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  • Les moralisateurs ont la mémoire courte

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    Quelques réactions sur Agoravox

    Depuis quelques semaines, et à juste titre, c'est haro sur le baudet, ou plutôt sur les baudets soutiens des dictateurs du Maghreb et du Machrek, tous aussi menteurs les uns que les autres, tous 105878200.JPGayant profité à plus ou moins grande échelle du gâteau sonnant et trébuchant offert par Ben Ali et consorts. Ce qui me frappe c'est que la moralisation de la vie politique souhaitée vient en priorité de la gauche plutôt libertaire sur tous les sujets moraux, sauf sur la politique visiblement.

    Bizarrement, d'ailleurs, ces révoltes arabes ne témoignent pas d'un retour du politique, mais d'un déni de celui-ci, les égyptiens ayant demandé que ce soit des technocrates qui gouvernent et non des politiques.

    En ce moment on parle surtout de ces personnages à droite, de MAM à Boris Boillon, l'ambassadeur de Tunisie qui parle comme dans une télé-réalité. MAM devrait nous quitter incessamment sous peu, idem pour Boillon (note personnelle : le correcteur de mon traitement de textes propose « bouillon » à la place de Boillon, il est sûr qu'il va certainement devoir le boire, tout comme MAM).

    Mais ce sont finalement surtout des fusibles qui n'ont pas compris que leur comportement et les profits qu'ils tiraient de leurs accointances commençaient à se voir peu discrètement.

    Il en reste quelques uns je dirais, dont ce couple dont le mari est un très haut fonctionnaire parti en Égypte avec sa femme, un ancien mannequin opportuniste, parti se payer du bon temps grâce aux bons offices de Moubarak.

    La gauche moralisatrice, celle qui n'a pas peur de s'indigner même si elle en est ridicule, clame à l'immoralité, au comportement désastreux et très méchant, à la fin de la Realpolitik tellement cynique.

    En oubliant que dans ses rangs, et parmi les icônes parfumée à la moraline qu'elle vénère, elle compte elle aussi deux ou trois anciens soutiens de théocratie ou de dictateurs sanguinaires.

    Elle dénie le réel, comme ce monsieur entendu ce dimanche matin sur Europe 1 affirmant sans rire que l'on n'avait pas vu de drapeaux verts islamiques en Libye, en Tunisie et en Égypte.

    J'ai beaucoup aimé pour ma part relire le discours de DSK, futur potentiel candidat bien placé à la présidentielle, sur le Maroc, présenté comme un modèle économique, tout comme Jospin l'a fait pour la Tunisie il y a quelques années. Comme il l'a dit dans la presse, il semble bien qu'il fallait lire entre les lignes dans son cas, on a mal compris ce qu'il voulait dire, il est comme les résistants de la 25ème heure en somme.

    M'aurait-on trompé ?

    Aurait-ce été des clones qui auraient prononcé ce genre de discours à gauche ?

    sipa_00587287_000009.jpgPourtant, le Maroc, ou DSK (ci-contre avec sa femme de retour de ses vacances de Noèl) a une villa de pacha des Mille et Une Nuits, est une monarchie théocratique dure, un état policier dont le roi tient sur les musulmans de France d'ailleurs le même discours que Marine Le Pen et son papa.

    On peut se rappeler aussi des mots très « durs » (à entendre), certainement au deuxième degré d'une icône des moralisateurs de la politique française, Calixte Beyhala concernant le colonel Khadafi en 2007 :

    « Oui, Kadhafi en est un des symboles forts, il en est ainsi, et pour moi qui ai visité à maintes reprises la Libye, je n’y ai point vu de peuple opprimé tel que décrit dans la presse, je n’ai point rencontré d’homme affamé, mourant sur les trottoirs. Tout au contraire »

    Lire la suite ici

    Sinon, qui a dit ceci ?

    « Simon Bolívar est au peuple vénézuélien, ce que Kadhafi est au peuple libyen. »

    Vous avez gagné, c'est effectivement Hugo Chavez, une des figures de la gauche radicale actuelle (certes celle qui est sans moraline donc plus supportable).

    Lire le reste des informations sur ces relations avec Khadafi par ici

    Il faut dire que dans les grands ancêtres, François Miterrand a eu lui aussi des relations troubles avec le Maghreb tout comme son neveu qui disait ceci sur la Tunisie.

    N'oublions pas ce jeune comique "issu de la diversité", Jamel Debbouze, pourtant grand ami de Stéphane Hessel, qui tourne une publicité pour le Maroc sans trop d'états d'âme.

    Avant de se lancer dans de grandes tirades morales, il serait bon que tout le monde balaie devant sa porte...

    photo du haut prise ici sur le site de 24 heures

    photo de DSK et sa femme prise sur le site de France Soir.

    Ci-dessous une illustration musicale qui s'impose


    The Clash-Rock the Casbah
    envoyé par the-best-of-rock. - Regardez d'autres vidéos de musique.

  • Commémorer Gainsbourg sans filtres

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    Gainsbourg reste transgressif comme on le voit sur Agoravox

    Depuis quelques jours on a le droit à différentes commémorations autour de Gainsbourg à cause des vingt ans de sa mort.

    Serge%2BGainsbourg%2B%2BBrigitte%2BBardot.jpgJ'aime vraiment beaucoup Gainsbourg, je le préfère à Brassens ou Brel, ou Ferré. J'aime son hyper-émotivité, son désespoir devant la bêtise, qui le pousse à jouer les caustiques, les cyniques et à sortir deux ou trois formules prises comme cruelles alors qu'elles sont surtout lucides.

    On le voyait très souvent dans les émissions de variétés des années 70, à chanter parfois des horreurs comme « des vents, des pets, des poums » rien que pour transgresser un peu le côté paillettes et consensus (un mot qui lui aurait plu) des shows des Carpentier.

    Après c'était le « bon client » des émissions de « discussion » comme « Droit de réponse », ou des « talk-shows » de Canal +.

    Il venait y faire son numéro, il faisait le spectacle, dire des saloperies aux dames, et fumer clope sur clope. Je me souviens en particulier de son dernier « Nulle part Ailleurs », où il avait mis un bazar réjouissant, à se tordre de rire. Le « talk show » bien consensuel tout en se donnant des airs de transgression y avait perdu toute sa belle mécanique.

    Je l'ai redécouvert avec les concerts du Casino de Paris en 86, et c'est là que comme beaucoup de gosses grandis pendant les années 70 j'ai redécouvert sa musique, et ses paroles.

    Car c'était malgré tout un chanteur populaire, cela faisait déjà longtemps qu'il avait retourné sa veste quand il s'était aperçu qu'elle était doublée de vison.

    Comme ses ayants-droits qui multiplie les occasions de faire rentrer de l'argent dans les caisses comme on le voit et permettent un peu tout et n'importe quoi en matière de commémorations.

    Du pire, la soirée du samedi présenté par Drucker, au moins mauvais, le « Taratata » spécial autour de reprises par des musiciens actuels. Samedi on eut droit à des chanteuses et chanteurs de karaoké issues des « téléréalités » massacrer allègrement quelques classiques de l'homme à la tête chou. Mardi soir, la plupart des reprises étaient de chansons de l'avant-dernière période, reggae, et de la dernière période, plus rap, pas forcément les meilleures.

    Ce qui était amusant d'y constater, c'est que les meilleures reprises étaient celles qui étaient les plus fidèles aux originaux, dont Miossec.

    A chaque fois, on retrouve Jane Birkin en gardienne du temple (et du filon Gainsbarre) qui trouve très sympathiques tous ces petits jeunes (ces « petits pisseux » et « petites pisseuses » pour reprendre le terme que Gainsbourg aurait employé) qui vont encore faire rentrer quelques bénéfices et royalties diverses. On y croise à chaque coup Alain Chanfort (qui a besoin de bruit médiatique) qui nous reparle de son admiration pour « Serge » tout en insinuant entre les lignes qu'ils ne s'entendaient pas, et qu'il ne pouvait pas le voir.

    Jane Birkin ira même jusqu'à passer, en deuxième partie de soirée quand même, ces films de famille au public dimanche soir sur Arte à 22h40. On voit aussi un extrait de Charlotte nous susurrant elle aussi une reprise.

    Elle y chante juste, dira-t-on pour rester gentil, mais ne fait pas vivre la chanson qui n'est pas pour elle.

    Car voilà le hic, ce qui manque à tous ces jeunes gens qui reprennent Gainsbourg, c'est le vécu, c'est ça qui donne le « classieux » des chansons. On sent qu'ils n'ont pas été suffisamment malheureux pour écrire dessus, ou passionnément amoureux. On sent aussi qu'ils ont jamais écrit, qu'ils ne savent pas ce que c'est d'écrire, l'enjeu existentiel qu'il y a à le faire. Bien sûr, on pourrait aussi parler de leur inculture manifeste sur un peu toutes les influences qu'il y a dans les chansons de l'amant de Marilou, ils n'ont pas les références visiblement.

    Sauf un ou deux, dont Miossec et Bernard Lavilliers, et Catherine Ringer qui avait repris « l'Hippopodame » il y a quelques années avec Fred Chichin.

    Écrire, chanter, ça ne s'improvise pas, à ne consiste pas seulement à vouloir être célèbre pour être célèbre.

    Créer, ça demande beaucoup plus : de sueur, du sang, des larmes, des joies, tout ce qui vient des entrailles, du cerveau, du sexe.

    C'est aussi pour rappeler cela que l'on doit de célébrer Gainsbourg...

    A lire pour les néophytes, l'interview du chanteur par Bayon en 1991, quelques temps avant sa mort...

    La photo vient de philocaster, excellent blog musical

    Une reprise de Nicotine par les Rita Mitsouko ci-dessous


    Les Rita Mitsouko - Nicotine (inédit)
    envoyé par candyraton. - Regardez d'autres vidéos de musique.

