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  • Boutin est candidate, tant pis !

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    En discussion sur Agoravox

     Comme dit l'adage : « L'Enfer est pavé de bonnes intentions ».

    sarko-boutin-en-corse1197774220jpg.bmpC'est très bien de parler contre la pauvreté, l'injustice, l'eugénisme, social ou non, mais c'est encore mieux d'être complètement cohérent avec ce que l'on affirme de ses indignations, de ses convictions, de sa foi, si l'on est croyant.

    Madame Boutin s'est présentée en 2002 aux présidentielles avec le succès que l'on sait, après que l'on ait entendu parler d'elle pendant le vote sur le PACS en 1998. Elle est devenue dans les médias la caricature, selon eux, de la bonne dame patronnesse catholique ce qui serait largement réducteur.

    On ne peut pas la soupçonner de manquer de sincérité, et après tout il est humain d'apprécier les ors de la République, ou de souhaiter en disposer, surtout quand on en profite pour soi-même et ses proches.

    Elle a rassemblé peu d'électeurs sur sa personne, en l'occurrence des catholiques sincères persuadées qu'elle croyait vraiment dans le discours qu'elle tenait quant à la défense de la vie, contre l'eugénisme et l'avortement. De plus, elle a sur l'économie, le libéralisme et la société le même discours que Benoît XVI dans son encyclique « Caritas in veritate », qui pointe l'égoïsme érigé en valeur et la nocivité de la société sur-consumériste. Il est dommage que ce texte soit si souvent passé sous silence dans les médias.

    Ou alors est-ce parce qu'il y a finalement un consensus que personne ne consent à avouer mais effectif autour de ce système de sur-consommation ?

    Elle ne remet jamais en cause véritablement les décisions économiques et politiques qui mènent aux conséquences fâcheuses que l'on sait pour les populations. Il est possible qu'elle tienne finalement à sa carrière.

    Bien sûr, madame Boutin s'est surtout présentée afin de rassembler au premier tour les voix d'un électorat préoccupé de politique, de droite, pour le bénéfice de l'UMP, qui promeut un programme absolument contraire à ses convictions, UMP qu'elle a paradoxalement d'ailleurs rejoint avec son parti chrétien-démocrate, et de Nicolas Sarkozy dont elle a accepté une mission, certainement d'un grand intérêt, un croyant a cependant ou l'action efficace de la grâce, du mal à y voir de l'apologétique, et grassement payée en plus cette mission.

    Elle touchait près de 18000 Euros par mois.

    Alors, certes, ce n'est pas la seule, il y a bien un premier ministre qui préfère que l'état, à savoir les citoyens par leurs impôts, lui paye des allers-retours en avion dans sa région. Il aime essayer des voitures de course qui valent plusieurs centaines de SMIC et dépenser en essence plusieurs milliers de RSA.

    Tout comme son président qui n'a pas de scrupules à demander une petite aide à ses copains milliardaires pour se payer des vacances au soleil.

    Et il y aurait même la nouvelle directrice du FMI qui aurait aidé Bernard Tapie (Sacré Nanard!) à toucher des indemnités confortables pour le préjudice moral qu'il a subi, le pauvre, à cause de l'ex-Crédit Lyonnais.

    Ce n'est pas la seule à pratiquer le clientélisme, la préférence aux copains et aux copines.

    Précisons quand même que le fait que d'autres se comportent de manière malhonnête ne justifie pas qu'elle fasse de même.

    Qui la condamnerait pour cela ? Après tout là aussi, c'est humain. Et seulement un peu décevant.

    Il y eut quand même auparavant d'autres catholiques moins sages, peut-être plus emportés, moins soucieux de leurs ambitions, qui ont osé porté haut et fort la bannière de ce qu'impliquait leur foi : Frédéric Ozanam, Jacques et Raïssa Maritain, Léon Bloy, qui a toujours clamé son dégoût absolu de l'hypocrisie de la bourgeoisie positiviste et amoral, de la société matérialiste dans son ensemble, poursuivi toute sa vie par les créanciers, Georges Bernanos, qui n'hésite pas à se couper de son milieu simplement pour affirmer la vérité, un certain abbé Pierre pendant l'hiver 54, sœur Emmanuelle, et tant d'autres.

    Ces chrétiens étaient quant à eux en cohérence avec leur foi, qu'ils vivaient pleinement en évitant le plus de compromis possibles. Alors, oui, bien sûr, les compromis existeront toujours pour un croyant, à moins que celui-ci ne fut un saint, ou un pur esprit, c'est normal, cela fait partie de la condition humaine pour quelqu'un qui croit en Dieu, mais il y a des compromis très largement évitables.

  • Goya, indigné par l'humanité

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    On parle aussi de Goya sur Agoravox

     L’Espagne a toujours été une terre de passions violentes, le centre des sentiments les plus exaltés. La foi, l'amour, la colère y semblent toujours exacerbés, parfois jusqu'à la sécheresse. Comme dans toutes les civilisations méditerranéennes, les sens sont à fleur de peau, entre la sensualité et la violence.

    img_1212764873210.jpgLes cœurs des souverains espagnols séparés de leurs corps à leurs morts en sont une bonne allégorie.

    Le Greco par exemple, peintre mystique, sévère et rude, manque d'humanité dans ses toiles religieuses. Goya, quant à lui, est plus incarné, il aime la vie, il aime quand même ses semblables.

    Il rappelle les plus grands génies de la peinture que sont les peintres de genre flamands et hollandais, qui savent très bien que la vie, les prétentions des uns ou des autres, ne valent pas grand-chose mais que cependant, rien ne vaut un être humain.

    Goya, je l'ai découvert dans les livres de classe, on montrait aux écoliers la « Maya desnuda ». Cette toile avait choqué en son temps car elle montrait une femme nue plus crûment qu'habituellement, plus charnellement et plus sensuellement aussi, sans se donner la peine de prétextes mythologiques ou non pour montrer sa nudité.

    Ce n'était qu'un faible écho de son art qui demande pour être véritablement apprécié, comme celui de tous les grands peintres, d'être en face du vrai tableau.

    C'est particulièrement le cas de « les Jeunes » (image ci-dessus prise ici) et « les Vieilles » (image ci-dessous prise ici), au musée de Lille, qui forme un diptyque passionnant. Se placer devant, les observer attentivement, est une expérience fascinante de plongée dans la vacuité humaine, dans le néant des apparences, des vanités. Ces deux tableaux bouleversent, car ils sont dans la vérité nue de l'esprit humain, sa laideur, sa noirceur.

    Goya fait partie de ces hyper-sensibles qui ont beaucoup de mal à s'adapter à la société telle qu'elle est maintenant et qu'elle commençait à poindre à l'époque du peintre :

    hyper-individualiste, avide, tournée uniquement vers le profit. Ces personnes comme cet artiste sont la plupart du temps en souffrance, car elles ressentent toute la sottise de leurs congénères, toute leur haine, toute leur folie, et n'arrivent pas à se résoudre à l'inéluctabilité de tous ces travers qui tiennent surtout de la nature humaine.

    Le peintre a la chance de disposer d'un grand talent pour exprimer tout ce qu'il vit, pour le partager, pour expurger tout ce qui pourrait le mener à l'amertume.

    Aujourd'hui, ce sont les « indignés » de Barcelone qui vivent ces passions fortes en Espagne, qui paraissent bien sages cependant à côté des combattants de la Guerre d'Espagne ou des résistants à l'Occupation française, pendant le règne de Napoléon. Bernanos y a dit la vérité des atrocités qu'il voyait, Hemingway y cherchait un sens à sa vie, contre l'absurdité du monde, malgré Guernica et la folie, et la bêtise « à front de taureau », et Goya a peint les sentiments de dérision, la colère, la honte et l'indignation qui l'ont envahi après l'invasion de son pays par les armées de Bonaparte en 1808. (des renseignements sur la guerre avec la France pendant la Convention à ce lien).

    Les soldats de l'empereur ont commis de nombreuses atrocités qui ont ému Goya, qui l'ont indigné à tel point que cela a durablement marqué sa peinture : exécutions de civils, massacres divers...

    De peintre de cour réalisant des œuvres légères ou galantes, comme « l'Ombrelle » ou la série des « Quatre Saisons » (l'été ici), peignant la vie de cour, plaçant déjà quelques éléments de satire sociale, comme le fit Velázquez à d'autres époques, il est devenu un artiste beaucoup plus sombre explorant des sentiers beaucoup plus tortueux, ne se bornant plus à exposer quelques bonnes intentions généreuses et libérales, mais allant fouiller jusqu'aux tréfonds de l'âme, la sienne, celle de ses contemporains, pour y trouver des réponses, des réponses à la sottise, à l'égoïsme, à l'injustice.

    Peintre un peu mondain au départ, il est néanmoins influencé par les idées des « Lumières » venant de France, il déchantera au moment des bruits de bottes des grognards. Comme beaucoup de privilégiés ayant ces idées libérales et généreuses, pour la liberté, la justice, c'est au départ plutôt superficiel.

    Il n'en voit pas les implications.

    20-site-temps-et-les-viel.gifComme beaucoup de personnes avant lui, il faut qu'il soit plongé dans l'horreur absolue pour que ses yeux se dessillent et qu'il comprenne que lutter contre l'injustice et la haine, c'est d'abord en actes que cela se fait, en actes différents selon chacun, mais en actes.

    Il est quand même ironique et frappant que pour changer vraiment les choses, que pour prendre conscience de la vanité des aspirations individualistes, il faille que l'être humain passe par justement l'horreur absolue, nous ne devrions pas en avoir besoin, et pourtant. Beaucoup franchissent rapidement la première étape qui est de s'indigner, d'être en colère ou non. La deuxième est une marche beaucoup plus difficile à passer.

    Et lui, en tant qu'artiste, il le fait par ses œuvres qui ne sont pas simplement des pensums à message, lourds et didactiques, mais largement universels.

    Des cinéastes espagnols s'inspirent encore de Goya, comme Alex de la Iglesia ou Guillermo del Toro, mais c'est là encore un écho largement amoindrie des cauchemars de Goya qui n'avaient pas besoin de créatures fantasmatiques pour évoquer la terreur que lui inspirait la sottise humaine.

    Cependant, dans les œuvres de l'un et de l'autre subsistent malgré tout quelques images fugaces qui le rappellent, ainsi celle-ci dans « le Labyrinthe de Pan » de Guillermo del Toro.

    Mais leurs rêves sont trop marqués par le monde, encore trop étriqués, trop sages.

  • L'élégance et la générosité de Cassavetes

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    Sur Agoravox aussi

     Dans sa chambre, il y avait la photo ci-dessous au mur, juste en face du lit. elle aimait cette photo, elle trouvait Cassavetes beau. C'est pour cela que je me suis intéressé à ce cinéaste au début, et non pour seulement l'amour de l'art. C'est ainsi que l'on vient à Cassavetes, par l'humain, par les sentiments, par l'amour, comme dans un de ses films.

    love-streams--torrents-d-amour-1985-02-g.jpgPeter Falk étant décédé hier, c'est l'occasion ou jamais de parler d'un cinéaste avec qui il a beaucoup tourné, qui est John Cassavetes (note : on aurait aussi pu évoquer son rôle dans « les ailes du désir » de Wim Wenders, l'autre meilleur film de Wenders avec « Paris Texas » et « l'Ami américain », où il joue un ange « déchu » devenu homme), son ami le plus proche en même temps. On connait surtout Peter Falk pour Columbo, dans lequel d'ailleurs Cassavetes avait tourné, le rôle d'un chef d'orchestre criminel. Avec Peter Falk, il a d'ailleurs réalisé quelques épisodes de la série du lieutenant de police au cigare dégoûtant et à l'imper fripé. Pour le plaisir de travailler avec un ami et aussi pour gagner de l'argent pour les films qu'il tournait en douce du système des studios depuis longtemps.

    John Cassavetes dans son avant-dernier film, « Love Streams », raconte l'histoire d'un frère et une sœur, jouée par Gena Rowlands, très maladroits dans leurs relations d'affection aux autres, qui ont tellement de mal à s'aimer eux-mêmes qu'ils n'arrivent pas à ressentir de l'amour vrai pour d'autres.

    Mais pour eux l'amour est encore quelque chose d'important : les amis, la famille, ceux que l'on aime.

    On y sent toute sa générosité, son sens de l'autre, son sens de la famille au sens large.

    On ressent également, en regardant une image de Cassavetes dans ce film toute sa fatigue, sa lassitude de se battre contre des « moulins à vent », la lassitude de ceux qui savent que la création ce n'est pas une chose quantifiable, réductible en quelques formules, que cela n'a pas à être utile, à communiquer un message quelconque, mais à partager avec le spectateur une émotion, quelque chose entre la joie et la peine.

    « Love Streams » fait partie des films plus « méditerranéens » de Cassavetes », on y parle fort en bougeant les bras, on gesticule, on crie, on se dispute. Et puis on se réconcilie le soir venu autour d'une bonne tablée, comme dans « une femme sous influence », ou dans une moindre mesure dans « Minnie et Moskowitz », film romantique de Cassavetes qui raconte l'histoire de deux « losers » déjà mûrs qui finissent par former un couple contre vents et marées :

    une new-yorkaise distinguée et un gardien de parking un peu trop chevelu.

    Cassavetes est mort il y a près de vingt-deux ans, épuisé de se battre contre les grandes compagnies dirigés depuis les années 80 non par des producteurs qui aimaient le cinéma, mais par des technocrates et des gestionnaires recherchant surtout le profit, la blague du « Nouvel Hollywood » étant disparue depuis longtemps.

    Même si ces producteurs de l'âge d'or aimaient aussi beaucoup l'argent et la réussite de leurs productions, même si ils étaient la plupart du temps complètement dingues aux yeux du pékin moyen, tel Darryl F. Zanuck, force restait au cinéma.

    Cassavetes aimait passionnément le cinéma, à la manière de tous les autres grands de cet art, et comme les vrais cinéphiles l'aiment, à savoir pour conjurer l'angoisse, pour fixer sur la pellicule le plus d'émotions, pour s'ouvrir le plus possible à des centaines d'univers, pour partager avec le public dans la salle tout ce que l'on peut ressentir au cinéma.

    Beaucoup se souviennent surtout de Cassavetes dans des films dits de genre célèbres comme « The dirty dozen » où il joue un des salopards, ou dans « The Fury » dans Brian de Palma dans lequel il est un agent secret mégalomane qui finit par mourir à se prendre pour dieu.

    meurtre_d_un_bookmaker_chinois,0.jpgEt bien sûr, il aussi été le héros de « Johnny Staccato », une série policière sur un détective qui est en même temps un pianiste de jazz fauché. On y entend du « be bop » doux et nostalgique, un rien dissonant, annonçant la suite, l'époque qui s'amenait à grands pas ensuite, celle de l'hyper-consumérisme, du sur-anonymat, des mystificateurs en tout genre qui vendent leur camelote au gogo. Cette série tient du « noir », du vrai polar, sans le côté didactique obligatoire qui suivra plus tard.

    Et finalement, on peut se dire que les films que réalisera Cassavetes sont empreints de la vision du monde d'où découle le polar, qu'il utilisera dans ses réalisations les mêmes codes visuels, sans pour autant raconter une histoire de détectives ou de criminels, sauf dans « Gloria » avec Gena Rowlands dans le rôle-titre (oubliez le remake à la noix avec Sharon Stone) ou dans « Meurtre d'un bookmaker chinois » avec Ben Gazzara.

    Dans « Gloria », Gena Rowlands est une ancienne danseuse de cabaret louche, ancienne petite amie d'un ponte de la mafia. Elle habite à côté d'un comptable du « syndicat » qui se fait assassiner car il a trahi. Le petit garçon de ce comptable se réfugie chez elle. Pourtant seule, n'ayant rien à perdre, elle se prend de l'aider et finit par le sauver, sans doute en y laissant la vie, la dernière scène, de retrouvailles avec Gloria, étant sans doute un rêve du petit.

    Dans « Killing of a chinese bookie » Ben Gazzara est le propriétaire d'une boîte un peu minable. Devant de l'argent à des truands, il n'a que quelques heures pour réunir une somme importante. On y voit tous ses efforts absurdes, le vide apparent de la vie du personnage, Cosmo, qui n'a pas de famille ou de relations amoureuses, son humanité derrière ses attitudes de pseudo-affranchi. Pour rembourser, il doit tuer quelqu'un, ce qu'il fera, mais ça finira mal quand même.

