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  • Actualité de Marcel Aymé

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    On parle de Marcel Aymé aussi sur Agoravox

    On parle peu de Marcel Aymé actuellement.

    Et c'est bien dommage.

    p1-image_1-2841.jpgOn noircit des kilomètres de papier sur Céline, qui sent le soufre pourtant, on fait des spectacles sur le bon docteur Destouches, on parle même d'un film avec Christophe Malavoy qui aurait du mal à monter son projet. Me semble-t-il, quand on parle de Céline à la télévision ou à la radio, cela fait partie de la panoplie il faut laisser croire que l'on est baîlloné, entravé, alors qu'on ne l'est pas.

    Surtout du fait de l'antisémitisme de l'auteur du « Voyage au bout de la nuit », les uns par fascination, les autres car Céline sert de paravent à leur propre judéophobie.

    Mais on n'entend pas grand-chose sur le père du « Passe-Muraille ».

    Excepté peut-être la voix de Benoît Duteurtre de temps à autre, ainsi lors de « la Grande Librairie » jeudi dernier.

    Qu'il en soit remercié ici...

    Cependant, quant à celui-ci j'aurais une seule petite critique, toute petite, minuscule :

    Quand il parle de cet auteur, il émet de temps à autre des contresens, voulant le replacer comme un auteur « acceptable » pour les critiques au « tout-venant » pour ne pas dire « au tout à l'égout » du « tout-Paris » qui de toutes manières le trouve « faible » car dégagé de toutes les grandes causes dans le vent et du progrès et de la mode et pire, Marcel Aymé n'a aucune vulgate globalisante à vendre.

    C'est un peu embêtant de vouloir absolument en faire un écrivain scolairement honorable.

    Par exemple jeudi dernier, monsieur Duteurtre en faisait un surréaliste, alors que pour Marcel Aymé on parlera plus à mon sens de poète du quotidien, un poète ayant un goût prononcé pour « le cafard », comme Francis Carco, qui en parle dans « Traduit de l'argot » ou Claude Dubois dans « La Bastoche ». Ces deux auteurs parisiens prétendent avec une mauvaise foi réjouissante et intéressante que « le cafard » est un état d'esprit bien de Paris qui fait que l'on aime et la mélancolie et la dérision, et la poésie, et le trivial.

    Marcel-Ayme_medium.jpgEt Benoît Duteurtre me rappelle un peu ces gastronomes avertis qui vont s'encanailler de temps à autre dans un rade infâme mais où l'on mange bien, qui en reviennent la bouche en coeur, le coeur fébrile et le foie de même, et continueront à préférer les endroits chics et bien fréquentés malgré tout.

    Comme ils disent souvent : « pour moi il n'y a que Proust », (qu'ils n'ont pas lu) par peur de ne plus être reçus dans les salons où l'on « cause élégant » où c'est de meilleur ton de parler de « la Recherche... » que d'un auteur plus ou moins oublié de contes pour adultes jamais moralisateurs.

    Il est perçu également comme une sorte de figure tutélaire des anarchistes de droite, certains ont même repris sa manière d'orthographier les mots anglais, afin de ridiculiser l'usage grotesque du franglais pour tout et n'importe quoi (« louque » pour look, « poulovère » pour pull-over...etc), comme ADG...

    Bien entendu, maintenant, plus grand-monde ne sait vraiment ce qu'est un « anar de droite » étant donné la faiblesse de la culture politique de certains commentateurs.

    C'est plutôt un concept démodé. Aujourd'hui on préfère l'unanimisme et l'on n'aime bien tout ce qui favorise le plus petit dénominateur commun entre les gens...

    Certains ne voient en eux que des réactionnaires qui ne disent pas leur nom, d'autres les traitant carrément de fachos.

    Les « anars de droite » détestent les ridicules de leur époque, qu'ils ont beaucoup de mal à apprécier, les travers du pékin moyen, du quidam qui croit que sa médiocrité ne se verra pas en rasant les murs et en se faisant tout petit, ou bien en faisant preuve d'une déférence exagérée et un peu trop marquée envers les puissants.

    Sur le sujet politique, il y a une méfiance autour de Marcel Aymé, les gens d'extrème-droite le prenant pour un des leurs, ce qu'il n'était pas, en ouvrant rarement ses livres, les gens de gauche qui ne le lisent pas non plus se méfient de ses prises de position, comme sa défense de Brasillach (ils oublient aussi que l'auteur de « la Jument Verte » prit aussi la défense de militants FLN pendant la guerre d'Algérie et qu'il traduisit « les Sorcières de Salem » d'Arthur Miller).

    Gourance dans l'un et l'autre cas, comme dirait son ami Céline, Marcel Aymé n'avait tout simplement pas besoin de se sentir de l'un ou l'autre camp pour exister. Cela s'appelle aussi l'indépendance d'esprit. Il n'avait pas besoin des honneurs officielles, qu'une petite fille lui remette un hochet quelconque sur ses vieux jours avec un joli bouquet entouré d'un noeud rouge.

    Il n'est pas de ceux dont l'oeuvre réclame ou accepte la Légion d'Honneur. Il est vrai que quand il en fût question, quelques temps après la guerre il conseilla à celui qui voulait la lui remettre de se la « carrer dans le train ».

    Il est également le plus souvent considéré comme un auteur pour enfants, à travers « les contes du Chat perché ». Ce n'est pas complètement inexact, Marcel Aymé est un très bon écrivain de l'enfance, ce qui n'est certes pas tout à fait la même chose. Son plus beau texte sur l'enfance est, selon moi, « les bottes de Sept Lieues », mais aussi « le Passe-Muraille » dont le héros est somme toute un enfant, ou encore « Dermuche », tout en tendresse pour son personnage central, même si celui-ci subit à la fin un sort fatal du fait de la bêtise de ses congénères.

    Ces contes sont aussi pour les parents, et généralement on oublie que c'est lui l'auteur de « la Traversée de Paris », et non Claude Autant-Lara, voire Michel Audiard, comme j'ai pu le lire. Celui-ci aimait beaucoup Marcel Aymé, car tous les deux aimaient le « jus de la rue » en connaisseur, les quartiers populaires où l'on ridiculise le bourgeois en goguette, y compris quand il se met à jouer les affranchis, les durs, les tatoués.

    Audiard est à la mode, les bourgeois se l'approprient. Une manière de lui casser les pieds par delà la tombe.

    Il faut dire que Marcel, le « môme Marcel » comme l'appelait son ami, le peintre Gen Paul, de Pantruche, des hauteurs de Montmartre, a fait tout ce qu'il fallait pour que les élites culturelles et littéraires de notre beau pays ne lui élèvent pas de piédestal. Il n'a pas cru utile de cirer les bottes de tel ou tel grand personnage, n'a pas clamé sur les toits son amour immodéré de telle ou telle cause à la mode. Sur ce sujet, j'aime bien ce qu'en dit Kléber-Haedens dans son « Histoire littéraire », à savoir que clamer que l'on est pour la liberté, pleurnicher pour les enfants africains

    De plus, il est malgré tout ce que l'on peut à dire (voir ce texte un plus haut entre autres) encore et toujours classé à droite, ce qui est un comble car il se voyait plutôt comme à gauche, voire très à gauche, écrivant dans de nombreuses feuilles pacifistes et socialistes avant la Seconde guerre Mondiale.

    Ce qui ne l'empêchait de se moquer des prétentions des « grandes » consciences ou réputées telles de son temps, en écrivant « Travelingue » qui se moque des folies bourgeoises mais éclairées au moment du Front Populaire.

    220px-Marcel_Aym%C3%A9.JPGC'était un taiseux, pas un faiseur de discours interminables, un écrivain qui en disait beaucoup en peu de mots.

    Par exemple, dans une de ses nouvelles, « une file d'attente », quand il veut parler des juifs sous l'Occupation, il décrit des braves gens du quotidien se plaindre avec forces détails de leurs petits malheurs, en rajouter une ou deux couches à chaque fois, et le juif dans la file d'attente, qu'aucun des plaignants n'écoute, dire simplement : « Moi, dit le juif, je suis juif ».

    Marcel Aymé est sans doute reparti avec la Vouivre se perdre dans les brumes des marais du Jura, plus heureux que parmi les adultes qui se prennent tant au sérieux...

    A ce lien un extrait de l'adaptation de "la Gràce" par Pierre Tchernia, une des meilleurs adaptations de Marcel Aymé.

  • Grandeur et décadence des consciences de gauche

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    Il en est aussi question sur Agoravox

     La première fois que j'ai entendu parler des « grandes » consciences de gauche c'est en lisant il y a plusieurs années le pamphlet de Guy Hocquenghem, « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary », réédité chez Agone en 2003, publié tout d'abord en 1986, deux avant que Hocquenghem ne meut du SIDA. C'était un des représentants les plus marqués de la génération de « Mai 68 », une icône de cette génération qui connaissait tous les groupuscules d'extrème-gauche.

    image ci-dessous prise ici

    fue1CohnBendit.jpg

     

    Un de ceux qui s'étaient brûlés les ailes et le reste à croire qu'il pouvait réellement tout expérimenter sans risques pendant ce qu'il est convenu d'appeler « la parenthèse enchantée ».

    Hocquenghem a vu tous ceux qui promettaient que tout était possible, que tout devenait possible (ça n'est pas si loin d'un slogan de ce candidat aux présidentielles) passer des pavés aux moquettes profondes des bureaux des ministères dont Geismar et Sauvageot, qui y sont encore. Il a vu les anciens troskistes (comme celui-là) devenir de hauts fonctionnaires, les artistes tellement novateurs se faire exposer dans les endroits les plus chics.

    Hocquenghem était un « pur », un de ceux qui croient vraiment que les grandes et belles déclarations, les actes de foi enflammée, suffisent pour amener un monde meilleur.

    Il y a eu des aventures sympathiques après « Mai 68 » (qui a commencé le 22 mars), comme la fondation quelques temps après d'« Actuel », une expérience de journalisme qui influence encore maintenant à peu près tous les médias. Ce journal, mort à l'orée des années 2000, rend sympathique les fils à papa friqués comme Jean-François Bizot, l'âme d'« Actuel », ouvert au monde, à tout de son époque, qui essayait de comprendre ses contemporains tout simplement, qui voulait que « rien de ce qui est humain ne lui soit étranger ».

    Il n'y eut pas que « Mai 68 », la première fois que l'on entendit parler d'intellectuels et de consciences de gauche, ce fut au moment de l'« Affaire Dreyfus » qui créa la dichotomie entre ceux qui se réclamaient de ces penseurs, forcément généreux, honnêtes et idéalistes, et les autres, forcément cyniques, totalitaires et soutiens de toutes les dictatures. Il est à noter que ceux qui suivent ces grandes consciences sont à rapprocher des convertis, ils ont la foi du charbonnier quand leur grand homme ou leur grande femme s'exprime.

    Si pour eux « Dieu est mort », même s'il faut toujours continuer à « écraser l'infâme », qui reste à dire vrai catholique, à les entendre il n'est d'intégristes que chrétien, ce ne sont rien de moins qu'un genre de missionnaires laïcs. Et la grande conscience fait office de prophète qu'il est très mal vu de railler, ou de faire descendre de son piédestal. C'est parfois dur, car cela oblige selon certains disciples à lire tout Zola et ses descriptions que l'on trouvera soit pompeuse, soit ampihgourique, ou majestueuse, selon l'humeur du jour.

