Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Philippe Muray sur la foi et les anti-catholiques

    Imprimer Pin it!

    "Rien d’étonnant à ce que « ne-pas-être-anticatholique » requière une disposition d’esprit tout de suite plus ou moins proche du mauvais esprit, assimilable d’emblée pour tout le monde à la mauvaise foi, l’impertinence, la subversion humoristique mal placée, l’effronterie anachronique, la négativité culottée.

    Anti-Catholique.JPGC’est ainsi, et c’est la chance sans prix de cette expérience. Au cours de laquelle on découvre qu’il suffit d’avouer un peu de « foi » pour être immédiatement rangé dans la catégorie de la mauvaise foi bouffonne.

    Ce qui vous permet ensuite d’éprouver, si vous poursuivez courageusement l’expérience, que justement dans ce cas précis, il n’y a que la mauvaise foi qui sauve; et qui déplace les montagnes, contrairement à ce que croit la majorité d’entre nous…
    L’acte de foi, acte d’intelligence requis depuis le concile de Trente par le magistère de l’Eglise, acte libre de la volonté qui vous engage tout entier et qui est le commencement du salut, ne peut plus être aujourd’hui, dans notre monde, qu’un acte parfaitement calme et conscient de mauvaise foi.

    C’est ainsi qu’il se présente de toute façon et mieux vaut le savoir. Il implique au minimum le retournement constant des valeurs, le doute par rapport aux certitudes acquises, l’ironie devant chacune de nos croyances biologiques légitimes. La mauvaise foi, en résumé, devant notre propre légitimité d’êtres vivants.
    Car c’est cette légitimité prétendue, à toutes les époques, qu’il convient de ruiner pour vivre.
    Voilà, pour ne pas être anticatholique, l’une des portes étroites du passage. Elle apparaîtra bien entendu anormale, perverse à quiconque se tient sur ses deux pieds au milieu des phénomènes sans les interroger; ou à quiconque est en lutte acharnée pour leur amélioration ou leur conservation, ce qui revient au même. Elle devient logique, en revanche, si on part de l’hypothèse de la Chute: le monde est l’oeuvre de Dieu et, depuis, l’homme la bricole, cette oeuvre, la bouleverse, la transforme, la bousille, la retourne, l’améliore, la rend malade, la guérit de ses maladies, la charcute, la tripote, enfin la travaille infatigablement.
    Partir d’un rebroussement, d’une proposition de retournement de ce qu’on voit, c’est le réflexe pré-requis pour ne pas être anticatholique, comme le disait déja gracieusement Gracian: « On ne saurait bien voir les choses du monde qu’en les regardant à rebours »… Qui dit mieux? »

    Philippe Muray 

    Dans "Festivus Festivus".

    Un entretien avec Philippe Muray ici

    Merci à l'auteur du commentaire qui m'a rappellé ce texte

  • "Lolita" de Stanley Kubrick en 2011

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox aussi

     « My name is...

    ...Lolita

    I'm supposed to play...

    ...with Boys »

    de la chanson « My heart belongs to Daddy » dans « Le milliardaire », un des derniers films de Marilyn, avec Yves Montand, pas un des meilleurs. Marilyn était une sorte de grande soeur de Lolita, qui exacerbait elle aussi les pulsions sexuelles des mâles occidentaux ou non.

    lolita-1962.jpgEn ce moment on célèbre avec raison Kubrick qui restera certainement comme un des derniers géants de l'âge d'or du cinéma anglo-saxon, et qui demeure une source d'inspiration pour de nombreux réalisateurs, qu'ils soient hollywoodiens ou « indépendants », ceux-ci travestissant la plupart du temps les formes inventées par Kubrick comme d'autres réduisent un philosophe à un ou deux slogans faciles à retenir.

    On parle la plupart du temps toujours des mêmes films de Kubrick, ceux dans la dernière période, comme si la cinéphilie des critiques commençait dans les années 80. Quand on lit entre les lignes, on admet que Kubrick est un réalisateur de génie mais on avoue aussi que l'on s'est ennuyé pendant « Full Metal Jacket » auquel la quasi-majorité des critiques avaient préféré « Platoon » qui jouait beaucoup plus sur la corde sentimentalement grandiloquente.

    Ainsi les « Inrockuptibles » mettent « Shining » en couverture, qui est commenté comme un film d'horreur de série, ou parlent des déboires « people » subis par le couple Cruise-Kidman pendant le tournage de « Eyes wide shut », et oublient de parler de cinéma et du fond des films du réalisateur. Beaucoup cherchent aussi à expliquer l'expérience esthétique que sont des films comme « 2001 » ou « Barry Lyndon » qui est tout sauf expliquable car devant la beauté des plans de l'un ou de l'autre, les mots sont plus ou moins impuissants.

    Quand il est question de « Lolita », la plupart des commentateurs semblent tous surtout émoustillés par la crudité du sujet scabreux abordé, terrain glissant que tous se hâtent d'emprunter, fascinés qu'ils sont par ce personnage d'adolescente qui paraît leur promettre la réalisation de tentations auxquelles ils se laisseraient volontiers aller. Généralement les critiques que l'on peut lire de « Lolita » en disent plus long sur leurs auteurs que le film, un peu comme ces articles que l'on a pu lire sur Gainsbourg et son goût pour les très jeunes femmes.

    « Lolita » de Kubrick, adapté avec intelligence par Nabokov lui-même, en dit également beaucoup sur notre société et son mode de fonctionnement à l'envers en somme, à contresens de toute morale, respect et sens de l'autre.

    Si « Dieu est mort » et avec lui la crainte des fins dernières dans le monde moderne, ne reste que le vide et le néant des aspirations se limitant au désir, un désir monstre que les deux personnages les plus importants du film avec la nymphette (jouée par Sue Lyon, plus âgée que le personnage dans le roman), qui en est l'allégorie, incarnent :

    Humbert Humbert, joué par James Mason, et son double libéré de toute culpabilité et de toute inhibition, pour le pire, Clare Quilty, impeccablement joué par Peter Sellers.

    Clare Quilty c'est la représentation du mal moderne, dans toute sa splendeur grotesque, à la fois ridicule et grandiose, prétentieux, persuadé d'être à l'apogée de la civilisation alors que finalement en détruisant les tabous, en croyant lutter contre ce qu'il croit être les préjugés moraux traditionnels, il ne fait que donner libre crous à ses pulsions animales.

    C'est un gosse malfaisant, qui aime bien jouer de mauvais tours à Humbert Humbert qui, lui, est tout aussi hypocrite même s'il pare son penchant pour Lolita de vertus et de noblesse qu'il ne possède pas.

    Il ressemble à Gustav von Aschenbach dans « Mort à Venise », fasciné par Tadzio qui est pour lui la figure de l'ange de la mort annonçant la fin d'une époque où vivre semblait plus doux, un représentant cultivé et sage au comportement aristocratique, un hérault de l'ancien monde en pleine décadence, car il finira fardé et attifé comme le vieux pédophile dont il se moque en arrivant à Venise, perdant toute dignité, et mourra du choléra comme les autres tandis qu'Humbert Humbert ne trouve d'autres solutions que de tuer Clare Quilty pour se libérer de son fardeau, ne se libérant d'ailleurs en rien car Lolita a finalement très mal vécu leur errance à travers toute l'Amérique et ses non-lieux tous pareils déjà se multipliant dans un cauchemar climatisé : motels, « dinners », lotissements avec voiture et pelouse et ainsi de suite...

    Et elle n'était cette jeune muse telle que son « beau-père » la voyait, mais juste une petite adolescente un peu vulgaire d'une ville perdue de Nouvelle Angleterre, pétrie des mêmes idioties et rêves étriqués que sa mère, Charlotte Haze.

    De nos jours, curieusement, « Lolita » serait un film délicat à tourner, ou alors qui ferait dans le porno soft comme le « remake » mauvais d'Adrian Lyne en 1997, car la compréhension de l'oeuvre se limiterait à l'exposé d'une dépravation.

    C'est paradoxal car finalement, c’est toute la société qui, en 2011 devient pédophile, se nourrissant d’une imagerie se voulant jeune ou proche des jeunes, imagerie totalement frelatée il est vrai.

    Le physique des mannequins, présenté comme indépassable, est celui d’adolescentes à peine pubères et généralement anorexiques (et qui font la gueule). Foin d’hypocrisie, je préfère sur le sujet la franchise virant presque au cynisme de Lagerfeld que la « faux-culterie » des magazines allemands qui ont fait parler d’eux il y a quelques mois en faisant poser des femmes présentées comme communes, ce qui est agréable pour elles d’ailleurs, afin de se redonner une virginité en la matière, eune bonne conscience.

    La sexualité et l’amour en général se doivent d’être vécues comme si l’homme était toujours un adolescent incapable de maîtriser ses pulsions, et de se responsabiliser, et la femme une midinette de treize ans, confondant ses lubies amoureuses et ses envies de coucheries.

    On lui présente des aventures d’un soir comme étant aussi anodines qu’avaler un macaron, pendant que les hommes pensent que multiplier les aventures leur assure une réputation de performance. Personne ne songeant un seul instant à mûrir, prendre conscience de ses erreurs ou de ses errements.

    Cela a des conséquences en politique, toute la société, peu ou prou, raisonne de manière binaire :

    Celui qui ne pense pas tout à fait comme moi est mon ennemi, partageant à gauche et à droite un humanitarisme léger et très vague, gentillet et mièvre qui sert de paravent à la seule motivation réelle des uns et des autres, à savoir consommer sans limites aussi bien les choses que les êtres.

    De temps en temps, on se laisse aller à une sorte d’émotivité hystérique, d’affectivité sans affection ni cœur, on est là pour donner l’impression de s’aimer alors qu’on cherche surtout à se mettre en valeur et montrer comme on est si bon, l’apparence seule étant importante.

    Le corps est réduit à une machine, il doit absolument correspondre à l’image que l’on s’en fait, souvent idéalisé, certaines femmes, et de plus en plus d’hommes, se martyrisent afin de retrouver de manière totalement contre-naturelle un physique perdu depuis leurs douze ans, On doit prendre soin de son corps comme d’une machine évitant soigneusement tout ce qui aurait un rapport quelconque avec l’esprit, l’âme ou l’intellect, sauf en ce qui concerne une forme aiguë de pensée positive à tout crin qui devient la norme, il arrive de plus en plus que les fois religieuses et les idéologies soient confondues avec cette « positive thought » aussi creuse et sotte qu’un slogan pour eau minérale.

    La société base ses pseudo-aspirations qui sont autant d’alibis pour un désir comme un abîme sans fond sur des concepts infantiles et non enfantins, et ce sont tout les adultes qui sont autant de gamins et gamines sans cervelle malléables par les médias et l’industrie du divertissement, et donc par là-même taillables et corvéables à merci.

    Ci-dessous la chanson de Marilyn


    Marilyn Monroe - My heart belongs to daddy par Mirandoline

  • Ce qui est fait pour les travailleurs précaires en France - un état des lieux...

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox aussi

    Qu'est-ce qui est réellement fait contre la précarité en France non seulement par les institutionnels mais aussi par ceux qui sont censés défendre les salariés ? On en parle ponctuellement au moment de l'action des "Don Quichotte" au Canal Saint Martin ou lors des premières manifestations de "Génération Précaire" mais sinon le sujet est vite expédié alors qu'en ces périodes de post-élections cantonales et de pré-campagne présidentielle il devrait être central.

    L'état des lieux est inquiétant, il pousse à la fois à la colère et l'effarement. Celui qui suit ne se prétend pas exhaustif, il peut cependant constituer à mon sens une base de réflexions sur la question.

    place-de-precarite.jpgLe salariat public et privé est de plus en plus précaire en France : appel à des intérimaires, à des contractuels, multiplication des CDD, au mépris de lois et des directives europénnes, (un lien sur celle concernant les CDD à répétition, un autre sur son application réelle en particulier dans la fonction publique où la gestion des ressources humaines est aussi déplorable que dans le privé) qui lorsqu'elles concernent le social ne sont que rarement appliquées, et licenciements sans contrôle ni contraintes, remise en cause de tous les statuts, de tous les acquis, délocalisation (voir par ici un rapport très complet sur la question), et abus de toutes sortes dont « Continental » est l'emblème en France, tout comme le courage des ses ouvriers qui ont vite compris qu'ils étaient tout seuls (le rappel des faits par ici).

    Face à cette situation, on se dit que la précarité est le principal souci des syndicats, leur principal cheval de bataille.

    Il n'en est rien.