    Ces deux films « noirs » de Cassavetes tiennent de la même veine qu'une des meilleures adaptations de Raymond Chandler qui est « The Long Goodbye » de Robert Altman, avec Elliot Gould, ou que justement « l'Ami américain » de Wenders, qui lui aussi s'inspirera des codes et du style des films de genre pour réaliser ses films.

    De plus comme Altman et Wenders, Cassavetes reste humble devant son sujet, il n'a pas de « doxa » quelconque à vendre, de vulgate à promouvoir, comportements répandus en France parmi les réalisateurs de films de genre, ce qui gâche souvent leur propos. Cassavetes ou Altman n'ont pas besoin de gros sabots idéologiques pour faire passer la vacuité des non-lieux modernes qui se multiplient, du vide total des aspirations des esclaves dociles de la modernité, de leur soumission aux normes et à l'argent.

    Le jazz est d'ailleurs au cœur d'un des ses premiers films : « Shadows », qui raconte l'histoire d'une jeune fille noire-américaine, incarnée par Lélia Goldoni, à la peau très claire et les conséquences de ce qui est pour elle un handicap, car elle est trop « blanche » pour les autres personnes de sa communauté, et trop « noire » pour les blancs. Le financement de ce film commença avec un appel de Cassavetes lancé à la télévision américaine, ce qui permit de recueillir les premiers fonds. L'histoire fut improvisée au fur et à mesure avec les acteurs et Cassavetes, le plus souvent sous la contrainte de lieux obligatoires de tournage.

    On note que la liberté de tourner caméra « au poing » ou « à l'épaule », célébrée par la « Nouvelle Vague » en France au même moment, implique des exigences artistiques supérieures pour donner une cohérence au film. Cassavetes n'est pas très loin d'Orson Welles dans son travail, qui subit les mêmes contraintes, obligé pour une scène de « Othello » de tourner dans un hammam turc du fait de la difficulté pour lui d'acheter des costumes « d'époque » aux acteurs.

    Pour essayer d'avoir un peu plus de liberté, il tenta ensuite de tourner un film plus grand-public, plus commercial, et aussi très larmoyant, « A child is waiting », avec Burt Lancaster et Judy Garland vieillissante, mais qui n'eut pas assez de succès pour lui donner les coudées franches. Car Cassavetes, on ne se refait pas, refuse d'y chausser de gros sabots et s'y montre subtil, la subtilité ce n'est pas très vendeur.

    Cassavetes a aussi tourné des films « choraux » comme « Faces » ou « Husbands » dans lesquels il fait le portrait de plusieurs personnages, sans pour autant sombrer dans la facilité d'en faire des archétypes ou des icônes, comme ces trentenaires/quadragénaires tournant des réalisations consistant pour une génération à se regarder le nombril. Et pourtant les maris de « Husbands » sont objectivement des minables, des types un peu nuls, comme le sont au moins de temps en temps tous les maris. Mais ce sont aussi des types attachants qui ont du cœur et qui savent le montrer.

    252_box_348x490.jpg« Faces », où l'on voit Tim Carey, que l'on retrouve aussi chez Kubrick (dans « l'Ultime Razzia »), ou encore John Marley qui est aussi dans « le Parrain » de Coppola, rappelle un roman de Don DeLillo avant l'heure, avec ses personnages comme surexposés, et esquissés au crayon noir comme s'ils n'étaient que des ombres. On parle beaucoup dans les films de Cassavetes, on parle encore plus dans « Faces » qui est assez long mais jamais lourdingue. Ce film montre que l'humain, ce qu'il a dans le cœur et l'âme, est toujours fascinant, même si cela engendre des sentiments forcément contradictoires. Et ce que l'on en retient, c'est aussi sa générosité.

    La générosité, voilà ce qui manque au cinéma actuel, y compris le pseudo cinéma indépendant...

    Tout comme l'élégance.

    Ci-dessous, le thème musical de "Johnny Staccato" et la bande annonce de "Shadows"

  • Un racisme dont on ne parle pas – à propos de la manifestation asiatique de Belleville pour la sécurité

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    Provoquera-t-il des indignations sur Agoravox ?

     En France il existe un racisme dont on ne parle pas, un racisme à l'endroit d'une communauté habitant notre pays, venant de nos anciennes colonies. Ce sont les personnes d'origine asiatique, qui vivaient pour la plupart en Indochine, et aussi de Chine. Il semble cependant que ce racisme ne soit pas si grave. De toutes façons, les blagues sur les asiatiques sont considérés comme anodines d'où qu'elles viennent, même quand elles accumulent clichés ethno-différencialistes sur clichés ethno-différencialistes comme par exemple dans les films de ces deux vedettes du comique moderne issus pourtant tous les deux des « minorités visibles ».

    ALeqM5gLEZkgse4scUcmpA_27Bco03fi0w?size=lCela fait beaucoup rire les autres « minorités visibles » et permet aux « souchiens » de rire de clichés douteux sans scrupules ni culpabilité. Comme les deux humoristes sus-cités le font, il suffit d'invoquer le « second degré » pour se justifier.

    Pour la plupart, dernièrement, ceux de Belleville ont manifesté pour demander plus de sécurité, pour protester contre les agressions se multipliant dans leur quartier ainsi que la violence souvent raciste à leur égard.

    On ne parle pas ici de français disciples éventuels d'un défenseur des petits boutiquiers, de marinistes, de « petits blancs », mais de français d'origine étrangère et d'immigrés, parfois sans-papiers, qui se font brutaliser ou dévaliser du fait de la couleur de leur peau ou de leur origine, car les voyous savent très bien que, ayant une culture les poussant à la discrétion, ils n'iront que rarement se plaindre.

    C'est cette dernière agression qui a amené cette nouvelle manifestation, un an après la première réclamant exactement la même chose : plus de policiers, et de sanctions contre les voyous les agressant :

    Jiang Hu, 32 ans, se baladait dans la rue de Belleville dans la soirée du 29 mai 2011 tout près du restaurant « le Nouveau Palais » bien connu dans le quartier. À la sortie de l’établissement, deux femmes se sont faites violemment agressées par trois hommes qui essaient par la force de dérober leurs sacs.

    Jiang saisit rapidement son téléphone portable pour photographier les voleurs en photo et pour que la police dispose des preuves. Les agresseurs se retournent alors contre lui pour lui voler son smartphone.

    Assailli brutalement, Jiang tombe et sa tête heurte le sol. Sa vie est maintenant en danger, il ne peut plus vivre sans assistance respiratoire ni soins constants.

    Après ce qu'il a subi, ces inqualifiables violences à caractère raciste, on aurait pu s'attendre aux protestations de la LICRA, du MRAP ou des « indignés », mais comme la sœur Anne de « Barbe Bleue », on n'a rien vu venir : aucun ténor de la vie politique, concerné par les droits de l'homme, ne s'est exprimé sur le sujet, aucun philosophe médiatique n'a pris position...

    On se demande pourquoi ?

    Sérieusement.

    Il faut dire que les asiatiques exagèrent et ne jouent pas le rôle de victimes qui devrait être le leur comme il convient, de victimes de la colonisation, et du racisme des européens j'entends, des victimes des affreux « souchiens » donc.

    Scandaleusement, ils passent leur temps à travailler, parfois même à se faire exploiter par d'autres asiatiques dans des ateliers clandestins 80 heures par semaine sans que cela n'émeuve beaucoup les belles consciences de notre beau pays.

    Ils ne sont pas pour grand-chose dans l'insécurité et n'ont pas de revendications particulières concernant leur religion, pas de signe religieux ostentatoire, pas de statut de la femme particulier à demander. Et en plus ils veulent s'intégrer pour leur grande majorité à la République Française, devenir des citoyens responsables sachant prendre la mesure de leurs devoirs envers la communauté.

    Je ne saurais trop leur conseiller donc de cesser de s'occuper de leurs magasins et de leurs restaurants, de pousser leurs jeunes à vendre de la drogue un peu partout, et aussi à diversifier les trafics dans les « cités », à se battre entre bandes rivales etc...

    Et ensuite là, seulement, de manifester, il y aura beaucoup plus de monde...

  • Le petit Nicolas au bureau ?

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     Tout le monde se souvient du personnage de Goscinny, le petit Nicolas, ce petit garçon turbulent, pas très travailleur et finalement émouvant, car les pages des livres où il apparaît, dessiné comme ses camarades par Sempé, ont toutes un doux parfum d'enfance. On connait tous le même genre de personnages que l'on peut identifier à un

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    camarade d'enfance. A l'âge adulte, on constatera que ceux-ci gardent exactement le même caractère, défauts et qualités incluses.

    Dans les aventures du « petit Nicolas », ses copains sont des archétypes qui permettent de s'identifier immédiatement à l'un ou l'autre, tout comme les personnages adultes, ils tiennent un « emploi » en lien avec leur physique et leur apparence comme dans les comédies :image du "Ass kisser" prise ici sur cet excellent blog

    Il y a Alceste, le gros gourmand, légèrement goinfre, pas du tout complexé, Agnan, le premier de la classe type, obséquieux et délateur, le fayot, Rufus, celui dont le Papa est policier et qui ne vit qu'à travers l'image de son père symbolisée par son sifflet d'agent de police, Eudes, le costaud, la petite brute au coeur tendre, Maixent, le radin, l'égoïste, Clotaire, le dernier de la classe un peu lent, Geoffroy, le gosse de riches, le petit coq de la cour de récréation qui plaît aux filles, et bien sûr Marie-Edwige, la petite maligne qui sait se faire obéir au doigt et à l'oeil de ses parents et des garçons en battant des cils.

    Il y a aussi les adultes : le Papa de Nicolas est le gaffeur, le type maladroit et distrait, gentil, qui se fait houspiller constamment par ses patrons, sa Maman, qui est toute en maternité comme on la voyait dans les années 60, avec parfois des vélléités d'indépendance, sa Mémé, la belle-mère insupportable, horriblement invasive qui gâte trop Nicolas, la Maîtresse, qui veut se donner des apparences de sévérité et de sérieux imperptubable, et qui laissse transparaitre souvent son amusement et sa tendresse envers les élèves, le Directeur de l'école, le type même du notable, du chef de service prétentieux, et bien entendu le pion, un brave homme un peu borné, « le Bouillon » et parfois monsieur Mouchabière qui le supplée, le stagiaire éternel, qui garde un physique d'adolescent prépubère jusqu'à la quarantaine.

    Ce genre de personnages tenant ces « emplois », on les retrouve dans la vie professionnelle, au bureau, à l'atelier :

    Il y a le « coq de bureau », celui que l'on retrouve à la machine à café, qui tient souvent concile dans l'« espace détente » avec ses admirateurs/trices à l'affût du dernier ragot colporté dans l'entreprise. Il est très jaloux de ses prérogatives et ne supporte pas la « concurrence » des autres coqs, bien que parfois, vieillissant, il doive abandonner du terrain et laisser les poulettes aux jeunes coqs qui sont souvent d'anciens « fayots ».

    Le « fayot » d'entreprise se met toujours au premier rang lors des stages, il applaudit à tout rompre à la fin et rit à gorge déployée, mais on sent qu'il se force, aux blagues du formateur, encore plus quand celui-ci est le patron. Le « fayot » a toujours l'air de sortir de sa puberté. Souvent, pour se vieillir, il se laisse pousser la barbe pour donner l'impression d'être plus viril et plus autoritaire, ce qui lui permettrait aussi d'en imposer à la basse-cour, aux pondeuses et en quête d'inséminateurs, aux dindes et aux oies.

    On retrouve toujours un « Clotaire » parmi les archétypes du bureau, un type un peu voûté, un peu lent qui fait rire tout le monde quand il sort des énormités sans se rendre compte de ce qu'il dit. Pendant les stages, il est bien sûr à côté du radiateur, c'est le repoussoir du formateur qui défoule souvent sur lui son agacement de redire les mêmes choses, souvent absconses (souvent une formation ne sert à rien, strictement à rien du tout à part permettre au responsable de celle-ci de voir s'il est au point quant à la maîtrise de « Powerpoint »).

    Le « Directeur » du « Petit Nicolas » se retrouve dans la plupart des chefs de service couperosés ou non, on retrouve la même grandiloquence administrative si l'on peut dire, les mêmes discours pompeux enrobés de lieux communs. On le retrouve dans les formateurs, les clients « habitués » de l'entreprise, tous ceux qui en règle générale s'écoutent parler au bureau. Il s'entend généralement très bien avec le « Maixent » du bureau, celui qui ne vit que pour son intérêt, que pour sa réussite, quitte à marcher sur le dos de tous ses autres collègues, à leur « tirer dans les pattes » et balancer sur leur cas les ragots les plus infects. Le « Maixent » du bureau se fait souvent passer au départ pour un fayot type, tout en obséquiosité, ruminant le fiel de ses rancoeurs et jalousies malgré tout.

    Au bureau, il y a toujours comme Alceste un « bon vivant », un gros de service, qui a un bon coup de fourchette. Il a toujours quelque chose à manger dans son bureau. Il est souvent le spécialiste des blagues de fin de banquet, un peu lestes. On le trouve très « sympa », très « vivant » « malgré son obésité » et ses complexes rentrés et bien cachés qui lui font risquer de devenir peu après un « Maixent » rondouillard qui vit encore chez sa mère à quarante ans passés. Il a le physique d'un « Directeur » mais pas l'esprit. Il se double la plupart du temps du rigolo de service. Il est toujours prêt à aider les petites stagiaires qui battent des cils comme Marie-Edwige, et lui rient au nez quand il devient sérieux et parle d'amour.

    Il y a beaucoup de « vraies » Marie-Edwige au bureau, et de « fausses », qui croient en leur pouvoir de séduction qui se limitent surtout au fait qu'elles ont « du chien » comme disait nos grands-mères, qu'elles savent mettre en valeur leurs maigres, ou amples, charmes, et les coller sous le nez des mâles reproducteurs du coin, qui plus est si ceux-ci disposent d'un salaire confortable.

    On trouve enfin évidemment toujours un « pion » comme « Le Bouillon » dans un bureau, un brave type la plupart du temps, un peu limité cependant, qui est « jugulaire-jugulaire », pour l'application des règlements à la lettre, au mot près. Il surveille ses petits camarades, il dénonce parfois, en toute bonne foi, en toute sincèrité. Il ne cherche pas à en tirer avantage, il veut que l'on applique les règles c'est tout. Je suis sûr que si on le poussait un peu il leur donnerait des « lignes » à copier parfois.

    ci-dessous, un "winner" vous donne des conseils

  • Saint Coluche - Rigolo et martyr

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    Sur Agoravox c'est pas bien de déboulonner les idoles...

     Du fait de l'anniversaire de sa disparition il y a vingt-cinq ans, la télévision a diffusé le film de de Caunes, « biopic » lisse et sans trop d'aspérités soutenu malgré tout par son interprète, François-Xavier Demaison, on reparle de Coluche, des Restaus, de sa campagne à la présidentielle en 1981, et peu de son humour en fait. D'un côté on en fait un saint laïc, une figure inattaquable, de l'autre un histrion parfois lugubre, parfois pathétique selon le cliché qui veut que les rigolos soient des types torturés et taraudés par plein de questions existentielles.

    image prise ici

     

    Coluche-bras-d-honneur_pics_390.jpgJe me souviens encore de l'article de Christine Clerc dans « le Figaro » à l'époque, qui sentait le sentiment qu'elle prenait sa revanche, alors que maintenant elle l'encense se prétendant presque coluchienne (de garde).

    Comme la plupart des adolescents des années 80, nous l'écoutions à la radio sur Europe 1 quand nous étions au collège, nous nous répétions ses blagues pas d'un humour d'une folle élégance, moins littéraires que Desproges, moins fines, mais qui faisaient rire souvent sans trop de prétentions. Comme disait justement Desproges c'était « le Vermot avec des poils ».

    On avait tous regardé son « Droit de réponse » dont nous n'avions pas perçu le grotesque ou le pathétique, pour nous c'était simplement un adulte qui se déguisait comme un gamin et se moquait des gens qui se prenaient au sérieux, ce que nous avions également compris pendant sa campagne à la présidence.

    Son émission qui a suivi deux ans plus tard sur « Canal + », « Coluche 1 Faux » était bordélique, c'était souvent n'importe quoi mais ça nous suffisait (à ce lien le réquisitoire des "Flagrants Délires" contre Coluche, après la présidentielle de Mai 81).