    Maintenant, il n'y a même pas besoin de l'avoir lu, sortir deux ou trois lieux communs sur son « J'accuse » suffit amplement. C'est le plus souvent sur l'air de « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

    Paradoxe, ceux qui s'esbaudissent de Zola ne trouvent pas contradictoire le fait de défiler avec des barbus fondamentalistes contre la loi sur le voile, ou de faire l'apologie de pro-palestiniens un rien hypocrites qui camoufle bien mal leur antisémitisme.

    De moins en moins, cela devient tendance quand on parcourt le Net la judéophobie.

    Même si leur expression se simplifie de plus en plus, maintenant il suffit de se dire de gauche pour que tout le monde pense que vous l'êtes, même si comme elle au fond vous gardez intact vos convictions d'extrème-droite ou si comme lui vous êtes un libéral vaguement social-démocrate.

    Actuellement, il ne reste plus tellement de grandes consciences de gauche, elles sont plutôt de « gôche », à de rares exceptions, et sont pour la plupart des émanations directes de la bourgeoisie, qui aux privilèges d'être « bien » nés et de disposer dés la naissance de réseaux divers et variés rajoutent maintent les prétentions à se poser en guides de la société, ce genre de hobby dangereux pour oligarques qui s'ennuient. Cela peut en effet mener loin, vers un ou deux totalitarismes, mais ils n'en ont pas conscience une seconde.

    image prise ici

    sarkozy-cohn-bendit_231.jpgC'est de plus en plus insupportable.

    Il y a certes des exceptions :

    Laurent Joffrin est une conscience de gauche quand il rappelle à Robert Badinter que les défenseurs de DSK, tout à clamer à préserver la présomption d'innocence, n'ont pas eu un seul mot au moins de compassion pour la femme de ménage du Sofitel.

    Ce qui est quand même gênant pour une icône de gauche comme Badinter.

    Jean-Luc Mélenchon, bien qu'il aurait certainement appelé à voter DSK au deuxième tour de présidentielles en 2012, est une conscience réellement de gauche, quand il place le débat sur l'essentiel, à savoir la mainmise des marchés sur les institutions européennes et nationales au Nord de la planète.

  • Une citation contre le totalitarisme soft (pour notre bien)

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    surveillance-cameras-4001295465418.jpg"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

    Benjamin Franklin

  • Deux poids deux mesures dans la présomption d'innocence

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    En discussion sur Agoravox

    Depuis le début de l'« affaire DSK », certains invoquent à tout bout de champ la présomption d'innocence quant à l'homme d'état, et ce à gauche comme à droite, y compris dans l'éditorial un rien tarabiscoté de Bernard Maris dans « Charlie Hebdo » de mercredi. Georges Tron, quant à lui, parle carrément de complot de Marine le Pen et de ses séides. Monsieur Tron n'a pus s'empêcher de dire d'ailleurs que ses accusatrices n'avaient pas l'intelligence et la culture nécessaire pour porter plainte (par ici la citation).

    photo ci-dessous prise ici

    georges-tron_293.jpgCela rejoint la déclaration de Jean-François Kahn, pour qui l'« affaire DSK » ce n'était que du « troussage de bonnes ».

    Dans tous ces cas, on sent surtout l'esprit petit-bourgeois qui revient à grands pas. Le petit personnel, les petites bonnes, les domestiques, les « invisibles », les petites gens, ne sont là que pour obéir et satisfaire les désirs des plus favorisés qu'eux qui se trouvent tout à fait légitimes quant à leurs privilèges. Les bourgeois n'ont pas changé depuis le XIXème siècle, monsieur Guizot, et les débuts du capitalisme, ils sont toujours aussi hypocrites et finalement amoraux et défendent au bout du compte toujours et encore une justice qui les favorise et maintiennent les « classes dangereuses » ou affirmées hors de celle-ci.

    Il n'y a pas « mort d'homme » comme a dit l'un d'entre eux.

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  • lexique de la gauche sociétale

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    waystolisten-3.gifSur Agoravox, j'ai actualisé un petit lexique de la gauche sociétale...

    Altermondialisme n.m : Idées qu'il convient d'adopter en société, déculpabilise d'appartenir à la bourgeoisie. Parfois synonyme de néo-colonialisme.

    Anti-sionisme n.m : Permet parfois d'être antisémite sans l'avouer.

    Art(s) n.m. : forcément contemporain, inaccessible au commun des mortels, suppose une formation. S'extasier rêveusement ou prendre une photo avec son téléphone portable pour montrer la dérision de l'art. NB : l'art figuratif, l'art classique est réservé aux réactionnaires

    A ce lien...la suite

     

  • La banlieue sur scène et dans les coulisses

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    On en parle aussi sur Agoravox

     « On se rend alors compte où qu'on vous a mis. Les maisons vous pos­sèdent, toutes pisseuses qu'elles sont, plates façades, leur cœur est au propriétaire. Lui on le voit jamais. Il n'oserait pas se montrer. I1 envoie son gérant, la vache. On dit pour­tant dans le quartier qu'il est bien aimable le proprio quand on le rencontre. Ça n'engage à rien.

    image ci-dessous empruntée ici

    ChellesDSR42CV.jpg

     

    La lumière du ciel à Rancy, c'est la même qu'à Détroit, du jus de fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de loin qu'au bord de la mer les gros piquets dans la vase.

    Là dedans, c'est nous. »

    « En banlieue », Céline, dans « La Voyage au bout de la Nuit »

    « J'ai une vision romantique et quelque peu oblique de la banlieue: j'admire sincèrement ces familles qui tentent de survivre en s'endettant pour se payer une maison identique à toutes les autres. »

    Interview de Harlan Coben dans « Lire », juin 2005.

    La banlieue n'a jamais été très belle, jamais très agréable. La banlieue c'est moche, c'est souvent gris, ça pue l'essence mais je m'y sens à la maison.

    En banlieue, comme à Paris, du moins pour ce qu'il en reste, on peut dire à un vaniteux qu'il est vaniteux, à un con qu'il est con, à un poète local qu'il est nul, à un érudit de sous-préfecture qu'il est ignare, personne ne s'en offusque. On ridiculise aussitôt les bons apôtres, les chefs de rayon qui jouent les esprits avancés, les anars syndiqués et les révolutionaires , tous ceux qui aimeraient bien être sortis de la cuisse de Jupiter alors qu'ils ne sont qu'à peine ses rognures d'ongles.

    On pourrait vite sombrer dans le misérabilisme, la noirceur et les descriptions bien sordides, ne voir que la pauvreté, l'accent faubourien, aux accents traînants, et la délinquance. On pourrait parler des foules compactes sur les quais de gare, les VRP en veste orange qui attendent le train à côté des poivrots désoeuvrés, des filles vulgaires et des petits voyous bruyants.

    On pourrait avoir des formules à la Céline, quand il parle de « Rancy » dans « le Voyage au bout de la nuit », avec des points de suspension et d'exclamation bien placés.

    On passerait à côté de la poésie que même les barres de béton peuvent dégager, une poésie noire, anthracite, mais une poésie quand même.

    C'est la lecture de ce livre de Laurent Quesnel, qui en vient, y vit et y vivra encore longtemps, sur la ville de Chelles à travers les cartes postales et autres photographies en noir et blanc qui m'a donné envie d'évoquer la banlieue. Dans cet ouvrage on suit son évolution au cours des décennies, quand celle-ci est encore plus ou moins rurale, voire paysanne, quand les parisiens viennent y danser, à la guinguette, du nom du premier propriétaire de ce genre d'établissement.

    Elle a bien changé la banlieue, y compris en trente ans, si elle a gardé certains de ses anciens aspects, elle est surtout devenue une zone de complète relégation sociale, communautariste au dernier degré.

    On ne la reconnaît plus vraiment.

    Ceux qui n'y habitent pas ont de soudains enthousiasmes pour ce qu'ils s'imaginent être des mouvement artistiques féconds, qu'ils transforment parfois à leur idée pour adoucir les choses, ainsi le slam, plus agréable et confortable pour les oreilles des plus favorisés qui trouvent là l'occasion de montrer combien, en toute modestie, ils sont ouverts et cultivés, et modernes.

    Ceux qui n'y vivent pas en loue parfois la diversité, ils trouvent ça tellement beau. Ils ne comprennent pas que ce sont souvent des personnes qui ne veulent pas se mélanger entre habitants de la banlieue, d'une part, et qui ne veulent surtout pas entendre parler d'autres cultures que la leur.

    image ci-dessous empruntée à ce lien

     

    tardi-en-banlieue.jpgTardi aussi a aimé se promener en banlieue. Son album, « Tardi en banlieue », n'est pas exactement une oeuvre littéraire à part entière car il s'agit en fait du recueil de dessins au fusain et peintures acryliques du père de « Adèle Blanc-Sec » avec un texte de Vautrin.

    Le dessinateur s'y montre peut-être plus célinien que pour ses illustrations du "Voyage au bout de la nuit" qui ne valent pas Gus Bofa, et que l'on peut trouver plus chichiteuses. Il y conchie le grisâtre de la banlieue, les tours, les petits bourgeois qui promènent le chien, les boutures de milicien qui tiennent un molosse au bout d'une laisse, les vieilles cachées derrière leur rideau, les abrutis bêtement repliés sur eux-mêmes et souvent alcooliques, les employés de bureau maussades, les vigiles et leurs chiens, les solitudes, les petitesses, les préjugés.

    Ses dessins ont cependant tous bien une certaine poésie, celle de la nostalgie de quelque chose paraissant définitivement enfui. Les lignes à haute tension sont autant de barreaux qui cachent le ciel. Mais le ciel on continue à le voir quand même. Car au bout du compte, c'est tout ce qui importe.

  • Lettre cruelle à une jeune femme moderne qui rêvait de justice sociale...

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    Lettre également sur Agoravox

    ...Et qui est devenue « réaliste ».

    photo ci-dessous prise ici

    1992-412%20Femme%20Actuelle-04.jpg

    Une fine mouche me l'a fait remarqué dernièrement, finalement dans la plupart des textes que je commet sur le web, je m'adresse à toi, ou je parle de toi. Comme disait l'autre, « Cherchez la femme ». Car maintenant je dois le reconnaître, elle avait tout à fait raison.

    Les grandes envolées, l'ironie, la causticité, les sarcasmes et un certain cynisme, tout cela naît de blessures le plus souvent mal refermées ou pas refermées du tout. Donc, aujourd'hui, j'ai décidé de ne pas tricher et de parler directement de ta personne tout en m'adressant directement à toi, qui lis mes textes.

    Est-ce à dire que je vais être d'un romantisme échevelé dans la suite de cette lettre ?

    Tout comme moi, je sais que tu as horreur des grands sentiments pleins de sucre et de sirop de bois de rose.

    Tu es ce que l'on appelle une jeune femme moderne.

    Tu as réussi ta carrière, tu as un bon poste, un bon salaire aussi, des tas de responsabilités, et des subordonnées dévoués à ta cause. Tu as choisi librement ta vie amoureuse, ou du moins c'est ce que tu voudrais laisser croire. D'ailleurs, tu ne veux pas choisir. Tu veux vivre avec une femme ou un homme et continuer à te laisser séduire ou séduire d'autres femmes ou d'autres hommes.