    Face à des gouvernements qui ont très peu de pouvoir réel, et une marge de manoeuvre infime, non pas d'ailleurs parce qu'ils y sont contraints, mais du fait avant toute chose de l'abandon progressif et quasiment total de leurs prérogatives aux institutions européennes, financières et bancaires.

    Attaquer le gouvernement, contester ses décisions, c'est le droit de tout citoyen, c'est totalement légitime mais c'est un rideau de fumée, un paravent pudique de l'hypocrisie de ceux qui ont une situation stable et acquise et ce à tous les niveaux car au bout du compte s'attaquer au gouvernement c'est s'attaquer à des lampistes, et rien que des lampistes, qui profitent , qui ont des avantages énormes à leur situation, mais des lampistes (Comment calcule-t-on le seuil de pauvreté en France ? http://www.inegalites.fr/spip.php?article270).

    Alors certes, un précaire au RSA en France sera toujours proportionellement plus riche qu'un précaire dans un Pays en Développement, qui le sera encore plus, où parfois le salaire est inférieur à 100 euros par mois (par ici un rapport sur la question au niveau mondial)...

    ...Mais un pauvre est un pauvre, que ce soit n'importe où sur la planète.

    Et il serait cynique de mettre les souffrances que la précarité et la pauvreté impliquent en balance.

    Il y a plusieurs définitions de la précarité (et donc plusieurs chiffres quant au calcul de ses proportions en France), il existe celle qui arrange les politiques et les responsables économiques, et celle qui reflète plus la réalité.

    Les syndicats s'intéressent-ils aux précaires, en particulier dans la fonction publique, l'Éducation Nationale et l'administration ?

    Dans la plupart des manifestations et autres rassemblements, quand on lit les tracts, il y a toujours une référence à la précarité des salariés, soyons justes, mais on constate peu de grande mobilisation et revendications concrètes contre celle-ci. Il y a beaucoup de bonnes intentions, de déclarations d'intentions sincères mais finalement, à de rares exceptions, ce sont ceux qui disposent déjà -pour combien de temps ?- d'un statut qui sont défendus.

    Dans le meilleur des cas, la titularisation des contractuels et intérimaires est demandée, ce qui est quand même déjà un pas, mais rien de tangible n'est proposé pour y arriver, ce qui est le plus important, comme si c'était surtout un mot d'ordre pour donner une image positive mais seulement une image.

    Quand on creuse un peu, les syndicats font finalement un rappel de la loi aux contractuels : pour être titularisés passez les concours !

    En réclamant plus de places aux concours certes mais sans indiquer ce qui est suggéré pour l'augmentation du nombre de places.

    Et quant à certaines mesures concernant par exemple le réemploi à des postes d'aides au devoir ou de documentation de professeurs retraités, aucun n'a vraiment protesté, alors que ces emplois pourraient être donnés à des étudiants ou des personnes en recherche d'emploi. On peut comprendre que ces personnes veulent augmenter leurs revenus mais il est dommage que cela soit aux dépens de salariés qui commencent dans la vie active.

    Cela concernait au départ seulement l'Éducation Nationale, il semble que cela s'étend aux hôpitaux et aux prisons.

    On m'objectera qu'il s'agit aussi de mettre en concurrence deux catégories, de diviser pour mieux régner en somme mais ces retraités disposent aussi d'une conscience qui devrait leur permettre de dire « non » et de savoir quelles sont les conséquences de leur réemploi.

    6a00d8341cdf0d53ef0120a832b7ba970b-800wiOn oublierait aussi que le contractuel est la plupart du temps soumis à la pression constante d'un chefaillon ou d'une chefaillonne, aux appréciations souvent peu amènes de ses collègues pour qui il « prend la place » parfois d'un titulaire de manière illégitime. Comme il ne peut guère protester sans risques, on lui fait payer telle ou telle vexation réelle ou imaginaire.

    Bien que sa compétence soit souvent remise en question, paradoxalement, il est toujours considéré comme parfaitement capable d'assumer toutes les corvées dont les autres ne veulent pas.

    On a pu constater également lors du licenciement de personnels contractuels enseignants, dans certaines académies, que si les collègues titulaires s'en désolaient de vive voix, la plupart s'en réjouissaient plus officieusement car cela a permis de dégager un grand nombre d'heures supplémentaires à leur avantage, donc des revenus plus conséquents. Il n'y a pas de statistiques concrètes sur la prise abusive d'« heures sup' » car c'est un rien tabou d'évoquer ce problème pourtant épineux, et que si quelques uns assument d'en prendre afin d'accroître les revenus du ménage, la plupart non.

    Il est enfin à constater que le statut des titulaires a été remis en question sans pour autant titulariser abusivement les « précaires » qui ont été un peu plus licenciés à grandes charretées.

    (Nota Bene : Il arrive aussi que dans quelques établissements, malheureusement rares, les professeurs titulaires se contentent d'une heure supplémentaire chacun afin de rendre possible l'emploi d'un précaire comme au Lycée professionnel « Louise Michel » à Gisors, dans l'Eure, par exemple).

    Dans le secteur privé, c'est le sort des stagiaires qui est le plus précaire, multipliant les stages qualifiants ou pas, les CDD et autres petits boulots subsidiaires pour vivre et n'obtenant jamais le poste qu'on leur promet pendant toute la durée du stage ou du contrat court. Le pire est que bien souvent le poste promis est donné à un autre sur des critères qui n'ont rien à voir avec la compétence de la personne promu, et beaucoup avec la capacité d'obséquiosité du candidat, sa docilité, voire ses liens avec son employeur - familiaux, sentimentaux, sexuels...- mais aussi son appétence, quand il s'agit d'une jolie femme à choisir la « promotion canapé ».

    Les stagiaires sont taillables et corvéables à merci et permettent de payer moins de charges ou de distribuer moins d'avantages, ainsi que l'indique « Génération Précaire » sur son site. De plus, leur accorder plus revient pour ceux disposant d'un statut à perdre une partie de leurs fameux « avantages acquis ». Et comme les contractuels dans la fonction publique ils subissent une très forte pression quotidienne au travail.

    Il est curieux que ce thème n'est que bien rarement abordé de manière frontale, concrète et directe, et dans tous ses aspects, par la gauche française qui reste très vague sur la question, se contentant de promettre en fait une "resucée" des "emplois jeunes"...

  • Dieu, l'être et le néant et le coaching de vie

    Imprimer Pin it!

    sur agoravox aussi

    « Sans répondre, Charley prit un des pamphlets, tourna les pages et commença à lire à haute voix :

    - La mesure d'un homme n'est pas son intelligence. Ce n'est pas la manière dont il s'élève dans l'appareil dément du système. La mesure d'un homme est ceci: à quelle vitesse est-il capable de réagir aux besoins d'un autre être ? Combien peut-il donner de sa personne ? Dans le don véritable, il ne faut attendre aucun retour, ou du moins...

    - Je connais, fit Nick. C'est en donnant qu'on reçoit quelque chose. On rend service à quelqu'un, à l'occasion il vous rend la politesse. Ça coule de source.

    - Ce n'est pas un don ça. C'est un troc. Écoutez ceci: Dieu nous enseigne...

    - Dieu est mort. On a retrouvé sa carcasse dérivant dans l'espace du côté d'Alpha en 2019. »

    Dans « Message de Frolix 8 » de Philip K. Dick (lien dickien)

    goddead.jpg« Dieu est mort » a proclamé un philosophe (voir à ce lien), à moins que ce ne soit un curé de village. Cela a fait les gros titres il y a un peu plus d'une quarantaine d'années, « Time Magasine » l'a même mis en une en 1966 (voir illustration et lien par ici). Il faut dire que cela faisait une belle accroche journalistique. Dieu était mort, la consommation l'avait tué, il n'y a plus besoin de réfléchir aux fins dernières, de se soucier de quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin au salut puisque l'essentiel étant de se soucier du présent.

    Évidemment, comme tous les deuils il laisse un vide, ou comme dans un divorce, car c'est aussi un divorce, et dieu est parti, semble-t-il, avec tous les meubles ne laissant pas grand-chose pour combler le vide, à part un vague humanitarisme béat qui ne va pas mener très loin : en gros, il faut être gentil avec tout le monde, et ne pas faire trop mal aux autres.

    Il y eut aussi de petits malins, dés cette époque, pour s'improviser « coach de vie » voire gourou, ce qui revient somme toute au même : vendre du vent aux naïfs en leur donnant l'illusion qu'ils contrôlent leurs vies. Le « coaching de vie » c'est la spiritualité sans le sens de l'autre, la philosophie sans l'intellect. Tout le monde peut s'improviser « coach de vie » bien sûr, à la condition évidente d'avoir un peu de bagoût.

    C'est un peu comme les donneurs de conseils diététiques qui pensent pouvoir le faire car comme tout un chacun ils ont besoin de manger, oubliant que comme tout le monde il peut leur arriver de grossir.

    Cela permet à des chanteurs ou des écrivains minables (comme un certain Claude Vorilhon devenu Raèl, qui fait maintenant dans le messianisme inter-galactique, ou comme L.Ron Hubbard créateur de la scientologie) mais à l'ambition démesurée de connaître enfin le succès qu'ils s'imaginent mériter, de faire de l'argent et de faire des conquêtes féminines.

    Pour un gourou, c'est facile, il suffit qu'il prône la polygamie obligatoire pour ses ouailles.

    Le « coaching de vie » favorise le narcissisme, le nombrilisme, consiste à flatter l'égo du « coaché » en lui parlant surtout de lui, selon l'adage qui veut que « Parlez moi de moi y'a que ça qui m'intéresse ».

    Le psychanalyste, s'il est peu scrupuleux, peut s'improviser « coach de vie » également, ce qui lui assure un revenu confortable. Bien sûr, ces praticiens sans trop de morale valent bien ceux qui prodiguent les conseils de psychologie sans être compétents une seconde, et qui auraient besoin eux-mêmes le plus souvent d'un homme, ou d'une femme, de l'art. On remarquera d'ailleurs la lubie étrange chez les « anti-psys » de tout psychanalyser. On rappellera également que pour Freud ou Lacan par la suite, le psychanalyste n'est pas un directeur de conscience mais peut les aider néanmoins ses patients à se libérer de ce qui leur pèse, ou de ce dont il souffre.

    gourou.jpgFinalement, le « coaching de vie » est de l'anti-psychologie et un acte manqué de la plus belle eau.

    Je ne parle pas de cette anti-psychologie-là qui est une autre théorie de « coaching de vie » à vocation globalisante comme le sont toutes les idéologies nées à notre belle époque moderne et de progrès, le dogme inattaquable par excellence, que ce soit à droite et à gauche.

    Plutôt que de se prendre en main réellement, le « coaché » préfère aligner les lieux communs et croire en deux ou trois fariboles qui font plaisir à dire, et lui permettent de pleurnicher sur son sort, et surtout pas de faire un effort de réflexion sur lui-même (elle-même). Le gigantesque « café du commerce » que peut devenir parfois Internet permet de faire ça de manière industrielle et à un rythme soutenu.

    Les politiques deviennent de plus en plus des coachs politiques, même quand ils sont finalement ridicules dans ce qu'ils ont à dire et montrent leur déni de la démocratie quitte à laisser croire qu'ils oeuvrent pour le bien commun. Ils se trouvent tous, et toutes, légitimes à guider le peuple qui en a bien besoin selon eux. Cela leur permet de ne surtout pas avouer la vérité, à savoir qu'ils ont besoin de coacher politiquement les citoyens pour conserver l'argent de ceux-ci en salaire et le pouvoir qu'ils ont sur les populations.

    Les religions sont également perçues et un peu plus chaque jour comme du « coaching de vie » plus que comme une spiritualité profonde et étudiée, une théologie intéressante. Il s'agit surtout d'aider le croyant à se « sentir bien » dans sa vie sans tenir compte du fait qu'il ne vit pas isolé et ne naît pas « ex nihilo ». Le croyant est d'ailleurs demandeur de ce « coaching » que ce soit pour son couple, son argent, ou tout aspect de la vie quotidienne lui posant problème. Tant que ça parle de lui et de son cocon, çà le concerne.

    Le « coaching de vie » est parfois télévisuel. Dans « l'étrange lucarne » ce genre d'émissions se multiplie, allant du « coaching » pour nettoyer sa maison et faire le ménage jusqu'à l'éducation des gosses, la cuisine. Bien sûr, pour participer à tout cela il faut accepter d'être humilié au dernier degré ou de perdre carrément toute dignité devant les caméras, ce qui montre que les fruits du « coaching de vie » sont des fruits pourris.