    Je me souviens du moment où lancé l'idée des « Restaus du coeur ».

    Au début d'ailleurs, l'idée était certes de nourrir les pauvres, mais aussi et surtout de frapper du poing sur la table et provoquer une réaction des gouvernants, réaction qui n'a pas eu lieu, ceux-ci se satisfaisant maintenant de l'institutionnalisation des Restaus qui suppléent à leur incompétence en matière sociale, ou à leur cynisme maintenant carrément affiché, et à l'indifférence profonde du reste des bonnes gens qui finalement s'en foutent des pauvres.

    En matière d'indignation, c'était quand même du concret.

    Je me fous un peu que Coluche ait pris des drogues, ait bu un peu trop d'alcool ou se soit laissé aller à des beuveries. C'est un peu le problème de tous les créateurs qui sont tous des ogres qui ne veulent pas un ou deux verres mais plusieurs bouteilles de Champagne, qui ne mangent pas un ou deux huîtres mais douze douzaines. On peut avoir plus de tendresse et de sympathie pour les ogres que pour les gentils elfes qui chipotent sur la bouffe et la boisson.

    Cela ne donne pas plus de talent, cela n'en enlève pas.

    C'est souvent trompeur quant au talent, son interprétation dans « Tchao Pantin », excellent film noir français et non classique platement filmé comme j'ai pu lire sous la plume d'un critique maniaco-dépressif mormon, un de ceux qui écrit dans les «Inrocks» toutes les semaines sa petite chronique à la fois méprisante et méprisable. Les autres films de Coluche, dans sa veine comique, ne sont pas si nuls qu'on l'a dit. C'était l'émanation d'une époque, en les revoyant dernièrement, j'ai trouvé qu'ils avaient un ton curieusement désuet de nos jours, un ton moins cynique que les comédies actuelles où l'on se croit obligé de faire de la dérision à trois francs six sous. Ils faisaient au moins rire.

    Toute la révérence autour du personnage m'emmerde prodigieusement, et l'aurait certainement bien emmerdé.

    Cette révérence obligatoire c'est un peu la revanche des médiocres ordinaires ou des cuistres quotidiens, des enfoirés quoi, qui se ménagent leur petite place bien à eux dans un coin, leur antre confortable, et qui restent surtout bien obéissants envers les puissants et les riches, ceux qui disposent du pouvoir, qui ne remettent jamais rien en cause par peur de devoir abandonner leur planque, qui font dans la grande déclaration ronflante mais ne vont pas plus loin.

    Il y en a pour dire qu'ils nous manquent et qu'il faudrait un nouveau Coluche (un nouveau Desprogres, un nouveau Le Luron...etc). Coluche était plus drôle au début qu'à la toute fin, quand ça devenait franchement gênant, pour lui, excepté les deux émission avec Denisot au moment de Cannes, l'une effectuée sous l'eau dans la piscine du Martinez et l'autre costumé en starlette aguicheuse.

    Et bien sûr, le mariage avec le Luron reste un grand moment de foutage du monde qui était vraiment irrévérencieux et excellent.

    On est loin également des types qui veulent faire rire, en ayant l'idée de changer le monde et de sortir des blagues concernées derrière : Je suis un comique mais je suis aussi un citoyen d'élite fédérant aussi bien les chrétiens de gauche dépressifs que les bourgeois bohèmes du Xème voire les libéraux-libertaires rurbanisés.

    C'est pour cela que ça agace quand on dit souvent que des humoristes comme Stéphane Guillon, ou surtout Christophe Alévêque, qui se présente aux présidentielles de 2012 sont les héritiers de Coluche (comme ils sont aussi selon les médias ceux de Bedos, en viager quant à lui, mais aussi de Desproges qui s'en retournerait dans sa tombe).

    Ils sont bien fades au bout du compte et totalement en connivence avec le pouvoir et les puissants comme d'autres.

    On oublie souvent en plus de parler de Choron quand on parle de Coluche, à mon avis bien plus impertinent et jamais là où l'on l'attendait.

    Ce n'est pas pour rien que Choron s'est fait courser par les huissiers toute sa vie et ne comptait plus les contrôles fiscaux. Maintenant les comiques ne prennent plus de vrais risques (« il faut penser aux part de marché, coco »), on passe à la télé, on montre son cul, on pète en direct, on rote ensuite (quelle audace !), on fait un film drôle visant la cible des ados décérébrés post-pubères, ensuite on fait son film sérieux et on finit chez Arthur à ricaner d'un type qui glisse sur une bouse dans son jardin. Bien sûr, on ne se risquerait pas à mettre les pieds dans le plat pour de bon. Les « colucheries » des descendants se sont normalisées, même « les Nuls » ou « les Robins des bois ».

    Prendre le risque de sortir du rang, en temps de crise, c'est moins bien vu.

    Le troupeau ne veut pas voir une tête qui dépasse, il veut une critique bien intégrée à ses schémas mentaux, qui ne le choque pas dans ses certitudes et dans les apparences qu'il se donne.

    Ci-dessous un de ses sketchs

  • Message personnel à une jeune femme moderne

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     Il y a quelques temps, j'avais écrit ceci. J'ai pu constater non sans amusement que ce petit texte était le premier lu sur mon blog et qu'il avait suscité des réactions sur ton espace du « Livre de visages ». Oui, je sais, c'est immoral, c'est mal d'être allé regarder ces réactions. C'est un peu le « screwball » commencé il y a vingt ans qui continue. C'est en l'occurence comme des préliminaires qui durent depuis deux decennie, des préliminaires qui s'éternisent, me feras-tu remarquer, et en plus devant tous les passants.

    Mais les préliminaires c'est ce qu'il y a de meilleur en amour, non ?

    Quant à ce message, on pourra dire qu'ils viennent au choix d'un pauvre type caustique qui vit dans ses souvenirs ou d'un amoureux qui se fait encore des illusions...

    Peu m'importe.


    FRANÇOISE HARDY - Message Personnel par Pat-Sera

  • La haine modern-style

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     "L'homme ne s'avise jamais de se mesurer à son cercueil, qui seul néanmoins le mesure au juste."

    « Sermons » de Jacques-Bénigne Bossuet

    Image, toile de Francis Bacon intitulé "Figure with Meat" prise ici

    Francis-Bacon-Figure-with-Meat-1954-Huile-sur-toile.jpgLa haine est un des sentiments les plus effrayants dont les êtres humains, ces primates lamentables, « sans qualités », sont capables, beaucoup plus que l'amour d'ailleurs, qui est systématiquement porté en dérision de nos jours. C'est d'autant plus effrayant que l'on a peur de s'y laisser aller, et que l'on y prenne garde.

    L'amour est perçu comme étant ridicule, vaguement incommodant, inconfortable car il coupe de la fausse douceur du troupeau, peu respectable. La haine, l'agressivité, la violence, la dérision aussi, qui en est une autre forme, sont au contraire vues comme étant le privilège des esprits forts, de ceux qui sont des vainqueurs, qui savent se faire respecter.

    Je ne parle même pas des croyants qui osent parler d'un Dieu d'Amour voire des idéalistes qui parlent de partage, de fraternité, de gestes de charité concrets, ils sont tout de suite moqués, jetés comme le bébé avec l'eau du bain. Ce qui est au fond incompréhensible pour le monde moderne, c'est justement l'amour de Dieu pour sa créature.

    Si elle est terrifiante, la haine moderne est aussi vraisemblablement séduisante, malgré sa facilité, peut-être justement à cause de celle-ci, terriblement fascinante aux yeux de tout le monde.

    La haine de soi mène rapidement à la haine de tous les autres.

    Si l'on est incapable de s'aimer, comment pourrait-on aimer les autres ?

    On ne s'aime que rarement soi, on aime bien le personnage que l'on joue, qui permet d'oublier combien l'on est faible et médiocre au fond, et facilement gagné par la boue dans laquelle on se roule au bout du compte avec délices plutôt que de chercher à s'élever.

    Image ci-dessous, montrant les violences au stade du Heysel prise ici

    25878_111438875537309_111342235546973_267574_4458704_n.jpgJouer la comédie, se fabriquer un personnage, c'est tellement plus facile que d'affronter sa propre vérité, que de regarder en face ce que l'on voit dans son miroir chaque matin. La haine de soi implique le dégoût de la vérité toute nue, de la vérité des faits, de s'apercevoir qu'au fond l'on se fait beaucoup d'illusions sur soi. En un sens, c'est normal, voire légitime, ou humain, sauf quand ces illusions mène au dégoût de soi et de l'entourage. Les moins protégés contre ces illusions que le désir inassouvi entretient sont les plus jeunes qui sont devenus depuis quelques années des cibles pour les marchés.

    Comme le dit Robert Musil dans « Les désarrois de l'élève Törless » (1906) :

    « Les sentiments empruntés aident les jeunes gens à franchir le terrain psychique si dangereusement mouvant de ces années où l'on voudrait tant être quelqu'un alors qu'on n'en a pas encore les moyens. »

    Ce qui est étrange est que cette haine réelle, concrète, tangible, va de pair avec l'affirmation d'un humanitarisme béat et universel reposant sur deux ou trois clichés et l'affirmation exaltée de lieux communs bêtifiants qui n'ont jamais rien changés à quoi que ce soit. L'individu moderne a le culot de justifier sa haine, sa rancœur, sa frustration en se faisant pour le champion du bien, seul contre tous.

    A notre époque de moyens de communication de plus en plus développés et performants, on pourrait croire que la haine, que les haines reculent. Finalement, il n'en est rien, c'est même plutôt l'inverse, elles circulent encore plus rapidement qu'avant et elles se diversifient un peu plus chaque jour, elles se cristallisent, se cuisent et se recuisent, finissent par sentir de plus en plus mauvais, en particulier grâce à l'Internet.

    Ces haines vont dans tous les sens, elles ne sont pas l'apanage d'un parti ou d'un autre, d'une idéologie ou d'une autre. Elles conduisent à abandonner toute nuance, à nier toute possibilité de contradiction à celui qui ne pense pas de la même manière.

    Certains parlent souvent du danger du retour des heures les plus sombres de notre histoire, selon la formule consacrée, du fait de déclarations souvent bénignes et de bon sens quant aux causes de l'insécurité, et sur l'intégrisme le plus dangereux, qui cause souvent des victimes dans l'indifférence quasi-générale surtout si celles-ci n'entrent pas dans la grille de lecture du « storytelling » politique dans le vent ces temps-ci, qui permet de raconter et de se raconter beaucoup d'histoires pour se mettre en valeur.

    La société hyper-consumériste fait de l'être humain un puits sans fonds de désirs sans limites, de désirs qui doivent absolument rester inassouvis pour que le système continue de fonctionner. Il veut pouvoir réussir comme les modèles qu'on lui présente, il veut pouvoir avoir la même apparence que celle qui est préconisée dans la publicité pour les hommes et les femmes, il veut tous les objets qui lui sont montrés comme absolument obligatoires à sa dignité. Il y a dans cette affirmation du désir l'alliance objective des libéraux et des libertaires ainsi que le rappelle ce slogan de « Mai 68 » :

    « Prenons nos désirs pour des réalités ! »

    Bien sûr, quand l'individu n'arrive pas à obtenir tout cela, cela crée beaucoup de frustration de la rancœur, de la colère, de la haine, des jalousies puissantes. Pour sublimer cette violence, pour lui donner une impression d'honorabilité, on lui alors donne différents prétextes :

    politiques, artistiques et j'en passe.

    On justifie d'abord la haine en affirmant que c'est l'autre qui est haineux.

    On la justifie également et de plus en plus en la faisant passer pour la défense de grandes causes, quitte à ce que la pseudo-défense d'un peuple cache, mal, un racisme comme les autres.

    C'est dur d'avouer, de s'avouer qu'en fait, c'est parce que l'on ressent de la haine, en particulier envers soi, que l'on joue cette comédie du rebelle, de l'outsider, de l'artiste incompris, du génie des Carpates méconnu, forcément.

    Et parfois à juste titre simplement.

    La sublimer permet d'en faire porter le chapeau, la responsabilité, à d'autres que soi. C'est la faute de l'autre, c'est la faute de sa famille, de ses amis, de l'école, des profs, de son chef de service, et j'en passe, si l'on hait autant.

    Image ci-dessous prise ici

    2009_03_19_Jeunes_Violents.jpgOn sait bien pourtant que la haine, elle vient de soi-même, mais le reconnaître c'est reconnaître que le personnage que l'on joue est complètement virtuel. Et ça c'est trop compliqué, car on finit souvent par croire que ce personnage c'est nous. C'est la vie qui devient virtuelle, l'amour, que l'on vit par procuration, en rêvant sur le passé, sur son enfance, son adolescence idéalisées car si l'on ne veut pas reconnaître ses haines, sa violence, ses frustrations, on ne veut pas non plus reconnaître que l'on a mûri, que l'on est devenu adulte, quitte pour cela à se laisser tenter par l'autodestruction engendrée par un mode de vie que l'on imagine encore jeune.

    D'où le romantisme autour de l'alcool ou de la drogue. On ne veut pas remarquer qu'un alcoolique c'est un type, ou une femme, souvent lourdingue, et non un poète qui se trouverait l'inspiration en buvant, idem quant aux drogués.

    On notera que lorsque l'on essaie de revoir des amis d'enfance retrouvés sur le réseau, c'est toujours très difficile, on préfère continuer à rêver, et puis l'on sait bien au bout du compte que l'on n'aurait pas grand-chose à se dire.

    Tout comme les mouvements de rébellion vécus par d'autres à l'autre bout du monde, on a vraiment l'impression d'en faire partie en étant bien au chaud derrière son écran, dans un pays riche, où le risque de guerre civile est minime.

    Les scènes montrées dans "Orange Mécanique", voir di-cessous, se sont comme banalisées, on a pris l'habitude du fait de la banalisation du mal...

    A ce lien, un texte d'Hannah Arendt sur la banalité du Mal

  • La ballade des echinodermes - une chanson pour maintenant

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    Je trouve que cette chanson parle parfaitement de ce qu'est notre société, et notre monde...

  • "Indignés" ou "festivistes" ce n'est toujours qu'une question de nombril(s)

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    En débat sur Agoravox

     Dans la ville que j'habite, il y a souvent des fêtes dites « citoyennes » ou « équitables », ou responsables quant au développement durable, ou artistiques mais aussi là encore responsables et engagées, organisées par la mairie, dans le but louable de réunir tous les habitants de la bourgade, une petite préfecture coincée entre deux capitales régionales voire trois, complexée de son statut. Il y avait il y a quelques temps encore une « fête de la pomme » populaire dans laquelle tout le monde se retrouvait, les plus jeunes, les adultes et les personnes âgées qui partageait l'histoire de leur département et de leur région avec les enfants et les adolescents, il y avait quelque chose qui se transmettait, une fierté de se retrouver ensemble, quel que soit le quartier dont on venait d'ailleurs.

    Il y avait là une véritable possibilité d'intégration de tous les « horsains »...

    Mais une vraie fête se doit d'être « citoyenne » donc aussi d'être utile et d’œuvre aux yeux des responsables locaux, qui ont bien appris la doxa idéologique dans le vent, pour la diversité.

    Une fête qui part de l'identité du lieu et de la région pour réunir tout le monde, y compris les habitants d'origine allogène, c'est ringard selon les politiques qui font dans le sanglot coupable et la bien-pensance, et ce n'est pas encore assez clair. Il convient de chausser ses gros, très gros, très lourds sabots et d'organiser une fête de la Fraternité où l'on rabâche pendant plusieurs heures quelques formules qui font certainement plaisir entre la poire et le fromage mais qui ne mènent à rien.

    Au moins pendant une journée, les organisateurs de cet événement, voir à ce lien, ont eu l'impression d'être les bons apôtres qu'ils s'imaginent être.

    Dans quelques rues du centre-ville, par terre, en grand, à la manière de Ben, cet artiste à la mode il y a quelques années, devenu un pur de produit de marketing pour vendre un peu de tout, du papier toilette décoré par ses soins aux tasses à café portant ses slogans drôlement signifiants pour qui veut y comprendre quelque chose, ceux-ci tracé d'une écriture d'écolier, ronde, toute en pleins et en déliés, enfin l'écriture d'un écolier d'il y a quarante ans bien sûr.

    On dirait de ces phrases que les adolescents gravent au compas sur leur plumier, ce genre de sentences qu'ils croient définitives alors que ce ne sont le plus souvent que des lieux communs prononcés avec la même assurance déjà quelques décennies auparavant. D'ailleurs les slogans de Ben ont commencé à orner les trousses et les cartables des collégiens et des lycéens il y a quelques années déjà.