  • Antagonismes sur l'Islam en France

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    Quelques réactions prévisibles à cet article sur Agoravox

    En France concernant l'Islam, on a deux attitudes majoritaires, le rejet plus ou moins avoué d'uncôté, de l'autre on ne veut voir les croyants français ou immigrés de cette religion que sous l'angle le plus angélique qui va jusqu'au déni de son identité originelle. Sur ce sujet, je me souviens quant à moi avec nostalgie de mon adolescence quand l'origine et la religion d'un ou d'une camarade n'étaient même pas une question, que ce soit dans un sens ou dans l'autre.

    arton5440.jpg?1218391104Parler du drapeau français, de deux ou trois valeurs françaises, et vous voilà qualifié de séide de Marine Le Pen, parler de culture française, s'inquiéter quant à la dissolution de celle-ci dans le grand tout mondialisé, vous voilà fasciste !

    Quand ce n'est pas nazifiant...

    On remarquera que ceux qui prononcent ce genre d'anathèmes n'est pas à une contradiction près défilant sans se poser de questions avec des intégristes musulmans des plus violents pour la Palestine et contre Israël en laissant passer des slogans violemment antisémites, ce qui ne les trouble pas outre mesure, le tout même si ce genre de slogans violents dénaturent de suite leur cause qui au départ est juste.

    En ce moment, l'on parle encore beaucoup des « révolutions » dans le monde arabe, dont l'une en Libye est actuellement réprimée dans le sang.

    Ce sont un petit peu des révolutions par procuration pour les occidentaux encore assez indolents, perdus dans la mauvaise graisse de la junk food, qui veulent bien réfléchir sur cette société tant que ça ne leur demande pas un effort particulier de partage, de poser des actes, comme celui-ci : vu la quantité impressionnante de soutiens affichés à la révolution tunisienne, pourquoi ne pas concevoir que chaque soutien affiché de cet événement, qui n'est pas encore terminé, recueille chez lui un sans-papier tunisien ceci afin de prouver sa bonne foi et montrer une vraie cohérence avec ses grandes déclarations de principes ?

    Les deux postures laissent rarement la place à une troisième qui serait celle du bon sens et d'un raisonnement apaisé, ou à l'énoncé des faits.

    Mais d'apaisement, on se demande le plus souvent si ces deux groupes le veulent vraiment.

    En se baladant dans la rue, y compris en province, si on ne voit pas une majorité de jeunes femmes voilées, on en voit de plus en plus, et voilées de plus en plus. Et ce ne sont pas seulement des converties qui ont sur la foi musulmane un point de vue jusqu'au-boutiste.

    Je comprend que cela puisse faire mal au cœur de l'enseignant, par exemple, qui retrouve quelques années plus tard ainsi une élève qu'il a connue vive et intelligente, ouverte, sous un tel éteignoir, suivie d'une flopée de gosses et devancée par un mari portant tout l'attirail du djihadiste.

    Comment peut-on également admettre qu'une rue soit bloquée tous les vendredis même pour ceux qui ne sont pas concernés ?

    Et même si ce n'est qu'une rue ?

    De même les angélistes nous serinaient qu'il n'y avait pas d'intégrisme en Tunisie.

    Il n'y a pas d'intégrisme islamiste en Tunisie disaient-ils tous...

    Il n'y en a pas ?

    Il n'y en a vraiment pas ?

    Sans rire ?

    On n'a pas le droit d'ailleurs de parler d'intégrisme musulman, même si celui-ci est effectivement, et heureusement, minoritaire en France.

    Mais, admettons que les banlieues s'enflamment pour de bon, ce que certains semblent appeler de leurs vœux de manière totalement irresponsable. Il y a le risque que ces mouvements très structurés, financés par l'étranger, Arabie Saoudite et Maroc en particulier, prennent le pas et phagocytent ces mouvements de révolte.

    Quand on parle d'intégrisme musulman, on vous rétorque vite fait bien fait qu'il y a aussi l'intégrisme catholique, voire l'intégrisme juif. On parle plus rarement d'ailleurs de ce dernier, qui semble plus acceptable, alors que pourtant il est tout autant barbare avec les femmes et les enfants embrigadés dedans que l'intégrisme musulman.

    Quant à l'intégrisme catholique, en dehors de quelques écoles hors-contrat, ultra-minoritaires (on s'y plaît visiblement à maintenir les stéréotypes bien plus largement répandus sur les catholiques en général, à commencer par l'hypocrisie morale), Dieu merci, où l'on chante des chants nazis au lever, l'on célèbre Pétain au repas et écoute Laval dans les I-pond, il n'a pas du tout le même impact sur la vie publique, excepté bien sûr les bizutages ignobles perpétrés par quelques nostalgiques chaque année dans quelques grandes écoles (les biseauteurs exercent souvent leurs méfaits avec l'approbation tacite de la hiérarchie de ces écoles qui ferment les yeux selon l'origine sociale du bizuter).

    Quand à comparer l'Islam au catholicisme, c'est inepte puisque ce n'est pas du tout la même foi, la même manière de concevoir le divin.

    Mosquee-Paris-2.jpgDans le second, on admet une société sécularisée, dans le premier, beaucoup plus difficilement, la chariah et la loi tirée du Coran étant amenée à ordonner les comportements de chacun contrairement au catholicisme qui parle de libre-arbitre, excepté pour quelques catholiques et chrétiens qui par peur du fameux choc des civilisations adoptent un point de vue beaucoup plus péremptoire et tranché sur la foi. Qu'il soit permis à l'auteur du texte de préférer dans la culture musulmane et arabe le versant qui a donné Omar Khayam et les Mille et Une Nuits plutôt que celui qui prétend diriger la vie de chacun dans les moindres détails.

    Peut-être serait-il bon de favoriser beaucoup qu'ils ne le sont actuellement l'enseignement et la culture ? Plutôt que de détricoter l'un et l'autre, ou se contenter d'envoyer un chippendale agressif comme ambassadeur en Tunisie. Il est également indispensable que les représentants de l'Islam de France clarifient de nombreux points quant à leur point de vue sur la France et ses valeurs.

    Première photo trouvée ici

    Deuxième photo sur ce site

    Ci-dessous une vidéo objective sur l'Islam en France, une sur la condamnation d'Éric Zemmour, une autre sur Houria Bouteldja


    L'Islam en France
    envoyé par wanzea. - L'info internationale vidéo.


    Houria Bouteldja : le visage de la haine et du racisme
    envoyé par Emediat. - L'info video en direct.


    Condamnation de Zemmour : réactions politiques
    envoyé par BFMTV. - L'actualité du moment en vidéo.

  • Des ados, des adultes, des adulescents

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    Les jeunes vieux s'offusqueront-ils de cet article sur Agoravox ?

    Desproges, ci-dessous et à ce lien, était sévère avec les jeunes...

    "La jeu nesse, toutes les jeunesses sont le temps kafkaïen où la larve humiliée, couchée sur le dos, n’a pas plus de raison de ramener sa fraise que de chances de se remettre toute seule sur ses pattes.
    Autant que la vôtre, je renie la mienne.
    L’humanité est un cafard. La jeunesse est son ver blanc."

    "Chroniques de la haine ordinaire" - éditions du Seuil, Pierre Desproges

    J'ai souvent des adolescents autour de moi de par mes activités : quand l'un d'eux fait une bêtise, ou dit une idiotie, ou rigole bruyamment en cours, ce qui arrive à bon nombre d'entre eux, et arrivera encore à bon nombre tant qu'il y aura une école, et c'est somme toute normale chez un adolescent.

     

    m-Peter_Pan___Walt_Disney___1953.jpgIl dit très souvent comme excuse :

     

    - C'est pas ma faute monsieur, c'est l'autre qui m'a fait rigoler...

     

    Ou bien encore

     

    - Si je l'ai tapé c'est parce qu'il m'a énervé.

     

    On entend aussi cette excuse bidon, c'est la faute des autres, pour justifier des modes débiles ou moches, que l'adolescent perçoit bien comme moche et débile (il remontera son jean « baggy » ou bien si c'est une jeune fille tirera sur sa micro-jupe) mais auxquelles il se soumet quand même, pour faire comme les autres, pour ne pas faire de vagues, ne pas choquer son entourage, être dans le moule quitte pour cela à laisser passer des stupidités.

    Là l'adolescent dira (car il a peur une peur panique de ne pas être dans un groupe) :

     

    - Je ne dis rien parce que je ne veux pas être mal vu(e) des autres.

     

    Normalement, je dis bien normalement, après la puberté et les tribulations qu'elle entraine, ça passe.

    L'adulte est censé être mur et responsable, capable d'écouter les autres, les opinions divergentes, de surmonter l'instinct grégaire qui une inclination très nette des adolescents, grandir en somme.

    Or, il n'en est rien.

    L'adulte conserve tous les attributs de l'adolescent dans nos sociétés développées, si formidables, où il y a la liberté de consommer et tout ça. Il n'aime pas sortir du cadre, déteste que l'on puisse croire qu'il est hors du moule, a horreur de ceux qui ne suivent pas le troupeau.

    L'adulte est encore un peu plus bourré de complexes d'infériorité/supériorité comme quand il était ado (social, culturel, relatifs à la bagnole, à son look, etc...), comme lui il rêve de quitter son boulot, que souvent il n'aime pas, pour aller jouer de la guitare tout nu avec ses potes et ses copines sur une île déserte, et qu'en plus d'abord, tous ceux qui ne l'aimaient pas à son travail et dans sa famille, et bien ils seront drôlement déçus qu'il parte en fait.

    Ses petites et grandes misères, c'est pas de sa faute, c'est la faute le plus souvent à la société qui ne l'a pas reconnu à sa juste valeur. C'est la faute à ses parents, à sa famille, s'il n'a pas fait une carrière extraordinaire, genre Albert Schweitzer en mieux, c'est la faute de tel prof de terminale, de tel ami, qui l'a mal influencé dit-il souvent.

    Il n'ira jamais jusqu'à se demander pourquoi il a suivi pareille mauvaise influence, pourquoi il a suivi le mauvais chemin de lui-même, d'elle-même.

    Veut-il pour autant dire la vérité contre le vent, aller contre le troupeau ?

    Non plus, il ne veut surtout pas entendre quoi que ce soit le ramenant au réel. Encore pire, l'adulte ira chercher des comparses pour injurier, insulter et descendre plus bas que terre le contradicteur.