  • Mon hommage à Liz Taylor gràce au plus beau film d'engueulade de tous les temps

    Imprimer Pin it!

    Les commentateurs qui rédigent les hommages à Liz Taylor, qui avaient les plus beaux yeux mauves du cinéma, se trompent tous sur un point, elle n'a pas commencé à être célèbre avec "la Chatte sur un toit brûlant", mais avec une niaiserie quand elle était adolescente, "Lassie Chien fidèle" et un excellent film de chevalerie, "Ivanhoé", où elle joue la jeune fille en détresse.

    Mais je comprend que ça fasse toujours mieux dans une conversation mondaine de citer "la Chatte..." adapté de Tenessee Williams. Car ensuite, cela permet de faire oublier qu'on n'a pas vu le film ni la pièce en parlant de l'homosexualité de cet auteur. Et puis finalement c'est tellement scolaire.

    Et ils oublient de même "Who's afraid of Virginia Woolf ?", voir extrait ci-dessous, très beau film sur la passion amoureuses et d'engueulades homériques où Burton et Liz Taylor exprimaient finalement leurs sentiments fusionnels, beaucoup moins mièvres que ceux du gentil petit couple bien peigné, calme et serein, qui leur fait face dans le film.

  • De l'épicerie au surconsumérisme : à propos de l'émission "50 ans qui ont changé notre quotidien"

    Imprimer Pin it!

    Cet article où le spleen transparait est aussi sur Agoravox

    Hier j'ai regardé le premier documentaire de M6 dans la série « 50 ans qui ont changé notre quotidien » (suivi par un deuxième à 22h30 concernant le logement) à la gloire des progrès en matière de consommation que nous aurions connu depuis les années 60 et de ce que cela aurait apporté de bénéfique à l'humanité, le tout bien enrobé pour convaincre en somme le consommateur docile et soumis qu'il a raison de l'être, et qu'il faut absolument qu'il le reste pour pouvoir continuer à bénéficier des bienfaits du progrés qui va toujours de l'avant (lien sur la création du premier hypermarché).

    le-premier-carrefour-c3a0-annecy-haute-savoie.jpg?w=375&h=249Ce dogme du progrès quel que soit le domaine dont on parle est quasiment unanimement consensuel, de la gauche à la droite, du centre vers un peu partout. On ne doit pas le remettre en question, on ne doit pas le critiquer sous peine de passer pour un réactionnaire ou un affreux rétrograde. Alors que le progrès dont notre monde se gargarise consiste surtout, comme le disait Montaigne à « se créer de nouveaux bagnes » plus qu'à aider l'homme à s'émanciper de ses pulsions primaires.

    De ces « nouveaux bagnes » je trouve que ceux des nouvelles technologies censées favoriser la communication sont les pires. Endoctrinés, matraqués sans cesse, les jeunes générations comme parfois les plus agées se demandent candidement comment on pouvait bien faire avant sans téléphone cellulaire pour rester « sans cesse en contact » (et localisable) et sans Internet, où la publicité est de plus en plus envahissante.

    C'est même plutôt l'inverse, le progrès fait de l'être humain un puits sans fond de désir et d'insatisfaction qui le conduit à la haine de celui qui ose dire qu'il n'a pas besoin de tous les objets que le système lui impose, ou l'effarement, tel celui de la jeune génération qui est née avec les nouvelles technologies.

    Des adolescents se sont sincèrement étonnés devant leur professeur de savoir qu'avant il n'y avait ni Internet, ni téléphone cellulaire.

    « Mais comment faisait-on avant ? » ont-ils demandé épouvantés ? La plupart ne peuvent reconnaître que ce ne sont que des besoins imposés et non consentis, des besoins totalement artificiels, sans aucune nécessité.

    Devant les yeux du spectateur/consommateur ébahi par tant de merveilles techniques et d'innovations financières lui permettant de dépenser l'argent qu'il n'a pas et de rêver à des objets dont il n'a pas besoin ont défilé des archives des années 60 sur l'ouverture du premier hyper-marché en France, dont la marque est abondamment montrée à l'écran, il ne saurait y avoir de petits profits, des interviews avec des spécialistes en consommations se rappelant les époques tellement arriérées semble-t-il à leurs yeux où les ménagères faisaient les courses à l'épicerie du coin, et perdaient leur temps, à les entendre, à discuter avec l'épicier, l'épicière ou les autres clients.

    A entendre ce qui est dit dans ce documentaire

    Je m'étonne que personne ne relève la vulgarité intrinsèque de cette société.

    Minority-Report-shopping.jpgLes individus sont fiers de se vendre et d'être vendus, d'ailleurs on conseille aux jeunes qui vont se lancer dans la vie active de "se vendre", donc de se prostituer en quelque sorte.

    On s'étonne que la prostitution soit tellement taboue encore puisque toute la société marche selon ce principe.

    Tous ceux qui prétendent "donner aux pauvres" en "prenant aux riches", comme Robin des Bois, me font rire, car la société dans son ensemble se fout complètement des pauvres, dont elle connaît très bien la situation, dont elle est consciente, ce n'est pas son problème en fait.

    Ce sont les fondements mêmes de nos raisonnements en matière sociale qui clochent, et qui sont toujours dans le prolongement des « valeurs » de la bourgeoisie industrielle, positiviste et matérialiste du XIXème siècle.

    La personne qui impose sa conversation au téléphone aux autres dans la rue ou les transports en commun est vulgaire, la jeune fille à qui l'on apprend à se conduire uniquement dans une optique de séduction est vulgaire (elle pense souvent que sa vie en dépend, ainsi que sa dignité, et qu'elle doit absolument plaire quitte à se conduire comme une péripatéticienne), la pub et la télévision imposent aux jeunes filles de se balader le nombril à l'air, encore, ce n'est pas si grave, mais quand c'est combiné avec le string bien apparent remonté sur les hanches et le djin ultra taille basse, c'est grossier et moche, les programmes de téléréalité, que tout le monde conspue, et que tout le monde regarde, sont d'une vulgarité sans nom, un peu plus chaque année.

    Nos dirigeants eux-mêmes font preuve de vulgarité, jetant l'argent au visage des citoyens, qui hélas en redemandent ou ne se souciant de leur expression démocratique que lorsque les citoyens votent dans le sens qui leur est fortement suggéré.

    Ce qui a changé dans notre quotidien du fait du consumérisme, c'est l'infantilisation progressive et le contrôle des êtres humains.

    Aux Champs Elysées ("auux champs z-élysées, pala-lala...") on a considéré comme un immense progrès d'installer trois ou quatre panneaux de pub dits biométriques, qui déterminent et photographient de suite le poids, la taille, et l'âge, ou le look, des passants qui jettent un oeil. Beaucoup de curieux viennent s'y faire ausculter électroniquement pour le plaisir sans doute d'être sur la photo.

    Dans quelques temps, la plupart des feux rouges seront équipés de caméras et de radars qui empêcheront les infractions. Tout cela est présenté comme un grand progrès, un bien indépassable, au troupeau de consommateurs de plus en plus infantilisé, pouponné, de plus en plus immature qui trouve ça génial. Il n'est pas loin le monde totalement contrôlé des dystopies de Philip K. Dick.

    Le plaisir, la joie, la famille, les relations sociales, la douleur deviennent progressivement rigoureusement virtuelles dans la société d'hyper-consommation où nous vivons.

    Il est tellement plus simple de parler à l'écran d'une machine souvent colorée agressivement dans des tons enfantins.

    On est dans le cauchemar d'une des héroïnes de l'écrivain précité, un cauchemar de pavillons de banlieue coquets et automatisés, parfaitement fonctionnel, d'être humains assexués et incapables de passer à l'àge adulte, qui finit par s'écraser sur lui-même. Le troupeau également festiviste trouve cela cool d'avoir une puce dans le bras, qu'on le piste dans ses tribulations, d'être à la pointe des dernières inventions favorisant les nouvelles prisons mentales en vogue, de payer ses courses avec, d'être catalogué, sondé, fiché avec.

    Comme argument, on dira bien sûr que si quelqu'un ne commet rien de répréhensible, pourquoi refuserait-il d'être surveillé après tout ?

    Et d'y perdre toute liberté en toute conscience plutôt que de chercher à améliorer les rapports sociaux, et d'aider les personnes à mûrir enfin. Je trouve étonnant que cette infantilisation entraîne finalement également une déférence et une révérence à l'égard du pouvoir et des autorités jamais vues avant.

    En conclusion il est intéressant de citer Étienne de la Boétie et quelques mots extraits du « Discours de la Servitude volontaire » :

    « Mais, ô grand Dieu, qu’est donc cela ? Comment appellerons-nous ce malheur ? Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? »

    Un peu plus de la Boétie ici

    Image de supermarché prise ici sur le site brainbooming

    Image tirée de "Minority Report" prise ici sur le site travel industry

    Ci-dessous la scène du centre commercial dans l'adaptation de "Minority Report" par Steven Spielberg

  • Les Cantonales et les Heures Les Plus Sombres de Notre Histoire

    Imprimer Pin it!

    En discussion sur Agoravox

    Depuis dimanche on nous rebat les oreilles des poncifs habituels, le retour des z-Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire (tm), sans que cela ne réponde aux questions des électeurs en particulier, des citoyens en général. On rappelle les souvenirs du fascisme, du nazisme et autres dictatures atroces. On parle de Front Républicain contre le Front National car ce ne serait pas un parti démocratique. Il y a donc une chose qui n'est pas logique, si le FN promeut des opinions illégales, contraires aux lois de la République, il faut carrément l'interdire, être cohérent jusqu'au bout.

    Les-cantonales_scalewidth_630.jpgSur le splendide « café du commerce » qu'est parfois Internet, on trouve des idées parfois intéressantes, en oubliant de temps à autres qu'il faudrait aussi pour éviter ce genre de problématique exercer ses devoirs de citoyen et rappeler aux politiques qu'ils sont là pour le Bien Commun et non pour celui uniquement des banquiers et des privilégiés de tout poil qui, en ce moment, pratiquent le clientèlisme à un niveau encore rarement atteint depuis la nuit du 4 Août, où parait-il, tous les privilèges furent abolis.

    On sait bien de toutes façons qu'en 1789 les bourgeois ont pris le pouvoir et qu'ils le gardent depuis. A l'époque, ils affichaient plus clairement les choses, la démocratie était censitaire, et la Loi le Chapelier interdisait toute association ouvrière, maintenant il est pénible de les entendre parer leur égoïsme foncier de classe de discours lénifiants vaguement humanitaristes.

    On traite les électeurs du FN de cons, car ils sont forcément cons de ne pas voter comme on leur dit de voter aux yeux de nos belles élites politiques et intellectuelles. Nous parlons d'élite, dans le « Libération » d'aujourd'hui on peut lire une interview de Nadine Morano, qui si elle avait eu du temps à elle aurait certainement inventé l'eau tiède affirmer en page 3 de ce journal que « nous avons le devoir d'éclairer les électeurs sans les contraindre ».

    En gros, c'est mieux quand même s'ils votent dans le bon sens.

    Tout vote qui ne pas dans ce sens est anti-démocratique.

    C'est une erreur grossière, et complètement stupide, de faire de la « reductio ad hitlerum » jusqu'à la nausée car le racisme, la xénophobie, l'abandon de la liberté des peuples au profit des puissants, ce n'est pas le fait de nostalgiques du IIIème Reich en imper caoutchouc ou de skins bas du front.

    Tout cela venant des « braves gens qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux » (voir la suite de la chanson de Brassens par ici).

    J'en veux pour preuve deux anecdotes que je certifie absolument véridiques.

    La première se passe dans un supermarché d'une petite ville. Un clochard, sentant mauvais, était dans une file d'attente à une caisse attendant son tour. La plupart des personnes qui étaient derrière lui, ainsi que la caissière, reniflaient bruyamment et avec ostentation, sans oser dire quoi que ce soit quand même car les bonnes gens étaient courageux mais pas téméraires. Une fois qu'il eût payé, en toute petite monnaie, sa bouteille en plastique de « velours du duodénum », et qu'il fut sorti du magasin, j'assistai alors à un déchainement de remarques sur le pauvre homme qui n'avait certes pas le dos assez large pour toutes les recevoir.

