre pouvait discuter sans aucune difficultés des mérites comparées de l'œuvre de Dali et de celle de Picasso, alors que l'un et l'autre avaient arrêté l'école tôt.

    C'était donc tout le contraire de l'élitisme. A cela, on répond qu'il ne faut surtout pas dire que c'était mieux avant, l'être cultivé moderne vit comme tout le monde dans un perpétuel présent mouvant et bruyant.

    En fait d'anéantissement de l'élitisme supposé de la littérature, de la musique et des arts, cela a engendré un sur-élitisme dans lequel la culture ou assimilée est réservée à un tout petit milieu selon des codes et un jargon particulier, ce qui permet de donner l'impression d'avoir « la carte ».

    On constate d'ailleurs que même dans ce microcosme, il s'agit moins de paraître cultivé que de l'être vraiment et que le relativisme y est une pratique répandue ainsi que le « name dropping » ou l'« art dropping ». Dans ce milieu parfois grotesque, on est persuadé que se balader en ville avec « le monde » plié sous le bras suffit pour se prétendre intellectuel (de choc).

    On jette aussi des noms célèbres à l'interlocuteur afin de provoquer son ébahissement voire son envie :

    Soulages, qui a peint rappelons le avec ses excréments, Damien Hirst, qui coupe les animaux en tranches fines et crucifie les moutons est réputé tellement audââcieux (c'est toujours audacieux de conchier la religion catholique dans les arts, quant aux autre religions les artistes à la page sont des plus prudents), sans parler des « Arts premiers ».

    Quant à cette appellation, on note au passage que celle-ci, qui est censée effacer toute idée de hiérarchie entre les arts occidentaux et les autres en recrée une, puisque tous les autres arts deviennent donc des arts seconds, moins chimiquement purs en somme.

    On aurait pu croire que finalement la culture générale devient un signe de stigmatisation sociale alors qu'en fait il n'en est rien, encore un peu plus malgré sa déshérence, la culture générale implique des complexes sociaux très forts pour celui qui n'en a pas ou croit qu'il n'en a pas, même s'il plastronnera par ailleurs en ricanant contre les prétentieux « qui ont lu des bouquins et se croivent mieux que les autres ».

    On lui oppose sans cesse l'expérience personnelle et des témoignages réputés vrais, que l'on montre comme beaucoup plus sérieux.

    La plupart du temps on oublie que nombre d'écrivains se sont mis à écrire aussi pour partager leurs expériences fût-ce à travers des récits imaginaires et que leurs histoires ouvrent des portes sur tous les mondes possibles.

  • De Narcisse à Facebook

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     Quand on parle de l’ultra-narcissisme moderne et l’invasion du virtuel qui fait que beaucoup confonde leur vie sur le réseau et la vie, on oublie de dire que cela a commencé il y a fort longtemps bien avant Internet, aux temps antiques et mythologiques et dans les contes. Et pour être bien clairs, et répondre à des commentaires courroucés prévisibles, Internet est un moyen de communication formidable, un outil qui apporte beaucoup de choses, mais c'est seulement un outil et non une fin en soi.

    Le "Narcisse" du Caravage est pris ici

    Narcisse_Caravage.jpgLe narcissique avait pour habitude déjà de prétendre que le narcissique c’est l’autre pas lui, le mégalo, le vaniteux tandis que lui avait su conserver toute sa simplicité, son honnêteté. Pour lui c'est sûr il fait partie des « vraigens »...

    Parfois il y a des narcissiques des plus talentueux, qui aiment bien se regarder mais étant donné leur génie par ailleurs, on leur pardonne sans aucune difficulté, comme François-René de Chateaubriand, et Victor Hugo voir Proust plus tard qui écrit la Recherche en se mirant lui aussi dans le miroir, de ses souvenirs d'enfance.

    Mais eux c’était deux géants…

    Narcisse était un jeune grec qui adorait se regarder le nombril, le visage, les mains, le bras, les cheveux, dès qu’il croisait un miroir ou un plan d’eau. Progressivement, il finit par confondre sa personnalité avec ce qu’il voyait dans le reflet.