    Même si c'est vrai comme il dit souvent, alors que comme on le dit : « la vérité rend libre ».

    Et permet de se libérer de ses pesanteurs.

    adulescents1.jpgEst-ce donc que l'adulte mûr, majeur et responsable ne veut pas se libérer de ses pesanteurs ?

    Non seulement, il ne veut pas, mais il ne rêve que d'une chose, survivre dans sa case, dans sa boîte, rester bien au chaud dans sa coquille.

    Il adorera également rêver de la période bénie pour lui où il était adolescent, poussant le vice jusqu'à organiser des soirées pour ça. Il poussera alors une petite larme bien narcissique sur sa jeunesse, vieillissant malgré tout, s'aigrissant sans s'en rendre compte à force de frustrations et de complexes, de rancœurs accumulés...

    Et quand il s'aperçoit enfin qu'il a vieilli, il est trop tard...

    Images : en haut le plus connu des adulescents, image trouvée ici

    En bas, deux grands garçons très frais dans leurs têtes, image trouvée ici (sur un blog s'intéressant au marketing concernant les "adulescents")

    Ci-dessous, Desproges et le jeunisme, des considérations toujours d'actualité...


    Pierre Desproges et les jeunes
    envoyé par Axiogene2007. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

  • Il n'y a pas d'intégrisme islamiste en Tunisie ?

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    P_0_20114_1793_1205791269.jpgIl n'y a pas d'intégrisme islamiste en Tunisie disaient-ils tous...

    Il n'y en a pas ?

    Il n'y en a vraiment pas ?

    Sans rire ?

    Nos observateurs voient tous la politique à travers des lunettes roses, y compris Antoine Sfeir, qui ouble lui aussi une chose : dans les révolutions, les émeutes, les révoltes, c'est TOUJOURS les extrêmes qui prennent le pouvoir.

  • Vie et mort de monsieur Erik Satie

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    On parle de monsieur Satie sur Agoravox aussi

    « ... moi, je n'aime pas les pédagogues: je les connais trop; car ce sont eux qui (d'une main sûre) embrouillent et ratatinent tout ce qu'ils touchent, par des pesées, des mensurations, et des dosages comiques, mais empoisonnés... »

    119803.jpgdans « Écrits » de Erik Satie

    (Écrits réunis par Ornella Volta, Éditions Champ Libre, 1981, p. 152)

    Erik Satie est né à Honfleur en 1866, comme Alphonse Allais, autre grand humoriste doué, il est mort en 1925 apparement, à moins qu'il ne se soit contenté simplement contenté de quitter notre dimension pour aller s'amuser dans une autre.

    Avec Satie, il faut s'attendre à tout. Car il se permet tout, y compris d'introduire une machine à écrire et un pistolet dans un morceau joué par un orchestre symphonique, dans « Parade ».

    Sa famille donc simplement terrestre quitte la Normandie en 1870 pour aller s'installer à Paris pour les affaires du père.

    En 1872, quand leur mère meurt, Erik et son frère reviennent à Honfleur pour vivre avec leur grand-mère qu'ils perdent également en 1878, sur une plage de la Manche.

    Son père s'étant remarié entre les deux évènements avec une jeune femme, professeur de piano, les deux garçons retournent de nouveau avec lui à Paris. La belle-mère de Satie essaie de lui inculquer les rudiments du solfège et son goût pour la musique des compositeurs reconnus par le conservatoire et l'académie. Il en conçoit donc assez vite une répugnance assez vive pour l'un et l'autre.

    Quand il se souvient de sa jeunesse, il écrit : « Je suis venu au monde très jeune dans un temps très vieux ».

    Il entre pourtant au conservatoire en 1879.

    S'y montrant indocile et trop original aux yeux de ses maîtres, il en est exclu deux ans et demi après y être entré.

    Il y est cependant réadmis en 1885 après avoir promis d'être plus respectueux de ses aînés, promesse qu'il ne tient pas très longtemps. Il décide alors, sous la pression pour se trouver une situation, de s'engager dans un régiment d'infanterie. Il tient deux ans et réussit à se faire réformer après avoir attrapé volontairement une congestion pulmonaire en exposant son torse au vent frais de l'hiver.

    Il part donc en 1887 à Paris pour s'installer à Montmartre, tout d'abord au pied de la Butte, qu'il conquiert ensuite progressivement, pour s'installer rue Cortot en 1890. Il devient ami de Mallarmé et Verlaine. La même année, il compose les six Gymnopédies, qui semble facile à intepréter au point de vue technique par des interpètes, mais qui l'est un peu moins du point de vue des nuances et des sentiments que l'on y met : la solitude, la nostalgie, l'enfance, l'amour, deux ou trois gouttes de dérision subtile.

    Après s'être installé rue Cortot, il fréquente assidûment « le Chat Noir » et surtout le cabaret d'un certain Gilles (qui avait un lapin, d'où le nom plus connu de son établissement, « le Lapin Agile »). Cet établissement deviendra plus tard encore un peu plus fameux comme atelier de Boronali, ce peintre moderne et abstrait d'un grand talent aux yeux des critiques et des mondains de son temps.

    C'est au « Chat noir » qu'il devient ami avec Debussy, et qu'il accompagne parfois Vincent d'Hyspa, chansonnier de son époque, dans quelques chansons que Satie juge comme autant de fadaises, d'ailleurs parfois écrites par lui. Il a bien tort d'en avoir une si mauvaise opinion car « la Belle excentrique », « la diva de l'Empire » et « Je te veux » sont des chansons encore d'une célébrité sympathique de nos jours encore.

    satie.jpgIl compose aussi en 1890 les « Gnossiennes » où il s'engage dans une voie à la fois méditatitve, les morceaux en eux-mêmes, et ironique, les indications de jeu pour le pianiste (« du bout de la langue », « vivache » etc...), avec quelques notations orientales.

    Pour gagner un peu d'argent à partir de ces années là, il est déjà très pauvre, il écrit les « Pièces froides pour piano » (1893), « pantomime Jack in the box » (1899) et « un petit opéra pour marionnettes », « Geneviève de Brabant » (1899), en trois actes dont chacun dure moins de cinq minutes.

    En 1891, Debussy et Satie s’engagent plus ou moins pour rire dans l’« Ordre kabbalistique de la Rose-Croix » fondé par le « sâr » Joséphin Péladan, dont les pétarades annoncent celles de Salvador Dali, le sâr étant lui-même « annoncé » par Robert de Montesquiou, et par Stanislas de Guaita, qui avait sur la chose un point de vue au premier degré.

    On remarque que Satie ne fait pas qu'annoncer le sâr et ses disciples tardifs, mais aussi Jacques Tati, ils sont aussi doués pour l'humour à froid fin et élégant, ou Pierre Étaix, dont il partage le cynisme. Le gag « à la Tati » de Satie, c'est bien sûr la création de la « musique d'ameublement ». Il a lui-même créé le terme « musique d’ameublement » pour définir certaines de ses œuvres, signifiant par là qu'elles pouvaient fort bien convenir comme fond sonore agréable dans un intérieur bourgeois convenable et de haute tenue.

    On retrouve de Satie dans Alexandre Vialatte, le même plaisir pris à se livrer à l'absurde le plus débridé, le même ton à la fois enfantin et désabusé, caustique et naïf, tout comme Marcel Aymé.

    C'est un ordre ésotérique dans lequel on peut supposer Satie dubitatif. Il en composera néanmoins les fanfares et sonneries. Il compose entre autres les « Trois Préludes du Fils des étoiles » « wagnerie kaldéenne » sur un texte de Péladan.

    On fera de cette œuvre une source d'inspiration de « Pelléas » de Debussy, ce que Satie reprochera beaucoup au « génie à front de taureau indochinois ».

    Cet église fantaisiste annonce les délires des surréalistes et de Dada un peu plus tard.

    Satie est là aussi un peu trop en avance cependant.

    Pour s'amuser aux dépens des hommes graves et sérieux, Satie écrit tout un opéra farfelu à la gloire du Sâr, qu'il propose avec la complicité de Debussy à l'Opéra de Paris qui est à deux doigts de l'accepter. Les responsables de cette institution musicale et sévère ont cependant vent de la réputation du musicien et mettent fin à la farce qui fait beaucoup rire dans le Paris artiste et sans le sou de l'époque.

    En 1893, il tombe amoureux fou de Suzanne Valadon, qui fait son portrait. Comme un enfant, il lui demande de se marier avec lui dés leur première nuit d'amour passée ensemble. L'artiste refuse, leur liaison dure cependant cinq mois, liaison auquelle elle met fin brutalement, laissant Satie désespéré. Il faut dire que la vie en commun n'était pas de tout repos.

    Comme beaucoup de créateurs inadaptés, mais talentueux, voire géniaux, Erik Satie était aussi parfaitement insupportable, alternant les sautes d'humeur avec des moments de grande euphorie.Il fait aussi la connaissance de Maurice Ravel la même année dont il dira plus tard non sans aigreur, car il est jaloux du succès rapide de Ravel : « Maurice Ravel a refusé la Légion d'honneur alors que toute sa musique l'accepte ».

    En 1895, il fait un petit héritage, ce qui lui permet de se donner un autre style, moins « clergyman » et plus « dandy ». on le surnomme alors le « Velvet Gentleman » car il affecte de ne s'habiller qu'en velours.

    Le pactole fondant très vite, Satie est un panier percé qui n'est pas prodigue de ses dons, il est obligé de quitter dans un premier temps son logement pour prendre une chambre rue Cortot. Il quitte Montmartre en 1897 pour son « ermitage d'Arcueil », une toute petite chambre.

    Il reprend alors contact avec son frère, et abandonne ses divagations religieuses ésotérico-comiques.

    Il pousse même le vice jusqu'à adopter le costume d'un « fonctionnaire bourgeois » en 1905 et de s'inscrire à la « Schola Cantorum » d'Albert Roussel. Il y étudie le contrepoint classique, est très sage quelque temps. Cela ne dure qu'un temps, car il est vite lassé par les prétentions de ses nouveaux « maîtres » à écrire de la musique dont personne ne se souvient maintenant, et pour cause. Il fait connaissance en 1915 de Cocteau qui le présente au « Groupe des six », qu'il parainne en quelque sorte, sans s'y intégrer, étant beaucoup trop indépendant pour faire partie de quelque groupe qui lui dicterait sa conduite en matière de création.