    Et chacun d'y aller de sa suggestion pour résoudre la question :

    « Faudrait les parquer à la sortie des villes ces gens là »

    « Faudrait aussi les obliger à se laver »

    « Et pis faudrait aussi les obliger à travailler passque c'est quand même des fainéants »...etc ad lib

    En moins de dix secondes, des quidams, des pékins moyens venaient de réinventer le principe des camps de concentration. Comme tous les salauds ordinaires, ils venaient de le faire bien sûr en prétendant que c'était pour le bien de ceux qui y seraient enfermés. Dans la file, aucun skin, aucun nostalgique d'Ordre Noir : deux retraités, un jeune homme, trois ou quatre bureaucrates, deux jeunes filles ordinaires et un professeur.

    L'autre histoire se déroule dans un tout petit village, tout mignon, fleuri, et se voulant accueillant, mais pas pour tout le monde. Il y avait 800 habitants, tout le monde se connaissait, se tutoyait, et faisait au moins semblant de s'apprécier devant les étrangers au coin. On tâchait de faire bonne figure. Quand un jour le vieux médecin qui y exerçait décida d'aller finir ses jours au soleil à moins qu'il en ait eu assez de la sclérose mentale gagnant les personnes habitant ce petit bourg.

    Il vendit son cabinet à un médecin marocain. Bien intégré, ses gosses mis dans une boîte privée non loin, une famille déjà de provenance extérieure au village mais en plus d'origine maghrébine, c'était de trop.

    Ce n'est pas que les villageois se conduisirent avec eux méchamment ou durement. On faisait comprendre que l'on préférait aller consulter ailleurs si c'était comme ça plutôt que lui. C'était des petites remarques blessantes mais jamais lourdes ou carrément racistes, la boulangère n'avait jamais de monnaie pour rendre à son épouse, le cafetier faisait toujours des « blagues » sur le fait qu'ils ne boivent pas de vin (des blagues « pas méchantes c'est pour rire » comme disent ceux qui ont toujours à la bouche des plaisanteries pas drôles et blessantes).

    Le tout créait une ambiance délétère qui fut tellement insupportable que le nouveau médecin décida de plier bagages avec sa femme et ses enfants.

    Bien sûr, une fois qu'il fut parti, on fit comprendre que c'était de leur faute, qu'ils étaient trop ci, pas assez ça, qu'ils étaient susceptibles « ces gens là » quand même. Les villageois n'étaient pas encore une fois des semi-gorilles en « bombers », crâne rasé, des admirateurs d'Adolf ou de Benito, il y avait de tout parmi eux, y compris des électeurs de gôche qui donnaient pour les petits n'enfants africains, « des pétroleurs syndiqués, des anars inscrits à la sécurité sociale ».

    Voir ci-dessous la scène du film "Archimède le clochard" dont est extrait ce dialogue.


    Ah ils sont beaux les réformateurs du monde!! par -mirinda-

  • Norman Spinrad - prophète et cynique

    Imprimer Pin it!

    Ralf est apparu aussi sur Agoravox

    « Il est parmi nous » - Norman Spinrad

    spinrad.jpgCe roman est paru en 2009 chez Fayard, il est réédité en 2011 en Livre de Poche. Il a mis du temps à être édité aux Etats Unis car décrivant un peu trop bien les rouages du monde du « fandom » SF, ses pratiques, ses rites, ses Judas, ses messies, parfois auto-proclamés, mais aussi ceux des médias et de la télévision en général, les producteurs à « l'ancienne », tel Daryl F. Zanuck, courageux et capables d'audace, ayant quitté depuis longtemps les collines de Burbank et laissé la place aux hommes d'affaires qui préfèrent les histoires formatées aux créations originales.

    Ou « Quand la Science-Fiction nous en dit plus sur nous encore une fois » pourrait être le titre d'à peu près tous les bons romans relevant de ce type de littérature. Car contrairement à ce que pensent les cuistres, il ne s'agit pas de faire de la futurologie ou de jouer les « Madame Irma » mais de parler de notre monde. C'est bien pour cela que les créateurs de la « New Thing » dans les années 60, représentés par J.G Ballard ne se sont même plus embarassés de parler du futur, mais de rester au présent.

    Lire de la littérature « de genre », roman noir ou Science-Fiction, pour les types sérieux, c'est une perte de temps. On me fera remarquer que la littérature est une perte de temps dans leur esprit en général. Qu'ils ne s'embêtent donc pas à lire ce texte où comme les autres on aime beaucoup la littérature et on en parle beaucoup.

    Norman Spinrad est un auteur classique de Science-Fiction, bien que cantonné à l'« underground », aux pulps de bas étage, et les romans vaguement gauchisants du moins au début. Il a écrit des épisodes de « Star Trek », comme "The Doomsday machine", à la suite d'Harlan Ellison, des scénarii alimentaires mais qui restent intéressants, puis a pris une autre dimension.

    Il a écrit « Bug Jack Barron » (« Jack Barron et l'éternité » dans lequel le présentateur d'un show d'« infotainement » a le choix entre perdre son humanité et l'éternité) sur les dérives tout à fait possibles à son époque des médias, du mode de vie ultra-libéral et des conséquences pour les puissants et les privilégiés. A l'époque, on lui reprochait de pousser un peu loin la caricature et de faire dans le trash gratuit. Nous savons bien, il suffit d'allumer la télévision ou son ordinateur, pour voir qu'il n'en est rien, et qu'il était plutôt en-deça, y compris pour la parodie de démocratie et d'agora politique que pourrait devenir également le réseau si l'on n'y prenait garde.

    C'est un peu Philip K. Dick sans les amphétamines et le délire mystique, sans la légende psychédélique autour du LSD, et les romans à clefs spirituelles, ou pas, car il est possible que Phil Dick soit surtout un manipulateur et une sorte de fumiste littéraire.

    Dilletante de génie mais dilletante, ce qui à notre époque est un crime beaucoup plus grave que tout les autres.

    Norman Spinrad écrit des choses dans ce genre :

    « Le jour le plus triste de votre vie n'est pas celui où vous décidez de vous vendre. Le jour le plus triste de votre vie est celui où vous décidez de vous vendre et où personne ne veut vous acheter. »

    Ce n'est pas un optimiste béat comme Isaac Asimov, et il est moins intellectuel que Robert Silverberg qui parfois est difficile à suivre.

    Même si parfois il fait dans le genre prophète psychédélique pour « Freak brother » en prononçant des sentences presque définitives, par exemple comme celle-ci :

    « Au XXIème siècle, il nous sera possible de choisir préalablement l'état mental dans lequel nous désirons être plongés, puis de fabriquer la molécule qui nous permettra d'y arriver. »

    Il arrive d'ailleurs dans « Il est parmi nous » à se moquer de ce genre de formules grandiloquentes prononcés par des auteurs de Science-Fiction qui ne savent plus trop ce qu'ils disent à force de s'envoyer divers alcools pour tenir le coup face aux fans peuplant les différentes conventions SF où ils ont l'habitude d'intervenir en alibi culturel devant des obèses habillés en Spock, ou des boulottes déguisées en danseuses du ventre intergalactique, soient des « globuloïdes » comme il les désignent. Ils se moquent d'eux et les traitent durement, mais qui aime bien châtie bien selon la formule consacrée.

    Un producteur de télévision fauché et un rien minable, « Texas » Jimmy Balaban cherche une idée qui ne soit pas trop mauvaise à vendre aux chaînes. Il a pour habitude de ramasser des phénomènes dans les rues et de les montrer dans une émission qui s'apparente plus à de la télépoubelle qu'à l'« Actors Studio » de James Lipton. Les monstres de foire défilent avec les fous persuadés de la seconde venu de Bouddha sur terre en soucoupe volante, alternant avec les dingues certains d'être la réincarnation de Nabuchodonosor.

    En allant à un spectacle minable d'un cabaret de province, après s'être fait arnaqué par le propriétaire de l'hotel miteux où il est descendu, avec une jeune personne surtout intéressée par les contrats que pourraient lui trouver le producteur, et son portefeuille, il découvre celui dont il pense qu'il fera sa fortune.

    Il y assiste à la prestation dudit personnage, un type bizarre habillé comme l'as de pique qui agresse et insulte copieusement le public, faisant un show à la « Lenny Bruce » du futur, ironisant sur la bêtise de notre époque qui a eu pour consèquence la disparition de quasiment toutes les ressources et qui a rendu la terre inhabitable. Selon Ralf, les êtres humains du futur vivent dans les palais des congrès, les centres commerciaux, les parkings de leurs ancêtres, transformés en casemates climatisés, atteignant par là-même le dernier stade du consumérisme qui fait que le consommateur n'a même pas à quitter son domicile pour aller dépenser l'argent qu'il n'a pas, puisqu'il y est déjà.

    Pour s'assurer un succès et du public, et des revenus conséquents, il faut cependant aider Ralf à trouver les inflexions et le costume qui plairont au plus grand nombre. Sans que l'on sache vraiment si c'est un comique raté qui a trouvé un gimmick, un messie caustique et cynique un peu spécial, un sage, ou un véritable acteur venu du futur tenter sa chance à notre époque. Pour cela, Texas Jimmy Balaban s'offre les services d'Amanda Robin, grande prêtresse de la communication et du « New Age » pour « people » croulant sous les millions et l'ennui.

    Pour elle, Ralf légitime sa quête spirituelle et ses aspirations qu'elles voudraient noblese et grandioses alors que c'est surtout une quête d'elle-même, une quête individuelle et seulement individuelle.

    Pour s'assurer un succès et au moins une « saison » d'émissions, Amanda et Texas Jimmy Balaban font appel à Deter Lampkin, un auteur de Science-Fiction raté qui a malgré tout sa petite côterie de fans dits « transformationnalistes », censés préparer le renouveau de la planète en suivant les préceptes édictés par Dexter dans un de ses romans ayant dans l'idée de suivre le genre de trouvailles qu'a été au départ la scientologie, d'abord religion inventée pour un bouquin à deux sous de L. Ron Hubbard et vendue ensuite comme authentique moyen d'obtenir le salut.

    Dexter voit surtout dans Ralf la légitimation de ses aspirations à la gloire et à la consécration, fût-ce celles-ci en partie satisfaites par l'adulation compulsive que lui porte une des ses fans. Il se laisse aller avec celle-ci à un rendez-vous crapuleux dans sa chambre d'hotel standardisée.

    il-est-parmi-nous-spinrad_02_.jpgLe projet d'émission autour de Ralf, intitulée simplement « le monde selon Ralf » est présenté à un décideur de la télévision, Archie Madden, prototype du noir américain « WASP », un peu comme Obama donc, carnassier et séducteur, toujours entre deux golfs avec l'un ou l'autre politique, dur et malléable. Archie Madden n'a plus grand-chose de ses ancêtres, il ressemble à tous les types en costume-cravate sans pitié que l'on trouve dans tous les non-lieux pullulant en ce vaste monde globalisé et sans cervelle.

    La carrière de Ralf finira dans le délire le plus complet et une tentative d'assassinat par une groupie hystérique défoncée au crack qui voulait tuer le messie cathodique pour avoir l'impression d'exister. Et il repartira d'où il était venu, sans que l'on sache si c'était le futur ou simplement l'Oklahoma....

    photo de Norman Spinrad prise ici

    couverture de "il est parmi nous" prise ici sur yozone

    ci-dessous l'épisode de Star Trek écrit par Norman Spinrad

  • Hommage à nos frères parpaillots - un peu d'oecuménisme que diable !

    Imprimer Pin it!

    Mes bien chers frères, mes bien chères soeurs,

    En ces temps de réflexion spirituelle intense, nous nous devons de rendre hommage au fodnateur du protestantisme dans un grand film d'aventures en "Réformoscope", Martin Luther, un bien fameux luron.

    (voir ci-dessous)

    Dans le "Sens de la vie", long métrage des Monty Python dans lequel aurait dû figurer "les aventures de Martin Luther" on trouvait aussi la réponse à la question cruciale sur la différence entre protestants et catholiques.

  • La promesse du grand soir

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox

    Au lendemain des grands soirs promis, et que l'on attend toujours...

    « Grands soirs et petits matins », c'est titre d'un film de William Klein et c'est aussi une question, la révolte, les idéaux, c'est bien, mais que fait-on de manière tangible pour y arriver.

    20071128182528_1968_mai_paris_manif_1145rc.jpg

    photo ci-contre prise ici

    C'est très beau de promettre le « grand soir », plus de justice et d'équité sociale, plus de paix, plus de démocratie. C'est également facile de prononcer des grands mots qui font plaisir à dire, par contre il est beaucoup moins aisé de leur donner une suite concrète. Enfin, on remarquera que sur le long terme, ceux qui font des promesses ont du mal à tenir.