    C'est de l'art qui n'intimide pas le passant inculte, qui comprend tout de suite, il suffit de lire et d'y voir ce que l'on veut.

    Sur la place de l'Hôtel de Ville, des bandes de papier ont été accrochées à ce qui ressemble à des fils à sécher le linge pour le béotien ou le mauvais esprit que je suis. Sur la façade de la maison des Arts, des pantalons et divers habits ont été accrochés, je ne sais dans quel but.

    Sur les bandes de papier, on lit le même genre de clichés que l'on trouve par terre à la peinture blanche, des clichés qui ne font pas de mal, qui témoignent d'une envie de convivialité, mais très maladroitement exprimée.

    En même temps, près de la cathédrale dans un autre genre, il y a une fête de la bière organisée pour fêter les cinquante ans du jumelage de la ville avec une contrée allemande.

    Cela permet au moins de constater que ma bonne ville d'Évreux a également des « bobos » comme à Paris, pareils que les parisiens, tout aussi ridicules, prétentieux et grotesques, s'extasiant en surjouant l'émotion sur une phrase, prenant la pose comme pour une séance de shooting de mode devant une autre « œuvre » exposée. Tels les « bobos » parisiens chez qui ont sent tout de suite l'identité bourgeoise cachée derrière, l'ancêtre petit boutiquier ou rentier, on sent tout de suite chez le « bobo » rural le péquenot qu'il est resté au fond, un paysan qui se donne des grands airs car il n'a plus les mains dans la glaise.

    En 2011, en France, du fait de la destruction méthodique du lien qui reliait autrefois les habitants du pays, il faut bien essayer de trouver une solution à la désagrégation du corps social, le tout dû à ce que le philosophe Michel Clouscard appelle la société libérale-libertaire (tm).

    Il n'y a plus même de plus petit commun dénominateur entre un habitant de la Courneuve et un autre de la Courneuve.

    Ou plutôt si il en reste un, leur désir insatiable de consommer, d'acheter, de posséder le dernier gadget qu'il convient d'avoir dans sa poche ou dans son sac. L'individu ne se soucie plus tellement de prendre ses responsabilités ou d'assumer ses devoir des citoyen, un mot qu'il ne comprend plus, selon lui de toutes façons c'est fichu, le citoyen ne peut pas s'exprimer comme il voudrait donc c'est que la démocratie est morte à ses yeux.

    Il n'y a jamais vraiment cru de toutes manières à ce régime qui voulait le pousser à prendre son destin en main et à réfléchir, mais aussi, et c'est là que le bât blesse à faire un effort sur lui-même pour ne pas se cantonner à son égocentrisme, à arrêter de regarder ce que le voisin a en plus.

    La solution toute trouvée, facile, c'est d'organiser une fête, un événement festif, un coup de communication qui permette de ne surtout pas aborder les vrais problèmes de fond : à savoir pour maintenir le lien entre les citoyens, il vaudrait mieux s'intéresser à la question de l'Éducation Nationale, et de la formation en France, à tous ces écoliers et élèves en échec scolaire, handicapés culturels qui y gagnent surtout une complexe d'infériorité et une rancœur envers toute forme de culture, à la destruction du tissu associatif en banlieue et les problèmes que cela pose.

    Non, il est plus commode de sombrer dans ce que Philippe Muray appelle fort justement le festivisme.

    D'où l'utilité de se donner des ennemis même virtuels, même inoffensifs en fin de compte, des épouvantails utiles qui permettent de rester dociles et persuadés que le progrès continue sa course folle :

    « Homo festivus est pleinement satisfait par le nouveau monde homogène, mais, pour se donner l’illusion d’avoir encore un avenir, l’instinct de conservation lui souffle de garder auprès de lui un ennemi, un opposant absolu qui, parce qu’il s’oppose à lui absolument, lui permet de se croire lui-même vivant. »

    En l'occurrence, le fascisme et le retour aux heures les plus sombres de notre histoire dont on nous menace quand le festivisme est en danger ne naissent pas des épouvantails que l'on voit partout, que les beaux esprits rejettent, le totalitarisme naît de la banalité du mal dont parle Hannah Arendt dans son ouvrage « Eichmann à Jérusalem ». Le mal, l'arbitraire, naissent des braves gens que l'on croise tous les jours, dociles, prêts à tout accepter ou presque pour conserver quelques avantages matériels, prêts même à jouer la comédie, une comédie caustique et ironique sans le vouloir.

    Par exemple, c'est très bien de s'indigner mais c'est facile, et après, que fait-on ?

    Se sent-on réellement capable de construire ou d'aider à construire un monde plus équitable en abandonnant nos prérogatives d'occidentaux bien nourris et gâtés ?

    A partager nos richesses ? On voit qu'un indigné, même quand il gagne au loto, reste un consommateur rêvant d'avoir de plus en plus de temps de cerveau disponible occupé par la pub et les médias, et l'hyper-consumérisme.

    On notera quand même que le livre de Stéphane Hessel va être édité en Chine, ce qui montre qu'il n'est pas bien dangereux, sinon, je ne suis pas certain que la censure chinoise l'aurait laissé passer.

    arton176.jpgQuand la pilule est quand même un peu trop difficile à faire avaler, on garder sous le coude quelques pleureurs et pleureuses professionnels, hypocrites diplômés, parfaitement intégrés au système, se connaissant tous, jouant les emplois de bonnes consciences et de méchants officiels agrémentés par le système. Quand ces « méchants » mettent un peu trop leur grain de sel, ou prennent un peu trop le large, on les vire, et on les remplace par d'autres alibis.

    De même pour un représentant du système, qui en profite largement depuis longtemps, qui a un moment d'égarement d'honnêteté, on le punit par une campagne qui en plus peut donner l'impression d'être de salubrité publique.

    De toutes façons pour les petits bourgeois prétendument de gauche ou de droite sur la scène publique, ce n'est qu'une « balance » qui pourrait révéler le fond des choses : il s'agit surtout pour les plus privilégiés de continuer à profiter de leurs privilèges et de mettre leur progéniture à l'école bilingue du XVème à Paris, l'école des « filles et fils de » qui passent tous peu ou prou par là, y compris les filles et fils de grandes consciences de gôche, ou réputées telles qui trouvent cela totalement normal.

    On constate donc que le festivisme et ses fêtes « responsables et citoyennes », l'indignation organisée en « flash mob », ce n'est qu'une manière pour les bourgeois bohèmes ou non de célébrer leur nombril. Et non de reconstruire la société sur des bases plus saines.

    En illustrations, un homme libre, Bernanos, image prise ici et une femme qui l'était aussi, Simone Weil; image prise ici, aucun des deux n'avaient besoin d'organiser un évènement pour dire combien ils aimaient la liberté.

    ci-dessous, un flash-mob d'"indignés", le discours d'un vrai rêveur

  • Un peu de philosophie pour les potaches et les adultes

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    On philosophe aussi sur Agoravox

     « Peut-être la vérité est-elle une femme qui a de bonnes raisons de ne pas vouloir montrer ses raisons. »

    (Préface au « Gai Savoir », Nietzsche)

    « La plus grande partie de la vie passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, toute la vie à ne pas penser à ce que l'on fait.»

    (Extrait des « Lettres à Lucilius » de Sénèque)

    « L'ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin.»

    (Extrait des « Pensées » de Pascal, le philosophe préféré d'Achille Talon)

    achille-talon.jpgCe matin, le potache affolé révisait fébrilement les fiches constituées théoriquement pendant l'année sur la philosophie, matière qui lui fait peur car elle lui semble hautement subjective, et qu'elle pousse à la réflexion, ou bien ne faisant semblant de rien, il fumait une clope, ou une substance prohibée, à l'entrée du lycée, en attendant l'heure fatidique, se demandant pourquoi les smartphones sont encore interdits pour composer en examens, ce qui lui semble scandaleux.

    Il cherche de plus en plus, de toute manière, sans souci de vérifications des sources ou de la validité des arguments défendus, sur Internet de quoi répondre rapidement aux questions qui lui sont posées durant son cursus.

    Pourquoi se fouler puisqu'il y a Google ?

    De toutes façons, il ne cherche pas, comme la plupart des adultes, de sens à ses actions ou à sa vie, il n'en a cure. Ce qui les motive c'est de gagner beaucoup d'argent en travaillant un minimum afin de se payer tous les gadgets parfaitement inutiles que la pub voudrait lui imposer comme indispensables.

    De plus selon lui, comme selon l'opinion la plupart des élèves, et de leurs parents, la philosophie ne sert à rien, comme les arts plastiques ou la musique. C'est aussi l'opinion courante de la plupart des adultes qui y rajoute la littérature. Tout ce qui n'est pas immédiatement quantifiable, tout ce qui n'est pas réductible en slogan ou en équations, tout ce qui demande un effort de compréhension à moyen ou long terme, est immédiatement déconsidéré par la société actuelle qui veut de l'immédiateté, du rapide, du bref, du qui ne demande pas trop .

    Les sujets pour les séries Littéraires étaient intéressants, surtout le deuxième :

    « Peut-on prouver une hypothèse scientifique ? » et « L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même? »

    Était proposé aussi pour les courageux un commentaire de texte extrait du Gai savoir de Nietzsche.

    Le deuxième sujet est vraiment passionnant dans la réflexion qu'il est censé provoquer. A l'âge des impétrants à la philosophie auquel il était proposé, on se fait beaucoup d'illusions sur soi, tout comme les adultes qui continuent également à s'en faire plus tard, qui sont entretenus dans leur vice par Internet, pouvant se rêver journaliste, pamphlétaire, conférencier, historien, et j'en passe, d'un clic de souris.

    Les sujets pour les économistes consistaient en :

    « La liberté est-elle menacée par l'égalité? » ou sur « L'art est-il moins nécessaire que la science ».

    Le premier sujet est pleinement dans l'époque libérale, le deuxième devrait parler aux futurs bacheliers qui seront tentés de répondre tout de suite non, oubliant vite qu'ils disposent d'une conscience, que celle-ci a besoin de se nourrir de culture, de beauté, d'intelligence pour exister, et que c'est ce le quasi-privilège de l'homo-sapiens que nous sommes tous, a priori. Il est à la mode en ce moment de prétendre que l'homme est loin d'être le seul être à disposer de cette faculté d'apréhender tout seul son existence, sa personne et ceux qui l'entourent. C'est toujours amusant à lire sous la plume de Jonathan Swift qui fait des chevaux les êtres les plus nobles sur terre dans « les voyages de Gulliver ».

    ou un extrait des « Bienfaits » de Sénèque.

    Cet auteur, confronté à la difficulté d'être sage, conserve l'idée des stoïciens des « biens préférables ».

    Ainsi il vaut mieux être riche que pauvre, bien portant plutôt que malade etc... Néanmoins, ces biens ne sont pas les biens véritables qui se situent dans le bien moral, la hauteur et la droiture.

    Dans le traité « Des bienfaits », Sénèque affirme également le caractère pleinement humain des esclaves. Les esclaves, les pauvres, les précaires, le sont par convention sociale ou par accident, par malchance, par déveine, mais non par nature. Bien des esclaves ont rendu des services à leur maître et il faut donc reconnaître une plus grande place aux esclaves que ne le fait la loi dans la société de son temps.

    Notre époque de progrès donne beaucoup moins de place aux exclus qui n'ont plus la plupart du temps que la haine, l'invective, la révolte pour s'exprimer, ou « s'indigner ».

    Les sujets pour les scientifiques et les matheux était :

    « La culture dénature-t-elle l'homme? » ou « Peut-on avoir raison contre les faits ? ».

    ou un texte de Pascal était proposé aux amateurs de génie amoureux de leur soeur. Je sais, c'est méchant avec le philosophe, mais enfin comment peut-on écrire ce genre de choses :

    «La vie n'est bonne qu'à étudier et à enseigner les mathématiques.»

    Le premier sujet est totalement dans l'air du temps, il réconcilie bizarrement certains croyants pour qui les clercs ont trahi l'Église et l'Évangile en se sécularisant progressivement au cours des siècles, et les progressistes pour qui il convient de revenir à un état de l'être humain qui aurait été perverti par des théories contre nature lui otant sa « simplicité animale », ou ces modernistes pour qui le progrès mènera à un homme « amélioré » par la technique informatique et cybernétique, et donc libéré des contraintes simplement humaines.

    Ce qui dénote dans les deux cas une haine de l'humanité. On se dit qu'une époque qui fantasme à un tel point sur la fin du monde et l'Apocalypse ne peut être qu'un temps de rejet total de ce qui fait cette humanité, imparfaite par nature, bien que beaucoup de théoriciens aient voulu la normer, la mettre en bouteille.

    Le deuxième sujet proposé aux scientifiques est typique de la manière dont les idéologues de tout genre du monde moderne considèrent leurs idéologies, à savoir comme disant toujours la vérité, quitte à dénaturer les faits pour l'imposer. Les faits ne sont rien à leurs yeux. Si ceux-ci contredisent leurs opinions, ils ne sont pas intéressants. « Dieu est mort » a dit l'un, peut-être pour certains, mais pas les dogmes impliqués par les théories se voulant globalisantes en tout cas, qui sont encore des plus pregnants.

    Un philosophe l'a dit, il ne fallait pas dire ce qui se passait vraiment en URSS pour ne pas désespérer Billancourt, ou à Cuba, ou au Venezuela. Ils mettent en balance les bienfaits parfois réels de leurs idées mises en pratique dans ces pays et les quelques « dérives » survenus qui ne seraient rien en regard du bien créé.

    « Qu'est-ce que quelques vies humaines en comparaison du bonheur universel promis par leur doxa ? » Pensent-ils.

    J'ai parlé de ces pays, c'est exactement pareil quant au discours ultra-libéral pour qui la richesse de quelques uns, le progrès technique foudroyant, valent bien « quelques » morts, et « quelques » souffrances à leurs yeux.

  • Michel Boujut - critique libre

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    On lui rend hommage aussi sur Agoravox

     Le 30 mai 2011 Michel Boujut est mort, un homme libre, un critique libre.

    1832074.jpgMichel Boujut était également un homme de convictions cohérent avec ses idées et ses idéaux, ne se compromettant pas même pour gagner sa croûte, ce que l'on ne peut qu'admirer que l'on soit d'accord ou non avec lui.

    Et en plus c'est maintenant très rare.

    On en voit beaucoup de ces types de droite ou de gauche n'hésitant pas à écrire dans une feuille de chou ou l'émission de télévision de leur camp supposé adverse, poussant le culot jusqu'à expliquer en quoi c'est drôlement audacieux alors que ce n'est que de l'opportunisme.

    Dans « le jour où Gary Cooper est mort », paru il y a peu, il raconte sa désertion lors de la Guerre d'Algérie, faite à cause du souvenir de son grand-père tué à Verdun, "poilu" libertaire et poète, et de son père prisonnier pendant cinq ans.

    Il a déserté peu avant les accords d'Évian, son exil en Suisse, et surtout il raconte les moments où il se cachait dans les salles de cinéma. C'est là qu'il y découvrit à peu près tout de cet art, qu'il s'y ouvrit, qu'il entra dans les milliers d'univers des magiciens de la « lanterne magique » : Hitchcok, Hawks, Lang, Cassavettes, qu'il découvrit avec « Faces » bien avant la plupart des cultureux un peu snobs qui ont fait mine de s'y intéresser bien plus tard.

    Dans les milieux intéressés, on n'en a pas tant parlé que ça de la mort de Michel Boujut.

    Et c'est dommage.

    Cela prouve deux choses : la méconnaissance totale des critiques de l'histoire de leur spécialité, leur ignorance crasse en matière de cinéphilie, dont ils ont pour une grande partie des notions très scolaires, très sages, très balisées.

    Pour Boujut, il n'y avait pas les films qu'il fallait voir, et ceux qu'il était de bon ton de dédaigner, il y avait les bons et les mauvais films, et les très mauvais films. Il faisait partie de ces cinéphiles curieux qui n'hésiteront pas à regarder une « série Z » si ils pensent y discerner un talent en devenir. Si quelques critiques n'avaient pas jeté un coup d'oeil sur les bandes débiles de Peter Jackson dans les années 90, le cinéma serait passé à côté d'un talent certain pour la réalisation des films à grand spectacle qu'il a réalisé ensuite, profitant du splendide coffre à jouets que lui offrait Hollywood.