    Il en profite pour égrener au piano les « Heures séculaires et instantanées » ; parler « Sports et divertissements » (en 1914), là encore pour piano, tout en donnant matière à inspiration aux dadaïstes

    Et surtout en 1917, il écrit la musique de « Parade », « ballet réaliste » et oeuvre totale, sur un argument écrit par Cocteau, des décors et des costumes de cirque dessinés par Picasso, une chorégraphie de Léonide Massine, représenté par les Ballets russes de Diaghilev lui-même étant en monsieur Loyal.

    Certains lui préfèrent « Relâche » « ballet instantanéiste », composé sur un texte de Francis Picabia, avec un intermède cinématographique de René Clair ( Entracte) illustré par une musique de Satie, et une chorégraphie de Jean Borlin, représentée par les Ballets suédois de Rolph de Maré. En 1923, il est l’inspirateur flatté de l’École d'Arcueil, groupe informel composé de Henri Cliquet-Pleyel, Roger Désormière, Maxime Jacob et Henri Sauguet.

    Il en parle avec humour mais il est ravi .

    Ce groupe ne survivra pas à la mort du « Maître d’Arcueil » le 1er juillet 1925 sur son lit d'hopital.

    Quand il décède, ses amis trouve un bazar inommable dans le logement de Satie, deux pianos attachés ensemble, des faux-cols cachés un peu partout, dont certains dans des endroits incongrus que la morale réprouve avec force. On lui prête aussi une conversion secrète de dernière minute, au catholicisme. Mais il est permis d'en douter malgré tout, Satie affichant à la fin de sa vie un athéisme très affirmé.

  • Le petit cirque des écologistes

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    « Les femmes et le bordeaux, je crois que ce sont les deux seules raisons de survivre. »

    extrait de Pierre Desproges - « La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute » dans aux Éditions du Seuil

    2010-11-13T144258Z_01_APAE6AC14VP00_RTROPTP_3_OFRTP-FRANCE-ECOLOGISTES-20101113.JPGC’est une conception de l’écologie et du développement durable qui me semble importante à préciser avant tout chose.

    (Si l’on n’aime pas le Bordeaux, on remplacera par ce que l’on veut…)

    La redécouverte de l’eau chaude

    Depuis quelques années, comme d’autres avant eux ont découvert l’eau chaude ou le fil à couper le beurre, les « verts » ont redécouvert des gestes de simple bon sens pour éviter le gaspillage, qu’ils appellent « développement durable » ce qui est bien plus vendeur.

    On recycle ce qui peut l’être et plutôt que de racheter des nouveaux appareils ménagers, on préfère continuer à utiliser les anciens tant qu’ils fonctionnent.

    On trie ce que l’on jette dans les poubelles, ce qui là encore est une simple question de bon sens.

    Tout cela ne devrait pas entraîner de conséquences quant à une écologie dite politique, qui en tire des conclusions qui n’ont plus rien à voir avec l’écologie mais surtout avec une « gestion » libérale de l’environnement et de la vie sociale (tout se gère, tout est capital aujourd’hui, même l’amour).et ce bon vieux malthusianisme.

    Des libéraux malthusiens aux libéraux écolos

    Malthus était un théoricien économique, et un adepte de la limitation des naissances du fait de la limitation des ressources terrestres qui selon lui ne peuvent nourrir les êtres humains indéfiniment. Il était persuadé que c’était la seule manière efficace de protéger la création divine qui pouvait très bien se passer des hommes selon lui.

    Au sujet de l’agriculture, ce fût un des premiers à proposer que les prix des matières premières agricoles soient soumis au marché, et qu’on laisse faire le tout sur le principe de la « main invisible » qui régulerait le tout. Malthus était aussi un pasteur anglican, ceci explique cela, il y a donc un petit côté prédestination, les pauvres le sont et ne mangent pas car ce sont des pêcheurs qui ne font pas ce qu’il faut pour ne pas rester derrière.

    Ce sont des « left behind » qui veulent être des « left behind ». On a remarqué le retour en force de ce concept lors de l’ouragan ayant détruit La Nouvelle Orléans. Certains conseillers de la présidence américaine ont bel et bien déclaré sans trop sourciller que l’état n’avait pas à intervenir pour aider les pauvres gens s’étant réfugiés dans les stades et ce qui restait des édifices publics car dieu avait décidé que c’était des « left behind » dont on ne devait pas s’occuper. 

    Personne n’a jamais vu cet appendice, comme son nom l’indique il est invisible, il a cependant des vertus pratiques afin de dissimuler l’incompétence de nombreux économistes : quand quelque chose ne pas ou qu’il y a la crise, c’est la faute de la « main invisible ».

    L’écologie politique ou l’autre façon d’être un libéral

    Ce discours on le retrouve chez Éva Joly, sorte d’écologiste « über alles », qui a baigné dans cette culture protestante depuis longtemps, ou chez Cécile Duflot.

    L’être humain est le virus de cette planète pour elles, son principal souci. Notons ici qu les écologistes font donc le même raisonnement que l’agent Smith dans « The Matrix », ce qui me permet de rappeler que dans les films de genre on dit parfois des choses très pertinentes sur notre monde.

    Elles préconisent pour sauver celle-ci la limitation des naissances, surtout les naissances des enfants de pauvres, qui coûtent encore plus cher à la communauté (« salauds de pauvres ! » pourrait dire Cochet à l’instar de Grandgil dans « la traversée de Paris », sauf que le leader vert le dit au premier degré) : rappelons aussi que dans un de ses livres, Yves Cochet, un des cadres du parti écologiste donc, un des théoriciens du mouvement, va jusqu’à chiffrer le coût financier et écologique d’un enfant et déplore ce coût.

    Le tout se teinte d’un discours de « fraternitude », où la diversité des origines et des cultures est perçue à travers un filtre qui rappelle aux trentenaires ou aux quadragénaires les pubs Benneton des années 80 et 90.

    En ce moment, Nicolas Hulot, écologiste télévisuel bien connu, qui fait financer ses émissions par un des géants de l’industrie chimique parmi les plus pollueurs, un peu comme Yann Artus-Bertrand qui approuve la construction de stades climatisés en plein désert tout en photographiant la pollution, les petites fleurs et les petits z-oiseaux de haut. On se doute bien que Nicolas Hulot se décidera trop tard et que les écologistes seront encore une fois ridicules aux présidentielles.

  • Blog piraté dimanche

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    virus_88.jpgCe blog a été piraté toute la journée de dimanche.

    Il semblerait qu'aller à contre-courant soit mal vu par le troupeau.

    Pour ma part, cela ne changera rien strictement RIEN au contenu des articles.

  • "Tokyo électrique" - Cinq nouvelles au coeur du Japon inconnu

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    tokyo.JPG

    Soyons sérieux et parlons du Japon...

    Quand il voulait éviter de parler des emballements fugaces du jour, des engagements vers un grand soir qui n’est pas encore venu (viendra-t-il un jour ?), quand il voulait signifier la prétention à trouver des solutions à tout et moraliser le comportement de ses congénères, tous aussi pitoyables primates les uns que les autres, Roger Nimier disait « et maintenant, soyons sérieux et parlons du Japon ».

    L’esprit de sérieux, tout comme la gravité, la fausse gravité, est le bonheur des imbéciles sentencieux. Ils aiment les grandes phrases pontifiantes et sont comme les marins pour Michel Audiard.

    Parlons donc du Japon, et de la littérature japonaise en particulier, très loin de se réduire aux stéréotypes en usage : aux mangas, aux histoires de yakusas, ou de karatéka ou de samouraïs ou aux « non-lieux » de « Lost in Translation » qui avait déjà l’avantage de montrer une chose, on ne connaît rien du Japon, ou encore aux monstres en latex qui écrasent des maquettes filmées en grand angle. On a sur ce pays que des idées préconçues et arrêtées qui ne reflète pas la réalité.

    Les films de Takeshi Kitano, qui est dans son pays un mélange improbable entre un clown médiatique plutôt lourd et grossier et un auteur d’une grande élégance de livres, comme « la vie en gris et rose » ou « Asakusa Kid » et de films extrêmement intelligents qu’il parle de gangsters gagnés par le désespoir et de l’été fantaisiste de petits garçons ingrats.

    Cinq moment quotidiens et remarquables...

    Il est pourtant tentant de se perdre dans cette réalité différente, pas si différente de la nôtre cependant, la nature humaine y étant tout autant méprisable et remarquable qu’ailleurs.

    Les cinq nouvelles du recueil « Tokyo électrique », de Muramatsu Tomomi, Morita Ryûji, Hayashi Mariko, Shiina Makoto et Fujino Chiya permettent d’en découvrir de nombreuses facettes et de rentrer dans des histoires écrites avec beaucoup de finesse qui partent toujours de faits sans importance, apparemment, des tranches de vie du quotidien de la mégalopole. Cependant l’écriture et le talent des cinq auteurs les subliment et en font des instants de grande poésie ou triviaux, des instants symboliques qui montrent les ravages de la modernité, de la solitude des « salary men », du désert des sentiments dans une société dont l’idéal se résume à la satisfaction des désirs et quatre volontés des marchés économiques.

    Il n’y est nulle part question du bouddhisme du grand ou du petit véhicule, on y aborde aucun sujet politique.

    Dans la première histoire, des hommes mûrs se remémorent au son du jazz de Thad Jones d’une femme fatale dont ils étaient tous amoureux, et qui un jour disparut sans laisser rien d’autres que des souvenirs nostalgiques, qu’ils comparent à la flamme d’une allumette, fragile et flamboyante, dont la clarté dure très peu de temps.

    On y découvre Tokyo la nuit, une ville qui ne cesse jamais de vivre. Les néons l’illuminent, et les écrans géants y déversent dans ses rues un flot incessant de spots de publicité et d’informations tonitruants. A regarder de loin, on n’y voit aucun être humain. A y regarder de plus près c’est tout une humanité hétéroclite qui y grouille, y vit, y travaille, qui aime et rêve malgré tout.