    Au moment du deuxième tour des présidentielles, ils furent pourtant nombreux à appeler à entrer en résistance contre le FN et Jean-Marie Le Pen, non pas d'ailleurs pour lutter contre la xénophobie, les problèmes d'insécurité ou les questions religieuses mais surtout pour permettre aux mêmes de rester au pouvoir et de s'y accrocher.

    La plupart des manifestants étaient sincèrement persuadés de faire oeuvre utile contre le racisme et pour la citoyenneté pensant naïvement qu'une fois Chirac élu, il n'en ferait pas qu'à sa tête et dialoguerait au moins une seconde ou deux avec ceux qui l'avaient porté au pouvoir.

    Curieusement, la majorité des électeurs est prête à se laisser prendre au même piège mais cette fois ci pour élire Dominique Strauss-Kahn qui est quant à lui encore plus libéral que Nicolas Sarkozy.

    On assiste sur Internet mais pas seulement à ce spectacle étrange de commentateurs et blogueurs divers de gôche, voire centriste, appeler de leurs voeux, alors que l'idéologie qui sous-tendrait son programme est à l'inverse de leurs idéaux, à une candidature nette de DSK.

    On sait bien que c'est pour lui que Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Dufflot demanderaient de voter au deuxième tour des présidentielles en cas de 21 Avril à l'envers, même « en plissant le nez ».

    Au début de l'hiver, il y eut des grèves et manifestations diverses augurant d'un « sursaut social » possible aux yeux de certains persuadés que la révolution était en marche. Il n'était plus temps de littérature, plus temps de parler d'idéaux, ça y est, « Mai 68 » était de retour et la jeunesse allait tout changer.

    radioactive.jpgBien sûr, comme d'habitude, certains défendaient leurs acquis et système de retraite, entraînant lycéens et étudiants dans leur sillage, ceux-ci réllement persuadés que les premiers, qui disposaient d'un statut solide, se souciaient réellement de leur avenir. Que ce soit dans les médias ou au café du commerce, parfois on me dira c'est la même chose, on n'entend plus parler de rien.

    On aura beau dire que c'est la faut des médias qui cache les conflits sociaux, mais le public n'a pas l'air de s'en soucier vraiment qu'il soit de gauche ou de droite. On aimerait voir les mêmes manifestations qu'en novembre et en décembre.

    Pourtant, au 15 mars, on pouvait dénombrer 100 000 expulsions potentielles, sans solutions et il y a toujours et de plus en plus de français subissant le surendettement, la précarité et la pauvreté.

    Il y a à peine un mois, ils étaient nombreux les commentateurs, blogueurs et journalistes, à comparer les révolutions au Maghreb/Machrek à la Révolution Française, à une renaissance démocratique, y compris en Libye. On constate que si quelques uns parlent de la nécessité d'une intervention militaire afin de stopper les meurtres que commet Khadafi envers son peuple, ces évènements sont loin de provoquer quelque réel sursaut que ce soit, prise de conscience, démonstrations dans les rues. Il n'est pas demandé de forcément s'immoler, mais on aimerait voir un peu plus de gestes concrets ou de paroles de soutien ou de compassion. Ils sont certes une majorité, ceux qui versent une petite larme de crocodile sur la Libye, et embrayent aussitôt sur leurs craintes de voir l'essence augmenter.

    8337331-la-personne-dans-les-v-tements-de-protection-avec-un-parapluie-attend-une-pluie-radioactif.jpgEt la plupart des observateurs, professionnels de la profession ou pas, ou citoyens, sont pris par le court terme de l'actualité qui est de plus en plus rapide puis s'évapore très vite. Ils sont passés à autre chose, aux conséquences de la crise nucléaire japonaise entre autres, qui les inquiétent parfois de la manière la plus irrationnelle, achetant et ingérant à l'avances des pastilles d'iode qui ne servent strictement à rien, cet achat et cet ingestion montrant surtout leur préoccupation essentielle à savoir leur petite personne d'abord.

    J'ai pu même entendre de ces bons apôtres, après un discours flamboyant et larmogène sur le Japon, s'inquiéter pour leurs vacances en Nouvelle-Calédonie, tout près du nuage radioactif et d'autres se soucier du décollage des avions soudain tous radioactifs potentiellement.

    Remarquons que personne parmi les grandes âmes ne sait ce qu'est la radioactivité.

    Et pourtant, on aimerait que la réponse à la question de soeur Anne qui ne voit rien venir toujours et encore soit « je vois des êtres humains qui se réveillent face aux malheurs de leurs semblables ».

    Un tout petit peu...

    Ci-dessous des consommateurs se posent des questions métaphysiques et eschatologiques.


    Monty Python Le sens de la vie Part7 Death par e-boueur

  • DSK ira-t-il se faire voir chez les grecs ?

    Imprimer Pin it!

    Je suis surpris d'entendre par la voix de diverses commentateurs et centristes, et de gôche rebellocrates ou bien-pensants, ou sous leur plume leur souhait que DSK soit candidat en 2012.

    La crise grecque révèle que DSK est le champion de l'hyper-libéralisme et des privatisations en masse en Grèce, tout cela passant par le sacrifice de la classe moyenne.


    GRECE DSK champion des privatisations et... par inet

    DSK en Tunisie au temps du bonheur et de l'amitié heureuse et épanouie

  • Après la catastrophe au Japon : compassion, altérité, et prise de conscience nécessaire

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox aussi

    « L'homme moderne est l'esclave de la modernité : il n'est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude. »

    Paul Valéry

    Extrait des « Regards sur le monde actuel »

    photo de Tokyo prise ici sur le site "le voyage autrement"

    photo_12.jpgEn ce moment, on commente beaucoup les images des catastrophes d'apocalypse, en attendant hélas peut-être pire, en provenance du Japon. Certains commentateurs, officiels et anonymes, internautes, s'étonnent que l'on n'ait rien prévu, comme des enfants qui veulent que l'on prenne toujours les responsabilités à long terme à leur place, et qu'une bonne partie d'un pays aussi moderne que le Japon soit balayé en deux séismes aussi rapidement, en attendant la catastrophe nucléaire dont la plupart impute la seule responsabilité aux institutions.

    Et quand bien même on l'aurait prévu qu'aurait-on fait pour s'en protéger ?

    Élever des digues en deux jours ?

    Fuir le pays ?

    Il n'y a que dans les feuilletons de Science-Fiction que les héros ont des boucliers magnétiques drôlement pratiques à leur disposition pour se protéger des méchants, des ouragans, des tsunamis, voire des explosions nucléaires.

    Dans notre pays, on en a même vu sans servir comme arguments de campagne électorale tout à fait cyniquement, que ce soit Éric Bessoin ou Corinne Lepage.

    Beaucoup de ces commentateurs et anonymes font semblant d'ignorer que les japonais sont comme les européens, gros consommateurs d'électricité, et d'énergie en général, du fait de leur système social basé pour eux aussi sur un consumérisme sans fond, une course à l'abîme et à la consommation sans prévoir quoi que ce soit pour le futur ou les risques encourus par le fait de bâtir une centrale nucléaire dans une région à risque sismique extrêmement élevé.

    Ou plutôt si, malgré les risques, pour que le système continue de fonctionner, que les esclaves qu'il fait de la plupart d'entre nous continuent d'être dociles. Personne ne pose d'ailleurs clairement le problème, que ce n'est pas en procédant à quelques aménagements cosmétiques que la société changera : une ou deux gouttes de social par ci, un peu plus d'humanitarisme vague par là, une bonne dose de moraline entre les deux, qui donnent bonne conscience mais ne changent rien.

    Il en faut de l'énergie pour la télévision des parents dans la salle à manger, celles des enfants dans leurs chambres, pour l'ordinateur de Papa, celui de Maman, ceux de la progéniture, pour recharger le dernier modèle de portable.

    Tout appareil électrique réputé fondamental dans notre monde et vecteurs de dignité.

    Sans eux, on n'est pas grand chose aux yeux du troupeau consommateur...

    Il faut énormément d'électricité pour les enseignes géantes, violemment colorées, les écrans immenses qui déversent indifféremment de la publicité et des informations que personne ne regarde vraiment, les êtres humains se contentant d'en être gavés jusqu'au dégoût comme des oies, errant en troupeaux guidés seulement par l'avidité, et le désir du dernier objet en vogue.

    Nous nous comportons exactement de la même manière, et ce que nous soyons bourgeois bohèmes, concernés, grands ou petits, ouvriers, salariés, chômeurs, Rmiste. Tous, nous aspirons à une félicité qui ressemble à une publicité pour climatiseur.

    Ce n'est pas donc pas seulement de la compassion et de l'altérité que ces catastrophes devraient seulement éveiller en nous mais aussi la conscience de la vacuité des aspirations actuelles au bonheur seulement matérialiste, se résumant à la possession d'objets sans aucune âme, que cela ne peut pas durer sans risques, sans épuisement des ressources de notre petite planète, sans que cela n'ait un jour des conséquences. Bien sûr, il est tentant d'évacuer tout cela en parlant de culpabilisation, que tout le monde fuit comme la peste, il ne faut surtout pas se sentir coupable. Et puis laisser le monde crouler malgré tout. Beaucoup se disent : « quand ça arrivera, je serai mort, ça ne me concerne pas ». Mais la catastrophe risque d'arriver plus vite que prévu. On n'aime pas beaucoup les prophètes lucides, ils finissent généralement comme Jérémie, mais le sort qu'ils subissent ne fait pas reculer le danger.

    A ce lien, un film qui pourrait ressembler à notre futur.

  • Le vrai métier d'écrire - le rapport de la société à la littérature

    Imprimer Pin it!

    On en parle aussi sur Agoravox

    Dédié à la conne qui restera anonyme qui m'a inspiré ce texte ("Ah, non moi je ne lis jamais de romans, seulement des livres sérieux, des témoignages, tousssa..." m'a-t-elle dit.)

    «N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures.»
    Antoine Blondin 

    Au début, les préjugés de la bourgeoisie sous Guizot ne concernaient pas grand-monde, seulement quelques privilégiés bien nourris, parvenus et riches.

    5221725357_b89c0321f9.jpgDepuis quarante ans, il semble bien qu'ils aient essaimé dans toute la société occidentale dite moderne. La classe moyenne, le milieu ouvrier, les grands et les petits bourgeois, salariés et ouvriers, employés du public ou du privé, tous deviennent des émules de Monsieur Bertin (voir fig 1, prise ici, le portrait de cet archétype par Ingres).

    En général, concernant les rêves étriqués qui s'imposent à tout un chacun par le biais de la télévision, et de tous les médias : consommer, épargner pour s'acheter une maison, avec écran plat et la niche du chien, et continuer à consommer, et se balader dans les allées colorées agressivement des supermarchés et centres commerciaux géants.

    Mais c'est en particulier ceux concernant la littérature et l'écriture qui choquent finalement le plus.

    La bourgeoisie positiviste libérale aimait bien ce qui peut se quantifier, le matériel, le chiffrable, ce qui peut se dénombrer, et rapporter. Elle ne peut donc comprendre ce qu'apportent les lettres, ce qu'apporte la culture, l'art, la création, comme ce n'est pas réductible à des chiffres. Une bonne fois pour toutes, car même dans des bobos nourris bios sommeille un monsieur Prudhomme, ils ont décidé que tout cela faisait partie de loisirs sans importance, pour se défouler ou se détendre, ce qui pour eux revient aux mêmes, car ils n'envisagent la violence et le sexe, tarifé le plus souvent, réel ou virtuel, que comme soupapes afin de se soigner du mal être et du néant engendrés par leurs songes creux.

    Le métier d'écrivain n'est pas donc pas un vrai métier pour eux. C'est un hobby un peu original et peu fatiguant, consistant à aligner les mots sur le papier sans que cela n'implique quoi que ce soit. On ne fait pas vraiment attention au pouvoir des mots que les plus jeunes, et moins jeunes, de cette époque grisâtre prononcent sans faire attention, injuriant sans se poser de questions celui ou celle qui ne leur ressemble pas. A ceux qui écrivent on demande souvent :

    « Mais, au moins, tu as un vrai boulot à côté ? ».

    A ceux dont ce n'est pas le métier, l'écriture, on dira, s'ils ont des velléités à le faire :

    « Comme ça, ça te changera du boulot, tu pourras t'évader ».

    Attention cependant à ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit, il vaut mieux qu'un écrivain peu connu ou en devenir travaille pour ne pas crever totalement de faim ou ne pas trop être dépendant.

    Et puis c'est quand même mieux pour l'amour-propre.