    Michel Boujut écrivait dans « Positif », moins bien vu du côté de nos élites culturelles que « les Cahiers du Cinéma », qui étaient plus dans l'engagement politique. A « Positif », un cinéaste nul, mais qui défend les causes qu'il convenait de combattre, on s'en fichait un peu, on préférait les bons cinéastes tout simplement. Et l'on n'hésitait pas à travailler aussi sur les « cartoons » méprisés par les autres critiques, ainsi les livres de Robert Benayoun sur Tex Avery, ou sur le « film noir » comme Bertrand Tavernier, ou encore même sur la comédie musicale ou les westerns.

    Je lisais ses critiques, illustrées par Tardi, dans « Charlie Hebdo » dans les années 90. Ce que j'aimais bien chez lui, comme chez Tardi, c'est que les deux compères assumaient une totale liberté de ton, sans adoration forcée et contrainte des pseudo nouveaux grands maîtres, qui n'avaient pas peur de dire qu'ils s'emmerdaient à un film de Kieslowski, pourtant à la mode intellectuelle ces années-là, ou à un délire oulipien et bordélique de Godard, ou encore « un drame de l'adultère bourgeois en Land Rover » pour trentenaires adulescents, incapables de s'engager (cf la préface de « Un strapontin pour deux », le livre illustré par Tardi).

    thumbnail.jpgC'était un critique de cinéma de talent, pointilleux, d'une cinéphilie élégante et remontant aux sources, à D.W Griffith et Dreyer.

    De plus, il connaissait le savoir technique du Septième Art et tout le travail adjacent. Maintenant, dans le meilleur des cas, la plupart des critiques ont une cinéphilie qui remonte au mieux aux années 60, quelques grands films estampillés « chefs d’œuvre » et c'est tout. Ils ne font que répéter comme des perroquets qui ont bien appris leur leçon pourquoi ce sont des chefs d’œuvre et ce qu'il convient d'en dire encore maintenant.

    Dans le pire des cas, et pour la moyenne des critiques télévisuels entre autres, on ressort le dossier de presse du film, que l'on réécrit un peu, que l'on agrémente bien de deux ou trois photos pour faire joli. De temps en temps, pour se donner le genre rebelle, on sème deux ou trois références qui font « punk » ou « rock », mais ce n'est pas très sérieux...

    En matière de cinéma à la télévision, Michel Boujut fut un des initiateur de l'émission "Cinémas, cinémas" qui reste encore un sommet inégalé en matière de critique télévisuelle, loin de la promo obligatoire, de l'obséquiosité systèmatique...

    photo de Michel Boujut jeune, en haut, prise ici

    photo de Michel Boujut en 2011, en bas, prise ici

    Ci-dessous un extrait de "Cinémas, cinémas" où Modiano revient dans le cinéma de son enfance, ou du moins ce qu'il en reste.

  • Nouveaux mâles, nouveaux pères

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    Sur Agoravox aussi

     Dédié avec déférence à Caroline Fourest, Anne Lauvergeon, Roselyne Bachelot et Nadine Morano

    pere_enfant.jpgJe me souviens d'un excellent dessin de Relom, le dessinateur de « Andy et Gina » montrant un « nouveau père », la poussette en avant dans un parc, se répéter fébrilement « je suis heureux d'être un nouveau père », alors qu'on voit bien qu'il est très mal à l'aise et qu'il n'y croit pas du tout.

    Je pense aussi à tous ces « nouveaux mâles », « pères célibataires » ou non, « père copain/copine » que l'on peut croiser, surtout dans les quartiers de centre-ville des grandes métropoles, tellement cool avec leurs gosses, tellement patients, qui font l'admiration des jeunes femmes modernes à la terasse des cafés. On me dira, certains sont des hypocrites fûtés, ils utilisent leurs gosses pour draguer : « Ah il est mignon le petit garçon, c'est votre fils ? », et une réponse en entraînant une autre, la bonne dame se retrouvera vite dans le lit de l'heureux Papa qui aura enfin une consolation plus roborative que le nounours qu'il partage habituellement avec sa petite dernière.

    En abordant ce sujet, on aborde de front ce qui différencie vraiment la droite de la gauche. Ou du moins une certaine droite d'une certaine gauche. Et l'on comprend que la droite libérale-libertaire (par ici l'origine de ce terme forgé par le philosophe marxiste Michel Clouscard) dispense à peu près la même doxa économique et sociale que la gauche sociale-démocrate les uns étant simplement un peu plus radicaux économiquement que les autres.

    Mais au bout du compte ce sont les marchés qui dominent le fonctionnement de la société, et le « laisser-faire, laisser-passer » ce qui reste de la morale qui se réduit à quelques interdits forts.

    Samedi soir dans « On n'est pas couché », Zemmour répondait à Madame Morano sur la « nouvelle parentalité », la diminution des congés maternité et l'augmentation souhaitée des congés paternité par « souci d'égalit », et je ne parle même pas des constatations d'Anne Lauvergeon présidente du directoire d'Areva, lors du Women's forum 2009 : «A compétences égales, et bien. désolée, on choisira la femme ou on choisira la personne venant d’autre chose que le mâle blanc, pour être clair».

    Voir ici le reste de sa déclaration qu'elle assume visiblement.

    Elle semble avoir raison, car cette discrimination-là semble tout à fait acceptable aux yeux des commentateurs. Suite à la plainte déposée par une association, les magistrats ont décidé que « Anne Lauvergeon n'a eu aucune «volonté de stigmatiser un groupe de personnes», ni «l'intention de susciter à leur égard un sentiment d'hostilité ou de rejet». Anne Lauvergeon est comme Caroline Fourest, et dans une certaine mesure, Marine Le Pen, une de ces Valkyries post-modernes qui fascinent tant les médias.

    Vierges guerrières de notre temps, combattant au nom de la « théorie du genre » ou de la laïcité (sauf dans le cas d'Asia Bibi, qui est chrétienne), elles montrent qu'elles peuvent, et veulent parfois, se passer totalement des mâles. Avec elles la laïcité c'est surtout pour les femmes européennes, pas pour les jeunes filles des cités dites pudiquement difficiles, comme à Sevran, qui ont à subir la sottise ordinaire des mâles alpha qui prennent le pire obscurantisme pour justifier leurs

    Quant à la proposition de Madame Morano, et de Madame Bachelot, on sait bien qu'il s'agit plus de rogner sur le congé maternité des femmes plus qu'autre chose, elles savent très bien que les hommes ne prendront pas plus leur congé paternité.

    En gros, c'est surtout une manière de faire travailler les hommes et les femmes plus pour gagner moins.

    Avec ce qu'on lui demande, l'homme moderne est un peu le cul entre deux chaises. D'un côté il se doit d'être une copine, une confidente, une égale, un grand frère « un peu incestueux » (voir ici à quelle chanson je fais référence) comme dans la chanson, de l'autre, il faut qu'il reste séduisant, mâle (même si c'est mal par ailleurs) et dominateur, masculin qui n'a qu'à claquer des doigts pour faire tomber les femmes. L'homme moderne rêvé selon cette nouvelle conception de la parentalité, se situe donc entre « le biscuit » dans « Ally McBeal » et Steevy Boulay, icône de la métrosexualité assumée (les hommes qui se rasent le torse, s'épilent et adorent partager leurs secrets de beauté avec leurs épouses). Les « métrosexuels » sont logiques au fond.

    Ils assument plus que les autres « nouveaux mâles » leur homosexualité latente ou patente. Ces nouveaux mâles, souvent plus proches de Zaza Napoli que de Tenessee Williams, partagent la même haine de tout ce qui est masculin, tout comme les Valkyries post-modernes dont il a été question au-dessus. Ils prennent donc soin de gommer tout ce qui les ramène à leur propre virilité, ils adorent pleurnicher aux films sentimentaux, adorent faire du shopping avec leur compagne, mais sentent bien que quelque part, quelque chose manque, quelque chose dont ils sont fiers de se séparer parfois, comme ce type interviewé par Ardisson samedi soir, castré volontaire ce qui lui a permis selon lui de retrouver la sérénité.

    Est-ce à dire que l'auteur de ces lignes déteste les « nouveaux pères » ?

    Ils lui sont en fait tout aussi insupportables que les néanderthal de base que l'on peut également souvent croiser un peu partout, du genre à entourer d'un bras protecteur et étouffant le cou de sa « meuf », de sa copine qu'il tient aussi parfois par la terreur, qui ne connaissent de la sexualité que ce qu'ils en voient dans les pornos, à savoir pas grand-chose.

    Et tous ces petits mâles blancs ou pas, frustrés, complexés, humiliés, qui se défoulent sur Internet, ou dans la vie courante, mais moins car c'est quand même plus facile anonymement. On sent bien tout cette masculinité rentrée de manière forcée, pour ne pas se faire remarquer, toute cette frustration qui éclate parfois en vengeance contre les femmes. Ils partageant avec les vierges guerrière susnommées la même haine de l'identité féminine, qui existe bel et bien, la haine de toute sensibilité, à commencer par la leur...

    Par ici un article sur les nouveaux pères

  • Quand les enfants sages se révolteront... - "The prodigies" (la nuit des enfants rois)

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    On parle du film et du livre sur Agoravox aussi

     Beaucoup de quadras ou de trentenaires se rappelleront avoir lu dans les années 80 le livre apocalyptique de Bernard Lentéric, « la Nuit des enfants-rois », maintenant adapté au cinéma sous le titre « The prodigies ». A l'époque, les Prodigies1-thumb-520x248-15729.jpgbest-sellers n'étaient pas des histoires de vampires puritains écrites par une mormone dépressive, ou des délires régressifs autour de la magie d'une britannique sans boulot.

    Les livres pour ados parlaient de sujets profonds : la bêtise, la difficulté d'être très différents des autres, les accommodements du monde des adultes avec la haine, la violence et la sottise, l'inhumanité flagrante de la société d'hyper-consumérisme. Ce livre éveillait à la lucidité, à chercher à maintenir élevés ses propres idéaux, sans jamais y renoncer, à ne pas se laisser aller à toutes ses pulsions mauvaises comme les grandes personnes qui trouvent toujours à s'en justifier après, c'est la faute au monde entier, sauf la leur.

    Le problème du film, c'est cependant l'esthétique des personnages, qui ressemblent à des figurines plastiques (les cheveux qui ne bougent pas). Heureusement, celle-ci est sauvée par les scènes de déchainement de colère des personnages, qui sont animées de manière très intéressantes, et par la qualité des décors, donnant au film une ambiance nocturne très bien rendue.

    Dommage que le réalisateur n'ait pas gardé cette qualité tout du long du métrage qui est après tout sa première réalisation.

    L'histoire du film suit à peu près la même trame que celle du roman, à la différence que les enfants sont sept dans le livre et cinq dans l'adaptation.

    Jimbo Farrar, le protégé d'un magnat de l'information, Charles Killian, recherche par le biais d'un jeu sur ordinateur des enfants dotés de capacités spéciales, largement plus importantes que le commun des mortels, plus intelligents, plus sensibles et plus vulnérables. Sept enfants qui ne se connaissent pas lui envoient séparément un dessin constitué de points, les sept dessins assemblés donnant la phrase « Où es-tu ? ».

    Dix ans plus tard, les enfants ont grandi et sont devenu des bêtes de cirque, montrés un peu partout pour de l'argent.

    Dans le film, les personnages sont déjà adolescents, et deviennent les vedettes d'une émission de téléréalité grotesque (pléonasme) et manière moderne de « zoo humain ». Un soir, cependant, dans Central Park, ils sont agressés très violemment par deux truands qui violent une des jeunes filles. Les sept enfants-rois, qui ne forment plus qu'un seul esprit, ressentent tous la même souffrance intense. Ils décident alors de se venger des adultes, à cause de qui ils ont dû subir ça mais aussi de Jimbo Farrar, qu'ils estiment responsables, et encore plus coupable de duplicité car Farrar dispose des mêmes capacités surhumaines, enfouies chez lui depuis l'enfance, qui avait trouvé l'apaisement en vivant avec Ann.

    Les enfants, emportés par la folie et la haine, sont en passe de détruire le monde, que Jimbo sauve « in extremis », qui meurt...

    Comme l'un d'entre eux le dit, « le monde nie ce qu'il ne comprend pas ». La plupart des adultes, gens sérieux s'il en est, ont également peur qu'on leur révèle le fond de vérité qui anime leur comportement en réalité. Ils savent très bien tous les compromis qu'ils passent avec eux-mêmes et avec leur entourage, oubliant ce qui importe vraiment. Ils savent très bien se justifier, y compris les pires criminels qui ont toujours une bonne excuse.

    Est-ce pour autant que les enfants et les plus jeunes sont moins conformistes ? Moins enclins à la haine ?

    Hélas, non plus. ils sont de plus en plus gagnés par les monomanies des adultes qui ont fait d'eux des cibles, pour nourrir les appétits du marché, et leur vendre à eux aussi des babioles absolument inutiles fabriquées à l'autre bout du monde par d'autres enfants sur-exploités.

    Le livre de Bernard Lentéric et le film sont très proches quant aux thèmes d'"Akira" de Katsuhiro Otomo.

    Dans cette oeuvre violente, lucide, désespérée et métaphysique qui plus est, l'auteur décrit un enfant sage, qui obéit aux adultes et fait tout ce qu'on lui dit, y compris les actes les plus absurdes. Il apprend à maîtriser des pouvoirs de destruction que des scientifiques lui ont greffé, mais ne se révolte pas et fait là où l'on lui dit de faire. Mais un jour, la machine s'affole et Akira n'a plus de maîtres...
    Les enfants de nos sociétés sont déjà vieux, obéissants, suivant aveuglément les modes, s'intégrant, devenant de parfaits moutons standardisés. Mais lorsqu'ils se réveillent et se révoltent contre l'absurde société des adultes, ils peuvent faire sombrer un continent.
    Avec "Akira", le manga entre dans l'âge adulte et s'éloigne radicalement de Goldorak.

    La nuit des enfants rois rappelle aussi "le massacre de Pangbourne" de Ballard...

     ci-dessous la bande-annonce du film

  • Comment peut-on soutenir Cesare Battisti ?

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    Mieux vaut prévenir que guérir, tous les commentaires qui se hasarderaient à m'insulter, à me traiter de facho, sans argumenter seront supprimés.

    Sur Agoravox aussi on en parle

     Quand je vivais comme volontaire au Proche Orient, nous avons pu vivre avec les autres coopérants ce que les journalistes en terrain de conflits appelle « le syndrome du demi-dieu », à savoir, au bout d'un moment nous avions fini par prendre beaucoup de risques, et à côtoyer des situations très dangereuses en se croyant invulnérables, ce que nous n'étions pas. Je suis sûr qu'avec une toute petite pichenette, nous aurions été prêts à nous investir dans les combats sévissant dans cette région du monde, à manier les armes et à tuer pour une cause que nous croyions juste.

    image prise ici

    CesareBattisti.jpgC'est grisant de sortir des cadres sociaux normaux, de n'être plus sous la contrainte d'aucune hiérarchie, nous faisions à peu près ce que nous voulions...

    Ce qui a été le plus dur quand cette vie s'est arrêtée c'est de retrouver une vie plus banale, plus dans les rails. Ce qui nous a sauvé est que nous étions vigilants les uns envers les autres, que nous avons essayé de ne pas nous laisser emporter par ce que nous ressentions pour ceux qui nous ont été proches deux ans.

    Ce qui est arrivé à certains militants d'extrème-gauche des années 70 ressort à peu près du même phénomène.

    On combat pour des idées que l'on croit justes, et à la base il y a effectivement une soif de justice pour tous, une soif d'équité, et de paix sociale, de rejet de l'avidité, du consumérisme, toutes choses éminemment sympathiques au départ. Beaucoup des militants de cette période sont sagement rentrés dans le rang ensuite, gardant qui un look, qui quelques slogans, pour ne pas donner l'impression de tout à fait se dédire, pendant que d'autres allaient jusqu'au bout de leurs idées, à savoir la lutte armée.

    C'est grisant d'aller sur les marges, de combattre pour de bon au nom d'idées généreuses, on croit alors que la vie de ceux qui semblent contredire ses idées ne vaut pas grand chose. On devient un demi-dieu qui décide qui doit vivre ou mourir. On ne sort pas seulement de la société, on quitte toute morale, tout sens commun. On finit par trouver normal que la fin justifie les moyens, ce qui pourrait être le credo de bien des requins du libéralisme.