    Dans la deuxième, des marginaux drogués, des mauvais garçons lamentables, violents, enfantins et malhonnêtes tentent de protéger une jeune fille de treize ans, prostituée venue des Philippines, violentée quotidiennement dans un des dancings de Shinjuku. Ils risquent jusqu’à leur propre survie pour elle, le plus yen de leurs économies, acceptant le moindre petit boulot dans les restaurants de bols de pâtes de leur quartier.

    Un temps ils y trouveront une rédemption, mais le réel se rappellera à eux tragiquement.

    La troisième raconte l’amour d’une jeune femme pour un garçon timide et emprunté qui s’invente une fiancée imaginaire pour ne pas s’engager trop avant car ils ne sont pas du même milieu, la jeune fille étant d’un quartier populaire. Elle finit par découvrir que son amant ne veut pas se fiancer avec elle car ses parents lui interdisent ce qu’ils considèrent comme une mésalliance.

    J’aime beaucoup l’avant-dernière nouvelle qui raconte l’histoire d’un jeune « salary man » qui ne trouve comme seule et unique solution pour se loger, après l’incendie de son ancien appartement, que de planter une tente toute jaune au sommet du building géant de la société qui l’emploie.

    Il y prend goût rapidement, se débrouillant rapidement pour avoir de l’eau et de l’électricité, ayant une vue unique sur la baie de Tokyo et les étoiles rien que pour lui.

    Il tremble de plus en plus qu’on le surprenne sur son refuge haut perché, comme le baron d’Italo Calvino, appréciant tout comme lui cette existence en marge qui lui redonne sa liberté : un couple d’amoureux illégitimes, le concierge de l’immeuble qui a vu la tente mais n’a rien dit, un chef de bureau qui vient prier, une employée qui cache sur le toit un tout petit chien que le campeur urbain finit par adopter.

    tokyo_electrique_98.jpgDans la dernière nouvelle, qui ressemble beaucoup au manga « mes voisins les Yamada », une ménagère trompe son ennui en racontant ses petites misères au policier compatissant du commissariat de son quartier, les railleries des écoliers, des gamines insolentes en uniformes et socquettes blanches, les « otakus » qui mettent le volume de leur console de jeux vidéos trop fort, les vieux qui vident leurs poubelles un peu partout.

    Ces histoires sont à déguster en prenant son temps, il faut y chercher les saveurs sans impatience et non les gober en deux ou trois bouchées comme un sushi.

    On découvre Tokyo aussi sur Agoravox

    « Tokyo électrique »

    aux éditions Philippe Picquier poche 


    Mes Voisins Les Yamada
    envoyé par irakaz. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

  • Bébé buzz et éthique - communication de Frigide Barjot

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    Je relaie cette communication de Frigide Barjot

    Une communication de Frigide Barjot, agitatrice
    www.appelaverite.com


    bebe-eprouvette-01.jpgLe petit garçon turc Umut-Talha né il y a 10 jours et qu'on nous a miraculeusement présenté hier – jour d'ouverture des débats sur les lois bioéthiques – sur toutes les chaînes, avec moults directs de son papa scientifique, le Pr Frydman, est une prouesse médicale – et médiatique – incontestable; elle sera totale quand la grande sœur sera sauvée, ce que tout le monde espère...

    Mais il est utile de rappeler ici ce qui n'a pas été souligné dans les medias hier : le contexte scientifique de sa naissance pose des questions éthique et politique majeures... même en sauvant la vie de sa sœur, ce qu'on ne saura que dans quelques semaines.

    • Au-delà du principe philosophique qui ne saurait en aucun cas transformer un être humain en moyen, les conséquences psychologiques et affectives d'une conception "utilitaire pour autrui" peuvent être extrêmement handicapantes pour l'enfant et sa famille.
    La secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra, a déclaré mardi, après la naissance de ce premier «bébé du double espoir», ne pas pouvoir «approuver l'instrumentalisation de la conception».
    Comment ce petit se sentira-t-il vraiment aimé pour lui-même, sachant qu'il est là pour une autre raison que lui-même?
    A-t-on mesuré le handicap psychologique que pourrait représenter pour lui et par malheur, l'échec de la greffe pour laquelle Umut-Talha a été mis au monde ? L'espoir s'effondrera pour la sœur, et aussi pour le petit frère qui portera la culpabilité de cette défaite. Et si la greffe réussit, le risque est fort aussi que sa sœur se sente "débitrice" de son frère à vie ... Il ne faudrait pas rajouter un handicap moral à la maladie génétique de la famille.


    • Pour que cet enfant naisse selon le double "cahier des charges" non malade et immuno-compatible, il a fallu fabriquer, trier et éliminer beaucoup d'embryons...
    En règle générale, le bébé-"médicament" nécessite un double tri d’embryons, donc la fabrication d'un nombre important au départ. D’abord, il faut éliminer les embryons porteurs de l’affection dont souffre la grande sœur à soigner. Ensuite, dans le stock d’embryons sains, un 2ème tri est effectué qui permet de ne garder que des embryons immuno-compatibles pour la greffe envisagée. En l'espèce, il a été fabriqué 6 embryons; il est resté au final 2 embryons sains, dont un seul compatibe : le Pr Frydman a assuré que les 2 avaient été réimplantés, et que grâce au Ciel, seul le compatible s'est développé. Mais dans d'autres cas, on pourra admettre explicitement de supprimer des embryons sains qui ne seraient pas compatibles pour une greffe.
    Le cas d'Umut-Talha est exemplaire : d'habitude, pour obtenir un embryon qui corresponde au « cahier des charges », on a évalué qu’il faut fabriquer une trentaine d'embryons dont un ou deux seront gardés. Pour une FIV "de base", il faut, en France et en moyenne une vingtaine d'embryons.

    On peut arriver au même résultat en développant les banques de sang de cordon. Il faut faire les choix politiques qu'appelle le dynamisme de la natalité française.
    La greffe qui aura lieu prochainement sur la sœur du petit garçon nécessite le sang de cordon de celui-ci Aujourd'hui il existe des banques françaises et internationales de sang de cordons; il est donc possible de rechercher parmi les greffons de sang de cordon celui qui permettrait de traiter la pathologie considérée. Certes il faut des stocks conséquents pour cela; mais avec plus de 800 000 naissances par an, la France, championne d'Europe d'accouchements, est parfaitement en mesure de constituer les réserves nécessaires.
    Or, il faut savoir que la pénurie de sang de cordons ombilicaux de 2010, entrainant un problème pour les greffes immuno-compatibles (il faut pour cela disposer d’échantillonnages variés) est consécutive à l’absence de choix politiques clairvoyants au début des années 2000. Cette lacune politique peut, et doit impérativement être comblée en 2011.

    • Le cadre legislatif de cette expérience n'a pas été respecté.
    Autorisé par la loi de bioéthique de 2004 à titre expérimental, l’usage de cette technique avait été limité à un délai de 5 ans. La technique du bébé-"médicament" aurait dû faire l’objet, dans cette durée, d’une expérimentation, puis d’une évaluation avant d'envisager d’être reconduite. Cela n’a pas été le cas puisqu’il n’a pas été fait usage de cette technique depuis 2004 (cf. le rapport du conseil d’Etat en mai 2009). L’inscrire définitivement par les actes en 2011 est en contradiction avec la loi.


    Peut-on donc, à la faveur de la révision des lois bioéthiques, privilégier les méthodes thérapeutiques qui n'éliminent pas d'êtres humains dès leur conception, ou ne les vouent pas à un utilitarisme dont les séquelles psychologiques pèseront sur leur développement affectif - voire physique - toute leur vie ?


    Si vous êtes d'accord, des pétitions sont à votre disposition :

    L'Appel aux Députés contre l'autorisation généralisée de recherche sur l'embryon, proposée par votre servante et signé par plus d'une vingtaine de personnalités du monde scientifique, économique, juridique, philisophique, artistique et médiatique est désormais ouvert au public sur www.appelaverite.com. Ne vous gênez pas pour le signer...
    L'union faisant la force, je vous propose
    La pétition de l'ADV sur 4 points préoccupants du projet de révision http://www.adv.org/
    La pétition pour un moratoire sur les recherches embryonnaires des "2ailes" http://www.les2ailes.com/

  • 21% de morts en plus -la démagogie routière

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    S'attaquer à la bagnole fait énormément réagir sur Agoravox

    On vient de publier les chiffres des morts sur la route (par ici le lien), et en comparant avec l'année dernière à la même époque on s'aperçoit d'une augmentation de 21% des tués par l'automobile. Les commentateurs réfléchissent gravement sur le sujet :

    20070301.WWW000000249_7361_1.jpgEst-ce parce que les lois ne sont pas assez répressives ?

    Que leur application n'est pas assez sévère,et que le pouvoir en place ne veut pas perdre surtout les voix des millions d'électeurs conducteurs souffrant par ailleurs de microcéphalie ?

    Sur la deuxième partie de la phrase, j'opine tout de suite.

    Votre serviteur fait partie des quelques inadaptés qui n'ont pas le permis en France, de par certains impératifs qui ont fait que il n'a jamais pu le passer. Ce n'est pas si grave, car je déteste et la voiture, qui est pour moi un véhicule et devrait toujours le rester, et les fantasmes entourant ce qui n'est pourtant qu'un outil.

    Car la voiture reste encore un objet d'une grande valeur fantasmatique de nos jours, de virilité, de puissance, de domination et de pseudo-indépendance, plutôt un hyper-individualisme.

    Il y a une trentaine d'années au moment du deuxième choc pétrolier, on disait que les gens arrêteraient de conduire quand le litre d'essence serait à cinq francs, maintenant qu'il est quasiment à quinze francs, il n'y a jamais eu autant de voitures en circulation, les conducteurs se recrutant de plus en plus jeunes. La voiture reste l'objet, dans une grande partie de la population, qui assure le prestige social de celui qui la conduit, qui lui donne de l'assurance, lui permet de paraître à son aise.