    Car contrairement à ce que pense le « vulgum pecus » petit bourgeois, un écrivain n'a pas à être « maudit » et solitaire pour créer avec talent, pour créer, comme le rappelle Baudelaire dans « les Paradis artificiels », il convient d'être dans une période d'équilibre qui permet de garder un rythme de travail et d'efforts soutenu. Au moins durant la période de création. Personne n'a jamais écrit quelque chose d'intéressant sous l'influence de l'alcool ou de toutes autres substances.

    Et le fait de soumettre le talent à la prise d'alcool ou de drogues est une manière vulgaire de concevoir celui-ci, une manière de le réduire, ou de se justifier pour celui qui n'en a pas, une manière aussi pour le petit bourgeois positiviste qu'au fond un hyper-consumériste de 2011 demeure de s'excuser d'avoir des désirs à ras de terre et d'affirmer en somme que c'est plus sain d'être à ras du sol, ras des pâquerettes, plus z-authentique, de « lotentique » qu'il recherchera dans les ersatzs de livres qu'il porte au pinacle : coucheries diverses et variées de célébrités ou semi-célébrités, témoignages chocs violentes et/ou larmoyants, confessions intimes et qui gagnerait à le rester etc...

    Voir ici la définition de « lotantique » par Ugolin dans « Jean de Florette » de Pagnol :

    Papet:

    « ...Et qu'est-ce qu'il veut planter ? »
    Ugolin:

    « Des légumes, de la vigne, du blé, et surtout, il dit qu'il va cultiver des lotantiques! Des lotantiques partout ! Qu'est-ce que c'est?
    Papet: ça doit être une plante qui pousse dans les livres... Je vois pas ça ici. » 

    Ci-dessous Philippe Meyer parle d'Alexandre Vialatte, un auteur bien loin de l'esprit de sérieux tellement à la mode ces temps-ci en littérature.


  • Le musée de la connerie universelle

    Imprimer Pin it!

    ouverture du musée sur Agoravox

    Imaginons qu'un tel musée ouvre, on peut se demander ce que l'on mettrait dedans, cet article propose quelques pistes de réflexion intéressantes il me semble.

    invention-de-la-roue-233213c.jpgIl faudrait prévoir une stèle en son centre et toute une aile du bâtiment abritant le musée, qui serait bien entendu immense, pour commémorer la mémoire de l'inventeur de la roue.

    image de l'inventeur de la roue prise ici

    A première vue, c'est une invention pratique, permettant de transporter des êtres humains et des choses d'un point à un autre plus facilement et non de trainer les uns et les autres par terre.

    On conviendra que c'est plus hygiénique, et plus respectueux pour son épouse ou sa petite amie.

    Mais ce que le sombre crétin néanderthalien ou « sapiens-sapiens » qui a inventé ça n'avait pas prévu c'est ce que si on met quatre roues au chariot permettant de se déplacer, qu'on le fait rouler en le tirant avec plusieurs chevaux, ou un moteur puissant, cela cause tout de suite beaucoup de soucis.

    En effet, l'être humain ainsi baladé se croit des plus importants et doté d'une grande puissance, même s'il est en fait plus proche du cloporte de par son comportement. Se croyant donc tout puissant, le conducteur de l'engin voudra en imposer à ses congénères plus sûrement qu'en tapant dessus avec un gourdin comme son ancêtre qui avait plus de bon sens.

    Dans une autre aile on célébrerait un autre abruti célèbre qui est bien entendu l'inventeur de la pelle, et les découvreurs de tout les moyens de creuser en général. En effet, à partir du moment où l'être humain a commencé à creuser, il a découvert qu'ainsi il pouvait accéder à de l'eau en quantité, même en pays sec, ce qui on en convient a là aussi un côté utile. Sauf que le premier être humain qui a creusé n'a pas partagé équitablement l'eau ainsi découverte, il l'a vendue à ses semblables de diverses façons, contre espèces sonnantes et trébuchantes, contre un pouvoir, contre des bijoux, des femmes, du vin, diverses alcools.

    Ce fut encore pire quand un autre crétin, qui aura sa statue à l'entrée du musée, a creusé un peu plus profondément et a fait jaillir du sol comme par magie un liquide aussi lourd que du vin noir du Roussillon, mais beaucoup moins agréable au goût et surtout beaucoup plus nauséabond. Sans doute a fait-il tombé une lanterne dedans, ce qui a mis le feu au liquide. Il y a vu tout de suite un moyen de s'enrichir sur le dos de ses congénères voire de les soumettre en menaçant de balancer dedans ceux qui refuseraient de le faire.

    Plus tard, un imbécile profond a décidé d'associer l'invention de la roue et cette découverte, ce qui lui a permis de mettre au point l'automobile et le missile qui permet de faire beaucoup plus de dégâts encore chez le voisin. L'imbécile aime beaucoup taper sur le voisin, ça le console, et le défoule.

    Il aime profiter de l'invention la plus stupide qui soit jamais jaillie du cerveau humain, à savoir la guerre (prévoir pour le crétin ayant inventé ça deux ailes du musée).

    Un type ayant une carence du cervelet a un jour vu des enfants s'amuser en faisant semblant de se tirer dessus comme avec un fusil en employant un bâton, il s'est dit que ce serait amusant pour les adultes si ceux-ci s'amusaient au même jeu. Bien sûr, il n'est pas resté jusqu'au bout, jusqu'au moment où l'enfant qui a fait semblant de tomber raide mort se relève en disant : « On dirait que j'en suis un autre en fait... ».

    Cela nous permet de continuer cette causerie en parlant de la parfaite andouille qui a inventé la poudre à canon. Car, contrairement à ce que l'on croit, c'est un idiot fini qui a inventé la poudre.

    Il s'est, reconnaissons-le, certainement fait sauter avec. Mais à cause de lui, l'être humain peut tuer plus sûrement qu'avec un arc et des flèches, ce qui a constitué un pas en avant, ou plutôt en arrière, majeure dans l'histoire de l'universelle sottise, et ce qui a permis à l'inventeur de la guere et celui de la roue d'améliorer le pouvoir de nuisance de leurs créations ridicules.

    Enfin, dans ce musée, il sera fait une place à part à l'inventeur malfaisant de la guimauve qui fait des ravages en ce moment dans notre beau pays, et conduit beaucoup de nos compatriotes aux dernières extrèmités en matière de bêtises. A première vue, cette matière molle, très sucrée et colorée, que les enfants apprécient de regarder être étirée et encore étirée dans tous les sens dans la baraque du confiseur sur les foires, est inoffensive pour l'esprit.

    Il n'en est rien.

    guimauve.jpg

    guimauve en image prise ici

    En effet, que ce soit dans les rues, dans les émissions de télévision présentant des cobayes humains volontaires enfermés avec leur consentement, il n'est pas rare de voir des jeunes ou des moins jeunes manifester leur affection de manière bruyante et ridicule, ressemblant un peu à celle des footballeurs quand ils marquent un but, et que la baballe est dans les bois.

    C'est à cause de l'influence délétère et pernicieuse du parfum de la guimauve.

    De même en politique, quand un journaliste, un homme ou une femme politique fait appel au souvenir des heures les plus sombres de notre histoire il est soumis à l'influence de la guimauve. Parfois dans certaine manifestations religieuses, la guimauve pousse à une affectivité très démonstrative et ostentatoire des plus pénibles, chacun se donne en spectacle, et c'est à qui sera le plus mièvre et fera preuve de la plus forte sensiblerie.

    Quand il sortira du musée, le visiteur aura le droit à quelques aspirines ou un peu de café, et un remontant, le tout gratuits, car la visite l'aura à la fois épuisé et énervé. Il faudra à la fois le réconforter, le calmer, le ragaillardir. On lui proposera également un questionnaire où il pourra suggérer à loisir une nouvelle aile et son contenu.

  • "Doctor Who" vu du pays des grenouilles

    Imprimer Pin it!

    Le TARDIS est sur Agoravox aussi

    Le site officiel

    Un site de fan français

    Les français, ces cartésiens incorrigibles, s'ils aiment bien la Science-Fiction, aiment bien les « Space Opera », avec des vaisseaux spatiaux rutilants se tirant dessus à coups de laser, les fables engagées, mais ont plus de mal avec des histoires un peu plus originales, telle celle de « Doctor Who », dont la nouvelle série diffusée sur France 4 en ce moment (déjà la cinquième saison) ne rencontre pas un public follement enthousiaste, alors que c'est certainement une des oeuvres du genre les plus intéressantes de ces dernières années, moins « bling-bling » que « les Experts », moins « bobo » que « Breaking Bad » ou « Mad Men ».

    pp31497-eudoctor-who-affiches.jpg

    image du dixième docteur prise ici

    On a bien sûr le droit de ne pas aimer « Doctor Who », surtout si l'on est avide de rationnalité, mais on passe à côté de pans entiers de la culture « british », où l'extravagance n'est jamais très loin sous la couche de flegme apparent, loin, bien loin de l'esprit de sérieux et de l'ambiance « chef-d'oeuvre » qui domine dans le domaine de la création en France où n'importe quel écrivaillon, cinéaste de vacances et chanteur de salle de bain, se prend pour celui qui va révolutionner l'art auquel il pense appartenir.

    Si la culture « geek » semble à la mode, ce n'est qu'en apparence, car finalement la Science-Fiction reste aux yeux des « grenouilles » que nous sommes pour les anglais un sous-genre pour adolescent attardé, uniquement fait pour divertir.

    « Doctor Who » est né en 1963 en Grande Bretagne.

    Au départ, il y a surtout le projet d'intéresser les enfants à l'histoire en faisant voyager un personnage loufoque tout au long de l'histoire de l'humanité. Bien vite, le côté didactique et pédagogique appuyé disparaîtra pour ne laisser la place qu'à la Science-Fiction.

    C'est une série typiquement anglaise qui a duré jusqu'en 1989.

    Le docteur est un « Seigneur du temps » qui voyage dans un vaisseau spatial se déplaçant dans le temps et l'espace, le Tardis (Time And Relative Dimension(s) In Space), un vaisseau à la Lewis Carroll, beaucoup plus grand dedans que de l'extérieur.

    Il a volé ce vaisseau, d'ailleurs obsolète, aux dirigeants de sa planète, afin d'aller vivre des aventures ici et là dans l'universe, en particulier sur terre, rencontrant diverses espèces d'extra-terrestres affrontant des adversaires comme « The Master » ou « The Rani », les siluriens, qui habitent au centre de la terre, les cybermen, des cyborgs cruels, et surtout les Daleks, créés par Terry Nation, célèbre scénariste britannique de plusieurs séries, dont « The Avengers » et « Amicalement Vôtre », des robots meurtriers aux allures de salière renversée dont le programme tient en un mot : « Exterminate ».

    Le docteur, dont on n'entend jamais le vrai nom, voyage avec des compagnons humains, le plus souvent des jeunes femmes.

    Quand le Docteur est sur le point de mourir, il peut se régénérer et devient littéralement une autre personne, ce qui est bien pratique quand l'acteur principal de la série en a assez du rôle, et qui maintient la continuité des 750 épisodes entre eux.

    La série originelle souffre de son manque de moyens et des effets spéciaux des plus rudimentaires, des caches contre-caches vidéos faits à la va-vite. Et elle est tournée le plus souvent dans des décors de la BBC interchangeables, on transforme simplement un détail de temps en temps.

    Avec le temps, la série a le droit à quelques extérieurs tournés en 16'.

    Elle était réputée être un des plus effrayants shows télévisuels, ayant même engendré la création de l'expression « Behind the couch » (derrière le sofa) pour qualifier un film ou un feuilleton faisant peur. Des ligues de protection de l'enfance s'étaient élevés contre sa diffusion, en particulier auprès des enfants.

    Il y eut bien une tentative de résurrection en 1996, la régénération d'un huitième docteur avec un téléfilm destiné à conquérir aussi le marché américain. Mais elle se solda par un échec.

    Bien que sympathique, l'histoire n'était pas terrible, du fait des aspects un peu trop sentimentaux du scénario, un peu de pleurnicheries, mais cependant une intrigue fantastique qui tenait à peu près la route et des éléments de SF un peu plus adultes qu'à l'accoutumée.

    Le feuilleton ne s'arrêta pas complètement pour autant, continuant à la radio, toujours incarné par Paul MacGann, le Docteur du téléfilm, en livres, et un peu plus tard sur Internet avec « The scream of Shalka » où il est joué par Richard E. Grant.