    Jean-Patrick Manchette le traite parfaitement dans « Nada ».

    Chez beaucoup de petits bourgeois étudiants, il apparaît que ce militantisme est aussi une conséquence de leur culpabilité sociale, d'un rejet de l'identité familiale, en somme plus une crise d'adolescence prolongée qu'autre chose. Il y a aussi de grands naïfs comme les « épiciers » de l'affaire de Tarnac, qui se sont donnés des frissons, ont joué aux gendarmes et aux voleurs avec le pouvoir sans comprendre qu'il y aurait des conséquences, invoquant même ce qui est un comble la justice dite « bourgeoise » pour se défendre.

    En Italie, pendant les « années de plomb », il y eut les « Brigades rouges », en France, « Action Directe ».

    Mis en prison en 1979 après plusieurs assassinats qui lui sont imputés, condamné en 1981 car appartenant à une bande armée, Cesare Battisti s'évade alors et part se réfugie alors au Mexique. En 1988, il est jugé par contumace par la Cour de Milan qui ordonne la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat du surveillant de prison Antonio Santoro (Udine, 1978) et de l'agent de police Andrea Campagna (Milan, 1979), ainsi que pour complicité active dans les assassinats le 16 février 1979 du boucher Lino Sabbadin (Santa Maria di Sala, Vénétie) et du bijoutier Pierluigi Torregiani (Milan).

    En France, François Mitterrand s’engage en 1985 à ne pas extrader les anciens activistes italiens en ayant fini clairement avec la violence, à l'exclusion des crimes de sang. C'est ce que l'on appelle la doctrine Mitterrand.

    Sur la base de cet engagement politique, Cesare Battisti revient en France en 1990 où il dispose d'un réseau amical important. Il devient gardien d'immeuble et commence à écrire. Il écrit son premier roman « Les Habits d'ombre ». Cette œuvre et les deux qui suivront : « L'Ombre rouge » et « Buena onda » sont des romans « noirs » qui prennent pour toile de fond la communauté des exilés italiens à Paris. Il publie également « Dernières cartouches » qui se déroule dans l'Italie dite des « Années de plomb ».

    En 2004, l'Italie demande une seconde extradition qui est cette fois accordé.

    Au grand scandale d'un petit milieu parisien très fermé, d'écrivains «engagés », ou pas, comme Fred Vargas, qui prétend refaire toute l'enquête, de politiques, dont Bertrand Delanoé, de philosophes médiatiques comme BHL d'humoriste comme Bedos. A l'époque, le journaliste Guillaume Perrault évoque le fait que ce n'est pas l'innocence de Battisti qui est invoqué contre la demande d'extradition, mais l'indulgence devant « la pureté de sa cause ». Il faut dire aussi que d'autres littérateurs ou journalistes voient aussi là l'occasion de se faire un peu de publicité en se donnant le genre combattant pour la liberté...

    Un petit milieu, souvent socialement et financièrement favorisé, qui invoque cela pour défendre Battisti, cela s'appelle ni plus ni moins que de la justice de classe.

    Ci-dessous le début de "Nada" adapté par Chabrol au cinéma en 1974.

  • Les écrivains catholiques d'hier à aujourd'hui

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    Sur Agoravox en débat

     Un jour alors qu'il était interwievé à la télévision, à la question :

    « Quel est votre livre préféré ? », le Père Daniel Ange, qui par ailleurs fit beaucoup de bien dans les mouvements de jeunes dont il s'occupa, répondit l'oeil exalté et ardemment « l'Évangile bien sûr qui est le 17.jpgseul que je lis ». Il faut avoir un très haut degré de spiritualité pour déclarer ceci ou aussi peut-être oublier que pour un chrétien, depuis l'incarnation du Christ qui le fondement de sa foi, rien de ce qui est humain ne devrait lui être étranger, sinon, le fils de Dieu ne se serait pas incarné en homme.

    Et lire des livres, qu'il soit catholique ou pas, c'est s'ouvrir aux autres êtres humains.

    Enfin, c'est surtout un genre de réponse que je trouve largement agaçant, rose bonbon et un peu trop marqué par une certaine sensiblerie. Oui, dans l'absolu, s'il était sans tâches et s'il n'était pas en somme, s'il n'était qu'esprit, pur intellect, un chrétien pourrait s'en contenter, or ce n'est pas le cas.

    Dans la littérature catholique, il y a les littérateurs exemplaires qui racontent des histoires uniquement pour l'édification du bon peuple. C'est aussi ennuyeux que n'importe quel idéologue vendant sa soupe en écrivant mal un roman dans lequel il parle de sa conception du Bien et du Mal à sa sauce.

    C'est aussi très pénible à lire, comme les livres de Guy de Larigaudie par exemple qui semblent exister uniquement pour appeler la dérision tellement c'est mièvre et finalement inutile. Il écrit par exemple ceci que je trouve ridicule : « Les jeunes filles sont l'image précieuse de notre mère lorsqu'elle avait notre âge ». Ou cela : « Nous sommes trop cérébraux. Les jeunes filles comprennent d'un seul coup avec leur cœur ce que nous disséquons péniblement avec notre raison. », phrase totalement à côté de la plaque, ce sont plutôt les garçons qui sont menés par leurs pulsions violentes ou sexuelles, et les filles qui sont plus mûres plus jeunes et plus vite capables de les surmonter.

    Si les livres de philosophie de Jacques Maritain sont d'une très haute tenue intellectuelle, incontestablement, il est bien dommage que ce qu'il sur le mariage soit parfois proposé comme modèle à suivre aux jeunes couples chrétiens, alors que l'on sait qu'il fit avec sa femme un voeu de chasteté total au début de leur mariage, ce qui me semble contre-naturel au dernier degré. La clef de l'énigme réside dans la correspondance du philosophe avec Julien Green, correspondance qui crée un malaise, surtout dans les passages où l'un et l'autre évoquent leurs pulsions sensuelles pour de jeunes garçons et de jeunes hommes.

    Heureusement qu'il y eut aussi, qu'il y a encore, des écrivains catholiques qui écrivent bien, sans pour autant renier une seconde leur foi profonde, ainsi Barbey D'Aurevilly qui écrivait ces romans en grandes lettres de feu ardentes et toujours passionnantes. Barbey est un géant, un géant qui ne fait pas la morale, encore moins le donneur de leçons, qui écrit sur l'être humain et le mal dont il est capable, qui parle de désir, d'entrailles et de tourments.

    Il n'aimait pas son époque de bourgeois positivistes et matérialistes, amoraux derrière le paravent de l'honorabilité, elle tient en peu de choses dans notre société comme dans celle du temps de Barbey : un portefeuille bien rempli. Il détestait le mythe du progrès technique forcément vecteur de bonheur universel selon la morale commune de son temps.

    Il le disait haut et fort sans crainte de choquer ou de scandaliser les bonnes gens. C'était un critique redoutable et un amateur d'art exigeant.

    Il aimait la beauté, la grandeur et la vérité.

    claudelb.1255185796.jpgEt loin des pétarades du dandy excentrique qu'il était, qui faisaient la joie parfois cruelle des gamins du quartier Montparnasse, où il habita, qui lui jetait des pierres quand il osait s'habiller de pourpre ou de satin violet, on retiendra les lignes hallucinées de l'« Ensorcelée » ou de « Une Vieille Maîtresse ».

    Et pourtant il exagère souvent, dans ce dernier roman, les roues du carosse des amants vont tellement vite qu'elles s'enflamment, dans « Un prêtre marié » une croix de chair s'inscrit sur le front de la fille du prêtre défroqué et amoral, personnage complexe du livre. Car Barbey ne le condamne pas, ne lui envoie pas d'anathèmes.

    Léon Bloy fut un autre de ces géants, une sorte d'ogre catholique, capable de colères homériques, détestant lui aussi son temps, pour les mêmes raisons que Barbey, sachant bien que le mythe du progrès conduit surtout à intégrer une morale docile d'esclave. C'est certainement pour ces raisons qu'il rédigea « l'éxégèse des lieux communs », qui n'était pas tendre du tout non plus avec les chrétiens.

    Citons ceci :

    « Plus on est semblable à tout le monde, plus on est comme il faut. C'est le sacre de la multitude. »

    Cette phrase correspond encore très bien à notre époque, plus d'un siècle plus tard. Tout comme celle-là :

    « L'authentique et indiscutable bourgeois est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules. »

    Léon Bloy passa son temps à se brouiller avec un peu tout le monde dans son entourage, à fonder des journaux qui ne duraient pas deux numéros. Il était poursuivi par les créanciers et les propriétaires. Il haïssait le bourgeois avide et à l'esprit étriqué. Il aurait consterné de voir que cette manière de voir le monde est encore plus répandue en 2001 qu'à son époque. Il tirait à boulets rouges sur les icônes, les auteurs déjà statufiés, même quand ceux-ci font dans la littérature exemplaire, ainsi Verlaine. Avec qui il est injuste tout comme avec Rimbaud. Bloy se lie avec deux autres âmes torturées, Huysmans dont le « Là-bas » devrait être dans toutes les bibliothèques catholiques, tout comme « A Rebours » puis avec Villiers de l'Isle-Adam.

    Dans « A Rebours », justement, on trouve cette phrase déchirante qui devrait pousser chaque catholique à incliner à l'humilité :

    «  Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l'incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s'embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n'éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir ! »

    Huysmans montre bien que la foi, pour ceux qui l'ont, n'est pas un chemin semé de roses, qu'il ne suffit pas de répéter « Dieu t'aime » à tous les passants pour la comprendre, et comprendre déjà que l'homme est tout petit devant son créateur, chétif d'esprit, faible, et surtout prêt à se laisser aller à toutes sortes d'exactions, de violences et de maux, justement au nom de ses croyances.

    On le voit dans l'histoire, cela a souvent été le cas, et ce n'est pas il est vrai l'apanage des catholiques, loin de là.

    Dans sa vie, cet auteur a souvent été tenté par l'acédie, voire même de se tourner vers le mal totalement, ce qui aurait été plus simple selon lui.

    J'ai cité Verlaine, Paul Claudel affirma avoir puisé l'inspiration de ses pièces dans les poèmes de Rimbaud, le compagnon de l'auteur de « la Bonne chanson ». De Claudel on retient souvent l'anecdote concernant la longueur du « Soulier de Satin », très longue pièce ; Guitry ayant ironisé ensuite :

    «Heureusement qu'il n'y avait pas la paire !».

    C'est Jean-Louis Barrault qui crée la pièce en 1943 dans une version plus courte, « seulement » quatre hautres, et Antoine Vitez qui aura l'idée de la jouer « in extenso » en 1988, soient pendant onze heures.

    bloy-02jpg1.jpgClaudel, converti selon la légende derrière un pilier de Notre Dame, manque de chair. Peut-être suis-je trop « incarné » pour l'apprécier ? Pas assez spirituel, mais j'ai toujours la sensation que les personnages de cet auteur sont de purs esprits qui ne mangent pas, ne boivent pas, ne font jamais l'amour, ne pleurent ni ne rient, des archétypes aristocratiques et intellectuels.

    Il est permis de largement lui préférer Georges Bernanos, autre géant des lettres, « Grand d'Espagne » comme l'appelait Roger Nimier, un ogre aussi, voulant tout dire, qui avait les mêmes soifs et les mêmes appétences que Barbey ou Léon Bloy : soif de vérité, soif de beauté, soif de justice aussi. Bernanos est incarné, il sait aussi la puissance de l'imposture de ceux qui jouent aux esprits détachés et purs, et dont le coeur est vide et sec. Il écrit finalement comme Céline si celui-ci avait eu la foi.

    Dans le fabuleux « Sous le Soleil de Satan », Mouchette, pécheresse, rejetée par tous du fait de son inconduite, est finalement beaucoup plus proche de la foi et l'amour divin que l'Abbé Donissan, pourtant saint curé effectuant des miracles mais qui n'aime plus. Et « le journal d'un curé de campagne » montre que la force spirituelle n'est pas dans la bonne apparence et les sermons spectacles qui font plaisir à entendre, mais qui ne mènent à rien. C'est le thème d'un autre de ses romans.

    Et même quand il essaie d'écrire un roman policier de grande consommation de facture classique, il en fait un « mauvais rêve » qui tient autant de Simenon que de Dostoïevski. Attention, aucune critique contre Simenon ici, grand écrivain populaire injustement déconsidéré encore maintenant. Les romans de Bernanos brûlent l'âme, mais sans la consumer, tout comme ses « écrits de combat », dont le plus connu est « les Grands cimetières sous la lune ». On aimerait trouver le même courage chez les littérateurs actuels, catholiques ou pas.

    Rappelons les faits : Bernanos se trouve en Espagne, envoyé par l'Action Française pour parler au jour le jour des bienfaits du franquisme aux lecteurs de la feuille monarchiste. Un soir, croyant voir des feux de joie au loin, il s'aventure dehors, se rapprochant il tombe sur des charniers en train de flamber, des charniers allumés par des phalangistes du « caudillo ». Plutôt que de se taire, pour ne pas désespérer ses lecteurs, comme d'autres se tairont sur le stalinisme pour « ne pas désespérer Billancourt », Bernanos dit, lui, la vérité. Au risque de perdre toutes ses amitiés, sa source de revenus, et sa vie, et un de ses fils engagés dans la phalange, menacé de mort dés lors que son père entreprend courageusement de parler de la réalité de la guerre d'Espagne, des massacres.

    Sans se dédire, il ne change pas de camp, mais au contraire en restant fidèle à sa foi et à ses idéaux de jeunesse.

    A gauche, certains le croient ralliés, encore maintenant, de leur côté.

    Grave erreur !

    Bernanos est simplement du côté de la vérité des faits. Il écrit contre les petits jeunes gens réalistes, pour qui il est inévitable qu'une partie de la planète souffre pour que l'autre vive confortablement. Il retrouve des liens bien plus forts avec d'autres amoureux de la liberté, comme Simone Weil, la philosophe, qui lui écrit cette très belle lettre où elle reconnaît leur proximité de coeur et d'esprit.

    Elle écrit entre autres choses :

    «  Vous êtes royaliste, disciple de Drumont - que m'importe ? Vous m'êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades des milices d'Aragon - ces camarades

    que, pourtant, j'aimais. »

    A côté de ces géants célèbres on oublie souvent de citer La Varende, carrément délaissé par l'histoire littéraire actuelle. Il trace un sillon calme et serein que pourtant l'on devrait remarquer. Il évoque souvent sa passion pour la mer, ce désert liquide que tout homme libre se doit de chérir, la Normandie rurale, ses petites gens, ses curés, avec tendresse et finesse, et une dose d'ironie.

    Après être allé sur la tombe de Barbey à Saint Sauveur le Vicomte, il n'est pas interdit d'aller au Chamblac visiter le château de la Varende, château rose et bleu, lieu de naissance de Guillaume le Conquérant ne serait-ce que pour ses maquettes de vaisseaux à voiles et sa chapelle hors du temps.

    On aimerait retrouver de nos jours des géants de la trempe de Bernanos ou de Bloy, prêts à tout risquer pour affirmer leur amour de la beauté, de la vérité, de la justice. Il est possible que nous n'ayons pas encore suffisemment de distances pour le faire efficacement mais il apparaît malgré tout que deux philosophes au moins écrivent eux aussi de cette encre de feu qu'utilisait Barbey et ses descendants littéraires : Fabrice Hadjaj, et Alexandre Jollien, qui n'est pas catholique, mais l'esprit soufflant où il veut, il peut très bien faire partie de ce petit texte.

    Selon lui, Élaborer un nouveau projet pour l'homme, une refondation des valeurs, devient nécessaire du fait de l'effondrement des utopies et de la fin des grands espoirs qu'elles avaient entraînées, y compris les espoirs de générosité entraînés par le marxisme ainsi que le souligne Fabrice Hadjaj. Il demeure encore malgré la fascination morbide pour la fin du monde et la multiplication des inventaires avant décès l'utopie de la pérennité humaine, tout en sachant paradoxalement que l'être humain dispose de plus en plus de possibilités d'éradications totales, de destructions des possibilités.