    Avec ça on fournit quelques accessoires indispensables (la blonde sur la place passager, bronzée et mince), la veste « grand reporter » pour le conducteur ou alors le petit foulard classe noué autour du cou.

    Pour lui vendre l'engin, on le flatte dans ses instincts, on lui fait même croire qu'il est écologiste alors qu'il continue à détruite la couche d'ozone, et qu'il le fait même avec encore plus d'entrain et de rapidité quand il conduit un GROS 4X4 qui lui permet de compenser qui ses frustrations d'un peu toute sorte, qui sa médiocrité intellectuelle ou personnelle :

    « je suis un nul mais au moins j'ai une GROSSE bagnole » se dit-il alors en toute confiance, une bagnole qui fait peur aux vieilles dames et aux enfants.

    Ce qui est étrange à première vue, mais se comprend, quand on a compris toute la dimension de rêve qu'ouvre la voiture, c'est par exemple que l'on garde un levier de vitesse alors que c'est parfaitement obsolète et désuet comme système.

    Il faut que les changements de régime du moteur fassent du bruit.

    Il faut qu'on les entende.

    De toutes façons pour tous les chauffards et mauvais conducteurs de France, le chauffard et le mauvais conducteur c'est toujours l'autre. Le chauffeur lambda conduit bien, et puis en plus c'est pour son travail qu'il est obligé de téléphoner au volant sans kit mains libres ou de faire des pointes à 180 km/h sur l'autoroute.

    C'est pas de sa faute le bébé qu'il renverse ou la vielle qu'il écrase !

    Et qui dit que ce n'est pas la vieille qui s'est jetée la tête la première sous ses roues !

    Bref, tant que les fantasmes resteront aussi vivaces autour de l'automobile, il y aura des morts sur la route, beaucoup.


    CLIP AU BONHEUR DES DAMES ABDD ROULEZ BOURRES TOUR DE FRANCE
    envoyé par kirivalse. - Plus de vidéos fun.

  • Mélody a le blues – les vingt ans de la mort de Gainsbourg

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    Elle a aussi le blues sur Agoravox

    dédié à une ou deux Mélody que j'ai bien connu
    Extrait de « les goémons » de Gainsbourg
    « Algues brunes ou rouges
    Dessous la vague bougent
    Les goémons
    Mes amours leur ressemblent,
    Il n'en reste il me semble
    Que goémons... »
    La suite des paroles
    gainsbourg02.jpgMélody pleure parfois le soir dans son grand loft chic et très parisien tout en miroirs et en papiers peints géométriques, elle se souvient de Gainsbourg, mort il y a vingt ans, qui a passé sa carrière à migrer du Docteur Jekyll à Mister Hyde, pour faire suer le bourgeois ou l'épater. Mélody est devenue une bourgeoise, même si elle n'en pas le sentiment comme elle dit souvent. Car aujourd'hui, ce n'est pas le réel qui compte, c'est ce que l'on ressent, ce que dit le nombril au cerveau.
    Mélody a été successivement une « Lolita Lollypop » avec des mini-jupes qui faisaient se retourner les vieux messieurs égrillards dans la rue, puis une femme de pouvoir et d'affaires aux dessous chics.
    Elle voulait refaire le monde, elle rêvait de pays où l'on pratique le « cargo-culte ». Elle rêvait de barricades et d'un grand amour, et pourquoi pas d'un genre de prince charmant révolutionnaire avec qui elle aurait fait l'amour sous les banderoles.
    Elle a aimé quelques hommes à tête de chou qu'elle quittait très vite, car ce n'était que des fumeurs de gitanes. Pour se consoler, elle écoutait en boucle les disques de Gainsbourg-Gainsbarre, celui qui aimait bien les « petites pisseuses », un peu trop. Maintenant encore, elle continue.
    Les hommes qu'elle fréquente n'aiment pas ce chanteur, ils le trouvent trop négatif, trop critique. Quand elle était plus jeune, ceux avec qui elle trompait son ennui la désiraient justement parce qu'elle ressemblait aux lolitas boudeuses des chansons de Gainsbourg. C'est ce qui les fascine toujours, rien à avoir avec l'écriture.
    Et puis pour eux le défaut suprême c'est quand même sa barbe de trois jours permanentes.
    Toute une époque perdue, paumée, envolée ! Comme les cendres d'un havane au vent mauvais de la nostalgie mal placée...
    Maintenant, n'importe qui peut se prendre pour Victor Hugo ou Émile Zola et raconter sa vie en s'imaginant que ça a un intérêt.
    Maintenant, les chanteurs chantent tous la banalité, les petits ennuis et tracasseries ordinaires des adolescents qu'ils sont resté, même s'ils ont dépassé depuis longtemps la date limite de consommation.
    Ou bien ils font dans le social et ils slament, sans voir la poésie du béton.
    Sauf un peut-être, qui voit le tragique et le grotesque aux mêmes endroits que Gainsbourg, Benjamin Biolay et mieux, Arnaud Fleurent-Didier à qui Gainsbarre n'a pas besoin de sussurer que la vie est un songe et les prétentions des primates humains des broutilles sans grand intérêt.
    Des types classieux habillés comme des clochards, sentant comme des clochards et fumant le même genre de tabac gris. Ce n'était pas grave de ne pas être trouvé très beau ou très élégant, ça n'avait guère d'importance.
    Mélody pleurniche comme Jane B. dans « Je suis venu te dire que je m'en vais », mais elle c'est quand le disque est terminé. Elle pleurniche mais s'enferme dans le confort ouaté de sa vie de femme qui a réussi une belle carrière.
    Elle va encore se faire avoir et entretenir le filon Gainsbourg qui dure depuis vingt ans, en achetant la nouvelle intégrale qui vient de sortir, et le CD d'inédits chantés par ses premières interprètes féminines, ils ont d'ailleurs oublié d'y mettre « les Goémons » fredonné par Michèle Arnaud qui sera la première à faire confiance à ce type renfermé, aux oreilles décollés, à la diction hésitante et aux fulgurances inouies dés qu'il se met à écrire des chansons. Ceux qui entretiennent le filon sont des petits jeunes gens réalistes et ricaneurs dont le cynisme n'a pas l'élégance de celui du chanteur. C'est le cynisme du profiteur, du ventre gras quand les autres meurent de faim, du coq de village sans dignité, du trafiquant de marché noir bien content de tout garder pour lui.
    Mélody en a croisé quelques uns comme Gasinbourg dans des cafés enfumés de Montmartre ou du faubourg Saint Antoine, de ceux préservés de l'invasion des bourgeois bohèmes, un genre d'endroits devenu très rare dans Paris où les prolos se mélangent aux richards, ceux qui assument, ceux qui ne veulent pas, ou encore dans des caboulots bruyants qui ressemblent à ceux qu'il y a dans les souks au pied de Ménilmontant, elle se souvient de ces types qui ressemblaient au « petit lulu » devenu Serge, peintre qui se trouvait médiocre qui se lança dans la chanson comme on se lance dans une auto-destruction méthodique, une entreprise de démolition des sentiments trop mièvres.
    Mais ce genre d'hommes fait partie des emmerdeurs qui passent leur temps à tourner le monde entier en dérision et ne rien prendre apparement au sérieux, même pas leurs sentiments.
    Il faut dire qu'il le mérite bien, le monde, qu'on se moque de lui, des préjugés, des lieux communs, de l'hygiénisme pour le corps et l'esprit. Quand on sait que rien que le fait de griller une gitane devient une transgression, ça fait réfléchir se dit Mélody.
    Alors que Mélody, elle, aimerait bien refaire le monde.
    Il suffit de peu pense-t-elle.
    Elle ne voulait pas vivre avec des inadaptés chroniques, incapables de docilité ou de se plier à la bienséance à la mode dans le troupeau. Elle a vécu avec une femme parce que au fond c'était plus confortable, plus facile, et dans son milieu ça avait un air tellement libéré.
    Mélody au fond restait une adorable petite conne qui voulait être sage comme une image et faire plaisir à sa Maman et son Papa.
    Maintenant, c'est malin, elle pleure amèrement.
    Elle est en colère.
    Qu'ils aillent se faire voir tous les hommes mal rasés qui aligent des mots et se donnent un genre ! Tous des emmerdeurs magnifiques ! Elle se demande si c'est si mal de vouloir s'intégrer au reste du monde, ressembler aux autres. Un écrivain, une femme, Yourcenar, l'avait écrit certes : « Je ne vis pas comme eux, je n'aime pas comme eux, je ne ressens pas comme eux, je mourrai comme ils meurent ».
    Et Mélody de réécouter encore et encore « Mélody Nelson »...

    ci-dessous Michèle Arnaud chante "les Papillons noirs"

  • Le troupeau aveugle et les révoltes au Proche-Orient

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    On en discute aussi sur Agoravox

    « Le Camp des saints » de Jean Raspail est réédité ces jours-ci. Il y a une trentaine d'années quand il est sorti ce livre choquait déjà beaucoup, aujourd'hui Raspail risque 87 chefs d'accusation au plan judiciaire car il y a des faits qui ne sont pas bons à dire, que plutôt que d'essayer d'être lucide et réfléchi comme par exemple sur les évènements du Proche Orient où il est de bon ton de faire preuve d'un optimisme béat et angélique à souhait.

    Ce n'est pas que l'on puisse être d'accord avec tout ce qu'écrit Raspail mais l'on se devrait quand même d'être légitimement inquiets devant la montée de la violence.

    sinai%20-Gunnar%20Herrmann.jpg« C'est comme leur Révolution Française à eux ! » entend-on de la bouche de commentateurs en extase, « c'est comme leur « Mai 68 » clame-t-on un peu partout, parmi les têtes qui pensent des élites auto-proclamées de notre beau pays, en ignorant la réalité fondamentale qui sous-tend tous ces évènements, en refusant de la voir de toute manière.

    Ainsi que le dit Raspail dans une interview au « Figaro » ce n'est plus « Big Brother » mais « Big Other ». « Big Other » domine tout quitte pour cela à se renier et renier sa propre identité, française ou européenne.

    « Big Other » est bon et nous sommes sommes mauvais.

    « Big Other » est grand et nous sommes petits.