    En 2005, un fan de la première heure de la série réussit à monter un projet viable, sans trop d'argent pour le financer, Russel T. Davies, qui convainquit les producteurs sur la foi du succès de sa série précédente, « Queer as folk ». Le Docteur revint donc dans sa neuvième incarnation, très différente des précédentes. Celles-ci avaient toutes un petit côté, « Monsieur Pickwick dans l'espace », ou « John Steed meets Alien », le personnage acquiert une dimension de baroudeur, et est rajeuni. Il est maintenant le seul survivant de sa planète, Gallifrey, et porte le poids de la destruction de celle-ci, dont il est responsable, ainsi que de celle des Daleks, du moins en apparence.

    Il garde néanmoins son sens de la dérision, de l'« understatement ».

    Il rencontre Rose dans le premier épisode, qui l'accompagnera également dans la deuxième saison, où il est incarné par David Tennant qui devient le dixième Docteur, et certainement le mieux joué avec le onzième, dont le rôle sera dévolu à Matt Smith, un quasi-inconnu, on ne l'avait vu jusque là que dans un film racontant la vie de l'écrivain Christopher Isherwood, diffusé il y a peu sur « Arte ».

    Dans la troisième saison, Martha Jones devient la deuxième compagne du Docteur, remplacée dans la quatrième par Donna Noble, qui est moins séduisante que les deux précédentes mais plus drôle. Martha Jones affronte « Le Maître », joué par John Simm qui était dans l'excellent « Life on Mars », avec le Docteur à la fin de la troisième saison, tandis que Donna sauve carrément la réalité même à la fin de la quatrième, non sans dommages comme on le verra dans la cinquième et la sixième saisons (sixième saison actuellement en production).

    Karen-Gillan-Amy-Pond-Matt-Smith-Doctor-Who.jpg

    onzième docteur ci-contre, image prise ici

    A partir de la cinquième saison, et après quelques téléfilms concluant l'histoire autour du dixième docteur (dont un au sujet du Maître, toujours incarné ), le « showrunner », qui donne une personnalité à une série, devient Steven Moffat, scénariste de deux épisodes remarquables de la troisième saison, « Don't Blink », à l'horreur diffuse et à l'ambiance complètement paranoïaque, autour de statues maléfiques, et de la quatrième saison, « Silence in the Library », un épisode qui va jusqu'au bout des possibilités scénaristiques complètement délirantes qu'offre la série puisque le Docteur y rencontre, pour la dernière fois pour elle, la première pour lui, un personnage qu'il ne connaît pas encore, River Song, mais qui elle semble l'avoir déjà cotoyé et qui en sait long sur lui. Dans la cinquième saison, on retiendra son scénario autour des côtés sombres du Docteur avec l'épisode, « le Seigneur des Rêves ».

    Steven Moffat, scénariste du prochain "Tintin" au cinéma par Spielberg et Peter Jackson est également l'auteur d'une excellente réinterprétation moderne de l'histoire du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, et de celle de Sherlock Holmes dont on pouvait tout craindre alors qu'elle se révèle excellente. Gràce à lui, un des scénarios de la sixième saison sera écrit par Neil Gaiman, excellent écrivain de Science-Fiction.

     

  • Fulgurant Barbey

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox, Barbey est encore aussi infréquentable aux yeux des cuistres

    Barbey tout court, c'est ainsi que l'appelle les initiés qui le lisent, détestait le naturalisme, de Flaubert à Zola. Il détestait la modernité, tout ce matérialisme étalé d'un côté et de l'autre. C'était un réactionnaire qui détestait la sottise profonde de certains catholiques de son époque, prêts à se rallier au libéralisme positiviste bourgeois sans trop de scrupules, tout comme la grandiloquence des idéologues prêts à apporter le bonheur aux peuples, que celui-ci soit d'accord ou pas.

    1009422.jpg

    portrait de Barbey pris ici

    Dandy soit ridicule et moqué par les gamins de Paris, pantalon violet à grand carreaux rouges, haut-de-forme doublé de satin blanc, moustaches "daliennes", soit flamboyant.

    On peut d'ailleurs dans le musée qui est consacré à sa personne dans sa maison de Saint Sauveur le Vicomte quelques uns des habits qu'il affectionnait de porter. Je dois avouer que ce n'est pas la partie de son oeuvre et de son existence qui me passionne réellement. Pour le souvenir de Barbey, j'ai un peu de mal avec les musées, je préfère le relire.

    Il faut d'abord lire à son sujet les échanges avec Alphonse Daudet rapportés par Léon Daudet dans ses souvenirs littéraires, Léon Daudet fait frissonner l'échine à chaque fois que je songe au passage de ses « fabuleux » (dixit Proust) « Souvenirs littéraires ». Cela peut aller jusqu'à la jubilation, quant à celui de Barbey, que l'on a l'impression de voir revivre sous nos yeux, ce « vieux viking au verbe sifflant et édenté » qui boit coup sur coup deux bouteilles de Champagne, cet « argent liquide », ce qui impressionne le jeune Léon.

    Il rédigeait ses romans passionnés à grands traits d'encre de toutes les couleurs, je regrette d'ailleurs l'ancienne couverture du livre de poche du « Chevalier des Touches » qui montrait des exemples de cette graphie. Dans ce livre, il offre un regard cette fois inhabituellement sec et froid sur la chouannerie normande, cruelle et engagée. Il remet en question un des mythes fondateurs de notre époque et de la sienne, dans un sens ou dans un autre. La Révolution ne fût pas une période facile et emportant l'adhésion générale, la Chouannerie et la Vendée militaire n'étaient pas des mouvements simplement romantiques.

    Rappelons que « Populicide » c'est le terme employé par Gracchus Babeuf au sujet de la Vendée en armes.

    Avec ce livre et d'autres, on peut se rappeler que les génocides, les tueries en masse rationnalisées ne sont pas l'apanage du XXème siècle. Il faut rappeler que dans le Poitou et la Vendée ainsi qu'en Normandie et en Bretagne, 250 000 personnes : hommes, femmes et enfants, soldats et civils ont été massacrées pour la simple raison de leurs opinions différentes, voire de leur naissance. En France, pendant la révolution. Il y eut des fours crématoires à Angers, des bateaux coulés bourrés de prisonniers à Nantes, des villages rasés etc...etc...

    Comme l'écrivait un responsable de l'époque, républicain, à qui l'on demandait un rapport qu'il n'a pas réussi à terminer.

    Non, les choses ne changent pas, on tue toujours au nom de la raison en Israël et Palestine, en ex-Yougoslavie, en Libye et ailleurs sans oublier que des hommes et femmes meurent de faim et de froid sous nos portes à notre époque de progrès, toujours plus en avant vers l'avenir.

    *

    "J'ai toujours été grand amateur et dégustateur de légendes et de superstitions populaires, lesquelles cachent un sens plus profond qu'on ne croit, inaperçu par les esprits superficiels qui ne cherchent guères dans ces sortes de récits que l'intérêt de l'imagination et une émotion passagère."

     

    Barbey d'Aurevilly, "L'Ensorcelée", Gallimard, Collection Folio n°910, 1977, p.71.

     

    "Dans un de ses meilleurs soirs, malgré le diable d'air que lui jouait, à lui, sa blessure."

    Dans "l'Ensorcelée", comme à son habitude, Barbey en fait trop. Il fait feu de tout bois et d'étincelles de passion. Comme dans "une vieille maîtresse", le galop des chevaux peut provoquer des incendies. Les amants sont plus que des êtres humains, et plus grand que nature. Évidemment, Barbey n'a pas de cynisme, bien qu'il soit sans illusions, pas d'ironie, et semble toujours quelque illusion sur le genre humain. Le style de Barbey serait donc plus proche de la poésie que de la littérature naturaliste ou prétendue telle.

    Alors, peut-on aimer Barbey et Flaubert ?

    C'est une question qui n'a pas de sens, lire les deux permet d'élargir son univers littéraire.

    La réflexion sur le "trop" de Barbey conduit immanquablement à me remémorer les réflexions de Philippe Sellier dans la préface de "Une vieille maîtresse" de Barbey (Laffont/Bouquins, p. 24) :

    L'esthétique de Barbey contredit en effet « le "goût" auquel nous ont domestiqués des années d'études classiques [j’ajoute : "et la pratique obligée et bienséante du Lagarde et Michard"], où nous avons appris à combiner de façon incertaine les limites du "vraisemblable" moyen attribué au classicisme avec les timides ouvertures des "grands" romantiques français (où ne figurèrent longtemps ni Nerval, ni Lautréamont, ni le Hugo visionnaire, ni Barbey). "Le goût, cette petite faculté d’eunuque" riposterait l’auteur des « Diaboliques ».

    Tout choix artistique a ses richesses, permet certaines explorations et en interdit d’autres :

    Opter pour la cohérence (des apparences), analyser longuement le déroulement prévisible des états de conscience et des actes d’une Emma Bovary, par exemple, cela confère à l’œuvre une remarquable puissance allégorique.

    A ce point de vue, "Une vieille maîtresse" laissera en nous des traces aussi durables , comme roman de la désillusion amoureuse, que « la Princesse de Clèves » ou le chef-d’œuvre de Scott Fitzgerald, "Tendre est la nuit", même si Barbey fait dans l'outrance, en mettant le feu aux roues du carrosse qui va trop vite au début du roman.

    Mais il en imprimera d’autres, dont sont incapables ces deux romans de l’abattement. Par l’éclat des images, la fulguration des "scènes", l’énergie des personnages, les plus beaux des récits aurevilliens électrisent, fouettent le sang, redressent ceux qui se voûtent. Ils permettent de reprendre le cri de Pascal dans le Mémorial, à la "grandeur de l’âme humaine" et à son immortalité. »

    Saint-Sauveur-le_Vicomte_%28Barbey_d%27Aurevilly%29_Maison_natale_2.jpg

    la photo de la maison de Barbey prise ici

    Le mot "fulguration" rappelle l’expression "magnifique ciel d’orage" que Breton emploie pour parler de « Le Moine » de Lewis ou encore à la préface d’Eluard dans le Château d’Otrante d’Horace Walpole (Corti, 1943). Il y a là matière à tout un débat non seulement sur le goût "gothique", un goût violent et passionné par excellence.

    Ces qualificatifs viennent d'une tradition qui remonte à Dante et au Tasse, et pas seulement littéraire d’ailleurs, puisque l'on peut y inclure volontiers certains passages de la Bible, mais aussi les plus grands chefs-d’œuvre de Delacroix, des toiles aussi flamboyantes, aussi débauchées, aussi ténébreuses et ardentes que « les Massacres de Scio » ou « la Mort de Sardanapale ». Delacroix qui s’écriait dans son Journal : "Je n’aime pas la peinture raisonnable." Il n’y a souvent qu’un pas en effet entre le bon goût "raisonnable" et les "recettes académiques".

    Pour le paraphraser, on peut dire qu'il n'y a pas de littérature « raisonnable » qui vaille la peine, bien que celle-ci soit à la mode depuis quelques décennies, depuis cette création grisâtre du « nouveau roman ».

    Ci-dessous l'adaptation de "Une Vieille Maîtresse" par Catherine Breillat


    Une vieille maîtresse
    envoyé par _Caprice_. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

  • Marx et son orchestre dans le vent

    Imprimer Pin it!

    Les anciennes icônes reviennent sur le devant de la scène, mais serait-ce plutôt pour une tournée d'adieux ?

    politique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'était hier, samedi, jour de paye,
    Et le soleil se levait sur nos fronts
    J'avais déjà vidé plus d'un' bouteille,
    Si bien qu' j'm'avais jamais trouvé si rond
    V'là la bourgeois' qui rappliqu' devant l' zingue:
    "Feignant, qu'ell' dit, t'as donc lâché l' turbin?"
    "Oui, que j' réponds, car je vais au métingue,
    Au grand métingu' du métropolitain!"

    Les citoyens, dans un élan sublime,
    Étaient venus guidés par la raison
    A la porte, on donnait vingt-cinq centimes
    Pour soutenir les grèves de Vierzon
    Bref à part quatr' municipaux qui chlinguent
    Et trois sergents déguisés en pékins,

    J'ai jamais vu de plus chouette métingue,
    Que le métingu' du métropolitain!
    Y avait Basly, le mineur indomptable,
    Camélinat, l'orgueil du pays
    Ils sont grimpés tous deux sur une table,
    Pour mettre la question sur le tapis
    Mais, tout à coup, on entend du bastringue;
    C'est un mouchard qui veut fair' le malin!
    Il est venu pour troubler le métingue,
    Le grand métingu' du métropolitain!