    Et puis, j'ai vu la photo que tu as laissé sur Facebook, une photo que je trouve triste, on te voit toute seule tenant une bande sur laquelle est marquée ton âge, les reliefs de ce qui semble être un repas de fête juste devant. J'ai trouvé ça finalement assez pathétique, sans ironie aucune, dans le sens que l'impression qui domine de cette image, c'est surtout ta solitude, malgré le bronzage savamment étudié, ta coiffure déstructurée avec style et modernité, le look de femme indépendante et encore jeune malgré tout.

    Sans enfants, cela prend trop de temps, n'est-ce pas ?

    Plus jeune, tu ne voulais pas choisir déjà, tu jouais aussi un rôle. Cela ne me dérangeait pas car j'étais une des rares personnes qui avait le droit à la vraie « toi ». J'étais le plus gâté en somme. Il faut dire que j'étais déjà assez caustique, et que tu savais que le jeu des masques ne m'aurait pas plu.

    C'était une complicité de tous les instants, et pourtant qui aurait cru qu'elle aurait pu exister : j'étais catholique, plutôt du genre « anar de droite », je n'ai jamais rien caché.

    Toi tu étais communiste, très engagée, tu distribuais les tracts les veilles d'élections, et tu étais de permanence dans les bureaux de vote à toutes les élections.

    Maintenant, comme tu as cru mûrir, et que tu t'es habitué aux moquettes profondes des bureaux des décideurs, que tu as même travaillé pour une banque, tu as songé qu'il était temps de devenir réaliste.

    Enfin...

    Réaliste...

    Manière de parler.

    A savoir, accepter quelques injustices, un petit compromis, le plus important, n'est-ce pas, c'est que les choses progressent petit peu par petit peu, tu ne te révoltes plus comme avant face aux profiteurs, aux maîtres du monde ou proclamés tels.

    C'est donc plus une manière de te résigner, et non du réalisme.

    Pour ces raisons, je n'ai pas été étonné de te retrouver à « Terra Nova », et dans le sillage d'un des soutiens de Dominique Strauss-Kahn qui est quant à ses convictions réelles à l'inverse de celles que tu affirmais quand tu avais vingt ans. Il est libéral dans les faits, avec quels aménagements d'un côté ou de l'autre pour donner l'impression qu'il reste de gauche.

    Ce qu'il n'est pas...

    Ou plutôt ce qu'il n'est plus :

    A force de se gaver de bonnes choses, le foie se charge de mauvaises humeurs, le cœur se gonfle de graisse qui gêne la circulation, on respire moins bien, on se dit, pourquoi faudrait-il se passer de ces privilèges et partager les richesses ? Te souviens-tu de « Ruy Blas » :

    Acte III scène 2 :

    «  Bon appétit, Messieurs ! ô ministres intègres Conseillers vertueux, voilà votre façon de Servir, serviteurs qui pillez la maison. »

    Toi qui étais si soucieuse de la liberté et de l'indépendance des femmes, as-tu remarqué que la parole d'une pauvre dame de ménage ne compte pas beaucoup pour eux, dans leur progression vers le pouvoir ?

    Et que le plus souvent, ce sont toujours et encore des hommes qui tirent le bénéfice des réalisations que des femmes comme toi achèvent ?

    Alors, oui, bien sûr de temps en temps, on donne une sorte de hochet aux femmes de ton parti, pour les distraire, une réunion par ci, un congrès par là, une plaquette, une brochure avec beaucoup de grands mots pour assurer qu'il y a un grand souci des droits des femmes au PS. Mais finalement, ce sont toujours les hommes qui sont placés au premier rang sur la photo.

    Je ne sais pas ce que tu ressens à ce sujet maintenant, mais tu n'aimais ni l'ironie, ni la dérision avant, tout en la pratiquant d'ailleurs à grande échelle.

    Tu disais que c'était trop facile. Peut-être l'est-ce effectivement ? Mais c'est aussi une manière d'atteindre à plus de lucidité, donc à être plus réaliste. Et être réaliste de cette façons conduit à rejeter tous les compromis avec ce que l'on pense, et ce que l'on est...

  • La femme de ménage africaine et l'homme d'état – un conte pas très joli joli

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    on raconte cette histoire aussi sur Agoravox

    Par souci d'équité les noms ont été bippés pour protéger la présomption d'innocence...

     « Selon que vous serez puissant ou misérable,

    Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

    blog%2B-magritte-pipe.jpgC'est la fin de cette fable de la Fontaine, "les animaux malades de la peste", encore d'actualité, à entendre les supporters de "bîîp"...

    Les dessins viennent de cet excellent blog, "Pas si dupes"

    Il était une fois (au lien une photo de "bîîp") un homme d'état : pas trop grand, mais costaud, le teint parfois rosi, l’œil souvent coquin, le cheveu soigneusement aplati. Il portait des costumes de bonne coupe et était marié avec une dame encore très belle pour son âge. Elle faisait l'admiration de toutes les commères du voisinage, et leur jalousie. Elle avait de grands yeux bleu piscine et une chevelure toute noire, comme celle de Blanche-Neige, bien qu'elle fût plutôt de la famille de la marâtre de celle-ci.

    C'était un couple que l'on croyait heureux. Il faut dire qu'aux temps où ils vivaient on considérait sans plus réfléchir qu'être heureux c'était avoir beaucoup d'écus en poche, et quelque argent de réserve dans un coffre bien caché.

    L'homme d'état avait quant à lui une bourse bien remplie, qu'il vidait souvent, pour la remplir ensuite et ainsi de suite...

    C'était un grand argentier, les ministres de la lointaine Héllènie étaient venus quérir son aide pour ne pas tomber entre les dents acérés des loups de Chine qui rôdaient autour de leur domaine. C'était un homme rusé, matois. Il avait joué les Raminagrobis et de sa voix la plus suave, celle qu'il prenait quand il troussait les bonnes, il les avait assuré de son soutien. Il était très doué pour jouer les bons apôtres, tout autant que le légendaire Renart des contes du temps jadis.

    Il aimait beaucoup les demoiselles, et bien souvent, il usait de ses manières doucereuses pour les trousser sans autre forme de procès, que celles-ci soient des servantes ou des femmes du monde, étudiantes ou filles de roi.

    Dans le royaume d'où il venait, tout le monde s'en contentait, et il semblait bien même que pour les pères et les mères d'icelui c'était même un honneur. Beaucoup des sujets de ce pays avaient encore beaucoup de pièces sonnantes dans leur besace, qu'ils soient croquants ou de la grande ville dangereuse.

    Ceux qui en possédaient énormément, et ceux qui rêvaient encore d'en posséder d'autant, ceux-là étaient ses féaux serviteurs, sans se poser une seule question. Et ils continuèrent de l'être pendant ses malheurs.

    Ceux-ci commencèrent quand l'homme d'état, qui se rendait souvent de l'autre côté des mers pour ses affaires, tomba nez à nez au sortir de la salle d'eau où il s'était rafraîchi sur une jeune dame à la peau sombre, d'une grande beauté et au cœur pur.

    L'homme d'état crut encore qu'il était en face d'une de ses filles à la vertu minuscule qu'il avait l'habitude de fréquenter parmi les personnes de peu de bien qu'il fréquentait. Comme il savait que bientôt il allait faire usage de tout son pouvoir de séduction pour devenir le maître, le souverain, de son royaume d'origine, il vit là une occasion de commencer su l'heure.

    Beaucoup parmi les sujets de son futur domaine, son pré carré, étaient déjà sous l'emprise de son charme.

    Il prétendait même, le fourbe, défendre les petits, les sans grade, les vilains et les vilaines, les gueux, les mendiants, les étrangers rejetés par la maréchaussée à l'orée du royaume et de ses cités.

    Alors qu'il n'en ferait rien.

    Il crut que le monde entier lui appartenait et que personne n'en prendrait ombrage. Se voyant le maître de tout et de tous, il se rua sur la pauvre jeune femme à la peau noire, et tenta de la culbuter sur sa couche. Celle-ci se débattit comme une furie et se précipita hors de la chambre. L'homme d'état prit peur, il s'enfuit sans tambours ni trompettes.

    Mal lui en prit, car au moment de monter dans son carrosse fendant l'air, des hommes en armes vinrent le quérir.

    Las, il nia, il n'était en rien coupable.

    Dans son royaume, sa fidèle épouse, mais aussi ceux qui pensaient bientôt être ses sujets enamourés, tous pleuraient son infortune, car l'homme d'état était en prison. Beaucoup était même certains, pour plus de la moitié, qu'il était la proie de comploteurs. Dans la lointaine Héllènie, on se rappela ce que l'homme d'état avait dit comme calomnies, après avoir fait mine de s'apitoyer.

    On comprit très vite que ceux qui pleuraient son infortune se moquaient complètement du sort des gueux, des pauvres et des sans-grade comme la jeune femme à la peau d'ébène, ils ne se préoccupaient que de leur sort, et du sort de leur futur maître qui leur avait promis de continuer à veilleur sur eux et de leur éviter de penser aux autres.

    Pour autant, l'homme d'état ne sortit pas de sa geôle, il continue d'y pleurer, ou pas, son malheur, qui ne durera pas, soyez en sûr. Ce genre de personnages sait toujours comment faire pour s'en sortir sous les meilleurs auspices...

  • Qui a peur des intellos ?

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    les intellos sont aussi sur Agoravox

     Pour les jeunes générations, mais aussi pour les moins jeunes, « intello » est devenu une insulte, un qualificatif infâmant. Les « intellos », les personnes un peu cultivées, un peu intellectuellement formées, portent en quelque sorte le signe « de la bête » des damnés de l'Apocalypse en notre époque millénariste, qui vit dans un présent perpétuel depuis que le consumérisme est roi, et qui adore les inventaires, les top 5, 10, 15 ou 20 de tout et n'importe quoi comme autant d'énumérations avant décès en quelque sorte.

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    couverture ci-contre prise ici

    En France, la culture ou du moins l'apparence de culture, qui suffit presque dans les conversations mondaines, est encore considérée comme un signe d'ostentation sociale, le riche, qu'il soit parvenu ou non, se doit de faire preuve de prétentions culturelles, ou plutôt cultureuses.

    Dans notre beau pays, il y a certes des intellos « officiels », admis par l'ensemble de la communauté, surtout du fait du bruit médiatique qui les environne. On ne les aime pas beaucoup, mais comme ces sont des « people » après tout comme les autres, on les tolère.

    Peu importe la pertinence de leurs propos, leurs compétences réelles, ou leur culture réelle.

    Chacun a un emploi, il y a « l'humanitaire » spécialiste des grandes causes, le « dedroite », le « degauche », la « langue de vipère », le « réac de service » ou le « stalinien old school ».

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    ci-contre la photo de deux figures d'intellectuels de gôche icôniques en France (photo prise ici)

    Ils font partie du décor depuis « l'Affaire Dreyfus » et l'article de Zola, « J'accuse ». Depuis cette période la figure de l'intellectuel se devait d'être nécessairement de gauche, ou plutôt « de gôche » (avec la prononciation). L'intellectuel se doit d'être engagé pour une cause ou l'autre, cela ne veut pas dire qu'il remettra en question ses propres privilèges ou son statut, là aussi c'est surtout l'apparence, la posture qui compte.

    Il se doit aussi d'être le promoteur d'une idéologie globalisante, certifiée généreuse, et pleine de bonnes intentions, qui a une solution pour tout, un peu à la manière des « marabouts » qui distribuent leur publicité à la sortie du métro ou dans les boîtes aux lettres, et qui guérissent tout, du cancer aux peines d'amour...