    « Big Other » a toujours raison, nous avons toujours tort.

    Pour un français de 2011, tout dans ce qui a fait son pays devrait vu par lui comme étant forcément pervers, mauvais ou ringard, puisque être fier de sa civilisation c'est avoir une culture impérialiste. Gauche et droite partagent le même masochisme sur la question, la France n'est où pas assez libérale, ou pas assez sociale.

    On nous a présenté les grèves hivernales comme les prémices d'un grand mouvement social, qui n'est pas venu, et maintenant on nous présente les évènements de Tunisie ou d'Égypte comme le frémissement d'un grand mouvement de liberté dans le monde arabe.

    Plutôt que de rester à la lisière, il convient d'être un peu plus prudent.

    En Égypte, la seule opposition structurée, capable d'envoyer des interlocuteurs représentatifs pour discuter avec Moubarak et sa clique ce sont les « Frères Musulmans ».

    Ce n'est pas une opposition laïque ou démocratique, les « Frères Musulmans » réclament l'application stricte de la chariah. L'objectif de ce mouvement fondé en 1928 est d'accompagner une renaissance islamique et la lutte non-violente en théorie, en employant les moyens des pays occidentaux pour accomplir leur dessein contre toute forme de laïcité dans les états.

    Depuis le début des années 2000, ils ont pris de nombreux contacts avec les diplomates américains, et c'est sans doute un hasard heureux si ce sont eux qui négocient en ce moment avec le pouvoir en Égypte (mais peut-être ais-je mauvais esprit ?).

    On remarquera également que les « assaillis » de la place Tahrir ne manquent pas de faire leurs cinq prières par jour bien ostensiblement.

    Et ce sont eux qui ont la main en ce moment.

    Tout comme en Jordanie.

    En Tunisie heureusement, le pouvoir semble leur échapper.

    4b7c58aa-2ddf-11e0-9d3a-caf4c011a98c.jpgSi l'histoire ne se répète jamais, il y a cependant des constantes dans les révolutions et les guerres civiles, c'est toujours le groupe d'opposition le plus structuré et le plus extrême qui acquiert le pouvoir au bout des évènements.

    Énoncer ces quelques faits et l'on vous traitera d'islamophobe alors que la majorité des musulmans ne se reconnaissent pas une seconde dans ces mouvements radicaux et fondamentalistes qui sont des déviations de la foi issue du Coran, des perversions de l'esprit initial de l'Islam, qui est multiple. Par contre, plutôt que de renier sans cesse son identité, l'Occident pourrait demander aux pays musulmans un respect mutuel, à savoir que si l'on construit des mosquées en Europe ou aux États-Unis on puisse construire des églises en Arabie Saoudite, ou en Égypte.

    Egypte_La-place-Tahrir-au-Caire.jpgEnfin, se glissent dans le soutien aux revendications des révoltes populaires du Proche-Orient des mots d'ordre violemment anti-juifs sous prétexte d'anti-sionisme. Ce qui est toujours remarquablement ironique est que les prétendus anti-sionistes, qui sont souvent de gauche, ignorent ce que le sionisme est dés le départ un mouvement socialisant et marxisant prônant le collectivisme, collectivisme mis sur pieds dans les kibboutz à partir de 1885, période où les premiers émigrants juifs d'Europe arrivent en Palestine.

    La haine les aveugle tellement qu'ils finissent par contester la mise en œuvre concrète de leurs propres utopies.

    D'autre part, on trouve surtout la judéophobie habituelle à la fois complotiste et parfaitement irrationnelle. Quand on encourage un petit peu un judéophobe obsessionnel, qu'on le pousse dans ses derniers retranchements, il finit toujours par resservir le fantasme du gouvernement mondial constitué de juifs, d'africains, d'homosexuels et d'autres « métèques » en général enfoui à 3 kilomètres sous terre au Pôle Nord.

    Pour faire de la psychologie élémentaire, la judéophobie est surtout l'explication toute trouvée pour les personnes ne réussissant pas dans la vie à leurs convenances et selon leurs désirs.

    Si ça ne marche pas, ce n'est pas de leur faute, mais de celle des juifs. Cela évite de se poser des questions embarrassantes sur soi.

    La plupart ne connait rien à Israël, qui est un pays des plus complexes : quatorze communautés cohabitant sur un espace grand comme une ou deux régions françaises, une multiplicité d'origines des populations, et autant d'antagonismes : le mode de vie à Jérusalem est très différent de celui de Tel Aviv où une globalité d'israéliens ne pratiquent pas la « kashrout », ou Haïfa, ville où musulmans, juifs et chrétiens vivent en bonne entente, sans parler de l'exemple de Newe Shalom.

    On note également que ces quatorze communautés vivent ensemble uniquement en étant unies par la guerre contre les palestiniens.

    pro_palestine_kids.jpgIroniquement, les pro-palestiniens primaires ne font que souder un peu plus chaque jour le pays qu'ils abhorrent.

    Il en est aussi parmi eux qui verraient bien Israël comme le bouc-émissaire commode de l'Occident, ce qui éviterait le choc des civilisations avec le monde musulman.

    Il serait bon d'essayer d'être enfin un rien lucides, de se confronter aux faits. Cela ne signifie pas pour autant soutenir Ben Ali ou Moubarak, mais ceux qui sont susceptibles de prendre le pouvoir après eux sont largement bien pires.

  • Deux symboles des années 70 disparaissent...

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    On se souvient aussi des années 70 sur Agoravox

    A quelques jours d'intervalle, deux symboles des années 70 disparaissent, et c'est encore un peu de la mythologie de cette decennie qui disparaît, l'esprit d'enfance malgré tout, l'optimisme malgré tout :

    maria%20schneider.jpgJohn Barry, qui n'a pas composé que le thème de "The Persuaders" ("Amicalement vôtre") et Maria Schneider, connue surtout pour sa scène dans "le dernier Tango" à Paris.

    Lui incarnait par sa musique une certaine idée de la coolitude élégante et ultra-moderne, un rien désenchantée. Il sortait avec les femmes fatales de son époque, séducteur, félin et talentueux.

    Elle était quant à elle une icône de la liberté sexuelle de ses années là. Sa beauté était comme désuète, elle avait des formes féminines marquées, loin des anorexiques dépressives déjà à la mode pendant "la parenthèse enchantée".

    Il est toujours ironique de savoir qu'en fait la fameuse scène a été tournée sans son accord et qu'elle ne s'attendait pas une seule seconde ni à ce que son personnage allait subir, ni à la mythologie que cela créerait, et dont elle se sentait exclue.

    nancy-sinatra-john-barry.jpgDans les années 70, on rêvait encore un peu de liberté, et de justice pour toute la société.

    Il n'y avait pas que des hippies à fleurs et "pattes d'eph", des filles en mini-jupe ou en longue robe "Biba". Il n'y avait pas d'objets totems obligatoires, et moins d'esclaves consentants que maintenant, esclaves des marchés et du consumérisme, de rêves illusoires qui même s'ils étaient maladroitement exprimés parfois n'en étaient pas moins des rêves moins étriqués que ceux consistant à plier le genou devant les banques ou les grandes entreprises.

    Ci-dessous le thème de "Bons Baisers de Russie"


    JOHN BARRY "Bons baisers de Russie" 1963
    envoyé par Ultra_White_Forever. - Les dernières bandes annonces en ligne.

  • Physiologie des commentateurs

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    Parfois on ressent presque de la lassitude devant les platitudes déballées d'un bout à l'autre du réseau, les délires complètement irrationnels et irresponsables de petits bureaucrates frustrés ou simples minables, coincés dans leurs prétendus "open space" ou dans leur toute petite vie, qui se venge sur les forums ou de simples pauvres gens qui n'ont que ça pour communiquer en ces temps de grande solitude et d'hyper-communication.

    zzzzzzzzzzzzzzzzz20125.jpg99% du temps, ils se donnent un rôle qui les vengent du réel.

    J'avoue, parfois on en a peu marre des commentateurs qui évitent la discussion réelle plutôt que de la rechercher à chaque fois. Je me pose des questions sur leurs motivations : est-ce le plaisir de saccager par le mépris, la haine et la raillerie un texte qu'ils n'auraient pas été fichus d'écrire car l'effort leur apparaissait trop important ?

    Est-ce de la basse envie, de la jalousie vis à vis de l'auteur du texte ?

    Ou bien est-ce seulement l'expression d'un ressentiment contre la Terre entière du fait de complexes sociaux ou culturels qui les poussent à se défouler ainsi ?

    On me dira, ils sont nombreux, les cloportes, clampins et autres espèces de mythomanes, pour la plupart des génies méconnus injustement à leurs yeux, car à leurs yeux ils sont géniaux.

    A leurs yeux seulement.

    Avant ce genre de personnages se contentait d'envoyer des lettres anonymes à la Caisse d'Allocations Familiales, à la Sécurité Sociale ou aux Impôts pour dénoncer ses voisins (à la Kommandantur pendant la Seconde Guerre Mondiale). Maintenant, gràce à l'accesibilité formidable du Net, il exprime sa frustration et sa colère envers également tous ceux qui contredisent ses certitudes qui sont nombreuses, ou les lieux communs qui lui tienne lieu d'opinions selon lui.

    Ils sont de différentes sortes ou espèces :

    Ceux qui ne lisent pas l'article jusqu'au bout et se contente du titre et de ce que l'auteur dit de lui. Ils répondront donc quant aux préjugés qu'ils ont sur les choix mis en avant par le rédacteur des articles : ce sont souvent des syllogismes extrêmement basiques.

    Église catholique = méchants, le rédacteur se dit catholique donc le catholique = méchant et réactionnaire.

    Contester le libéralisme = marxistes, marxistes = méchants donc contester le libéralisme et ses conséquences (dont la soumission du politique aux marchés), c'est être non seulement méchant mais un affreux révolutionnaire le couteau entre les dents.

    Il y a ceux qui jouent hypocritement les chasseurs citoyens de méchants forcément ait-citoyens, les robins du bois du net, se prenant très au sérieux dans leur rôle de justiciers anonymes, car modestes je suppose.