    Nous vivons dans une société du court terme, voire du très court terme, le long terme étant incertain. C'est bien sûr la raison pour laquelle personne au fond ne croit réellement aux générations futures, et que beaucoup veulent aller vers le post-humanisme pour transformer l'homme (certains rêvant, ou cauchemardant, de télécharger un cerveau sur disquette, ou d'être constamment relié aux ordinateurs). L'homme est un homme horizontal et non vertical, un être humain qui refuse sa blessure, alors que ce qui fait l'homme c'est justement cela, et sa dimension tragique. L'adaptabilité au monde et à la société n'est qu'un leurre, l'homme n'a pas à s'ajuster à tout et n'importe quoi, il s'agit d'abord d'aimer son prochain.

    Fabrice Hadjaj parle de sexe donc dans « la profondeur des sexes », il emploie un langage cru mais qui ne choque pas une seconde, ou alors quelqu'un qui ne s'est jamais vu dans une glace le matin.

    sb_3304290_1_px_470_.jpgIl n'y a aucune complaisance dans ce qu'il en dit aucune provocation mal placée non plus, il ne fait que rappeler que l'amour physique mène à la vie, que cela peut même être une mystique en soulignant que même si l'attitude faussement dévoyée à la mode actuellement (faussement car finalement il y a toujours une haine du corps et de tout ce qui rattache) est déséquilibrée et désordonnée, et que ce n'est qu'un mirage donnant sur le néant, c'est aussi un embryon de recherche spirituelle élevée malgré tout.

    Enfin, il évoque l'Incarnation, que de nombreux chrétiens ne comprennent pas, Dieu, même si c'est sans la souillure du péché, s'est réellement incarné dans la chair et ce n'est pas pour rien. Quand à ce qui se passera après la mort pour les couples, comme le rappelle Thomas d'Aquin : « l'ordre de proximité suivra l'ordre de l'amour ».

    Ce à quoi Fabrice Hadjaj rappelle qu'il y aura donc des surprises...

    Quand j'ai peur de manquer de courage, quand je m'angoisse pour l'avenir à en avoir la nausée, je pense à Alexandre Jollien, à son handicap, et aussi à son humour et sa force intérieure qui m'impressionne toujours.

    Et je le relis...

    Il est né très handicapé physiquement, pour lui encore maintenant lacer ses chaussures est un exploit. Il en aurait eu des circonstances atténuantes pour pleurer sur lui, sur son nombril, en vouloir au monde entier, faire preuve de rancoeur et de colère envers le monde. Il aurait pu abandonner toute quête du savoir et se laisser aller à la facilité. On le destinait à rouler des cigarettes. Un prêtre s'occupa de lui et l'aida à épanouir les dons qu'il avait perçus chez Alexandre.

    Alexandre Jollien n'est pas cependant l'handicapé de service, l'alibi pleurnichard et sensitif de la société du spectacle, ce qu'il écrit est également brûlant que ce soit dans « le métier d'homme » ou dans « Éloge de la faiblesse ». Il réconcilie Nietzche et le christianisme dans ses ouvrages toujours empreints de la joie du « gai savoir ».

    Michel Onfray, qui est aux antipodes résume très bien la pensée d'Alexandre Jollien :

    « « Un genre de sur-stoïcisme - s'il fallait parler en termes nietzschéens - dont les caractères sont : une absence de haine (de soi, des autres et du monde) ; pas de traces de ressentiment (contre qui ou quoi que ce soit) ; nulle colère (contre Dieu, le destin, la fatalité, la médecine ou le sort) ; mais une immense, une incroyable adhésion à la vie, une coïncidence viscérale avec ce qui est : la malédiction d'une faiblesse infligée devient la chance d'une force créée. »

    Je trouve que la démarche d'écriture de Sébastien Lapaque témoigne elle aussi d'une grande force, même s'il m'agace juste un peu quand il dit « mon maître Bernanos » dans une émission. Je ne suis pas sûr que l'auteur de « la Grande Peur des bien-pensants » eut apprécié qu'on l'appelat « maître ».

    Sébastien Lapaque a écrit les meilleurs livres sur Bernanos, et un recueil de nouvelles, « Mythologie française » que je trouve finalement encore plus transgressif, et beaucoup plus intéressant, que son pamphlet contre Sarkozy , « Il faut qu'il parte » qui est dans les rails.

    Entre un ivrogne dans son genre, assumé et qui a bon goût en matière de vin, qui ne se prend pas au sérieux, sait bien qu'il n'est pas un phare de sagesse pour l'éducation du peuple -le pôôple- et des buveurs d'eau trou-du-cul pompeux qui s'imaginent raisonnables (ce sont eux qui sont souvent prêts à veiller toute une nuit pour acheter le dernier gadget à la mode en s'imaginant être à la pointe, genre ail-pade), je préfère encore l'ivrogne....

    Le net s'est agité il y a quelques temps, Causeur, Bakchich, les blogs de divers écrivans, ami proche de Lapaque, celui de Gaëtan Flacelière, et par là, du fait d'une vidéo prise par une techno-balance sur son ail-fône dernière génération, le photographe Reza, dont les oeuvres ornent déjà les lofts des trentenaires "équitables" et "con-cernés", elle montre Sébastien Lapaque lisant un tract dénonçant la compromission des anciens gauchistes avec l'hyper-libéralisme avec le ton de Malraux, ce qui est on s'en doute une sorte de crime de lèse-majesté contre les élites auto-proclamées actuelles.

    220px-S%C3%A9bastien_Lapaque.jpgLapaque a aussi écrit cette très belle nouvelle dans laquelle des prostituées tissent doucement une image qui s'avère être celle du Christ.

    Et au moment de « Piss Christ », il rappela l'essentiel à travers un mot de Bernanos : « « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait ».

     

    Sinon, on attend, chers auteurs que vous donniez la charge, que vous soyez encore plus vigoureux, plus offensifs que vous preniez encore un peu plus le risque de déplaire aux puissants. Ce qui permettra après la charge de lancer contre eux, enfin, l'hallali, et on n'en parlera plus...

    photo de Sébastien Lapaque prise ici

    photo de Fabrice Hadjaj prise ici

    photo de Léon Bloy prise ici

    photo de Barbey d'Aurevilly prise ici

    photo de Paul Claudel prise ici

  • "Limitless" un film pour rassurer le consommateur compulsif

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     Dans la plupart des films qui sortent, qu'ils soient de grande consommation, ou indépendants, la plupart du temps, on conforte le spectateur dans ses préjugés, on ne veut surtout pas le mettre en limitless-636335457.jpgdanger de réfléchir sur la vacuité ou non de ses aspirations, on le rassure, on veut surtout qu'il continue à acheter du pop-corn avant d'entrer dans la salle de projections pour le brouter le cerveau à peu près vide une fois le film commencé, et qu'il en sorte rassuré : « Finalement, je ne suis pas si nul ». Ainsi dans le film « Limitless » qui vient de sortir, dont l'argument au départ est presque intéressant :

    Eddie rêve d'écrire un grand roman, mais il a beaucoup de mal. Un de ses amis lui parle du NZT, un puissant produit qui lui permettrait de décupler ses capacités intellectuelles, il s'en sert finalement pour jouer les « traders » à Wall Street, ce qui paraît dans le film et dans notre triste monde la panacée de la réussite sociale, aide un magnat à négocier une fusion, s'aperçoit que les riches sont au sens propre des vampires. Alors qu'il doit combattre de plus en plus d'ennemis, son stock de NZT qui lui permet de résister finit par diminuer dangereuse.

    Mon dieu ! Le suspense est insoutenable ! Comment cela va-t-il finir ? Va-t-il détruire le système et essayer de rendre le monde meilleur ? Va-t-il au contraire redevenir à la fin un homme normal, comme les autres, simple et content de l'être ? Mais, sympathique !

    Quand on demande à un jeune bien dans son temps ce qu'il aime comme musique, harnaché comme les autres d'un téléphone portable dernière génération qui ne lui sert strictement à rien sinon lui donner une contenance, quand on marque sa désapprobation face à ce qui s'apparente souvent à des goûts de sanisettes (restons polis), le jeune, ou moins jeune, dadais répond d'un air outré, outragé : « Ben, quoi ?! Tous les goûts y sont dans la nature ! ».

    On confond tout aussi, Marc Lévy et Alexandre Dumas, Utrillo et Jean-Pierre Jeunet qui tourne des films qui ont la même esthétique que des pubs pour jambon tellement proche des gens et de la vérité du petit peuple.

    Et il est de bon ton de s'afficher comme autodidacte ou comme simple et inculte, mais simple. La culture est considérée comme une oppression, une domination arbitraire de ceux qui savent. Elle est perçue comme contraire à l'authenticité, ou du moins l'amalgame plus ou moins hétérogène que l'on désigne comme étant authentique.

    L'émotion, que ce soit dans les médias, ou dans la vie réelle, est de plus en plus frelatée.

    Elle passe à travers différents filtres qui l'affadissent, lui font perdre de sa substance afin qu'il n'en reste que la sensiblerie. Au bout de la chaîne, c'est devenu de la guimauve industrielle sans couleur, sans saveur, sans odeur.

    On se congratule à grands coups de tapes dans le dos, d'étreintes tellement émouvantes, de grands sentiments déclamés.

    Les plus jeunes prennent les participants de télé-réalité comme références de comportement, il s'identifient aux archétypes grossiers qu'on leur propose, aussi englués dans la banalité et la docilité au consumérisme que les autres, ce qui facilite l'identification. Il y a bien quelques repoussoirs, quelques personnages dotés d'un reste d'esprit critique qui sont là pour faire bonne mesure, mais que l'on n'écoute pas vraiment de toutes façons, ces personnages sont surtout là pour tenir l'emploi du méchant, celui qui va contre le consensus mou habituel, vaguement humaniste.

    Les moins jeunes adorent également l'étalage de lieux communs par paquets de douze, et des conseils de vie tellement généraux et communs qu'ils ne sont même plus anodins, mais simplement insupportables. Les moins jeunes adorent les émissions de « coaching » ou d'autres couples qui leur ressemblent se font humilier en direct ou pas.

    C'est toujours l'identification qui joue, le mari dit : « tu vois, ce que dit le coach c'est ce que je te dis tout le temps », la femme soupire et rétorque qu'il ferait mieux de se conduire selon les conseils de look donné sur une autre chaîne : ah ben tu vois, le survêt, c'est plus à la mode le dimanche pour aller chercher le pain ».

    On conforte le consommateur dans sa docilité totale et absolue aux diktats qu'on lui délivre pour lui faire acheter tout et n'importe quoi, et que le système continue de fonctionner quoi qu'il arrive.

    De temps en temps on lui montre des petits myopathies pour qu'il verse sa petite larme devant et oublie de songer aux enfants asiatiques ou africains qui crèvent de faim en travaillant parfois 80 heures par semaine pour assembler la dernière console de jeux que son petit dernier, un chiard maussade et déjà blasé ne manquera pas de lui réclamer au prochain passage au supermarché géant.

    La réussite, cela a fini par entrer dans son crâne, ce n'est pas de toutes façons être intelligent et cultiver son cerveau, la réussite, ça consiste à gagner du fric un maximum et dépenser son argent de même.

    Et ce pour soi tout seul et son seul et unique plaisir.

    Note en passant, chose curieuse, dans le film « Limitless », paradoxalement, c'est aussi le seul horizon que le héros se donne, ce qui montre bien que la pilule censée lui développer la cervelle ne fonctionne pas si bien que ça. Dans ce blockbuster finalement, la littérature, la culture, l'art, la musique sont des trucs de ringard sans avenir, d'inadaptés désespérants, alors que la finance est réellement l'activité des vainqueurs, de ceux qui en veulent, même si le réalisateur feint de s'y attaquer, ce qu'il ne fait pas une seconde.

    Au moins le brouteur de pop-corn en aura-t-il pour son argent, et le vendeur de pop-corn aussi. Le brouteur sera plus tranquille, puisque pendant plusieurs minutes on lui aura asséné combien c'est finalement « coool » d'être ignare.

  • Ce que les affaires sexuelles récentes révèlent sur l'image des femmes en 2011

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     Le corps des femmes dans les médias après l'affaire DSK et l'affaire Tron...

    image ci-dessous prise ici

    Corps-de-femme.jpgQue l'on ne se méprenne pas, l'auteur du texte qui suit n'est pas franchement un féministe, ni même un soutien du féminisme de près ou de loin, quoi que je ne dédaigne pas la compagnie des femmes toutes proches, très proches. De plus, le féminisme ce n'est ni plus ni moins qu'un militantisme pétri de certitudes pénibles à entendre, comme toute vulgate.

    Je me souviens par exemple de cette manifestation organisée il y a quelques années à Bastille pour défendre le sort des femmes afghanes, dont j'avais été repoussé avec quelques autres mâles car mâles dont mauvais pour les dames présentes ce jour là.

    Ce qui est contradictoire, puisque dans les mouvements féministes fleurit depuis quelques temps une théorie « du genre » qui affirme que le genre n'existe pas, donc le genre masculin non plus.

    Or, si les mâles ne sont pas acceptés dans une manifestations, c'est donc que le genre est reconnu comme existant, puisque nous étions perçus comme hommes. N'y étaient même pas tolérés les hommes/« copines » très à la mode dans certains milieux, capables de tellement d'écoute avec les femmes, souvent ou homosexuels, assumés ou pas, ou simplement intellectuellement châtrés.

    Ce que j'ai toujours trouvé étrange, mais pas tant que ça finalement, c'est que l'on retrouve le même genre de harpies frustrées au bout du compte dans d'autres mouvement pourtant apparemment aux antipodes, comme dans certains groupes catholiques où il semble de bon ton pour les filles de s'enlaidir le plus possible.

    Depuis quelques semaines cependant, après l'affaire DSK et l'affaire Tron, on se pose quand même beaucoup de questions sur l'image des femmes dans la société actuelle.

    D'un côté on nous dit qu'il n'y a pas « mort d'homme », de l'autre on on parle de « troussage de domestiques », sans trop de gravité, ce qui en dit long sur les commentateurs. Ce qui est également assez curieux, c'est qu'il s'est trouvé quelques femmes dont celle-ci, pour défendre DSK tout en se prétendant féministe, ce qui en dit long sur la sincèrité de ses convictions et les contradictions des féministes.

    De l'autre, on croit bon de nous alerter sur la pudibonderie de notre société qui signifierait que nous serions en train de nous américaniser, de devenir des protestants rigides qui ne tolèrent pas la moindre déviation à la morale. On n'ira pas jusqu'à dire qu'il y a encore beaucoup de préjugés sur les « parpaillots » ou réputés tels mais on n'en est pas loin.

    Pour l'américanisation, je dirais que malheureusement c'est déjà fait ou du moins largement entamée.

    Pour le retour à un ordre moral pudibond et rétrograde, je serai moins définitif, je dirai que c'est un peu court les gars, (je parle de la phrase les gars, pas d'autre chose).

    Cela sent le vieux refrain, la même ritournelle est servie depuis 68 dés que l'on révèle les frasques d'un notable ou un autre dans les médias, surtout quand celui-ci se prétend progressiste ou libéré. Traduire par là que ce n'est pas qu'il ait quoi que ce soit à ficher du sort du peuple et des précaires, mais qu'il veut continuer à profiter de son argent en baisant à couilles rabattues le plus possible (que les oreilles chastes m'excusent d'être cru, mais c'est la bonne formule).

    Et cela ressemble aussi à une excuse tout trouvée des spécialistes de blagues de cul de fin de banquet qui ont peur de ne plus provoquer autant de rires gras qu'avant, des dragueurs de boîtes minables qui tremblent de ne plus pouvoir lever de boudins maussades le samedi soir, des spécialistes de l'adultère bourgeois, bohème ou pas, qui s'inquiètent de ne plus pouvoir coucher à droite à gauche, ou de ne plus avoir la possibilité de « se faire » la jolie stagiaire du premier, en lui promettant un CDI si elle est docile sur la photocopieuse ou sous le bureau du patron.

    Rien de pire aussi que le minable se trouvant irrésistible pour une raison ou une autre, grossier quand il se croit séducteur, débile quand il s'imagine d'une grande finesse.

    Les féministes comme ceux qui craignent le retour à un ordre moral se trompent dans les deux cas.

    Ce qui détériore le rôle et l'image des femmes c'est la marchandisation des corps qui deviennent des choses comme les autres, que l'on vend et que l'on s'échange.

    Le corps des femmes devient aussi de plus en plus virtuel, retouché, et les femmes réelles se soumettent aux diktats de plus en plus impérieux quand à ce corps dont on leur demande qu'il ressemble à celui qu'elles avaient juste avant leur puberté à onze ans, un corps sans formes, ni rondeurs, qui témoignent surtout d'un réel puritanisme celui-là, qui implique la haine du corps féminin au bout du compte, une haine transmise également par la pornographie qui fait des femmes des mécaniques à jouir et rien d'autres.