    Que ce soit dans leur cas, ou dans le cas de personnes un peu cultivées, ou juste un tout petit peu lucides sur l'instinct grégaire qui anime les masses aujourd'hui, la critique la plus répandue est de leur dire : « vous n'êtes pas meilleurs que nous ». Comme si le fait d'énoncer un fait objectif, la culture, la formation intellectuelle ne font pas des êtres humains meilleurs, suffisait à ne plus être intimidé par un point de vue que l'on a du mal à saisir, ou dont on croit qu'il nous met en danger.

    C'est un complet illogisme qui affirme en somme que si cette personne qui est comme tout le monde a une expertise un peu plus fine sur un sujet, pourquoi devrait-on être gênés ou impressionnés par ce qu'elle dit, et surtout amenés à réfléchir sur ce qu'elle dit, et remettre en cause deux ou trois certitudes intellectuelles, confortables et conformistes.

    Cela risquerait il faut dire de gripper le système actuel, qui génère d'ailleurs sa propre contestation, qui ne remet jamais en cause les fondements réels de l'iniquité, ceci afin de s'auto-justifier : pourquoi critiquer puisque tout le monde a le droit de s'exprimer entend-on souvent ?

    Le sentiment de la société envers les intellectuels, les personnes cultivées, les « intellos » en général fait ressortir surtout les conflits psychologiques qui agitent la plupart des individus vivant en société consumériste et spectaculaire.

    Nous voulons un pouvoir qui fait autorité, mais sans que cela ne remette en cause notre autonomie, ou que cela n'entraine des contraintes.

    Nous ne voulons pas passer pour des idiots et nous avons du mal à admettre que nous avons besoin parfois d'apprendre.

    Nous avons du respect pour ceux qui ont cette formation intellectuelle ou un minimum de culture, qui semblent mieux réussir dans un domaine, mais nous nous sentons aussi souvent menacés ou envieux, qui devant un titre, qui devant un diplôme, qui devant des connaissances qu'il n'a pas, d'où quelques réactions souvent excessives allant de temps à autres jusqu'à l'injure, et qui sont surtout des réactions de défense.

    Pour nuancer ceci, évidemment, certaines personnes expriment moins ce conflit intérieur que d'autres, voire même pas du tout, mais c'est malgré tout le point de vue de la société en général.

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    ci-contre, photo (prise ici) tirée du film "l'homme de la rue"

    Pour se défendre, certains placent « l'homme de la rue », réputé tout simple, presque angélique, les « vraies gens », comme si il y en avait des « faux », au-dessus de tout, et oublient souvent les avancées dues aux hommes et aux femmes de savoir. Cela permet de justifier le désir de certains de vivre finalement en parfaits imbéciles, inconscients du monde qui les entoure, inconscients des autres et n'est pas le meilleur moyen de favoriser de véritables progrès qui ne sont alors que « cosmétiques ».

    Cela ne veut évidemment pas dire que les « intellos » ou réputés tels ne sont jamais ridicules ou grotesques, et qu'ils sont admirables en tout.

    Cela signifie simplement que parfois, on ne risque rien à les écouter, sauf s'enrichir intellectuellement, que l'on soit d'accord ou non avec leur point de vue.

    Pour que les "intellos" se détendent cependant et se sentent moins isolés, on ne peut que leur conseiller la fréquentation des "call girls" intellectuelles dont Woody Allen parle dans "Dieu, Shakespeare et moi", au chapitre "Call Culture".

    Ci-dessous une scène d'humour "intello" tirée de "Annie Hall", comédie hilarante, pour les "intellos"...

  • ultra-moderne narcissisme

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     « L'égotisme ne manque pas d'attraits, même dans la vie réelle. Lorsque les gens nous parlent des autres, ils sont habituellement ennuyeux.

    IMG_5252.jpgOscar Wilde, qui en était un grand, et talentueux, égotiste.

    Extrait des « Aphorismes »

    « O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu'elle n'est qu'un reflet de notre mémoire. »

    François René de Chateaubriand

    Extrait de ses « Mémoires d’outre-tombe », classique génial de l'égotisme littéraire

    Il y a des paradoxes dans notre monde, un des plus flagrants est celui-là : il est de bon ton de pratiquer la pensée positive mais finalement nous aimons bien aller mal.

    Nous adorons nous centrer sur notre nombril, contempler toutes nos frustrations, nos nostalgies, nos amours perdues, nos déceptions.

    Mais hélas, il y a égotisme et égotisme, et tous les égotismes ne mènent pas à une belle écriture ou à des beaux livres. Chateaubriand, par exemple, était un narcissique de concours, totalement égocentrique, mais son égocentrisme se compense par son génie, tout comme Proust qui passe des milliers de pages à parler de ses fréquentations mondaines.

    Ces narcissiques là étaient des géants, contrairement aux auto-fictionneurs de notre temps qui ne font que ça aussi, parler d'eux, mais le font bien mal. Quand ils parlent de leurs frasques sexuelles, ce n'est même pas un tout petit peu coquin, grivois ou gaulois, simplement plat. Cela se limite le plus souvent à de l'adultère vaguement échangiste en milieu bourgeois.

    Si tout ne se réalise pas comme nous le souhaitons, c'est forcément la faute de causes extérieures, jamais de la nôtre.

    La télévision nous y encourage de plus en plus car cela lui permet de fabriquer à la chaîne des émissions fondées sur le narcissisme, et qui ne coûte pas cher. Le téléspectateur a l'impression de se voir, de voir qu'il n'est pas seul à avoir des faiblesses ou des petites médiocrités, ça le console.

    Ainsi, des minables qui n'ont pas un brin de talent mais qui sont suffisamment opportunistes sont enfermées une certaine durée et puis on regarde ce qui se passe en attendant l'affrontement, ou du sexe, entre les participants à ces « aventures » car pour eux ce sont des « aventures » : il faut dire que les décérébrés intégrant ces spectacles ont parfaitement compris que c'est là leur seul et unique chance d'avoir une toute petite part de célébrité.

    D'autres qui n'ont pas envie de prendre une douche devant des millions de voyeurs ou de faire l'amour sous l'œil des caméras acceptent d'être « coachés » par tel ou tel expert fantaisiste et totalement incompétent pour le faire, pour différentes choses : cela va du look à l'éducation des gosses, en passant par le ménage de la maison voire bientôt si ça se trouve l'apprentissage du Kama-Sùtra (il paraît que ça se fait déjà en Angleterre).

    L'humiliation que les participants y subissent est pour eux peu de choses à leurs yeux car « ils sont passés à la télé » et c'est tout ce qui se compte, tout comme pour le spectateur qui veut qu'on ne lui parle que de lui car il n'y a que ça qui l'intéresse.

    On notera aussi que dans tous les débats dits politiques ou cultureux à la télévision, en plus du plumitif, écrivaillon, écrivain, que l'on voit tenir son rôle en jouant les fachos de service, les réacs de la bande ou les révolutionnaires du jour, il y a toujours un invité acteur ou pas, vaguement dans le show-biz, qui joue le rôle du candide qui représente le spectateur lambda.

    Le Net est bien sûr un défouloir très sûr qui pour compenser sa haine, qui sa frustration, qui pour étaler ses prétentions, son nombril, son narcissisme qu'il entretient morbidement.

    On aime bien la nostalgie sur le réseau, idéaliser son enfance ou son adolescence, ressasser encore et toujours un passé cauchemardé ou rêvé sans vivre le présent tel qu'il est, reprendre lien avec des gens avec qui l'on n'a plus rien à se dire une fois que l'on s'aperçoit que la fille de nos rêves quand on était jeune était en fait une petite bourgeoise quelconque, et le prince charmant un parfait plouc. Cela permet toujours d'entretenir ses « passions tristes », de croire que des amours perdues peuvent toujours revenir alors qu'ils sont définitivement perdues.

    Aimer sa nostalgie, c'est aimer aller mal, aimer vivre dans le passé, dans un passé idéalisé qui ressemble au décor d'une pub.

    Ci-dessous un film français où il est question de nombrils...

  • "Salauds de pauvres!" - de Marcel Aymé à Laurent Wauquiez

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    article également en discussion sur Agoravox

     Monsieur Laurent Wauquiez a une belle tête de premier de la classe, mais pas du genre à être méprisé par les sportifs de l'école ou à subir les vexations des autres élèves. Ce n'est pas le genre à traiter les pauvres de salauds comme Grandgil dans la traversée de Paris, la nouvelle de Marcel Aymé et le film de Claude Autant-Lara. Et pourtant il l'a fait, mais pas avec les mêmes arrière-pensées que le personnage incarné au cinéma par Gabin.

    Je ne suis pas totalement certain que monsieur Wauquiez apprécie l'humour caustique de Marcel Aymé.

    Comme cette réplique aussi, qui précède le « Salaud de pauvres » que rugit Grandgil :

    « Non mais regarde-moi le mignon avec sa face d'alcoolique, sa viande grise... Avec du mou partout... Du mou, du mou, rien que du mou... Dis donc, tu ne vas pas changer de geule, un jour ? Et l'autre, la rombière, la guenon gélatine et saindoux. Trois mentons et les nichons qui dévalent sur la brioche... cinquante ans chacun, cent ans pour le lot... Cent ans de conneries. »

    Ce que Grandgil rejette, et son créateur avec, dans cette phrase, c'est la docilité des « pauvres » aux pouvoirs les plus arbitraires dont celui de l'argent, et celui de la haine.

    Je pense que monsieur Wauquiez adore la docilité chez les citoyens français...

    laurent-wauquiez.jpg

    photo prise ici

    Il vient d'une famille d'industriels de Tourcoing spécialisé dans la tannerie. Son père était directeur de la banque Indosuez, et sa mère maire de Chambon sur Lignon. Il fait ses études secondaires à Louis Le Grand, un lycée qui n'obéit pas exactement aux mêmes critères de recrutement qu'un quelconque lycée « Marcel Amont » de province ou de banlieue.

    Pas de ZEP, de ZUP ni même de ZIP à Louis Le Grand...

    Même si on trouve bien dans cet établissement quelques élèves-alibis, des « bon sauvages » recrutés sur quotas, qui toute leur vie porteront cette marque infâmante, on soupçonnera leur réussite de n'être dû qu'à ces quotas.

    Il a été reçu à Normale Sup', puis a étudié à Sciences-Po, où l'on peut croiser depuis la création de cette école de jeunes coquelets qui tous ont l'espoir un jour de dominer la basse-cour, les poules et les poulets, et de pousser leur cri pour réveiller le fermier et faire suer les voisins parisiens rurbains. Il a été reçu premier

    L'on peut donc dire qu'il n'est pas exactement le pur produit de la méritocratie républicaine mais j'y reviendrai plus en détail. Il serait plutôt le pur produit de la haute bourgeoisie française, où les enfants sont poussés dés leur plus jeune âge à réussir, où on leur met dans la tête qu'ils sont faits pour diriger, qu'il est normal qu'il fasse partie de l'élite, que c'est légitime.

    L'on peut penser que c'est moins hypocrite quand les géniteurs sont de droite et surtout libéraux, ils sont alors cohérents en somme. Quand ils sont de gauche, on peut trouver ça totalement hypocrite. Dans ce cas, on fait comprendre aux enfants que non seulement ils sont appelés légitimement à fa ire partie de l'oligarchie mais qu'en plus être privilégié, c'est surtout un sentiment. Si on ne ressent pas vraiment son privilège, en somme on n'est pas un privilégié.