    Moi j' tomb' dessus, et pendant qu'il proteste,
    D'un grand coup d' poing, j'y renfonc' son chapeau.
    Il déguerpit sans demander son reste,

    En faisant signe aux quatr' municipaux
    A la faveur de c'que j'étais brind'zingue
    On m'a conduit jusqu'au poste voisin
    Et c'est comm' ça qu'a fini le métingue,
    Le grand métingu' du métropolitain!

    Morale:
    Peuple français, la Bastille est détruite,
    Et y a z'encor des cachots pour tes fils!..
    Souviens-toi des géants de quarante-huit
    Qu'étaient plus grands qu' ceuss' d'au jour d'aujourd'hui
    Car c'est toujours l' pauvre ouvrier qui trinque,
    Mêm' qu'on le fourre au violon pour un rien,
    C'était tout d' même un bien chouette métingue,
    Que le métingu' du métropolitain


    Marc Ogeret - Le grand métingue du métropolitain
    envoyé par basad. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

  • Ne dis rien...

    Imprimer Pin it!

    Petit texte et souvenir, dédié à toi qui me lis tous les jours, je le sais...

    Tu ressemblais à Anna Karina, tu aimais Gainsbourg aussi compulsivement que moi.

    toi sous le soleil exactement, moi l'homme à la tête de chou.

    Par la fenêtre,

    En écoutant la chanson, et d'autres,

    On voyait l'atelier d'un peintre, on le voyait peindre son modèle.

    Il faisait gris sur la banlieue.

    Ce n'était pas très grave.

    Pourquoi faut-il que je croise ton fantôme qui ressemble à Diana Rigg circa 1965 dans tous les quartiers de Paris que nous aimions tous les deux ?

    Sans même l'évoquer.

    A Saint-Michel

    Vers Saint Sulpice

    Dans tous les bistrots de La rue des cannettes

    Autour du  "Luco"

    Dans tout Bastille et le faubourg Saint Antoine

    Et tout autour de Montparnasse

    Au centre de La place Clichy, à la terrasse du "Wepler" et aux pieds de Montmartre

    Les grands magasins sur les boulevards, douce torture

    Sur les grands Boulevards aussi et devant l'Opéra Garnier.

    Et même dans le métro

  • Hommage plus personnel aux moralinateurs

    Imprimer Pin it!

    Cette petite note est dédiée à tous les "moralinateurs" qui me font suer, comme d'autres dans leur entourage, par leurs conseils bien-intentionnés, qu'ils seraient incapables de s'appliquer dans le même cas.

    Et bien sûr à tous ceux qui m'appliquent telle ou telle étiquette...

    On voudrait bien qu'ils ferment leur grande bouche, mais hélas...trois fois hélas

    C'est chanté par un petit gros, qui a ma carrure, enfin celle que j'avais il y a 6 mois avec 40 kilos en plus perdus sans l'aide de justement quelque "moralinateur" que ce soit.


    Cee Lo Green - Fuck You (Official Video)
    envoyé par Henrietta-Aime-Fumer_Tv. - Regardez la dernière sélection musicale.

  • Les "moralinateurs"

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox suscite les réactions des moralinateurs

    En souvenir de Marcel Aymé et du "confort intellectuel"...

    Rappelons la définition de la moraline, vocable inventé par Nietzsche :

    Plaque-rue-de-Paris---Stephane-Hessel.jpgLa morale provient d'une éthique, d'une réflexion personnelle, d'exigences à son propre égard, contrairement à la moraline qui lui substitue une suite d'observances à respecter au moins par l'apparence.

    Actuellement, on voit une montée en puissance des « moralinateurs », dont l'affaire Galliano montre les problèmes qu'elle pose...

    Galliano, styliste chez Dior, a insulté une cliente d'un quartier du Marais à Paris. Comme toute insulte c'était violent et con, cependant, ce qu'il a dit fait-il de lui un disciple d'Hitler ou un SS en puissance.

    Cependant, quand on observe le lynchage médiatique autour de John Galliano, sans que personne ne songe à écouter ce qu'il a à dire pour se défendre, sans lui laisser la moindre chance qu'il le fasse, on se dit quand même qu'en tout bon moralisateur de gôche ou non d'ailleurs dopé à la moraline il y a donc un indicateur de basse police qui sommeille, un commissaire politique.

    Et de plus en plus sur le Net où l'on a l'impression au vu des vidéos révélant tel ou tel pseudo-scandale que si les RG ont disparu, ils ont fait beaucoup d'émules sur la toile. Il n'y a plus de droit à l'oubli, plus de droit au pardon, le passé reste une tâche indélébile pour toute personne qui prononce un jour une connerie ou insulte quelqu'un dans la rue.

    Si c'est ça la transparence, c'est une abomination.

    On pourrait revenir sur le droit à l'oubli d'ailleurs, car certains y ont malgré tout droit. Étrangement on remarquera en passant que tous les intellectuels français qui se réclamaient du maoïsme dans les années 60 (quelques dizaines de millions de morts en Asie quand même à l'époque, près de deux milliards d'esclaves aujourd'hui à la disposition du capitalisme d'état chinois toujours chapeauté par le Parti Communiste) ont une amnésie complète concernant cette époque, sauf Alain Badiou qui assume à plein.

    Par contre, Longuet qui était dans un mouvement d'extrême-droite dans les années 60, c'est impardonnable, devrait-il pour autant faire le tour de la place de la Concorde couvert de cendres et s'autoflagellant ?

    Pour les drogués à la moraline il semble bien que oui.

    Tout comme Galliano.

    C'est d'ailleurs bien le net qui accélère cette police des mœurs et convenances politiques. Un intervenant le disait très bien dans l'émission littéraire de France 5, « la Grande Librairie », concernant Céline, depuis qu'il y a le réseau, les français, entre autres, s'autoflagellent de plus en plus concernant leur attitude pendant la Seconde Guerre, oubliant quand même que si, effectivement, il y eut une minorité de résistants réels, il y eut en revanche beaucoup de gens pour les aider et leur venir en aide.

    Planche_bd_9802_BIENVENUE%20A%20BOBOLAND.jpgPar contre, bizarrement, les mêmes évoquent ce même droit à l'oubli pour Polanski et ce qu'il a commis il y a bientôt quarante ans. Il avait quand même violenté une adolescente après lui avoir fait prendre des substances réservées aux plus de 18 ans. Si Polanski qui a commis ce genre d'horreurs ne mérite certes pas qu'on le lynche non plus ?

    Ne parlons pas de Frédéric Mitterrand.

    Alors Galliano, ou Zemmour, ne mérite pas plus que lui de l'être. Ou alors c'est qu'il y a vraiment deux poids, deux mesures.

    De plus, c'est d'une bêtise insondable de hurler au retour du nazisme et des « heures les plus sombres de notre histoire », et tous ceux qui demandent que l'on ait quelques nuances quand on parle de Galliano, mais pas seulement, quand on aborde la question de l'Islam en France ou du conflit israèlo/palestinien également.

    Mais là, gare, les injures volent bas, on se traite de fasciste (ou de « faf » pour rester « dans le coup », ça fait plus « djeun »), de nazi, de stalinien, de sioniste ou de pro-palestinien (là aussi sur les pro-palestiniens un jour, sionistes le lendemain selon le vent, et les opportunités d'être coopté ici ou ailleurs, il y aurait beaucoup à dire), et j'en passe.

    51F7ZDY936L.jpgOu alors, avec la même finesse qu'un pilier de comptoir du « rendez-vous des chasseurs » ou du « café du commerce », les moralisateurs, ou « moralinateurs » devrait-on écrire, évoquent le fait que le contradicteur est forcément jaloux de quelque chose, frustré c'est sûr (insulte de petit bourgeois trop gâté qui se justifie de l'avoir été : « Est-ce ma faute si je suis un pauvre petit garçon, une pauvre petite fille, riche ?).

    Mais de quoi, grands dieux, de quoi pourrions-nous être jaloux chez eux ?

    De leurs multiples compromissions diverses et variées qu'ils opèrent pour maintenir leur statut social, ce qui au fond est le plus important pour eux ?

    De leurs petites histoires de coucheries post-adolescentes qui sont là encore le plus important pour eux ?

    Ces « moralinateurs » se réjouissent, ils ont certes raison, de la chute des dictatures au Proche Orient, et au Maghreb.

    On ne peut que s'en réjouir c'est totalement exact.

    Ils appellent de leurs vœux la démocratie dans ces pays, tout le monde est également complètement d'accord.

    Mais rien n'est fait concrètement, en rappelant que deux-cent ans après la Révolution Française, la France n'est pourtant pas encore non plus un pays mûr sur le plan démocratique, puisqu'il suffit d'une petite pichenette pour que les uns et les autres retrouvent leurs vieux réflexes antiparlementaires.

    Rappelons quand même qu'un Bernanos est parti à Palma de Majorque pour aller voir de près la guerre civile espagnole, qu'un Malraux s'est engagé dans les Brigades Internationales, risquant de se faire trouer la peau pour défendre ses idées, tout comme Simone Weil ou Georges Orwell.

    Rappelons aussi au moment de la guerre d'Algérie tous ceux qui se sont engagés aux côtés du FLN ou des partisans de l'« Algérie Française » jusqu'à y risquer leur vie, ou se faire mitrailler pour rien, que ce soit les manifestants de la rue de Charonne ou de la rue d'Isly...

    On chercherait vainement ce genre de géants, qui a l'air d'avoir définitivement disparu, actuellement. Comme Luchini, hier chez François Busnel, on comparerait les « moralinateurs » à l'instituteur du coin, sympathique, concerné, mais qui reste bien dans les rails. Dans « Festivus, festivus », Philippe Muray a très bien décrit ce genre de personnes qui est du genre à organiser une soirée « équitable » pleine de bonne volonté mais où ne sera jamais invité qu'un seul « bon sauvage » alibi qui sera là pour donner bonne conscience aux participants de la soirée.

    Par contre, il est une minorité qui n'a ni le droit à l'oubli, ni le droit à la mansuétude de ces arbitres des élégances morales, ce sont les catholiques. Ils ont tort sur tout : la morale, la politique, l'histoire, la famille, le sexe etc...

    Sauf les « cathos » alibis des « moralinateurs » tel, pour un des plus connus, Monseigneur Gaillot, qui n'a visiblement plus la foi, il serait temps d'ailleurs qu'il le reconnaisse, il n'y a aucun mal à cela.

    Aux « moralinateurs », je préfère un Léon Bloy, fauché une bonne partie de sa vie, poursuivi par les créanciers, tout comme Bernanos, mais tous deux restant cohérent et ne s'abaissant à aucune compromission avec ce qu'ils dénonçaient, et ce même en tirant contre leur camp, en pointant du doigt ce qui n'allait pas chez ceux qui partageaient leurs convictions.

    A l'inverse, les « moralinateurs » et « moralinatrices » aiment l'argent et la réussite, pour compenser un manque chez eux, affectif, familial, ou autre.

    Ils aiment être dans la direction où va le troupeau, car finalement leurs prétentions à une certaine reconnaissance sociale et sonnante et trébuchante va de pair avec leurs prétentions à se poser en guides du peuple, en phares de l'éducation des masses.

    Enfin, le plus curieux chez les "moralinateurs" est la contradiction première de leur démarche, en effet, que ce soit en politique ou dans les moeurs ils se prétendent très libéraux voire libertaires, mais montrent par leur comportement, leurs anathèmes et leurs commentaires qu'ils restent au fond des petits bourgeois timorés, tout autant qu'ils l'étaient sous Guizot, premier ministre de Louis-Philippe qui leur a délivré leur vrai et unique Crédo en leur intimant l'ordre de s'enrichir.

    planche de "Boboland" prise ici

    Couverture de "Festivus-festivus" prise ici

    Ci-dessous Luchini parle de Muray qu'il a lu en public

  • Ballade parisienne

    Imprimer Pin it!

    "Être parisien, ce n'est pas être à Paris, c'est y renaître"

    Sacha Guitry

    C'est totalement vrai, je le certifie.

    Un album de photos parisiennes de votre serviteur a été ajouté à droite...

    J'adore Paris, c'est mâââl de nos jours, mais je m'en fous, amis péquenots.

    P1000645.JPGP1000631.JPG

  • Hommage n'ayant pas la carte à Annie Girardot

    Imprimer Pin it!

    Un film d'Annie Girardot qui ne sera cartainement pas dans les filmographies officielles et ayant "la carte", "le bateau d'Émile", de Denis de la Pattelière, d'après Boudard, avec Lino Ventura et Pierre Brasseur.


    Annie Girardot/Lino Ventura - Le bateau d'émile
    envoyé par RioBravo. - Regardez plus de films, séries et bandes annonces.