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Pendant les massacres, le silence continue...

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Cet article auquel je tiens tout particulièrement est aussi sur Agoravox

 Plusieurs dimanches, dans plusieurs messes de paroisses, on a pu entendre comme intention de prières parmi d'autres plus anodines comme à l'accoutumée :

image prise ici

arton24387-2d153.jpg« Prions pour Mohamed Bouazizi, pour que son sacrifice ne soit pas vain ». On constatera le manque de recul, le jeune homme qui s'est immolé par le feu ne l'a pas forcément fait par réel esprit de sacrifice politique ou idéologique, de plus c'est un suicide, depuis quand le suicide est-il un acte de charité en somme ?

 La mort de Mohamed Bouazizi c'est un peu comme celle du Chevalier de la Barre, les causes de la mort violente de ces deux hommes, bien souvent fort différentes de celles retenues par la mythologie politique, sont généralement plus prosaïques et moins glorieuses.

 L'histoire qui est faite par les vainqueurs et qui leur permet le plus souvent d'asseoir et justifier leur pouvoir, ainsi la bourgeoisie après 1789, ainsi les islamistes et les salafistes après les élections dans les pays ayant connu le « printemps arabe », retient ce qui convient aux nouveaux dirigeants généralement, que leurs partisans soient de l'intérieur ou de l'extérieur de leurs pays.

 Dans le cas du Chevalier de la Barre, une affaire fondatrice de la gauche française, tout comme l'Affaire Dreyfus, ce n'est pas exactement du fait qu'il n'ait pas soulevé son chapeau lors du procession religieuse qui fut la cause de son exécution, mais deux facteurs :

 Le chevalier avait couché avec la femme d'un de ses juges, qui l'apprenant, chargea l'accusé autant qu'il put, se vengeant d'être cocu, et c'était l'époque où les parlements qui avaient bloqués de nombreuses réformes cherchaient à faire du zèle pour se faire bien voir du pouvoir et surtout conserver leurs charges et les avantages afférents.

 Ce n'est pas qu'en tant que croyant l'on ne doive pas prier pour Mohamed Bouazizi, mais il est dommage que par ailleurs, il n'y ait aucune allusion, aucun mot pour évoquer les chrétiens, catholiques ou non d'ailleurs, persécutés un peu partout dans le monde parce qu'ils sont chrétiens, massacrés même, comme au Nigéria en ce moment, surtout de la part des autres chrétiens.

 Je ne parle même pas du sort des chrétiens palestiniens qui subissent la double peine : Pris pour des traîtres potentiels par les dirigeants du Hamas et une part croissante de la population du fait de leur statut minoritaire, et aussi du fait de la participation d'un grand nombre à la création, ils sont de plus considérés comme des terroristes possibles par les israéliens.

 Ils ont en plus à subir, cerise sur le gâteau, l'ignorance de 99% des pèlerins se rendant en « Terre Sainte » quant à leurs rites, leur histoire, leurs traditions, leurs souffrances aussi qui ne soupçonnent même pas l'existence de ces chrétiens à Jérusalem, Bethléem ou Nazareth, pour eux les arabes étant tous musulmans. Je me souviens de ces membres de communautés dites nouvelles ne faisant même pas l'effort d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe alors que vivant côté palestinien.

 J'évoquerai également le cas des chrétiens d'Irak ou des coptes, qui ont fêté un Noël sous tension, mais plutôt que d'attaques contre les chrétiens égyptiens, l'on préfère mentionner des affrontements inter-communautaires ou inter-religieux. Il n'y a pas qu'au Proche et au Moyen Orient, cela a lieu aussi en Indonésie il y a quelques années ou au Vietnam, ou encore au Darfour où animistes et chrétiens ont été massacrés car chrétiens ou animistes.

 C'est plus plus confortable et moins risqué de ne pas en parler, de laisser ces évènements sous le boisseau. Et c'est quand même étrange ces indignations très sélectives qui évoquent avec raison, certes, certains évènements tragiques mais ne s'intéressent jamais à ces autres faits tout aussi tragiques.