    Vainement, me semble-t-il, des personnes au RSA ont essayé de se dire qu'en fait elles avaient le sentiment d'être privilégiées, et que seul ce sentiment comptait, mais étrangement cela n'a eu aucune conséquence sur leur compte en banque resté désespérément vide.

    Il a l'attitude de celui à qui tout semble réussir, compétitif et parfaitement adapté à la société hyper-libérale actuelle, marié à une jolie femme, qui est non seulement une bonne ménagère mais a une garde-robe digne des meilleures pages des magasines de mode, avec des enfants parfaits qui ne disent jamais de gros mots, ne sont pas pendus à leurs portables tout le temps, et qui ont de bonnes notes à l'école tout en étant de bons camarades.

    Monsieur Wauquiez est du genre à rendre jaloux ceux qui espèrent acquérir un jour un statut social honorable et surtout le revenu qui va avec, car de nos jours, ce n'est plus tellement la différence de milieu, d'éducation ou de culture qui compte mais d'avoir de l'argent ou pas.

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    photo de monsieur Wauquiez avec une copine prise ici

    Cependant, il est bien incapable pour toutes ces raisons de comprendre la vie de quelqu'un pour qui les fins de mois commencent le 15, ces personnes qui se demandent avec anxiété si elles arriveront à régler leur loyer à temps tous les mois, et pour qui les dépenses de santé sont un luxe superflu. Un parti que je ne connaissais pas, le parti libéral démocrate, qui incarnerait les valeurs sociales de la droite libérale (rires).

    Monsieur Wauquiez comme eux prétend lutter contre la dépendance en partant de bons sentiments, aider son voisin à créer lui-même son entreprise, à gagner beaucoup d'argent pour ne pas être un « left behind ». Depuis la création du libéralisme, rien n'a changé, c'est resté une doctrine volontariste qui veut que comme « aide toi le ciel t'aidera », si quelqu'un ne réussit pas c'est de sa faute et uniquement de sa faute, et non des circonstances ou du système qui fait que de toutes façons, comme dit le proverbe, on ne prête qu'aux riches.

    Bien sûr, les libéraux et monsieur Wauquiez oublient simplement une chose fondamentale, l'homme est un animal disposant d'une conscience qui lui permet de distinguer ce qu'il peut faire de bien ou de mal pour son voisin. Il serait heureux que monsieur Wauquiez prononce des phrases qui poussent ses compatriotes à faire plus de bien aux autres...

    Et non à les condamner, ou à jouer les démagogues...

    Ci-dessous le "Salaud de pauvres" de Grandgil/Gabin...

  • Trente ans pour embellir une légende politique - d'un 10 Mai à l'autre

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     Je me souviens bien de la mort de François Mitterrand le 8 Janvier 1996, du chagrin sincère d'un de mes amis, qui mit une cravate noire, et alla à la messe officielle célébrée par Monseigneur Lustiger le 11 du même mois, qui fut décrété jour de deuil national, à Notre Dame de Paris. Il acheta tous les journaux en parlant, et était réellement effondré par ce décès comme s'il eut perdu un de ses proches.

    france_affiche_mitterrand_1988_2t.jpgMon ami croyait encore sincèrement que l'élection de Mitterrand avait été portée par des idéaux élevés et généreux, et que si ces idéaux s'étaient un peu perdus du fait de la pratique du pouvoir, ils étaient encore bien présents quinze ans après l'arrivée au pouvoir du candidat du « Programme Commun », candidat qui n'était même pas vraisemblablement de gauche.

    Il croyait comme beaucoup encore maintenant en la carrure gaullienne de François Mitterrand, capable de rassembler toute la gauche, et de prendre des communistes au gouvernement (on sait maintenant que c'était surtout une stratégie pour couler le PCF), et de fédérer toutes les bonnes volontés, même de droite, pour amener à plus de bien commun.

    C'est quand même un peu un comble d'ailleurs que le plus anti-gaulliste des adversaires de De Gaulle se pare depuis sa mort des mêmes vertus prêtées au général.

    On peut voir ici que après sa jeunesse passée avec les « Camelots du roi », sa sympathie pour « la Cagoule » (où l'on retrouve aussi le mari de Madame Bettencourt) de Maurice Pujo et Eugène Schueller, et même après la Seconde guerre mondiale, et ce malgré ses activités réputées nombreuses de résistants, il conserve des accointances nombreuses avec ses sulfureux anciens amis, qui le font bénéficier de leurs largesses.

    On se souvient aussi des liens qu'il maintiendra très longtemps avec René Bousquet, ordonnateur pendant la guerre de la déportation des juifs pour Vichy.

    Je me souviens également très bien de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République le 10 mai 1981.

    Il aurait été facile bien sûr d'évoquer l'affaire de l'attentat de l'Observatoire, affaire tragi-comique certainement organisée par François Miterrand lui-même, ceci afin de regagner les faveurs de l'opinion publique, ceci après avoir été un des derniers ministres de l'intérieur de la IVème République, quand Mendès-France était président du Conseil, et on se souvient que dans le cadre de cette fonction Mitterrand fit tirer sur la foule en Algérie.

    Dans un semi-brouillard cotonneux, le 10 mai 1981, j'avais la grippe, j'ai entendu la déception de mes parents qui ont cru, voyant apparaître un crâne chauve que c'était de nouveau Giscard pour sept nouvelles années, puis leur soupir là encore de déception en comprenant que c'était Mitterrand qui avait été élu.

    Le lendemain, au collège, la plupart des professeurs nous ont fait sortir et ranger dans la cour pour nous annoncer que tout était désormais possible maintenant que le pays était sorti de l'ornière conservatrice, que l'accomplissement des « cent-dix propositions » du candidat de gauche allait amener paix, bonheur, liberté, égalité et prospérité dans une France alors perdue dans les ténèbres puisque selon le mot de Jack Lang elle « était passée alors de l'ombre à la lumière ».

    Etre réalistes c'était demander l'impossible.

    A l'époque, il apparaît que personne ne se rendait compte que la crise commencée en 1973, suite à l'augmentation des prix du pétrole et surtout par la déconnexion du dollar de l'or par Nixon en 1971, aggravée en 1979, allait durer jusqu'en 2011 finalement, amenant un chômage structurel (anecdotiquement, après la deuxième crise du pétrole, tout le monde pensait qu'avec un litre d'esence à 5 francs plus personne ne roulerait en voiture, à 1 euro 55 soit une dizaine de francs on voit ce qu'il en est).

    635913_mitterrand-mai-81-elections.jpgPour être honnête jusqu'au bout, il faut reconnaître que la politique keynésienne menée par le gouvernement d'Union de la Gauche aurait pu donner des fruits si celui-ci avait plus tenu compte de l'ouverture de la France sur l'extérieur et de l'interdépendance avec les pays européens. Ceux-ci ont pêché finalement par excès d'optimisme et de patriotisme.

    Nous, nous étions bien sûr ravis, car ils ne nous firent pas cours pendant deux jours, nous devions parler de nos rêves, discuter avec eux de nos désirs.

    Fût même créé un « ministère du temps libre » afin d'organiser tout ce bonheur dont les français allaient pouvoir bénéficier.

    Nous, les élèves, entendions les professeurs annoncer qu'enfin les fruits de « 68 » allaient pouvoir être récoltés.

    Nous avons vécu quelques mois d'euphorie trompeuses. Il n'y avait plus de punitions, plus de mauvaises notes, les mauvais élèves s'entendaient bien avec les bons qui les faisaient travailler.

    On nous assurait que notre avenir à nous les jeunes serait rose et serein, idyllique.

    A la télévision, dans les médias, dans les journaux, excepté les indécrottables réactionnaires désignés à la vindicte publique, car incapables de reconnaître les bienfaits et les progrès que cette élection allaient permettre, tout les artistes, chanteurs, écrivains et journalistes, ou presque, se disaient un peu, beaucoup, énormément de gauche, et ce depuis longtemps, sauf qu'avant ils n'osaient pas le dire, certainement par timidité.

    Curieusement, trente ans plus tard, les mêmes militants qui étaient à la Bastille au soir du 10 mai, qui croyaient tous en l'état de gràce, assurent qu'ils n'étaient pas si crédules et qu'ils savaient bien que Miterrand n'allait pas concrètiser tout le projet présenté ces années là.

    On me rétorquera que deux ans après 1981, dés le retour de la rigueur, et lors de la première dévaluation du franc, les mêmes prétendaient déjà devant qui voulaient les entendre qu'ils n'avaient pas voté pour l'ancien maire de Château-Chinon vingt-quatre mois auparavant. C'est toujours drôle ce genre d'amnésie collective, c'est un peu comme lorsque l'on cherche les électeurs de Nicolas Sarkozy en 2011, quatre ans après, personne ne se souvient avoir fait partie des 53,06 % à avoir glissé leur bulletin dans l'urne pour lui.

    En 1989, lors des célébrations du Bicentenaire de la Révolution Française, on crut revenue l'euphorie des débuts du septennat. Les français se rappelèrent qu'ils étaient passé une première fois « de l'ombre à la lumière » lors de la « nuit du 4 Août » qui abolit, on le voit bien encore maintenant, tous les privilèges, c'est bien connu. Bien sûr, il y eut quelques fausses notes, d'affreux sceptiques osèrent évoquer les « massacres de septembre » commis en 1792 ou le « populicide » commis suite aux guerres de Vendée.

    Et ce malgré l'article de la constitution qui prévoyait pour le peuple le droit à l'insurrection énoncé dans la déclaration des droits de 1793, un droit visiblement perçu comme étant à géomètrie variable pour le pouvoir de l'époque.

    Pour contrer ces horribles personnages on les traita bien sûr de fascistes ou de réactionnaires, de séides de l'extrème-droite, oubliant que l'inventeur du terme « populicide » était Gracchus Babeuf, un révolutionnaire radical.

    Ce ne sont pas les turpitudes sentimentales de François Mitterrand qui étaient choquantes, ni finalement le fait qu'ils les aient caché très longtemps.

    C'était du ressort de sa vie privée, qu'il menait comme il l'entendait, séducteur compulsif comme beaucoup d'hommes de pouvoir.

    Une chose cependant peut encore scandaliser légitiment quant à celle-ci c'est que Mazarine ait largement profité d'un ascenseur social méritocratiquement express ainsi que plusieurs proches de Miterrand, d'autres par contre ne lui convenant pas étant voués à l'anathème.

    L'aveuglement demeure sur Mitterrand, la fascination pour le personnage aussi comme on le voit dans « Le promeneur du Champ de Mars » ou dans le spectacle d'Olivier Py le concernant, « Adagio [Mitterrand, le secret et la mort] ». C'est toujours pour beaucoup de militants de gauche l'incarnation d'un espoir politique, d'un espoir de changement radical, qui n'est jamais venu après le 10 mai 1981, à l'exception de quelques aménagements cosmétiques.

    Par ici un réquisitoire de Desproges contre LE Mitterrand...

    Ci-dessous la nostalgie du 10 mai 1981

  • Le deuxième livre de Frédéric Seaux

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    seaux.jpegL'image s'agrandit en cliquant dessus.

    C'est un livre d'histoire très intéressant de Frédéric Seaux, éditeur, journaliste, correspondant de presse, animateur radio et professeur en lycée professionnel.

