lundi, 13 février 2012

La culture générale ça sert à rien !

En débat sur Agoravox

En France, les « humanités » dites « bourgeoises », en particulier les Lettres, et un peu plus les Lettres Classiques, ont peu à peu perdu du terrain en quarante ans, après « Mai 68 » (vous savez, « Soissantuite », quand la France est passée une première fois "de l'ombre à la lumière », pour reprendre une formule qui a fait florès). La culture générale serait en plus ethno-centriste, entretenant l'orgueil de la culture française, et ça être fier de son pays, c'est mâââl.

tumblr_lqzgxcR3Af1r0jw5uo1_400.jpgDu passé il fallait faire table rase, donc qu'est-ce que l'on avait à fiche par exemple de ce tragédien certainement « snob » qui mettait en scène des aristocrates antiques, de ce « théâtreux » qui se moque des travers humains (ils n'ont guère changé) : l'avarice, l'hypocrisie, les prétentions, de cet écrivain, c'est certain narcissique, qui part de sa nostalgie enfantine pour raconter finalement son époque, de cet autre enfin qui racontait dans ses contes la vie des petites gens de son quartier, Montmartre, en la magnifiant (mais de quoi se mêle-t-il ?), et de cet autre encore qui écrivait en dilettante et qui buvait trop, etc.. ?

Les humanités comme la culture générale « ne servent à rien », ne sont pas quantifiables dans la mentalité commune, aux yeux de la majorité, la culture générale n'a, semble-t-il, pas d'utilité immédiate pour trouver du travail et encore moins pour gagner de l'argent, encore un peu moins depuis l'invasion médiatique des F.F.N (« Famous For Nothing » ou « célèbres pour rien »).

Ce résultat a pu être obtenu grâce aux réformes successives de l'Enseignement, en particulier de l'enseignement du français, et à l'union sacrée et objective des libéraux, pour qui la culture et les « humanités » sont nocives car elles ne servent qu'à rendre le salarié et le consommateur moins docile, taillable et corvéable à merci, tandis que pour la gauche et les libertaires c'était de l'élitisme social.

Et lire lui permet de développer son vocabulaire, de mieux exprimer ses désirs et donc de ne plus se plier à ceux que la société spectaculaire lui impose, de réfléchir.

Croire que c'était de l'élitisme est d'ailleurs une grossière erreur, il suffisait pour un quadragénaire d'interroger ses grands-parents sur tel classique dont l'un connaissait encore des vers par cœur quarante ans après, quand l'autre pouvait discuter sans aucune difficultés des mérites comparées de l'œuvre de Dali et de celle de Picasso, alors que l'un et l'autre avaient arrêté l'école tôt.

C'était donc tout le contraire de l'élitisme. A cela, on répond qu'il ne faut surtout pas dire que c'était mieux avant, l'être cultivé moderne vit comme tout le monde dans un perpétuel présent mouvant et bruyant.

En fait d'anéantissement de l'élitisme supposé de la littérature, de la musique et des arts, cela a engendré un sur-élitisme dans lequel la culture ou assimilée est réservée à un tout petit milieu selon des codes et un jargon particulier, ce qui permet de donner l'impression d'avoir « la carte ».

On constate d'ailleurs que même dans ce microcosme, il s'agit moins de paraître cultivé que de l'être vraiment et que le relativisme y est une pratique répandue ainsi que le « name dropping » ou l'« art dropping ». Dans ce milieu parfois grotesque, on est persuadé que se balader en ville avec « le monde » plié sous le bras suffit pour se prétendre intellectuel (de choc).

On jette aussi des noms célèbres à l'interlocuteur afin de provoquer son ébahissement voire son envie :

Soulages, qui a peint rappelons le avec ses excréments, Damien Hirst, qui coupe les animaux en tranches fines et crucifie les moutons est réputé tellement audââcieux (c'est toujours audacieux de conchier la religion catholique dans les arts, quant aux autre religions les artistes à la page sont des plus prudents), sans parler des « Arts premiers ».

Quant à cette appellation, on note au passage que celle-ci, qui est censée effacer toute idée de hiérarchie entre les arts occidentaux et les autres en recrée une, puisque tous les autres arts deviennent donc des arts seconds, moins chimiquement purs en somme.

On aurait pu croire que finalement la culture générale devient un signe de stigmatisation sociale alors qu'en fait il n'en est rien, encore un peu plus malgré sa déshérence, la culture générale implique des complexes sociaux très forts pour celui qui n'en a pas ou croit qu'il n'en a pas, même s'il plastronnera par ailleurs en ricanant contre les prétentieux « qui ont lu des bouquins et se croivent mieux que les autres ».

On lui oppose sans cesse l'expérience personnelle et des témoignages réputés vrais, que l'on montre comme beaucoup plus sérieux.

La plupart du temps on oublie que nombre d'écrivains se sont mis à écrire aussi pour partager leurs expériences fût-ce à travers des récits imaginaires et que leurs histoires ouvrent des portes sur tous les mondes possibles.

Commentaires

La gauche a été le fossoyeur zélé de la culture prétendument bourgeoise
Avez-vous "La fabrique du crétin" de J.P. Brighelli , un vrai régal ?

Écrit par : Francine | lundi, 13 février 2012

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La gauche sociétale en effet a enterré avec enthousiasme les humanités.
J'ai lu Brighelli, j'aime bien aussi Jourde et Naulleau sur la culture.

Écrit par : Amaury | lundi, 13 février 2012

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