    Ils oublient qu'être citoyen, ce qui implique d'avoir des droits mais aussi des devoirs, c'est aussi se comporter de manière responsable et adulte, et d'essayer autant que possible de ne pas contrevenir aux règles de vie régissant la communauté (en principe).

    Ils oublient aussi qu'ils ne sont finalement que des bien-pensants comme les autres et rien de plus.

    A la fin, du fait de l'addition de tous ces comportements déplorables, Internet devient un espace d'incivilité permanente et d'irresponsabilité totale.

    Rien n'a de conséquences, les injures sont bénignes, les lois n'ont plus cours.

    Tout est permis.

    Ce qui implique malheureusement une chose inquiétante, la démocratie et les droits de l'homme, les libertés, tout ce que l'on suppose acquis dans nos sociétés ne l'est finalement que très superficiellement, et que le vernis de la civilisation de liberté et tolérance craque très vite.

    Car très vite c'est la loi du plus fort, de la majorité qui l'emporte, la loi de la Jungle où c'est le dernier qui a parlé qui a raison, où celui que le troupeau a envie de suivre car il sait flatter les bêtes à cornes dans leur médiocrité.

  • Ellroy, le sexe, l'amour et l'écriture

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    Sur Agoravox on parle aussi d'Ellroy et des femmes

    « Pour un fanatique religieux de droite, j'ai trouvé que tu manquais de foi »

    On trouve cette phrase dans le dernier livre de l'auteur de « L.A Confidential » et du « Dahlia Noir ».

    C'est une femme qui le lui dit, une femme qui se moque des clichés sur cet auteur, qui le dit, il « fait son numéro » en jouant les croyants hyper-rigides et droitisé à l'extrême alors qu'au fond il doute de tout, y compris de lui, ne cherchant au fond qu'une chose, aimer, et trouver une forme de rédemption par l'écriture.

    Car l'écriture est un enjeu existentiel, tout comme la lecture peut l'être, elle permet d'effacer pour un temps le cynisme, le désespoir et l'acédie que l'on est tenté de ressentir face à la médiocrité du monde. Elle fait oublier toute cette médiocrité, ces basses pulsions, ces haines, ces dégoûts que l'on peut ressentir face à la bêtise, à l'hypocrisie, aux faux semblants en général.

    jelroy.jpgLes écrivains sont des types pitoyables et grandioses, des ratés aux yeux du monde, incapables de maitriser leurs pulsions ou leur émotivité, j'en ai encore eu la confirmation en lisant « La Malédiction Hilliker » de James Ellroy. Ellroy reste encore, cinquante ans après le meurtre de sa mère, un petit garçon livré à lui-même et terrifié, perturbé et amoureux d'elle, se croyant coupable de cette mort du fait d'une malédiction enfantine qu'il lança sur elle un soir de colère, comme les enfants le font quand ils se font gronder et qu'ils trouvent cela injuste.

    Bien sûr, comme les enfants sont parfois beaucoup plus sérieux que les adultes dans leurs haines ou leurs amours, Ellroy à neuf ans s'est persuadé que la sienne avait fonctionné et qu'il avait tué sa mère.

    Il en est d'autres qui recherchent des femmes qui ressemble à leur premier amour à jamais perdu, de grandes et minces jeunes brunes, et se perdent, qui croient la retrouver un temps, et se perdent, qui croient trouver l'Autre majuscule, la femme qui les consolera, et se perdent, et qui continuent quand même leur quête qui est aussi celle de ce qu'il y a de meilleur en eux, car ce n'est pas grave de sombrer, ce qui est grave est de porter un masque social et de jouer la comédie de l'adaptation alors que l'on sait que ce monde est grotesque et absurde.

    Dans ce livre superbe, James Ellroy ne fait pas que se livrer sur son obsession des femmes, sur ses amours, sur la mort de sa mère et la nullité de son père, il explique aussi pourquoi on se met à écrire, pourquoi quelqu'un se met dans la tête que les mots qu'il aligne sur une feuille ou un écran auront un intérêt quelconque pour qui que ce soit. J'y retrouve le même genre de considérations brûlantes que dans le journal de Manchette ou la correspondance de Flaubert.

    Qu'ils soient classés dans la boîte « classique », ou « de genre », les écrivains écrivent pour conjurer leurs nombreuses blessures, qu'ils écrivent pendant les périodes de rédemption, avant de se sentir à nouveau insatisfaits et de repartir en chasse.

    Une partie d'Ellroy est sans doute mort une première fois ce jour du meurtre de Jean Hilliker.

    A travers ses livres, il a cherché à exorciser tout cela, mais jamais de front, dans cet ouvrage il le fait pour de bon.

    Il se confesse, à la fois pudique et exhibitionniste, altruiste et narcissique.

    Il parle de sa compulsion pour les femmes, l'amour passionné et le seXXXe.

    Et il reste un petit garçon terrifié encore après ce livre.

    Dans « Ma part d'ombre », il avait déjà essayé d'enquêter sur ce traumatisme fondateur, de revenir sur les lieux où sa mère se perdait avec d'autres hommes, à l'endroit où on l'a assassinée, au cœur cette ville tentaculaire, décadente et fascinante qu'est toujours Los Angeles, la ville qui fait fantasmer encore maintenant les clampins du rêve et ceux qui veulent être célèbre à tout prix, même pour rien.

    Ellroy est très souvent tombé amoureux, se jouant des films en Technicolor du fond de sa chambre pourrie à côté de Hancock Park, dans sa tanière minable, il passait des nuits dans le noir à attendre que le téléphone sonne, après avoir donné son numéro à une fille qui lui avait plu, et qui l'avait sans doute oublié dans la minute même, des filles aux cheveux auburn, sûres d'elles apparemment, comme Jean Hilliker, sa mère.

    Ellroy se faisait des films, mais comme il l'avoue :

    Il pensait surtout au seXXXe qui le torturait, le faisait se tordre de douleur, d'épouvante et de plaisir mêlés.

    Il avait peur du seXXXe, peur des femmes aux cheveux auburn qui lui rappelait sa mère, et il avait envie d'elles pour conjurer le sort.

    Il aimait le seXXXe et les images qu'il créait en lui.

    F4AE2DAFC681DEE822F028_Large.jpgPlutôt que d'être amoureux, il se vautrait dans son enfer personnel, entre l'ingestion d'amphétamines et des étreintes tarifées avec des professionnelles qui étaient comme souvent à Los Angeles des « occasionnelles » qui faisaient ça comme elles le prétendaient en « attendant un rôle », toutes prises au piège du miroir aux alouettes des collines de Burbank.

    Toutes se disent que ce n'est pas grave de tapiner, et quand elles osent enfin se regarder dans le miroir, il est trop tard, elles sont définitivement marquées par l'alcool, les passes, et les médications diverses qu'elles prennent pour tenir le coup.

    L'une d'elles le console un soir, comme un pauvre gamin, car il ne peut s'empêcher de pleurer, soudain lucide sur l'abîme où il s'enfonce.

    Une autre soirée de dérive, il avale trop d'amphétamines et manque de mourir, et il s'en tire.

    Avant de se mettre à écrire.

    1291366_37831310-2cc8-11e0-b71e-00151780182c.jpgIl publie son premier roman et commence à vouloir fonder une famille, il veut des filles, mais il continue à chercher une femme aux cheveux auburn, à attendre leurs coups de fil dans l'obscurité, à se dire que c'est l'Autre majuscule qu'il vient de rencontrer et à ne pouvoir s'empêcher de regarder les autres femmes devant les cinémas, chez elles ou derrière les vites des « Dinners ».

    Il se marie trois fois, divorce deux, il croit trouver la femme de ses rêves, celle qu'il avait déjà convoqué dans ses fantasmes quand il n'était encore qu'un drogué sans toit furetant dans les maisons bourgeoises et volant des dessous aux filles, un pauvre raté louche, obsédé et malade, qui du fond de la saleté de son âme en perdition espérait toujours retrouver un peu de lumière, un peu de clarté.

    Peut-être Ellroy est-il de droite ?

    Je ne sais pas. Il me semble que ce serait un classement réducteur, très réducteur. Il est certainement de droite, mais pas libéral, au sens qu'il rejette les idéologies utopiques prétendant faire le bonheur de l'Humanité même malgré eux.

    Est-ce un fanatique religieux ?

    Non plus, c'est un croyant sincère, qui sait que l'humanité existe encore même au plus profond de ceux qui se croient éloignés du divin, et méprisés en tant que tels par leurs congénères pour qui ils sont des alibis faciles.

    Il sait que la foi ce n'est pas se croire parfait mais connaître ses faiblesses, ses manques, ses doutes, se savoir pitoyable, se voir dans sa vérité, voir donc aussi les autres avec acuité. Ce n'est pas une foi coupée à la moraline ou aux bons sentiments.

    C'est la raison pour laquelle ses livres sont dérangeants et bouleversants, et durs, car ils sont lucides. On aimerait qu'une proportion un peu moins infime d'êtres humains le soient également un peu plus.

    Deux photos de Jean Hilliker en ilustrations, la deuxième avec James Ellroy dans les bras

    Ci-dessous une vidéo où Ellroy parle de L.A sa ville maudite.

  • "La Malédiction Hilliker" d'Ellroy "Da Dog" - en matière de tizeure

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    elizabeth_short_black_dahlia.jpgJe suis en train de finir "la Malédiction Hilliker" d'Ellroy, il y parle de sa quête de l'amour fou, de son émotivité, de son inadaptation et de pourquoi il écrit, et j'adore.

    C'est beaucoup mieux qu'"Underworld USA", qui était trop dense, et un peu dur à terminer.

    Ellroy n'est jamais aussi bon que lorsqu'il parle de ses démons et qu'il le fait sans concessions et aussi bien que dans ce livre lu en deux jours un peu partout : le train, le car, le bus rouennais, et un café place Jeanne d'Arc.

    En photo ci-contre, "The Black Dahlia", Elisabeth Short, qui la deuxième femme à obséder Ellroy après Jean Hilliker, assassinée elle aussi, assassinat qu'il a mis quarante-cinq ans à exorciser...

    Ou pas.