    C'est aussi le premier livre publié par sa maison d'éditions, "Cogito Ergo Sum".

    Le blog de cette toute nouvelle maison

  • Les violences dans la cour de récré

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    Il en est question aussi sur Agoravox

     Le gouvernement vient de prendre des mesures concrètes pour lutter contre le harcèlement des adolescents ou des enfants. Ce harcèlement n'a plus de limites, il peut trouver une résonance qu'il n'aurait pas trouvé auparavant par le Réseau et par l'usage charb.gifintensif des téléphones portables (des témoignages à ce lien).

    dessin pris ici

    Ces initiatives ne peuvent être que saluées (on lira ici un article au sujet des souffrances que cela provoque chez les enfants qui souffrent des violences scolaires).

    On voit aussi que finalement les enfants et les adolescents ne font qu'imiter les adultes qui en croyant libérer leur parole n'ont fait que détruire les garde-fous de bon sens qui permettaient auparavant de nuancer un discours sans que celui-ci ne verse aussitôt dans la haine absolue, ou l'adulation sans conditions.

    Certes, il a toujours existé, même quand les élèves portaient des blouses ou des uniformes, ce qui ne changeait pas grand-chose, que ce soit avant ou après la puberté, des périodes très normatives, filles ou garçons sont très douées pour reprocher à l'autre une différence parfois minime : un enfant un peu trop gros, trop maigre, trop grand, trop petit, trop ci, ou trop ça etc...

    Le fait que l'on soit normatif à ses âges est somme toute normal, car c'est le moment où la personnalité s'affirme, où l'individu se cherche, et parfois a beaucoup de mal à se trouver.

    La souffrance poussant à être mal dans sa peau quand on est au collège ou au lycée, ou à l'école primaire, à divers degrés, encourage à rechercher un standard confortable, où l'on peut se lover sans trop de mal, une identité de groupe fondée sur la possession d'objets totémiques, un smartphone dernière génération dont on n'a finalement nul besoin à douze ans, des images quelconques, ou un « uniforme » commun, ceux qui portent des jeans, de telle ou telle taille, de telle ou telle forme, de telle ou telle marque (attention, c'est important la marque), ceux qui mettent des survêtements été comme hiver, ceux qui portent les casquettes d'une manière ou d'une autre, les choix de vêtements et d'accessoires étant des choix de signes de reconnaissance communs pour trouver ce que l'on croit être une identité.

    Bien sûr, quand on est adolescent, on ignore que l'on construit son identité pour soi, et non pour les autres, ces autres fussent-ils très proches.

    Beaucoup d'adultes n'ont pas digéré leur enfance, et encore moins leur adolescence. Ils sont restés bloqués à cette période de leur existence, construisant très souvent le reste de leur vie comme une revanche ou une vengeance sur les humiliations subies plus jeunes, celles-ci fussent-elles imaginaires car parfois elles le sont aussi.

    Maupassant le dit dans un de ses contes, il n'y a rien de plus cruel humainement qu'une cour de récréation.

    3507-1-sa-majeste-des-mouches.jpg

    illustration tirée du film de Richard Brooks d'après "Sa Majesté des mouches" prise ici

    Un peu plus semble-t-il depuis que paradoxalement les pédagogistes et les partisans du libertarisme quant à l'éducation ont décidé qu'il ne saurait y avoir de bornes, de limites à fixer aux enfants, que l'éducation d'ailleurs est forcément oppressive, que si on laisse les petits chéris se développer naturellement et sans les contraindre à quoi que ce soit, ils s'intéresseront forcément à la culture, à la réflexion, à une vie saine et proche de la nature, et qu'ils prendront soin de leurs corps avec sagesse et raison.

    Il faut dire que les pédagogistes, les libertaires infantiles, les adeptes de Laurence Pernoud et Françoise Dolto, voient l'enfance comme elle est représentée dans « les enfants de Timpelbach », dans « le club des 5 » d'Enid Blython, ou autres « Petites Filles Modèles » où les mamans peuvent être « très colère », mais pas trop sévères, où les méchantes filles et les méchants garçons sont toujours cruellement punis.

    La Comtesse de Ségur est coutumière du fait, Gourmandinet, le petit page espiègle mais un peu trop gourmand dans « Blandine, Bonne-Biche et Beau-Minon » finit le crâne écrasé sous une pierre.

    Il n'y a pas besoin de la littérature pour savoir que l'enfance n'a rien d'un vert paradis.

    Plutôt que les œuvres citées ci-dessus, les enfants livrés à eux-mêmes ont plutôt tendance à se conduire comme dans « Sa majesté des mouches ».

    Depuis à peu près quarante-trois ans, on voit en effet que les enfants actuels sont préoccupés de lecture, de raisonnements savants, qu'ils ne regardent pas la télévision et ne sont pas du tout des cibles pour la publicité, pour laquelle ils représentent un marché d'appel fabuleux.

    Mais trêve d'ironie, car comme l'a dit un commentateur distingué sur un autre de mes articles, trop d'ironie tue l'ironie.

    Les histoires de harcèlement scolaire qu'on lit cette semaine dans « Marianne » provoque l'écœurement car ce que l'on constate c'est surtout la lâcheté de certains adultes qui se cachent non derrière leur petit doigt mais derrière telle out elle excuse bidon, c'est pas de leur faute si un enfant souffre de moqueries, c'est celle des parents, de l'institution ou de l'enfant lui-même.

    Il n'est pas rare d'entendre ces adultes dire quand ils évoquent les cas de maltraitance psychologique ou de harcèlement moral que oui bien sûr, c'est mal mais que tel enfant est un peu « effémine » alors c'est logique, qu'il est trop « timide », qu'il est trop bien élevé parfois aussi.

    Et bien souvent, par lâcheté ou pour acheter la « paix sociale » car c'est plus simple les adultes préfèrent se mettre du côté des rieurs et des moqueurs plutôt que de la victime à qui l'on dira que « c'est pas méchant »...

    Quant aux pédagogistes, ou aux libertaires infantiles, ils ne comprennent finalement pas que c'est justement parce qu'il n'y a plus beaucoup de barrières dans l'éducation, qu'il n'y a plus de bornes, plus de repères que les enfants se conduisent parfois plus volontiers en boutures de miliciens en herbe qu'en enfants sages et enthousiastes d'apprendre et de progresser (un article à lire aussi sur ce sujet sur « Marianne 2 »).

    Il n'y a pas qu'au collège, au lycée ou à l'école primaire que l'on peut déplorer ces violences. Celles-ci se constatent aussi dans les "grandes" écoles, et ce dans tous les quartiers, des plus favorisés aux moins.

    Chaque année, pour rigoler grassement et intégrer les nouveaux arrivants à la classe préparatoire ou à la première année en grande école, on leur fait subir un bizutage, c'est-à-dire qu'on les humilie systématiquement afin de se venger de l'humiliation subie l'année précédente ou pour compenser une virilité défaillante. Il est de bon ton dans ces établissements de haute tenue morale et éthique (c'est eux qui le disent)  d'humilier les plus faibles, ceux qui ont un physique hors-norme et les jeunes filles bien sûr. Une fois cagoulé ou masqué, l'être humain, quel que soit son milieu social, se laisse volontiers aller à l'abjection et une jeune fille violentée pendant un bizutage c'est pareil qu'une jeune fille violentée en "tournante" dans une cave d'immeuble de cité, c'est la même violence.

    Je m'étonne toujours que les dirigeants des grandes écoles, catholiques parfois, si prompts par ailleurs à dénoncer la décadence du système éducatif, ferment les yeux là-dessus, je suis toujours effaré de ces braves petits soldats, premiers de la classe tellement dociles, prêts à se coller un sac poubelle sur le dos et vendre du papier-cul dans le métro pour le plaisir douteux de faire partie de la meute.

    f60535ce574a0121a1036bcf1a33518f.jpgGare à celui qui ne se laisse pas faire, il n'aura accès à aucun cours ou photocopies de l'année, et ceci sous l'oeil bienveillant et ému des directeurs des grands établissements préparant aux grandes écoles devant un tel esprit de corps. Car, attention, on est entre gens de même milieu, choisis et sélectionnés sur dossier, y compris dans le public où on aura la précaution de conserver deux ou trois classes "poubelles" alibis. Finalement, de la cité au beau quartier, c'est toujours la loi de la jungle, la loi du mâle alpha.

    Bien sûr, il y a des "bizutages", ils sont rares, bon enfant, comme ces étudiants en STAPS de première année qui doivent montrer leur habileté devant les amphis des universités voisines, ou ceux des Beaux Arts. Je me rappelle de cette jeune femme qui racontait son bizutage des années après en feignant d'en rigoler -jaune-, obligée de se déshabiller devant un amphi de futurs médecins, devant des amis de son mari tous rotarysés et gourmettisés qui eux, en rigolaient encore franchement et non sans élégance néanderthalienne.

    On remarquera enfin que le bizuteur adore les symboles nazis, ça le fascine, ça le rend nostalgique...

    Ci-dessous des ados vus par les pédagogistes

  • Bref guide du consommateur politique

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    Goûtera-t-on l'ironie de cet article sur Agoravox ?

    « Gauche, droite, centre ou « droiche » », que choisir ?

    Au sujet donc de l'hémiplégie en politique...

    arbre_de_la_liberte.GIFL'annonce de sa possible candidature par Chevènement, revenu d'entre les fantômes politiques, qui se plaçait en candidat sinon gaulliste, mais gaullien, rassembleur au dessus des partis et des parties, en 2002 donne envie de se rappeler d'où viennent la droite et la gauche en France, cette dichotomie politique qui signifie quand même quelque chose bien que l'on réduise celle-ci la plupart du temps au lieu commun qui veut qu'à droite l'on défende les riches, le Grand Capital (avec un accent sur le « â »), et qu'à gauche tous défendent les pauvres, un peu à la manière de Robin des Bois à les entendre.

    Notons qu'un homme, ou une femme, de gauche, (prononcez « de gôche »), même quand ils sont dans les faits des petits ou des grands bourgeois, sont persuadés que c'est le sentiment de l'être ou pas qui fait que l'on est un privilégié ou pas, et non la grosseur du portefeuille ou la taille du compte en banque si on les suit bien.

    Étrangement dans le sens inverse, pour un pauvre ou un précaire qui a le sentiment d'être bourgeois ou d'être privilégié, un gros gâté donc, ça ne fonctionne pas, il ne sera pas plus à l'aise financièrement, n'aura pas plus la possibilité de se payer des vacances même « équitables » dans un gîte « bio » en plein coeur de la Creuse.

    On se souvient aussi du sketch des « Inconnus » montrant ces publicitaires en pleine tempête de cerveau pour réfléchir intensément sur la campagne de Georges Beauregard, un candidat ni de droite, ni de gauche, mais de « droiche », lui aussi au-dessus de tout ça.

    On vante les mérites de tel ou tel politique comme on vante ceux d'une lessive ou d'un fer à repasser. On sait d'ailleurs que beaucoup de journalistes préparent la campagne de nombreux prétendants aux postes les plus intéressants de pouvoir sans trop de complexes, scrupules ou remords.

    Il est vrai que les politiques de droite et de gauche font tout pour maintenir ces caricatures, en pensant à dire vrai surtout à leur carrière. La plupart sortant des « grandes » (avec un grand « g ») écoles d'administration. Ils choisissent leur camp, à droite ou à gauche, comme ils choisissent leur affectation après avoir réussi leurs études, la voie royale, pardon, la voie la plus méritocratique, étant de devenir inspecteur des finances.