    Tant que le corps des femmes sera comme une marchandise, tant qu'il servira à vendre de belles bagnoles ou du jambon, l'image des femmes sera mauvaise. Et rien ne changera.

  • Un toast pour Antoine Blondin

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     Quand on a trop bu, on a parfois tendance à la grandiloquence un rien ridicule, aux grands serments et aux déclarations définitives.

    photo ci-dessous prise ici

    ANTOINE-BLONDIN-copie-1.jpgUn soir, dans un petit bistrot enfumé du Faubourg Saint Antoine, dans une petite rue mal éclairée, tard le soir, j'ai porté avec quelques autres un toast à Antoine Blondin dont la photographie ornait le dessus du miroir posé juste derrière le patron de l'endroit, au-dessus de son « zinc ».

    Il nous souriait légèrement. Il se serait plu où nous étions, un des derniers petits coins secrets de Paris, interdits aux poseurs et aux prétentieux. Nous étions quelques inadaptés échoués là par hasard.

    Nous étions dans cet état second que l'on atteint parfois, entre la mélancolie, le « cafard » et la joie d'être ensemble, une espèce de communion des « saints buveurs », un moment qu'Antoine Blondin aurait apprécié, un voyage aussi, car l'ivresse est un voyage, qu'il aurait fait avec nous.

    Ou pas, car il lui arrivait aussi, après quelques verres, de chercher à provoquer ses voisins de comptoir et à se bagarrer avec eux.

    Totalement gratuitement.

    Il lui arrivait aussi d'avoir la saoulerie poétique, comme le soir où il décida avec quelques autres ivrognes lunaires de faire de la rue Bonaparte un jardin en allant dérober nuitamment des fleurs au marché du même nom sur les quais tout prêt. Maintenant, rue Bonaparte, on croise surtout des touristes asiatiques, l'appareil-photo en bandoulière, cherchant le café d'« Amélie Poulain », cette vieille fille mal dans sa peau qui finit par se mêler de ce qui ne la regarde pas.

    On croise aussi de jeunes et beaux jouvenceaux ou jouvencelles étudiants ou pas, savamment mal habillés, avec la mèche unisexe qui leur tombe sur l'oeil, ce qui explique leur courte vue la plupart du temps sur les souvenirs littéraires du quartier réduits dans leur cervelle à la terrasse du « Flore » ou la salle de « la Closerie des Lilas » où l'on croise différents « people » (ou « pipeaules » pour employer une orthographe plus adéquate).

    Blondin fascine les petits garçons trop sages qui ont des vélléités d'écriture parce qu'il écrivait bien, était cultivé et qu'il buvait beaucoup, et souvent. Ils s'arrêtent d'ailleurs là, aux litres de vin qu'absorbaient cet auteur.

    Seulement, boire autant ce n'est pas pour épater la galerie qu'on le fait, mais à cause d'une blessure : la maladie d'un proche, un frère, une soeur, un père, une mère, une mort, un mal-être qui s'étend, la vie qui manque de sens.

    La blessure de l'écrivain, auteur du « Singe en hiver », c'était la mort de son père, qui s'était suicidé à vingt-six ans, comme l'apprend Christian Millau dans « Au galop des hussards ». On boit pour calmer les souffrances induites par ce qui nous a fait du mal, mais c'est comme ces enfants, que l'on voit sur les plages, qui essaient de vider la mer à l'aide d'un arrosoir, c'est peine perdue.

    La mélancolie est au coeur de l'oeuvre d'Antoine Blondin, comme de celles de nombreux écrivains qui cherchent un sens à toute la médiocrité et la malveillance qui nous entourent, à l'avidité du monde actuel, à la multiplication des « non-lieux » qui peuvent se passer de l'être humain et de son âme, à ce temps qui se veut eschatologique, rêvant tout le temps de sa destruction, fantasmant sur des inventaires après décès effectués avant même la mort de notre civilisation.

    Comme si nous savions fort bien que les aspirations de celle-ci, ou du moins ce qu'il en reste, sont totalement vaines.

    On demande souvent aux écrivains ce qui les pousse à écrire, il en est peu qui répondent franchement. La plupart jouent les penseurs torturés, préoccupés de leur époque, de leur responsabilité de créateur, de leur engagement forcément nécessaire, toujours dans le même sens de toutes façons, le sens du poil de ce qu'il convient de penser. C'est de bon ton en ce moment pour un écrivain de devenir spécialiste en tout, phare de sagesse en dilettante, et d'oublier complètement et la littérature, et ce qui le meut vraiment, à savoir sa mélancolie, son intelligence et sa sensibilité, tout ce qui rend malheureux en somme, les imbéciles ne connaissent pas leur bonheur. Les imbéciles se contentent de deux ou trois certitudes sur le monde, de slogans faciles à retenir comme opinions.

    Les imbéciles sont légions aussi bien au « Café du commerce » que dans les salons mondains et feutrés. De droite ou de gauche, ils ne mettent en avant que leurs idées et oublient le style, qui fait l'homme.

    Et vogue la galère intellectuelle...

    On a classé, à tort ou à raison difficile de trancher, Antoine Blondin parmi les « Hussards », avec Roger Nimier, l'auteur du « Hussard bleu », Jacques Laurent et d'autres, du fait de sa propension à trouver que c'est ce qui semble futile qu'il importe de cultiver, d'une certaine élégance du verbe, d'une appétence pour un certain mauvais esprit à l'encontre des icônes intellectuelles indéboulonnables, et surtout de son opinion marquée sur les auteurs de donnant de l'importance politique, à défendre les grandes causes dans le vent. Il y eut des hussards de gauche, dans la même veine que les premiers, comme Roger Vailland.

    Ce qui est ironique est que cette ébauche de « classement » a été esquissée par un autre esprit plus vif argent que coulé dans le plomb, inclassable et irréductible à deux ou trois formules, Bernard Frank, qui était à rebours politiquement de la plupart des « hussards », pour la plupart à droite, excepté Jacques Laurent qui vira Miterrandolâtre à la fin de sa vie, et finit à l'Académie Française, le comble pour un esprit se voulant impertinent.

    On me dira, ce n'est pas forcément incompatible d'être de droite et vénérer Mitterrand, même si « plus à gauche » que Mitterrand, comme disait Desproges « ça ne se pouvait pas ».

    Pourtant de droite, Antoine Blondin abordait des sujets hautement prolétaires, ce qui semble là encore paradoxal à première vue. Au moins ne se mettait-il pas en tête de vendre sa doxa théorique au chaland ou d'en mettre une au point. Il a beaucoup écrit sur le sport, il écrivait dans « l'Équipe » sa chronique du Tour de France qu'il suivait chaque année, dormant dans les bordels de la ville-étape chaque soir, non pour la bagatelle -il n'aurait pas eu les moyens étant toujours fauché comme les blés- mais parce que selon lui, les putains étaient « maternelles avec lui ». On trouve dans ses textes sur le cyclisme quelques calembours judicieusement placés, égratignant telle ou telle grande figure bien vu du tout venant, comme Victor Hugo dont il cite « l'art d'être grimpeur » par exemple (pour les néophytes, ou les étudiants en lettres ayant fait leurs études sous Jack Lang, Hugo est l'auteur de cet art là).

    Journaliste, critique littéraire et sportif, Antoine Blondin est surtout un romancier incomparable, le plus modeste et le plus brillant des Hussards. Son œuvre est restée "mince".

    Songerait-on à le lui reprocher ? Un peu.

    photo ci-dessous prise ici

    1803414.jpgTrop léger, trop élégant, pas assez novateur. A l'heure où l'on s'interroge sur le renouvellement (ou l'épuisement) du roman par l'autobiographie, on oublie que Monsieur Jadis est une des premières auto-fictions mais sans être centrée sur le nombril de son auteur.

    Il vaut mieux prendre ses distances avec la légende pittoresque du clochard céleste de Saint-Germain-des-Prés car ses oeuvres de fiction comme dans ses articles révèle un univers personnel complexe et original. Blondin fait penser à ces amis un peu difficiles, ces oncles dont on parle en chuchotant pendant les repas de professions de foi du petit dernier, intenable pendant les réunions de familles, qui boit trop, qui met les coudes sur les tables, qui dit des gros mots mais que l'on ne peut s'empêcher de réinviter car il est capable d'immense amitié.

    Certains, des enfants sages qui veulent se donner un genre, des premiers de la classe qui veulent se faire pardonner de leur sérieux, de leur assiduité, ne voient d'ailleurs qu'en Blondin un écrivain mauvais garçon, pilier de bar, écrivain en dilettante qui donne des frissons car il se fichait de finir bourgeoisement alors que ces mêmes enfants sages, on parle aussi de "néo-hussards", aimeraient bien finir embaumés à l'Académie.

    Il y a une chose qui domine chez Blondin c'est le sens de l'autre et de ce que les autres lui apportent. Son amitié, à Jacques Laurent, à Roger Nimier, était précieuse, malgré les invectives parfois, lors des nuits de soûlographie méthodique, malgré les fâcheries ponctuelles sur des frivolités, mais de ces frivolités qui sont précieuses à protéger.

    Finalement, il est complètement à rebours des littérateurs et écrivaillons actuels.

    Ce qui compte le plus pour ces auteurs c'est à la fois le croustillant ou l'intellectuellement étanche dont les ancêtres sont les animateurs du "Nouveau Roman" dont les livres me passionnent personnellement autant qu'un catalogue de papiers peints, par contre ne pas parler des "Hussards" ou alors en les morigènant pour leurs idées politiques de droite, tout en oubliant les écrivains "maos" qui ont perdu la mémoire quant à cette période en 2006 ou s'en souviennent comme d'aimables gamineries.

    On y est de gauche, mais pas de n'importe laquelle, une gauche où afficher ses choix sexuels est indispensable, où on aime bien pleurer des larmes de crocodiles sur des photos de gosses en train de crever de faim sans pour cela donner un euro ou l'aumône d'un sourire à un mendiant que l'on croisera dans le métro (il est vrai que les pauvres de près sont moins photogéniques, ils font moins "gavroche").

    Une contradiction encore, elle rejette les dogmes et les privilèges mais hors de leur groupe, point de salut...

    A ce lien Blondin parle du Tour de France

    Ci-dessous la fin de "Un singe en hiver", le retour de la mélancolie


  • Démocratisation de la culture – Vérités et Mensonges

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     Les commentateurs, les éditorialistes, les plumitifs de tout poil, adorent parler en commençant par : « Les français pensent que... ».

    image prise ici

    73a1cf7a-471e-11df-911f-2fd948a2ba9d.jpgIls parlent au nom du peuple, de l'homme de la rue, des « vrais » gens, (en admettant qu'il y en ait des faux).

    Ils aiment bien rappeler leur proximité du peuple, comment ils savent descendre de leur piédestal d'hommes et de femmes cultivés, formés, éduqués, pour aller transmettre la bonne parole du progrès à ceux qui n'ont pas la chance d'être aussi éclairés qu'eux le sont.

    Ils apprécient aussi de louer les merveilles de la démocratisation de la culture alors que celle-ci n'a jamais été autant réservée à une oligarchie, une « élite », quelques privilégiés qu'aujourd'hui.

    Certes, il demeure bien quelques « intellectuels précaires », des sur-diplômés qui ne trouvent pas de travail, car venant de milieux plus simples, et ne disposant pas des bons réseaux, ils ne peuvent accéder à des postes qu'ils méritent pourtant par leur parcours, leur travail, leur obstination, à des rares exceptions.

    C'est particulièrement caricatural dans le milieu du spectacle et du show-biz, où les fils et filles de vedettes suivent la voie de PapaMaman, sans avoir la plupart du temps le quart du tiers du talent de leurs géniteurs.

    La culture, ou du moins son apparence, demeure malgré tout, malgré son dénigrement systématique depuis des décennies, un élément important d'ostentation sociale. Les parvenus se sentent toujours obligés d'affecter d'avoir lu tel ou tel auteur réputé obligatoire par les censeurs des bonnes moeurs mondaines, d'avoir vu le film de tel ou tel auteur, même si ce n'est qu'un pensum indigeste.

    Il faut savoir aussi de quelle culture on parle, ce sont toujours les mêmes auteurs, engagés tous dans le même sens. Leur engagement enlève tout sens critique quant à leur talent littéraire réel. On continue d'ailleurs d'assomer le lecteur avec l'engagement obligatoire de l'écrivain et de l'artiste, qui aurait une « responsabilité » sociale, voir à ce lien le livre de Gisèle Sapiro, qui actualise Sartre.

    Cette responsabilité est engendrée par le besoin de trouver une utilité sociale au geste de l'écrivain, à quantifier ce geste, à le réduire à une ou deux équations, à des slogans. Alors que c'est justement parce que le geste de l'écrivain est inutile qu'il est intéressant.

    Cette responsabilité est à sens unique, elle doit suivre la « doxa » imposée.

    Quand les écrivains disent ce qu'il faut, tout va bien, qu'ils soient vraiment intéressants à lire ou nuls.

    Beaucoup de ces « cultivés d'apparence « sont très maladroits quant à cette affectation et il suffit de gratter juste un petit peu pour comprendre que ce n'est que de la pose.

    Cela montrer bien finalement que la démocratisation de la culture, ou du moins le désir de la démocratiser, n'est qu'un leurre, les « vrais » gens n'en voulant pas finalement. Alors bien sûr, quand on leur demande quelle est leur chaîne de télévision préférée, la plupart répondront « Arte », alors que l'on sait que « Arte » fait autant d'audience que la mire à une époque, soit un score extrêmement minime.

    Si on les pousse un peu dans leurs retranchements, ils reconnaîtront bien qu'ils ont légèrement menti mais que c'est parce qu'ils n'ont pas le temps, ou ils mettront ça sur le dos de la fatigue.

    Car finalement, les « vrais » gens n'ont pas envie de culture même si leurs carences en la matière les complexent encore énormément. Et même si dans les faits, il y a une démocratisation évidente des moyens d'accès à la culture au moins depuis la création du « Livre de Poche » et son prix modique ou la création des « Maisons des Jeunes et de la Culture ». Finalement, le livre de poche a surtout été acheté par les personnes issues de milieux déjà intellectuellement favorisés ou un peu formés.

    Quant aux « MJC », on y a surtout favorisé la recherche du plus petit dénominateur commun et on y a flatté le peuple dans le sens du poil en y recherchant la facilité, voire la démagogie, et non en lui proposant un peu plus d'exigence.

    Dans les banlieues « sensibles », on créera des ateliers de « Rap », au mieux de « slam ».

    On ne cherchera pas à pousser les jeunes de ces quartiers à trouver quelque chose qu'ils n'auraient pas l'occasion de dénicher tous seuls.

    On les encourage finalement à se replier sur leur milieu, sur leur classe sociale. Il est permis également de se demander si ce n'est pas parfois l'expression d'un mépris social inconscient de la part des « animateurs » culturels : ces jeunes ne sont bons qu'à ça, la « vraie » culture ce n'est pas pour eux.

    Notons d'ailleurs que les rares fois où l'on pousse ces jeunes vers la culture classique c'est en se croyant obligés de faire une « adaptation » en verlan, par exemple, ce qui rend soit dit en passant le travail d'enseignants comme Cécile Ladjali, dans le 93, d'autant plus remarquable, ayant adaptée quant à elle Louis-René Des Forêts avec ses élèves considérés pourtant par d'autres comme incapables de comprendre cet auteur.

    Mais parler d'exigence en culture à une époque où l'on met tout au même niveau, Brigitte Lahaye et Ninon de Lenclos, Christophe Mahé et Serge Gainsbourg, Guillaume Canet et Stanley Kubrick, c'est mission quasiment impossible.

    Et il y a aussi la question d'Internet, outil formidable de liberté, et de culture, mais aussi « providence du crétin » qui peut laisser croire qu'il connaît quoi que ce soit au sujet qu'il aborde, sans avoir à apporter quelque preuve, qui se laisse aller à l'injure quand on le prend en défaut, caché derrière le masque de son anonymat, perpétuant par là-même une habitude épistolaire française bien implanté depuis la Collaboration, qui est délation sans riques ou "modeste" en quelque sorte...

  • Une pensée pour les militants du PS après l'affaire DSK

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