    C’était de plus en plus important, le reste devenait franchement accessoire, c’était du superflu. Il ne voyait plus personne y compris les jeunes athéniennes qui l’idolâtraient et portaient sa beauté aux nues. Elles l’agaçaient parfois un peu car cela lui faisait perdre du temps pour s’admirer et puis elles s’assortissaient mal avec lui.

    Ce qui devait arriver, il prit racine en se regardant dans une rivière, et se transforma donc en cette fleur jolie mais un peu indolente et molle à laquelle il donna son nom, le genre de fleur qu’offre les radins au premier rendez-vous.

    Dans « Blanche Neige », la méchante belle-mère adore se mirer dans son miroir qui a l’avantage d’être interactif avant l’heure et de lui faire des compliments à toute heure du jour et de la nuit.

    A force de se regarder, elle ne vit pas sa maturité arriver à grands pas avec la quarantaine et la ménopause, et son cortège de petits tracas, elle en conçut une névrose qui la poussa à tenter d’assassiner sa belle-fille, en l’occurrence celle de son troisième mari, un roi d’une principauté germanique un peu rude, mais c’était tout ce qu’elle avait pu trouver.

    Elle finit très mal elle aussi, en tombant dans les abîmes.

    image ci-dessous prise ici

    mar%E2tre%20de%20blanche-neige.jpgCes deux histoires, pourtant, tout le monde les connait, mais cela ne change rien, l’homme moderne a pris et Narcisse et la belle-mère de Blanche-Neige comme maître et maîtresse à penser, et il dispose des avantages de la technique moderne, dont son téléphone portable qui ne quitte jamais ou presque la paume de sa main, ça le rassure et le conforte, en plus, même lorsque l'appareil est éteint, il peut voir son reflet dedans. Il a plus de moyens pour mieux s’en sortir que le premier qui s’est transformé en plante verte et la deuxième qui a voulu supprimer la pauvre petite princesse romantique et brune que tous les princes lorgnaient du coin de l’œil espérant lui faire subir quelques premiers et derniers outrages

    Le Narcisse moderne ne voit déjà pas qu'il a d'ores et déjà de toutes manières la cervelle d'une plante verte...

    Le Narcisse ou la belle-mère de Blanche-Neige moderne se construisent tous deux un personnage, le premier se rêve génie injustement méconnu, rebelle ou Robin des bois, révolutionnaire ou chevalier défendant la civilisation, il s’invente un personnage et adopte souvent un comportement qu’il s’imagine convenir à son personnage. Ce personnage complètement fantasmé devient pour eux leur « vraie » personnalité, ce qui crée une aliénation car dans la vie, ils sont souvent tout aussi effacés et dociles que les autres.

    La deuxième invente de nouvelles formules pour compenser ce qu’elle estime être une dégénérescence insupportable pour elle, elle se dit active, dynamique, elle c’est l’inverse du Narcisse, elle ne supporte plus son reflet, elle ne veut pas le voir, elle veut que le miroir lui en renvoie un autre beaucoup plus flatteur

    La télévision aime bien flatter les narcisses jeunes et moins jeunes et faire mine de parler d'eux et rien qu'eux dans des émissions où elle feint de leur donner la parole et d'aborder leurs -petits- problèmes, qui sont surtout des problèmes de nombril, en jouant sur l'identification à des archétypes souvent un peu trop caricaturaux pour être honnêtes.

    Là, le Narcisse moderne pleure un peu sur ce qu'il voit et sur lui-même, surtout sur lui-même. Il aime bien rêver sur la banalité, et c'est paradoxal, mais même dans le virtuel il est incapable de s'abstraire du trivial et de lui-même, de s'ouvrir à autre chose que lui. Toute contradiction lui devient insupportable. Car le contredire c'est remettre en question le personnage flatteur qu'il s'est construit.

  • Petit salut à Ben Gazzara

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    Ben Gazzara est mort.

    C'était un acteur de polars, d'action et des films choraux de Cassavettes, chez qui il jouait des types un peu minables, mais humains, proches de nous quoi.

    C'était un type viril, sensible et intègre.

    Je l'avais découvert dans "Match pour la vie" un vieux feuilleton comme on n'en ferait plus où il jouait un héros fragile, désespéré et voulant vivre sa vie intensément jusqu'à la moindre seconde...

    La Faucheuse est une salope, les imbéciles, les vendus, les pourris, les médiocres meurent centenaires...