    A droite, le peuple a besoin que les riches le guident, et leur richesse finira bien par retomber sur les moins chanceux, à gauche on pense que le peuple est bon, beau et tourné vers le progrès, la culture et l'éducation (avec un grand « é »), et que c'est encore mieux quand il est d'origine allogène où là il permet de louer les mérites de la diversité.

    Le peuple (prononcez « le pôple » avec emphase) aime bien les hommes politiques qui se prétendent de « droiche ».

    Il aime bien ceux qui jouent à l'arbitre, au « pion » qui regarde avec bienveillance mais fermeté et sérieux les écoliers qui discutent et argumentent politique dans la cour, et qui se donnent parfois sans trop de légitimité tout autorité pour sonner la fin de la récré, comme De Gaulle, icône bizarrement inattaquable dans tous les partis politiques français, de l'extrème-gauche à l'extrème-droite.

    On se demande souvent si le peuple aime réellement la liberté et l'expression démocratique, que de toutes manières il n'utilise pas toujours quand il en a le droit, ne s'intéressant pas vraiment aux décisions prises par les politiques, certains en étant encore à croire par exemple que France Télécom est toujours une entreprise publique alors qu'elle est privée depuis quelques temps déjà.

    Entre autres.

    Ensuite, particulièrement dans notre beau pays, et alors qu'il n'est pas allé voter, cela ne l'empêchera de proclamer que rien ne change après un vote et que tous les politiques sont pourris. Si peu vote, évidemment, rien ne changera jamais. Une certaine frange du peuple, « le peuple de gauche », aime bien le reste de la nation quand ce reste vote ainsi qu'on lui indique de faire, et déteste quand celui-ci ne vote pas tout à fait « dans les cloux », ce qui devrait pourtant alerter les dirigeants sur les décisions à prendre quant aux problèmes qui se posent aux « vrais » gens, aux gens de « la France d'en bas » selon le terme particulièrement maladroit de Raffarin.

    On notera en passant que l'icône inattaquable citée ci-dessus affirmait quant à lui que « les français sont des veaux ». Il est souvent tentant de se demander s'il avait entièrement tort.

    La droite et la gauche sont nées pendant la Révolution française en 1789, quand les bourgeois ont pris le pouvoir, et ne l'ont pas cèdé depuis, où pour la première fois le peuple français est « passé de l'ombre à la lumière » en attendant la deuxième tentative 192 ans plus tard, bien sûr celle là beaucoup plus réussie comme le concevait l'auteur de la formule citée plus haut, Jack Lang.

    Les parlementaires siégeant à la Constituante en 1789 étaient tous révolutionnaires, ceux qui étaient radicaux dans les moyens employés s'asseyaient à gauche de l'hémycycle, ceux qui étaient plus mesurés à droite, et ceux qui avaient du mal à se décider, qui étaient d'ailleurs du côté du plus fort la plupart du temps, au centre, dans le « marais ».

     

  • L'identité parisienne en voie de disparition ?

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    On parle aussi de Paname sur Agoravox

    A propos de « La Bastoche : Une histoire du Paris populaire et criminel »

    Claude Dubois – Librairie Académique Perrin 2007

    "On ne voit plus, on ne vit plus, on se regarde exister, on s'admire, s'adore à réfléchir sur son vécu de pacotille., jusqu'à en somatiser, tomber malade pour de bon !...

    A sa manièrette, chacun est devenu moraliste, tantinet psychanalyste,tout part de là !

    On ne se laisse plus emporter par Paris, on juge d'abord.

    Bref on s'emmerde..."

    extrait du livre, p 37

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionL'auteur de « la Bastoche » est un vrai parisien. Et quand on le lit on entend l'accent parigot, pas celui un peu grasseyant popularisé dans les films noirs des années 50, mais un accent un peu canaille, gouailleur, plus libre, moins stéréotypé. De plus Claude Dubois est bien de Paris-Pantruche où l'on aime bien se moquer des prétentieux et railler les sots qui sont comme des grenouilles voulant se faire aussi grosses que l'Éléphant en plâtre et stuc, où habite Gavroche dans « les Misérables, qui trônait au milieu de la place de la Bastille

    L'espèce des vrais parisiens existe encore mais est pratiquement en voie d'extinction, principalement du fait de l'embourgeoisement de la capitale où se loger est réservé aux plus riches. Les anciens quartiers populaires de la ville, à cause de leur cachet pittoresque, ou réputé tel, sont colonisés progressivement par les « bourgeois bohèmes » qui croient alors pouvoir encore s'encanailler et avoir le sentiment fallacieux d'être demeurés de « vrais » gens alors qu'ils restent surtout des bourgeois, et ce même s'ils n'ont pas le sentiment de l'être.

    Montmartre y est passé en vingt ans, la rue des Martyrs ou le passage des Abbesses sont devenus des lieux côtés, les bistrotiers y ont laissé la place à des bars à « tapas » ou à « smoothies », à des restaurants où l'on sert une cuisine insipide et sans personnalité, et bien sûr où l'on boit surtout des eaux minérales.

    Le pittoresque de toutes façons a toujours été frelaté à Montmartre où, par exemple, les croûtes vendues place du Tertre, « so romantic » pour les touristes américains, sont en fait fabriquées à la chaîne en Chine.

    Et derrière le pittoresque de Montmartre, il y avait aussi les odeurs de pisse ou de chou cuit, les concierges méfiantes et tous les exploités qui travaillaient pour des salaires de misère.

    Maintenant à Montmartre, l'on croise surtout des touristes ou des créatifs de pub et autres espèces nuisibles, du genre à être pendus à leur smart-phone ou vissés à leur ordinateur portable à la table des cafés, ceci pour se sentir un peu hommes et femmes du XXIème siècle, pour paraphraser un dialogue d'Audiard.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionBizarrement, Audiard est d'ailleurs à la mode chez les « bobos » (pour qui le bobo c'est toujours le voisin). « Les Tontons flingueurs » est devenu un film de référence dont on cite un peu partout les dialogues certes brillants, car Audiard, qui était comme Claude Dubois un authentique « titi » parisien, savait bien recueillir tous les parfums et la saveur du « jus de la rue » et en restituer la substantifique moèlle.

    Audiard est aussi un moyen commode pour des anciens petits garçons sages et des anciennes petites filles raisonnables de jouer les affranchis et de se donner des airs d'« apaches » (je parle de ce genre d'apaches).

    Mais ils sont très éloignés de sa verve et de son talent car comme il le dit :

    « Quand un type comme ça se retire,

    y'a pas de place à prendre,

    c'est la fin d'une époque. »

    On parle tellement d'Audiard que ça en devient suspect et frelaté. Quant aux auteurs parisiens, on oublie souvent Alphonse Boudard, qui parle souvent et particulièrement là de la Nuit à Paris, Marcel Aymé qui décrit très bien le Paris populaire de son époque, Antoine Blondin dont on rappelle encore les exploits éthyliques et légendaires dans les établissements de la rue Bonaparte. On parle encore moins d'Albert Simonin, encyclopédie vivante de l'argot tel qu'il se « jaspinait » vraiment, sans forcer, contrairement à ceux qui voudraient nous faire croire comme Pierre Perret qu'ils « l'entravent » comme des durs de durs alors qu'on voit bien qu'ils font semblant. On veut bien citer Céline à la rigueur, pour le parfum de souffre qu'il y a autour de lui.

    Didier Daeninckx décrit lui aussi le Paris populaire et interlope, mais il le fait en anthropologue, et on a du mal à croire que cela parte du coeur.

    Après Montmartre, c'est Belleville

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLe Paris de Claude Dubois, et « la Bastoche » dont il part dans son ouvrage, ont presque complètement disparu, les voyous ne sont plus les mêmes et il reste très peu de quartiers populaires. Pour raconter l'histoire de ces lieux chargés de mémoire, Claude Dubois part de la Bastille, celle du Faubourg Saint-Antoine, qu'il appelle « la Bastoche » comme Bruant, celle des rues borgnes et mal famées, signalées par « la guillotine à bourgeois », une simple palissade de bois que le citoyen respectable n'avait pas intérêt à franchir, s'il tenait à la vie et sa bourse.

    Parfois, il arrivait qu'on ne distingue pas les voleurs des honnêtes gens ou réputés tels, particulièrement quand ils se retrouvaient dans les « musettes », qui étaient à l'origine des bals pour les auvergnats de Paris.

    Ceux-ci se retrouvaient en costume régional. S'y sont mêlés petit à petit les « gros bras » et « mistoufles » du quartier, et de « bons messieurs » et « belles dames » en grands habits.

    Les « musettes » attiraient alors des « filles » de mauvaise vie », souvent des petites provinciales montées à Paris pour chercher une place de domestique et qui finissaient sur le trottoir, tout comme des filles-mères qui n'avaient plus que cette solution pour survivre. Elles envoyaient pour la plupart toujours de l'argent à leurs parents qui n'y voyaient pas toujours malice.

    Pour sortir de la misère, et narguer les autorités incapables de les aider, certains choisissaient des voies radicales pour s'enrichir : dévaliser le bourgeois, lui faire les poches, faire "travailler" des filles, ce qui permettait de "relever les compteurs", obtenir un crédit au bout d'un revolver, un crédit « revolving » d'un genre plus radical.

    Tous ces criminels faisaient aussi partie du vrai Paris populaire d'antan qu'il faisaient vivre, faisant partie du système finalement, compensant ses manques.

    C'était une ville moins frelatée que maintenant par le goût de l'"authentique".

    De l'authentique, le Paris canaille en avait à revendre, de manière quelques fois très dure. Les truands ont d'ailleurs inventé d'autres langages très rapidement pour ne pas être compris des flics ou de leurs sbires « en bourgeois » : "verlan", argots régionaux divers, « louchébem » parlé par les bouchers des Halles, et aussi par les voyous et les putains du quartier, et autre javanais.

    Il y avait aussi une mémoire politique, les souvenirs de ce quoi les bourgeois sont capables quant on conteste leur autorité, à commencer par la répression "versaillaise", positiviste et « républicaine » contre les "communards" qui venaient souvent de Montmartre et du Faubourg Saint-Antoine.

    Le banditisme se doublait alors parfois de revendications politiques ainsi pour la « Bande à Bonnot », certes plus ou moins floues, du moins au départ, ensuite ce n'était souvent que vénal. Cette bande et son chef faisaient tellement peur aux gouvernants et aux bourgeois de la « Belle époque » envoyèrent pas moins de trois-cent gendarmes pour le tuer lors de son arrestation.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionCe livre est excellent car il montre qu'une ville, ce n'est pas seulement les monuments, ce qui est considéré canoniquement comme "beau", mais ce sont aussi ces marges, dont la fréquentation, bien que dangereuse pour la santé, est passionnante. Ces truands participent du brassage social et sont de temps en temps moins immoraux que bien des gouvernants.

    Et l'on sait bien que pour comprendre la logique d'une société, il y a toujours intérêt à étudier ses classes à la lisière.