 L'exil des chrétiens palestiniens que cela entraine sert d'ailleurs les intérêts des nationalistes israéliens les plus sionistes, les plus religieux, d'abord et avant tout, tout comme la radicalisation des dirigeants palestiniens. Cela permet de les montrer comme fanatiques pour mieux leur faire la guerre.

 En Occident, la plupart des anti-sionistes ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez ne font finalement que justifier le pan-sionisme plutôt que le combattre.

 Aimer son prochain comme soi-même, ce n'est pas difficile quand le prochain est loin et qu'on le connaît peu, mais cela commence par aimer celui qui est le plus proche, ce qui est parfois le plus difficile certes.

 Un chrétien du Nigeria, un chrétien du Proche ou du Moyen Orient ou d'ailleurs, catholique ou pas, est un frère, une sœur, dans la foi pour les croyants occidentaux, Pourtant, c'est surtout leur silence qui domine, un silence tout en indifférence qui fait plus que friser l'indécence, et ce depuis longtemps en France, excepté l'Oeuvre d'Orient, qui reste trop méconnue, ou l'A.E.D (Aide à l'Église en Détresse).

 Soyons bien clair, il ne s'agit pas de prendre forcément une position victimaire mais simplement que l'on reconnaisse, au moins chez les chrétiens occidentaux, le sort funeste que connaisse en ce moment les chrétiens d'Orient et d'ailleurs.

image d'une religieuse palestinienne prise ici

64078dc0-e921-11df-ad88-fcd3af595100.jpgQue le reste de la société y soit indifférent voire s'en réjouisse comme d'un retour de bâton mérité pour les chrétiens, c'est malheureusement presque logique, c'est dû généralement à un mélange de haine antichrétienne, ces empêcheurs de jouir de la consommation des choses et des personnes en rond, de lâcheté aussi, par peur de devoir répondre de la défense que l'on prendrait des chrétiens, par angélisme, et par la crainte de « stigmatiser » selon le terme paradoxalement religieux employé pour en parler, des personnes de même confession que les massacreurs dans les pays poursuivant les chrétiens de leur vindicte.

 Il y a aussi cette attitude consistant à voir dans toute critique de l'Islam et des comportements de certains de ses croyants des relents de colonialisme, comme si considérant les musulmans seulement sous l'angle angélique, comme si n'étant pas vraiment humains donc, il n'était pas capable des mêmes travers que tous les autres êtres humains et ce quelle que soit leur origine, leur foi, ou leur incroyance.

image du Saint Sépulcre prise ici

3379-ART_460_LARGE-L1-1036-L2-1036-8931.jpgEnfin, ce n'est pas exactement que dans nos sociétés, les chrétiens connaissent une persécution violente et brutale, marquée par la coercition, mais il en existe une beaucoup plus insidieuse, jouant principalement sur la dérision facile envers la foi chrétienne.

Ce n'est même pas le blasphème qui est à remettre en cause, souvent c'est finalement un signe de foi car celui qui est indifférent à la religion n'a nul besoin de blasphémer, puisqu'il s'en fiche.

 Se dire chrétien dans notre société, à plus forte raison catholique, suscite surtout la risée, la moquerie, la méfiance, le tout n'étant pas affirmé de face, mais cela suffit pour perdre des amitiés et relations, voire même des pistes professionnelles.

 Pour moi, défendre ces chrétiens, les évoquer, tenter de provoquer une prise de conscience quant à leur sort, c'est aussi les remercier de l'accueil reçu en particulier gràce à eux à Jérusalem, Ramallah, Jénine, Naplouse et dans le petit village de Zababdeh, un accueil qui n'a pas besoin de grandes déclarations d'intention comme trop souvent en France, pour les remercier de leur joie, de leur ferveur sans ostentation pénible.

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