    Sur le goût qu'à pour moi Paris, j'aime beaucoup ces lignes de Simenon dans « Cécile est morte » qui décrivent très bien effectivement l'atmosphère et l'ambiance de cette ville :

    « Il passait devant un petit bistro. La porte s'ouvrit, car c'était la première fois de la saison que la fraîcheur de l'air obligeait à fermer la porte des cafés. Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l'aube parisienne : l'odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d'étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

    Depuis quelques temps, malheureusement, et cela abîme un peu plus la ville, on voit se multiplier à Paris comme le mildiou sur les vignes les cafés « Starbuck », à peine le temps de cligner des yeux qu'il y en a un qui sort du sol. Dans une ambiance fadasse et frelatée qui aux États Unis passe pour européenne, on y écoute du Jazz -très- easy listening, pas trop dissonant, on boit toutes sortes de cafés dont une bonne sœur ne voudrait pas, de la lavasse à peine colorée, un jus dont ma chaussette aurait honte.

    Quand les acteurs des séries ou des films américains boivent ça, on a presque l'impression que c'est bon, et ce sont des héros.

    Dans les mains des adeptes grégaires de n'importe quelle nouveauté superflue, on voit de plus en plus de gobelets à cette enseigne, des trucs gélifiés pleins de bons colorants et de bons conservateurs, des machins glacés que l'on trouvait avant pour moins de trente centimes (des « mister freeze » quoi).

    Cela fait top-moderne d'avoir ça à la main.

    Ils se croient presque en couverture des magasines pipeaules à la mord-moi-le-noeud qu'ils lisent assidûment, même si quand tu les interroges ils prétendent tous se plonger dans Proust et ne regarder qu'Arte.Le Starbuck café c'est aussi un non-lieu exportable, qui remplace progressivement, comme tous les autres non-lieux, tout ce qui pouvait avoir encore un reste d'identité dans une ville.

    Actuellement, on parle beaucoup de construire encore dans Paris, c'est un peu une constante chez les démagogues ou les populistes jouant aux hommes providentiels, laisser leur trace dans le paysage. On veut en somme, au vu des plans, multiplier les non-lieux, amener "la campagne en ville" selon la vieille boutade d'Alphonse Allais, mais cette fois seulement pour les plus riches, malgré les bonnes intentions que l'on prétexte encore. Paris est une emmerdeuse, une chieuse, une de celles vers lesquelles on revient toujours, malgré tout. Et c'est une personne, ou plutôt des personnes, des fantômes charmants que je croise partout, surtout l'un d'eux qui me hante délicieusement quand je suis à Montmartre ou place Clichy, vers "la Maison Rose" à côté du "Lapin Agile".

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLa "Ville-lumière", ville tentaculaire, ville centralisatrice de tous les pouvoirs, cristallise bien des fantasmes : Babylone moderne où le vice est partout, ville refuge des arts et de l'intelligence, et quelques idées bien pires en phobes ou en ites. Paris a cela de bien qu'elle ennuie profondément les imbéciles et les médiocres, les ploucs et les bourgeois fats et satisfaits d'eux-mêmes. Elle semble engendrer aussi beaucoup de complexes d'infériorité, sociaux et culturels, de certains provinciaux ou des banlieusards de la grande couronne - pris pour des parisiens en province ! - qui pensent indispensable de rivaliser absolument avec la capitale.

    Les médiocres n'aiment pas Paris, elle leur fait peur. On peut reconnaître à cette ville qu'elle brasse les milieux et les origines plus facilement qu'ailleurs en France, mieux que les autres grandes villes françaises. 

    Il est certainement plus facile d'être différent que dans d'autres endroits. Quant à moi, je ne saurais être objectif, aimant passionnément Paris, de Montmartre à Bastille, du canal Saint-Martin aux Champs Elysées.

    dessins et photos par moi-même

  • Article papolâtre – au sujet de la béatification de Jean-Paul II

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    Des réactions à l'article sur Agoravox

     « N'ayez pas peur »

    La première chose que Jean-Paul II dit aux croyants...

    Jean-Paul-II-1.jpg

    image ci-contre prise ici

    Ce n'est pas très à la mode d'être papolâtre en ce moment, ou de se dire d'Église, dont les ecclésiastiques sont tous peu ou prou pédophiles.

    Être d'Église je l'ai compris au Saint Sépulcre ce que c'est, au milieu pourtant de toute une « cour des miracles » de touristes, de pélerins fébriles, de vieilles parfois hystériques, qui embrassaient fiévreusement les piliers du monument, des marchands d'un pu de tout.

    Je faisais partie aussi de ces fous, ces fous persuadés que Dieu est une personne qui les aime.

    Folie au temps de la mondialisation :

    Folie au temps du « village dit global » !

    Ce n'est pas exactement dans le vent d'être catholique de toutes manières, un catholique est forcément une espèce de coincé mal dans la modernité, un fanatique comme un autre qui croit à des fariboles sans fondement rationnel que l'on oppose toujours aux islamistes et autres fondamentalistes.

    Ce qui est tendance à la rigueur c'est de proclamer qu'on aime bien l'Évangile et le message du Christ que l'on veut bien retenir comme « homme extraordinaire » parmi d'autres.

    On fait de lui une espèce de super-scout un peu mièvre, aux bonnes joues roses en oubliant que « son message » est autrement plus explosif que l'exposé de deux ou trois lieux communs sentimentaux.

    On prend ce qui arrange dans l'Évangile, on laisse de côté ce qui arrange moins, en consommateurs de spiritualité. Beaucoup mélange l'Évangile avec un peu de bouddhisme et deux doigts de lapalissades qui font bonne impression entre la poire et le fromage.

    On ne veut surtout pas s'engager trop dans l'expression de sa foi ou de ce fameux « message » justement, on raille ceux qui le font, qui deviennent des « grenouilles ou crapauds de bénitier » ou des « onanistes de sacristie » détestables aux yeux du troupeau qui préfèrent largement le confort de deux ou trois lieux communs vaguement humanitaristes où « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil » mais rien ne doit changer.

    De plus, ce qui m'a toujours semblé curieux est cette manie des incroyants ou agnostiques affirmés, des adversaires de l'Église de donner des conseils aux chrétiens pour l'élection d'un pape selon leurs vœux et selon le siècle, un pape qui ne soit plus catholique en somme (comme dans ce texte de Philippe Muray qui parle d'un « pape en phase », note sur Muray : ce qui est amusant en ce moment avec cet auteur est que comme il est lu dans un spectacle qui a « la carte », il est un peu à la mode chez les bobos dont pourtant ils se moquent, bien sûr le bobo ridicule étant toujours le voisin... ).

    Ils auraient voulu avant l'élection de Benoît XVI d'un pape africain, ou américain du sud, un de ces « bons sauvages » qui aurait écouté « leurs lumières » avec attention (car ces conseilleurs se voient souvent en « phares de sagesse » du peuple, qui n'en demande pas tant). Ils voudraient un Barack Obama Ier, pape, en quelque sorte, qui aurait toléré leur conception élastique de la morale et qui n'aurait plus été vraiment pape donc, serait passé à magnanimité sur leur rapport hypocrite à l'argent.

    Au sujet de Benoît XVI, j'ai lu quand il est venu aux Bernardins dans les z-Inrocks (magasine dans lequel je n'enfermerai pourtant pas mes poissons de peur qu'ils ne se gâtent) un texte de Catherine Millet sur Benoît XVI et son discours aux Bernardins (on trouve ici ce qu'elle en dit) que je trouve très intéressant, et bien écrit, ce qui ne gâche rien.

    Son point de vue pourra surprendre les cons qui divise l'humanité en ceux qui pensent comme eux et ceux qui pensent pas comme eux, sans qu'aucune discussion ne soit possible, et rien ne devant évoluer.

    Ce qu'elle dit contredit toutes les sottises écrits sur Benoît XVI présenté comme réactionnaire dans le sens qu'il demande à réfléchir avant d'adhérer à une "nouveauté" ou ce que l'on présente comme telle.

    Il faut dire qu'actuellement, ce qui est nouveau est forcément bon, forcément bien.

    Comme le disait Montaigne il y a déjà 500 ans, la nouveauté conduit surtout à construire de nouveaux bagnes intellectuels et spirituels.

    Maintenant en 2011, c'est très mal vu d'être admiratif des papes en général, et du pape actuel en particulier, réputé réactionnaire, voire nazifiant par ceux qui ne l'aiment pas et n'aiment pas l'Église quoi qu'elle fasse ou dise.

    Les allusions au passé adolescent de Benoît XVI sont assez odieuses en elle-même, et elles dénotent aussi les préjugés finalement ethnocentrés et plus ou moins xénophobes que les gens ont sur les nationalités :

    Les italiens, tous des dragueurs, des séducteurs, les allemands tous des nazis obsédés par la discipline...

    Je me souviens bien de l'élection de Jean-Paul II en 1978, quelques temps après seulement la mort de Jean-Paul Ier, le premier pape à ne à pas être italien depuis des siècles.

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    photo ci-contre prise ici

    Je me souviens de lui deux ans après l'attentat qu'il subit en 1981, lors d'un pèlerinage à Rome, de son regard, son sourire lorsqu'il nous salua. C'était peu après sa rencontre avec Ali Ağca, et le geste de pardon du Pape.

    Il eut à subir exactement les mêmes critiques de la part des observateurs réputés avisés quant à son action, étant polonais on le soupçonnait d'être un coup le pape des américains contre les russes, un autre d'être un agent du KGB, si ce n'est un franc-maçon déguisé.

    L'Église avec lui retrouvait encore un peu plus le sens premier du mot catholique. Il a laissé les affaires courantes se faire sans lui à Rome préférant parcourir le monde et aller à la rencontre de tous les peuples chrétiens, en particulier ceux sous le joug, abandonnés par les pays occidentaux.

    Je l'ai revu en 2000 lors du Jubilé de l'Église à Jérusalem, au Mur des Lamentations où il mit une prière entre les pierres de ce lieu sacré pour les juifs sous les yeux ébahis des « hommes en noir » qui manifestèrent leur bêtise en lavant à grande eaux l'endroit selon eux souillé par le Souverain Pontife.

    J'étais dans la foule des chrétiens palestiniens lors de la messe à Bethléem, heureux de l'affection que Jean-Paul II leur manifestait, qui leur faisait oublier qu'ils sont entre le marteau israélien de Tsahal et l'enclume fondamentaliste du Hamas depuis plusieurs décennies.

    Il y rappela encore fort justement aux chrétiens occidentaux présents que la Terre Sainte n'était pas un musée, un jardin de pierres, mais que c'était aussi leur terre originelle et que les lieux saints y avaient été sanctifiés depuis des siècles par les chrétiens d'Orient.

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    image ci-contre prise ici

    Je me souviens de lui à Yad Vashem, ce qui a permis de rappeler que ce Pape était aussi un de ces justes, qui restent parfois anonymes toute leur vie, qui avait protégé des familles entières de la déportation et de l'extermination.

    C'est finalement plutôt encore assez mal vu à la lecture de différentes réactions sur le réseau ou ailleurs d'émettre un avis positif sur le pontificat de Jean-Paul II. Beaucoup ne veulent retenir de lui que cet image du Pape des jeunes, ou celui de tel ou tel grand rassemblement, d'autres ne voient en lui que ses déclarations sur le préservatif et la morale individuelle.

    Il est tout cela à la fois, et s'il fût un adversaire des régimes totalitaires communistes ou s'affirmant tels, il l'était aussi de toute autre idéologie globalisante, tel le libéralisme et autre matérialisme individualiste comme celui qui sévit en ce moment.